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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; intellectuel</title>
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	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
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		<title>Erasme et l&#8217;Alsace</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Sep 2015 14:45:33 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Dans la biographie d’Erasme, n’en exagérons pas l’importance, n’en minorons pas la portée. Son séjour bâlois, de 1522 à 1529 surtout ne fut pas sans conséquence sur les relations d’Erasme avec les humanistes alsaciens et nos imprimeurs. Mais cette coopération &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/erasme-et-lalsace/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/erasme-et-lalsace/max-height282/" rel="attachment wp-att-552"><img class="alignleft size-full wp-image-552" alt="max-height=282" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/09/max-height282.jpg" width="219" height="282" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la biographie d’Erasme, n’en exagérons pas l’importance, n’en minorons pas la portée. Son séjour bâlois, de 1522 à 1529 surtout ne fut pas sans conséquence sur les relations d’Erasme avec les humanistes alsaciens et nos imprimeurs. Mais cette coopération existait bien avant. La première édition de l’Eloge de la Folie vit le jour chez l’imprimeur strasbourgeois, originaire de Sélestat, Matthias Schüreren 1511. Qui n’a entendu parler de son fastueux accueil en aout 1514 par la Société littéraire de Strasbourg animée par Jacques Wimpfeling, du banquet au Sturmhof et l’éloge de la constitution de Strasbourg sous forme d’une brillante et très érasmienne lettre de remerciement : « Oh divin Platon, si seulement tu avais la chance de connaitre un tel régime, ici, en effet, il aurait été possible d’introduire ton Etat idéal&#8230;» Qui ne connait le sublime éloge qu’il rendit à Colmar à Sélestat, l’année suivante, en 1515&#8230;Et pourtant parmi toutes les cités qui fleurissent dans l’Empire, aucune n’est plus prospère que toi&#8230; ce qui t’es vraiment propre, c’est que , toi si petite, tu donnes le jour à d’autant hommes de qualité et de génie&#8230;» Il est vrai que beaucoup de proches d’Erasme étaient Sélestadiens: Wimpfeling, Beatus Rhenanus, son alter ego et principal collaborateur à Bâle, Sapidus, le dernier brillant directeur de l’Ecole latine de Sélestat, Martin Bucer le grand réformateur, ancien élève de l’Ecole latine et frère dominicain et Paul Voltz, bénédictin et abbé de Honcourt, à proximité.  Mais plus encore que les amis, c’est l’ensemble des imprimeurs alsaciens qui contribuèrent puissamment à la diffusion de ses écrits. Au total des presses alsaciennes sortirent 191 oeuvres érasmiennes dont beaucoup proviennent des officines strasbourgeoises de Mathias Schurer et de son successeur Jean Knobloch. Erasme ce  grand précurseur de la Réforme qui ne sauta pas le pas mais contribua « à pondre l’oeuf couvé par un moine allemand » vit beaucoup de ses amis alsaciens, de Bucer à Voltz, rejoindre la rive luthérienne, à l’exception de Beatus Rhenanus qui resta fidèle à son maître. Si avec l’introduction de la Réforme en Alsace, son influence s’estompe, elle ne disparait pas. Hédion et Capiton, les réformateurs strasbourgeois, le traduisaient encore en 1533 et 1534, peu de temps avant sa mort survenue le 11 juillet 1536.</p>
<p style="text-align: justify;">Sources : Francis Rapp, NDBA, 827-828<br />
Erasme, l’Alsace et son temps, Publication de la Société savante d’Alsace et des régions de l’Est, VIII, Strasbourg 1971</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, 2015, note complémentaire au texte de conférence  &nbsp;&raquo; <em>Que nous dit Erasme aujourd&rsquo;hu</em>i ? publié sur &laquo;&nbsp;Histoires d&rsquo;Alsace&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Le Corbusier : Plus fasciste que fada ?</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Sep 2015 14:22:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Cela fait cinquante ans que Le Corbusier est mort. L’occasion était belle pour rendre hommage à sa mémoire et à son art. Mais voilà, cinquante ans, ce n’est plus tout à fait un exercice de mémoire, mais c’est déjà le &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/le-corbusier-plus-fasciste-que-fada/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/le-corbusier-plus-fasciste-que-fada/le-corbusier-telerama/" rel="attachment wp-att-545"><img class="alignleft size-full wp-image-545" alt="le-corbusier-telerama" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/09/le-corbusier-telerama.jpg" width="540" height="304" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Cela fait cinquante ans que Le Corbusier est mort. L’occasion était belle pour rendre hommage à sa mémoire et à son art. Mais voilà, cinquante ans, ce n’est plus tout à fait un exercice de mémoire, mais c’est déjà le temps de l’histoire. On a rendu assez unanimement hommage à son génie créatif et à sa modernité. On n’en a pas moins débusqué quelques tristes égarements. En tout cas suffisamment pour provoquer de vifs débats autour d’une personnalité à la fois brillante et contrastée pour rester dans l’euphémisme.<br />
Ils sont trois à avoir égratigné la statue du commandeur, cette année, à travers trois livres qui ont suscité la polémique parmi les gardiens du temple et les zélotes admirateurs de Charles-Edouard Jeanneret-Gris dit le Corbusier (1887-1965) : François Chaslin, Xavier de Jarcy et Marc Perelman.<br />
Pour aller vite, on dira que tous les trois mettent l’accent sur ses zones d’ombre rapidement dissipées au lendemain de la Libération grâce à de forts efficaces soutiens politiques : Le Corbu, ce n’est pas seulement la cité radieuse et Ronchamp, La villa Savoie et le couvent de la Tourette, Firminy-Vert  et le capitole de Chandirgarh dans le Pendjab, mais aussi une forme de un fascisme français qui a fait dire à l’un de ses détracteurs que Le Corbusier est à l’architecture ce que Martin Heidegger est à la philosophie, soit un modèle pas si modèle que cela, « homme fourvoyé dont l’œuvre est à réévaluer». Autrement dit, ce génie créateur dont on a vanté l’humanisme pour avoir conceptualisé l’unité d’habitation, traduite par des cités radieuses, n’était pas à proprement parler un humaniste. Mais plutôt un obsédé de l’hygiénisme et de la régénérescence de la race, singulièrement eugéniste, lourdement antisémite et pas mal arriviste. Ce qui fait beaucoup pour un seul homme.<br />
Il ne fut guère philo sémite. C’est le moins que l’on puisse dire. Son antisémitisme fut constant et consternant. En 1913, il jugeait les Juifs « cauteleux au fond de leur race». En 1940, dans ses lettres à sa mère, il se lâche « estimant que la défaite est une miraculeuse victoire. Si nous avions vaincu par les armes, la pourriture triomphait, plus rien de propre n’aurait jamais pu prétendre à vivre ». Autre florilège  de ses conversations intimes : « Les Juifs passent un sale moment ! Leur soif aveugle de l’argent avait pourri le pays ! ». « L’argent, les Juifs et la franc-maçonnerie, tout subira la loi juste. Ces forteresses honteuses seront démantelées ».<br />
Il fut fasciste ou du moins fascisant dans ses années parisiennes après la première guerre mondiale, militant au Faisceau, premier parti fasciste français. Avec son excellent ami Pierre Winter ainsi que l’ingénieur Francois de Pierrefeu et Hubert Lagardelle, il crée la revue <em>Plan,</em> puis la revue <em>Prélude</em> qui témoignent toutes deux  d’une adhésion au fascisme et une aspiration au totalitarisme.<br />
Il ne pouvait échapper au pétainisme. D’emblée, il salue Pétain comme une chance pour la France : «Il s’est fait un vrai miracle avec Pétain. Tout aurait pu s’écrouler, s’anéantir dans l’anarchie. Tout est sauvé et l’action est dans le pays.» Il est enthousiaste et propose ses services à Vichy dès 1940. Il devient même conseiller pour l’urbanisme auprès du gouvernement. Pourtant, aucun de ses projets ne sera retenu. Ce n’est pas faute de s’être démené. Il a laissé quelques écrits qui ne font pas mystère de ses projets et de leur esprit : « Urbanisme de la Révolution nationale », « Sur les quatre routes », « Destin de Paris », « La Maison des hommes ».  On y trouve un certain nombre de formules pour le moins ambigües: « L’animal humain est comme l’abeille, un constructeur de cellules géométriques ».  Ou bien « On fait propre chez soi. Puis on fait propre en soi »…<br />
Il n’a pas réussi à percer sous Vichy, mais retombe rapidement sur ses pieds. Le voilà, en 1942, conseiller de la fondation d’Alexis Carrel dont il partage les idées eugénistes. Pour ceux qui auraient oublié, rappelons qu’ Alexis Carrel est ce chirurgien français, pionnier de la chirurgie vasculaire qui fut prix Nobel de médecine en 1912 et l’auteur d’un livre au trouble succès « L’homme cet inconnu »(1935) où il plaide pour l’eugénisme recommandant notamment à la société de se débarrasser des plus faibles qui sont indignes de vivre. Il faudra attendre 1944 pour voir Le Corbusier se rendre compte que « la page tourne et qu’il faut décider de l’admettre ».<br />
Et c’est dans la France de la reconstruction, soutenu par le ministre Claudius-Petit  et adulé par Malraux que Charles Edouard Jeanneret-Gris va faire son nid, et incarner une forme de génie de la France gaulliste. Il aura habilement maquillé son passé, bénéficié de quelques soutiens notables qui surent marier la célébration  patriotique avec l’amnésie sélective, et réussi à être enfin reconnu à sa juste valeur qu’il estimait grande.<br />
Le passé a fini par le rattraper, Clio a bonne mémoire, elle n’est pas fille de Mnémosyne pour rien. Et elle continue de s’interroger. En se posant notamment la question à propos de l’architecte qui tout au long de sa vie aima l’ordre, la hiérarchie, la discipline et la normalisation si ses convictions n’inspiraient pas ses projets et réalisations. Souvenons-nous de cette standardisation à forte valeur morale qui veut qu’on fasse propre chez soi avant de faire propre en soi, que nous avions évoquée plus haut.<br />
On opposera à ce constat pour le moins contrasté la qualité d’une œuvre bâtie et pensée qui fait partie de l’héritage culturel du 20e siècle. Les fanas du Corbusier comme les adeptes du modernisme ne peuvent nier l’influence de l’intéressé sur l’architecture contemporaine ni celle qu’il continue d’exercer sur les architectes et décorateurs contemporains. Que ce fait acquis n’édulcore en rien le côté sombre d’un individu nettement moins grand que son œuvre. Et qu’on ne vienne pas nous masquer la gravité de son errance sous le prétexte qu’il aurait fait comme tous les autres, car c’était le <em>Zeitgeist</em>, l’esprit de l’époque, qui voulait cela. Il avait l’intelligence et la culture requise pour ne pas suivre cette route-là. Qu’on ne vienne surtout plus nous parler du visionnaire humaniste. Il se situe aux antipodes de l’humanisme, une notion décidément galvaudée avec allégresse. Né en 1887 à la Chaux-de-Fond, le plus Français des Suisses, si bien récupéré par notre pays au point d’en faire un ambassadeur de son génie national, avait 58 ans à la Libération. Il avait passé l’essentiel de sa vie à flirter avec le fascisme et les idéologues de la droite nationale.<br />
« Ce personnage aux rêves totalitaires et au cynisme en béton armé » selon Xavier de Jarcy n’a probablement pas fini de nous interpeller. Ne vous privez pas de continuer à aller voir ses réalisations – je rentre d’une escapade au couvent de la  Tourette près de Lyon, qu’il réalisa pour l’ordre des dominicains en 1957- mais ne soyez pas dupe. Le génie n’excuse pas tout, bien au contraire. Il ne devrait pas s’affranchir de l’éthique. Comme quoi, on peut être le pape de l’urbanisme et un parfait « enfoiré » au sens étymologique du terme. Vite à votre Robert qui introduisit le terme en 1905 ! Soit la même signification qu’en Alsacien, langue merveilleuse qui sait si bien distinguer les choses et les gens, qui aurait qualifié l’intéressé de <em>Verschiessener Corbusier</em> . En toute simplicité !</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Bibliographie</strong></em><br />
François Chaslin, Un Corbusier, Seuil, 2015<br />
Xavier de Jarcy, Le Corbusier, Un fascisme français, Albin Michel, 2015<br />
Marc Perelman, Un Corbusier, Une froide vision du monde, Michalon, 2015</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, in : <em>Espoir</em>, septembre 2015</p>
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		<title>Marie-Joseph  Bopp ( 1893-1972), l&#8217;intellectuel vigilant</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Dec 2012 19:47:29 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Une image romantique<a href="http://www.histoires-alsace.com/marie-joseph-bopp-1893-1972-lintellectuel-vigilant/bopp/" rel="attachment wp-att-206"><img class="alignleft size-full wp-image-206" alt="Bopp" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2012/12/Bopp.jpg" width="179" height="281" /></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Joseph Bopp, c&rsquo;est d&rsquo;abord une silhouette. Qui vous marque, ne l&rsquo;auriez vous croisé qu&rsquo;une seule fois. Grand et solide, exprimant une forme d&rsquo;élégance qu&rsquo;on prêtait autrefois aux artistes ou aux intellectuels. Il portait les cheveux longs bien avant que cela ne fût une mode. Déjà jeune professeur au lycée Bartholdi, quand ses pairs affichaient tous les stéréotypes de l&rsquo;uniformité  grisâtre et compassée des notables bourgeois de nos villes provinciales. Il y a du Rimbaud, avec la chevelure en plus, sur cette photo de 1922, où il nous fait face. Le masque volontaire, la moue légèrement boudeuse, il a 29 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes en 1936, il s&rsquo;est un peu épaissi. Il pose au milieu des élèves de sixième. Ceux qui quelques années plus tard, gamins encore, payeront un lourd tribut au nazisme. En costume trois pièces, il tranche toujours autant parmi ses collègues enseignants.  Ils sont trois, mais on ne voit que lui. Il est facile à reconnaître. Aucun élève n&rsquo;a les cheveux aussi longs que lui. Des professeurs, présents sur la photo, n&rsquo;en parlons pas.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est à la fin de années soixante, Bopp pose devant sa bibliothèque. Il sourit. La chevelure a blanchi mais elle est toujours aussi abondante. Il porte le noeud papillon, il est toujours aussi élégant. C&rsquo;est un  « monsieur » comme diraient ce qui le voient passer en ville avec son chapeau noir et sa chevelure « romantique ». Même si on ne sait pas vraiment à quoi ressemblait le romantisme on n&rsquo;a aucune peine à imaginer que si ce courant était un homme, il ressemblerait au « professeur Bopp ».</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;image est restée. Chez ceux qui l&rsquo;ont connu et fréquenté, chez ceux qui l&rsquo;ont croisé sans le connaître, et chez tous ceux qui ne l&rsquo;ayant connu en ont entendu parler. L&rsquo;image est tenace et l&rsquo;on connaît son pouvoir. Elle est capable de vous figer pour l&rsquo;éternité. Alors, pour définitivement rompre avec l&rsquo;image, considérons celle, peu après la Seconde Guerre, où assis sur l&rsquo;herbe, un appareil photo à la main, il nous contemple, chemise ouverte et une cigarette au bec. La chevelure n&rsquo;a pas changé, mais monsieur le professeur s&rsquo;est lâché.</p>
<p style="text-align: justify;">Car Bopp n&rsquo;est pas une icône et n&rsquo;a jamais aspiré à l&rsquo;être. Il ne porte pas sur ses solides épaules le poids d&rsquo;une dynastie distinguée et cultivée mais l&rsquo;héritage d&rsquo;une extraction modeste et laborieuse qui connaît le prix du labeur et des épreuves. Il est né à Sélestat, le 2 janvier 1893, dans l&rsquo;Alsace allemande du <em>Kaiserreich</em>. Son père, Jean, est paysan et marchand de fromage. Il trime. Son épouse Marie-Antoinette Uffler, lui a donné huit enfants. Il faut les nourrir. Affiner des fromages n&rsquo;est pas une sinécure. Cela se pratique dans des caves froides et humides. Il convient de disposer d&rsquo;une bonne santé, ce que Bopp père n&rsquo;a pas. La maladie l&rsquo;emporte en 1904. Marie-Joseph a onze ans. Sa mère, devenue aveugle, n&rsquo;est guère valide.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;école sera la chance de Marie-Joseph Bopp. Il s&rsquo;y révèle, il ne la quittera plus. L&rsquo;élève est doué. Au<em> Gymnasium</em> de Sélestat, il est repéré par Henri Adrian, excellent germaniste et poète distingué. Celui-ci le prend sous sa coupe et le guide. Le voilà parti pour l&rsquo;Université de Strasbourg, où il étudie la philologie et se passionne pour le sanskrit et l&rsquo;hébreu.  Faut-il préciser qu&rsquo;il maîtrise le grec et le latin ?</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;armée n&rsquo;en veut pas. Il passera quelques jours à Berlin, avant d&rsquo;être déclaré inapte. Il saisit sa chance et achève, boulimique, ses études de façon brillante. Nous sommes en 1916, il a 23 ans. Il réussit le <em>Staatsexamen</em> haut la main et, six mois plus tard -événement rare dans les annales universitaires-, obtient son doctorat avec une thèse consacrée au poète et pédagogue colmarien Pfeffel dont il devient le grand spécialiste.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Attentes alsaciennes et réalités françaises</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La même année, Bopp entre comme professeur stagiaire au <em>Gymnasium</em> de Colmar, bientôt lycée Bartholdi, où il fait toute sa carrière jusqu&rsquo;en 1960. Il participe à l&rsquo;effusion tricolore de 1918 comme tous les Alsaciens  élevés dans le culte du souvenir. Et, comme la plupart d&rsquo;entre eux, connaît  une vive déception quand la mariée se révèle moins belle que prévue, voire tout à fait stupide à ses heures&#8230; administratives. C&rsquo;est ainsi que Marie-Joseph se retrouve en 1919 avec une carte B, attribuée aux Alsaciens-Lorrains dont un des parents était d&rsquo;origine étrangère.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel crime avait donc commis la famille Bopp pour mériter pareille infamie ? En 1872, Jean, son père, plutôt que de revêtir l&rsquo;uniforme allemand avait gagné la France pour effectuer son service militaire. Il avait servi durant cinq ans l&rsquo;armée française à Constantine. Le mal du pays l&rsquo;avait fait revenir en Alsace. Pour échapper aux peines qui frappaient  les réfractaires, il avait été obligé de se faire naturaliser allemand.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est donc d&rsquo;une façon singulière, et pour tout dire humiliante, que Marie-Joseph intègre un pays tellement rêvé qu&rsquo;il en était devenu irréel, bien éloigné, en tout cas, de l&rsquo;image idyllique qu&rsquo;il pouvait se faire dans le cercle familial où l&rsquo;on lisait « Mon journal » et « Lecture pour tous ».  Il a quelque mal à digérer l&rsquo;affront. Pour se venger ou se calmer, il écrit une pièce en dialecte intitulée <em>Zwesche Fihr un Liecht </em> (Entre feu et lumière) où il s&rsquo;en prend à tous ces notables zélés qui, pour faire passer leur compromission au temps du Reich, président désormais, avec un zèle de néo-convertis, les fameuses commissions de triage destinées à séparer, au sein de la population alsacienne, le bon grain français de l&rsquo;ivraie teutonne. Prévue d&rsquo;être jouée au courant de l&rsquo;année 1922, la pièce est interdite par la censure peu avant le lever de rideau.</p>
<p style="text-align: justify;">Il en faut plus pour décourager le jeune enseignant qui s&rsquo;est marié entre temps, en mars 1921, avec une jeune fille colmarienne, Emma Meta Biehly. Cette dernière l&rsquo;accompagne à Saint-Omer, pendant l&rsquo;année scolaire 1922-23, pour effectuer le fameux stage « à l&rsquo;intérieur » auquel sont soumis tous les enseignants alsaciens pour se familiariser avec la langue et la pédagogie nationale. Si ce séjour est fatal à beaucoup d&rsquo;enseignants locaux, qui s&rsquo;isolent et perdent toute autorité sur leurs élèves par leur maîtrise insuffisante de la langue française, elle est une réussite pour Bopp. Naturellement doué pour les langues, ouvert, curieux et sociable, il noue quelques solides amitiés qui agrémentent le séjour. Il n&rsquo;éprouve pas un seul instant le douloureux  sentiment de l&rsquo;exil.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pédagogue d’abord</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il retrouve cependant très vite Bartholdi et ses chers élèves. Son rayonnement pédagogique, parmi ses derniers, est grand. L&rsquo;historien et archiviste Christian Wildsorf, qui fut son élève avant la guerre, se souvient : «  Ses principes pédagogiques peuvent se résumer dans un passage d&rsquo;un traité antique sur l&rsquo;éducation attribué autrefois à Plutarque qu&rsquo;il paraphrasait ainsi : « L&rsquo;âme d&rsquo;un enfant n&rsquo;est pas un vase à remplir mais un foyer à allumer ». Avec quel entrain les « cinquièmes » scandaient en choeur , sous sa direction la belle élégie de Tibulle ( « <em>de agri lustratione</em> ») : «  <em>Bache veni, dulcisque tuis e cornibus uva &#8230; </em>» A tout instant, des digressions ouvraient aux élèves émerveillés – j&rsquo;ai eu le privilège d&rsquo;en être- de vastes horizons sur le monde ».</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;enseignant est aussi chercheur. Dans le prolongement de ses études sur Pfeffel, Bopp devient un excellent, sinon un des meilleurs spécialistes de l&rsquo;histoire littéraire et sociale de l&rsquo;Alsace. Il s&rsquo;intéresse aussi au Théâtre Alsacien de Colmar dont il narre l&rsquo;histoire de ses origines, de 1899 à 1924.  La plume le démange.  A côté de sa pièce consacrée aux excès des commissions de tri, il adapte en alsacien le « Malade imaginaire de Molière » en 1922 (<em>D&rsquo;r igabeld Krank</em>), puis Georges Dandin, en 1924. Mais le chercheur reste pédagogue. N&rsquo;est-il pas l&rsquo;auteur, en 1923, d&rsquo;une grammaire allemande (<em>Deutsche Grammatik der deutschen Sprache, besonders für die höheren Schulsysteme im Elsass und Lothringen</em>) qui fait autorité;?</p>
<p style="text-align: justify;">A l&rsquo;instar des intellectuels alsaciens de son temps, il continue d&rsquo; utiliser l&rsquo;allemand pour ses écrits scientifiques. Comme Schweitzer et bien d&rsquo;autres. L&rsquo;allemand reste la langue de la culture, celle qui a ouvert sa génération, née dans le Reichsland, au monde des idées et des arts. Celle qui lui a conféré ses diplômes universitaires. Il n&rsquo;y a aucune posture militante dans cette attitude, sinon une sorte de reconnaissance pour la grandeur et l&rsquo;apport d&rsquo;une des grandes  cultures européennes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Attentif à la marche du monde</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant, Bopp ne se désintéresse pas de la situation politique en Alsace. Comme beaucoup de ses contemporains, il assiste à la difficile intégration de la province retrouvée au sein de la République française. Comme eux, il observe, agacé,  les  tentatives brutales et expéditives de Paris d&rsquo;assimiler, pour ne pas dire, digérer l&rsquo;Alsace, riche de son histoire et de ses particularismes, dans le creuset réducteur  de l&rsquo;égalitarisme républicain. La déclaration d&rsquo;Herriot et la volonté d&rsquo;introduire en Alsace toutes les lois de la République, sans délai et sans nuance, en 1924, l&rsquo;horripile. Il sympathise avec le mouvement autonomiste clérical. Sa ville d&rsquo;adoption, Colmar, est, dans ce domaine,  particulièrement active : autour de l&rsquo;abbé Haegy, des éditions <em>Alsatia</em> et du journal l<em>&lsquo;Elsässerkurier</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Attentif et curieux, il demeure cependant à la lisière. Il reste un témoin plus qu&rsquo;un acteur. Sa position est celle de l&rsquo;intellectuel dont l&rsquo;action citoyenne consiste à observer, à attirer l&rsquo;attention, à dénoncer s&rsquo;il le faut, mais pas à s&rsquo; encarter, encore moins à défiler. La prise de pouvoir d&rsquo;Hitler l&rsquo;intrigue et, à travers le peu qu&rsquo;il en sait, l&rsquo;inquiète. Raison de plus d&rsquo;aller sur place pour se faire une idée. Accompagné de son épouse, il entreprend  un grand voyage en Allemagne, en 1936, «  pour juger de la situation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le périple les mène à Francfort, Berlin, Hambourg, Weimar, Dresde et Bayreuth. Il y rencontre d&rsquo;anciens professeurs et des camarades d&rsquo;études. Le résultat est à la hauteur de ses craintes. La situation en Allemagne est préoccupante pour l&rsquo;Europe. Il revient avec la certitude de l&rsquo;imminence de la guerre et … de la défaite de la France, compte- tenu des errements de la politique française. Il vit alors, selon ses propres confidences, «  les années les plus malheureuses de (sa) vie  toujours sous l&rsquo;impression de l&rsquo;affreuse guerre en perspective ». Devant ses élèves, il prophétise, en 1938, qu&rsquo;Hitler attaquera dans les deux années à venir. A chacun d&rsquo;eux, en octobre 1939, il donne l&rsquo;inattendu et utile conseil de tenir leur journal.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Témoigner</strong>&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce conseil, il le prodigue d&rsquo;abord pour lui. Il rendra compte fidèlement de ce qu&rsquo;il aura vu, de ce qu&rsquo;il aura entendu. Il s&rsquo;est juré de la faire dès le début, ce 14 juin 1940,  après une journée pénible et angoissante, où il ne trouve pas le sommeil, où il a la prescience  des malheurs qui vont s&rsquo;abattre sur l&rsquo;Alsace.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je ne sais pas ce que l&rsquo;avenir me réservera &#8211; écrit-il- mais je prends la résolution, autant que les circonstances me le permettront, de contribuer au rétablissement de la vérité historique et cela par deux moyens : en premier lieu, je collectionnerai soigneusement tous les documents officiels que je pourrai me procurer, concernant l&rsquo;occupation de notre Alsace, mettant ainsi à la disposition des historiens futurs une documentation irréfutable. En même temps, je commencerai la rédaction d&rsquo;un journal de guerre qui, pendant toute la durée de la guerre et de l&rsquo;occupation, sera mon confident amical&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">Le journal, dont un exemplaire est déposé aux Archives départementales du Haut-Rhin, en 1974, connaît une singulière notoriété quand, en 2004, il est publié par les éditions de la Nuée bleue sous le titre Ma ville à l&rsquo;heure nazie, Colmar 1940-1945. Il est un incontestable succès de librairie. A travers la chronique d&rsquo;un quotidien minutieusement rapporté, où sont consignés les informations de première main comme les rumeurs les plus farfelues, les faits comme les représentations, l&rsquo;essentiel comme l&rsquo;accessoire, il nous donne à voir, comme jamais on ne l&rsquo;avait fait avant lui, la « banale » réalité de l&rsquo;occupation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette banalité se résume en une équation très simple : une nazification brutale d&rsquo;un côté, une compromission collective de l&rsquo;autre. Un pays nazifié en surface et résistant au fond. Non pas une résistance héroïque et spectaculaire mais une résistance civique, frondeuse, qui sait, à défaut des armes, parfois manier l&rsquo;humour avec une redoutable efficacité, et excelle dans l&rsquo;art de s&rsquo;adapter aux circonstances, à trouver des accommodements, à plier sans rompre. Des collaborateurs, il y en a eu, souvent issus de la mouvance autonomiste d&rsquo;avant guerre, des héros de la résistance, aussi. Mais ils sont minoritaires. La grande majorité de la population fait le dos rond en attendant que cela passe. Et cela passe, effectivement mais difficilement.</p>
<p style="text-align: justify;">Bopp a tenu parole. Il a témoigné et livré aux historiens un matériau rare, de toute première main. Il n&rsquo;a pas travesti la réalité, il l&rsquo;a simplement décrite. Il ne s&rsquo;est pas donné le beau rôle. Il a agi comme la majorité de la population. Il a été l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. Ni meilleur, ni pire. Ni « collabo », ni héros. Parfois courageux, rarement téméraire, jamais vraiment lâche, pas vraiment héroïque. Encore que&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8230;Aux heures sombres</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il avait songé, juste avant le conflit, d&rsquo;acheter une maison Outre-Vosges pour s&rsquo;y réfugie  en cas de nécessité. Il reste finalement en Alsace et trouve à Wasserbourg, dans sa résidence secondaire, un refuge bienvenu. Il continue d&rsquo;enseigner à Colmar, au lycée Bartholdi devenu<em> Mathias Grunewald Gymnasium</em>. Et pour conserver son poste, il est, lui aussi, un nazi d&rsquo;apparence et de circonstance, prêtant, comme tout fonctionnaire, serment d&rsquo;allégeance au Führer, faisant le salut hitlérien, pavoisant sa maison aux couleurs nazies, adhérant à l&rsquo;<em>Opferring</em>, acceptant même le poste de <em>Blockleiter</em>. Nazi en surface mais résistant en souterrain, il écrit consciencieusement et méthodiquement, pendant soixante mois, chaque jour, une chronique résolument anti-nazie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il donne le change et joue parfois avec le feu. Les nazis ont, en pure perte, essayé de le récupérer. Ils finissent par s&rsquo;en méfier, lassés de son peu d&rsquo;empressement à leur égard. Ils ont longtemps rêvé de le gagner à leur cause. N&rsquo;est-il pas le meilleur connaisseur de la vie intellectuelle d&rsquo;expression allemande et alsacienne dans l&rsquo;Alsace moderne et contemporaine ? Il devient suspect. A partir du printemps 1944, la Gestapo vient à maintes reprises perquisitionner la maison de Wasserbourg. Elle n&rsquo;y trouve jamais rien de compromettant. Elle n&rsquo;y trouve pas Bopp non plus. Quand Mme Bopp ouvre la porte, son mari, prétendu absent, sort par la fenêtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant l&rsquo;hiver 1944-1945, le vent tourne. Une parole malencontreuse, tenue devant l<em>&lsquo;Ortsgruppenleiter</em> de Wasserbourg, faillit lui être fatale. Il émet des doutes sur la nécessité de creuser des tranchées et des fossés anti-chars, par les jeunes gens, garçons et filles, puisque la guerre touche à sa fin. Le propos défaitiste déplait. Il est  menacé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 26 janvier 1945, il est arrêté par la <em>Feldgendarmerie</em>. Sa maison est perquisitionnée. Sans résultat. Son épouse avait caché le volumineux journal, peu avant,  dans une boîte de fer, enterrée dans le jardin. Les feuillets de la semaine traînent cependant encore sur le rebord d&rsquo;une fenêtre. Une parente a le réflexe de poser une grosse poupée sur l&rsquo;amas de papiers&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Amené à Guebwiller, Bopp est traduit devant un tribunal militaire sommaire ( <em>Schnellkriegsgericht</em>). On l&rsquo;inculpe d&rsquo;aide aux maquisards du Petit-Ballon. Le 2 février 1945, jour de la libération de Colmar, il passe en jugement. L&rsquo;accusation réclame la peine de mort. Une lettre-talisman va lui sauver la vie. Il porte sur lui depuis quelque temps, convaincu qu&rsquo;il sera arrêté tôt ou tard, un document qui vante ses mérites dans l&rsquo;étude de l&rsquo;Alsace allemande. C&rsquo;est son vieil ami et aîné, le Dr Wentzke, directeur du célèbre Institut scientifique d&rsquo;Alsace-Lorraine de Francfort, qu&rsquo;il a connu à  l&rsquo;Université de Strasbourg, qui a établi la lettre. Bopp l&rsquo;exhibe. Miracle, l&rsquo;officier chargé de le juger connaît Wentzke. Cependant méfiant, il tente de le confondre en lui demandant le nom de la femme de Wentzke.  La réponse instantanée de Bopp lui fait entendre raison. Il est persuadé de sa bonne foi, lui tend une cigarette et le déclare acquitté, faute de preuves. Deux jours plus tard, Guebwiller est libéré.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revivre pour témoigner encore</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Joseph Bopp retrouve son lycée et ses élèves. Il en a cependant pas tout à fait terminé avec la guerre. Il hésite. Va-t-il publier son journal pour livrer aux historiens, comme il l&rsquo;a annoncé, le matériau dont ils ont besoin ? Le sujet n&rsquo;est il pas trop étriqué, réduit à la seule ville de Colmar et à son environnement immédiat ? Une publication «  brute », compte tenu du nombre des mis en cause dans le manuscrit et des jugements parfois tranchés de l&rsquo;auteur sur leurs actions, n&rsquo;est-elle pas prématurée dans un pays condamné à la reconstruction et, malgré l&rsquo;épuration, à une ébauche de réconciliation ? Dans l&rsquo;immédiat, les polémiques et les actions judiciaires prévisibles ne nuiraient-elles pas à « la tranquillité d&rsquo;âme », cette vertu antique, nécessaire à l&rsquo;enseignant pour transmettre son savoir et pour s&rsquo;adonner à ses recherches scientifiques ? Un jour, peut-être,  mais plus tard&#8230;  Il se ravise et entreprend sans tarder une Histoire de l&rsquo;Alsace sous l&rsquo;occupation allemande, rédigée en quelques mois, qui est publiée, en septembre 1945, chez un éditeur alsacien, Mappus, réfugié au Puy. L&rsquo;ouvrage est couronné, l&rsquo;année suivante, par l&rsquo;Académie française qui lui décerne le Prix de la pensée française.</p>
<p style="text-align: justify;">A « Bartho », la vie reprend.  Bopp met tout son poids pédagogique et son enthousiasme à former une nouvelle génération d&rsquo;élèves dans laquelle on place désormais tous les espoirs. Une génération qui connaitrait la paix, fort de la tragique expérience de deux guerres mondiales, qui reconstruirait l&rsquo;Europe et qui n&rsquo;oublierait pas la mémoire de tous ceux qui, par le sacrifice de leur vie, ont contribué à redonner l&rsquo;espérance. Ce lundi matin, 12 novembre 1945, il est au côté du proviseur Louis Charollais, pour évoquer les élèves et anciens du lycée qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille et les camps d&rsquo;extermination. Il sont plus d&rsquo;une centaine à n&rsquo;être pas revenus. Parmi eux, beaucoup ont été ses élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Joseph Bopp peut à nouveau s&rsquo;adonner à ses recherches historiques sur la littérature et la société. Son épouse Méta à qui l&rsquo;unit une grande complicité intellectuelle l&rsquo;aide beaucoup. Il multiplie les articles dans les publications de la Société savante d&rsquo;Alsace des régions de l&rsquo;Est. Les revues scientifiques le sollicitent, les magazines populaires lui ouvrent leurs portes. Car ce savant est aussi un parfait vulgarisateur, pédagogue toujours et encore, capable de publier autant dans les « Actes des congrès nationaux des Sociétés savantes, Sections d&rsquo;histoire moderne et contemporaine » et dans la « Revue d&rsquo;Alsace » que dans le  très familial «  Chez-Soi » .</p>
<p style="text-align: justify;">Les professionnels de l&rsquo;histoire lui sont à jamais reconnaissants d&rsquo;avoir mis à leur disposition deux outils de recherche exceptionnels : <em>Die evangelischen Geistlichen und Theologen  von Elsass-Lothringen von der Reformation  bis zur  Gegenwart</em>, publié en 1959, dictionnaire infiniment précieux des pasteurs luthériens et réformés des trois départements de l&rsquo;Est, et <em>Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart</em>, publié en 1963, qui présente chaque paroisse protestante avec la liste de ses pasteurs. On les désigne aujourd&rsquo;hui sous un terme générique  « Le Bopp », comme on parle du « Schoepflin » ou du « Sitzmann », preuve de la gratitude de la communauté des chercheurs à l&rsquo;un des plus illustres d&rsquo;entre eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Témoin de l&rsquo;histoire douloureuse de l&rsquo; Alsace, pendant la guerre, il n&rsquo;a cesse, depuis lors, de mettre en oeuvre, ce que nous appelons à présent le devoir de mémoire. Correspondant départemental de la Commission d&rsquo;histoire de l&rsquo;occupation et de la libération de la France, il obtient, début des années 1950, pour 182 communes haut-rhinoises la rédaction d&rsquo;un exposé détaillé sur l&rsquo;histoire de la localité durant la Seconde Guerre Mondiale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mémorialiste de son temps</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Infatigable, Marie-Joseph Bopp envisage de se pencher sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;ancienne Université de Strasbourg. Mais sa santé décline. Il meurt, à Colmar, le 7 décembre 1972. Cela fait bientôt quarante ans. Ses contemporains se font rares. Qui se souvient de lui? Il a été davantage qu&rsquo;un historien local. Ses contributions à l&rsquo;histoire régionale méritent d&rsquo;être rappelées. Son ouverture d&rsquo;esprit et son éclectisme, au sens noble du terme, continuent d&rsquo;impressionner tous ceux qui, un jour ou l&rsquo;autre, ont croisé sa route. Il n&rsquo;est pas banal de voir quelqu&rsquo;un traiter avec une égale rigueur l&rsquo;idée européenne de l&rsquo;Alsace de 1871 à 1900, l&rsquo;établissement des colons alsaciens en Algérie et la franc-maçonnerie.  Sans oublier Pfeffel, bien sûr. Le champ de ses curiosités intellectuelles est large.  Tout l&rsquo;intéresse. N-a-t-il pas fréquenté, avant-guerre, le sexologue Magnus Hirschfeld (1898-1935),   pionnier  du mouvement  homosexuel et théoricien « du troisième sexe ». Il a été, en outre, l&rsquo;ami du médiéviste Johannes Spörl (1904-1977) qui appartient au cercle de Fribourg, milieu d&rsquo;intellectuels catholiques allemands, influencés, entre autres, par le  théologien Romano Guardini. Il est vrai qu&rsquo;il est formé pour appréhender les grandes questions du siècle, nourri d&rsquo;un double héritage intellectuel auquel il puise sans cesse : celui de l&rsquo;antiquité gréco-latine et celui du christianisme. Il incarne avec éloquence l&rsquo;esprit humaniste qui, quelques siècles avant, avait éclos dans sa ville natale, Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fois témoin et historien, comptable de ce qu&rsquo;il avait vu et vécu, Bopp est devenu ce qu&rsquo;il avait ardemment désiré : être le mémorialiste de son temps. Son journal comme son histoire de l&rsquo;Alsace sous l&rsquo;occupation l&rsquo;attestent. Cette qualité fait que l&rsquo;on a parfois eu la tentation de le comparer à Charles Spindler, auteur d&rsquo;un imposant Journal sur l&rsquo;Alsace pendant la Grande Guerre, qui demeure un témoignage exceptionnel, riche de 2600 feuillets manuscrits. Bopp lui a emboîté le pas, quelques décennies plus tard. Il en est le digne héritier même si les circonstances ne sont plus les mêmes.  Les risques avaient augmenté entre temps. Tous deux dont été des intellectuels nourris de culture allemande, amoureux de l&rsquo;Alsace et de son passé. Mais vingt-huit ans les séparent.  Un monde aux yeux de l&rsquo;histoire du XXe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le poids de son témoignage et la singulière gestation de son journal sur la deuxième guerre mondiale font davantage penser à celui de Victor Klemperer, philologue allemand juif (1881-1960) qui, destitué de l&rsquo;université, se consacre dans la clandestinité à l&rsquo;étude de la langue allemande dévoyée par le nazisme. Il en tire un livre majeur : <em>LTI, Lingua tertii Imperi</em>, la langue du troisième Reich, qui est devenu un bestseller. Comme la montré l&rsquo;historienne Marie-Claire Vitoux, il y a un troublant parallélisme entre les deux : enseignants, ils ont choisi les mots pour résister moralement et intellectuellement. Ils ont tous deux illustré la <em>Resistenz</em>, ce concept cher aux historiens allemands qui s&rsquo;oppose au <em>Widerstand</em> : à la résistance active et armée, la plupart du temps. Non, la leur a été culturelle et morale. Ils ont choisi, hommes mûrs déjà, la seule arme dont ils disposaient : celle de l&rsquo;intelligence. N&rsquo;est-elle pas niée par l&rsquo;idéologie nazie ? C&rsquo;est donc par leur intelligence qu&rsquo;ils vont résister au projet totalitaire. Même si leur situation et leur statut ne sont pas comparables, force est de constater qu&rsquo;ils ont réussi tous les deux.
</p>
<p style="text-align: justify;"> (Extrait de  Marie-Joseph Bopp, <em>Histoire de l&rsquo;Alsace sous l&rsquo;occupation allemande</em>. Réédition. Introduction et commentaires de Gabriel Braeuner, éditions Place Stanislas, 2011.)</p>
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