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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; Goethe</title>
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	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
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		<title>Strasbourg au temps de Goethe</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Mar 2020 08:59:32 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i><a href="http://www.histoires-alsace.com/strasbourg-au-temps-de-goethe/download-2/" rel="attachment wp-att-683"><img class="alignleft size-full wp-image-683" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/03/download1.jpg" width="250" height="201" /></a></i></b></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’ancienne ville libre d’Empire est devenue ville libre du Royaume de France. Cela fait presque un siècle que l’Alsace a changé de nationalité et de statut, de langue et de culture aussi. La liberté de l’ancienne République urbaine avait été rognée. La monarchie française était une et centralisée. Strasbourg n’avait cependant pas vraiment perdu au change. Elle était devenue naturellement la capitale de la province Alsace. La province Alsace ? Cela faisait bien longtemps que cette région n’avait plus été unie. Depuis le duché d’Alsace des Mérovingiens. Dire que c’est à Louis XIV que nous devons l’invention de l’Alsace. Qui l’eût cru ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et Strasbourg, cette ville essentielle de la Réforme germanique qui résista jusqu’en 1681 avant de capituler, était devenue autant fer de lance que bouclier. Les services du roi y avaient pris leurs aise. L’intendant d’Alsace, ce préfet avant la lettre, s’y était installé tout comme le gouverneur militaire et les représentants des grandes institutions de la monarchie. Sauf la judiciaire, qui résidait à Colmar parmi les gens de Robes du Conseil souverain, la plus haute juridiction du Royaume dans cette province, <i>à l’instar de l’étranger effectif</i>, qui faisait fonction de parlement régional. Strasbourg, donc, était (presque) la capitale de l’Alsace. Son évêque était revenu après un exil auquel la Réforme protestante l’avait contraint au début du XVIe s.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La ville, depuis lors, n’avait pas fondamentalement changé. Sa cathédrale continuait de la dominer. Ses rues s’enlaçaient autour du sanctuaire comme elles le faisaient depuis le Moyen-Âge. Esthétiquement, elle était restée germanique. La monarchie et ses serviteurs avaient certes songé à un nouvel urbanisme. Mais en vain, l’argent fit défaut. Et l’architecte Blondel rangea ses plans. L’agrandissement de Strasbourg ce sera pour plus tard. Un siècle plus tard et, curieux paradoxe, quand l’Alsace redevint une terre d’Empire… germanique !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce qui n’avait pu être réalisé à grande échelle, le fut par instillations successives: Palais épiscopal, hôtel du gouverneur militaire, du préteur royal hôtel de familles nobles, patriciennes et bourgeoises, un collège : celui des Jésuites. Promenez-vous dans Strasbourg, du coté de la rue Brûlée, qu’il s’agisse de l’actuel Hotel de ville, de la résidence du gouverneur militaire, du siège de l’évêché, de la préfecture un peu plus loin, tous ces édifices sont dûment estampillés XVIIIe siècle.</p>
<p>Tout comme l’aubette, la place du marché Gayot, celle du marché neuf. Ce n’est pas encore une révolution urbanistique, mais c’est déjà un changement de style. Strasbourg comme Paris a ses embarras. Avec La noblesse, le clergé, l’encadrement militaire &#8211; Strasbourg est une ville de garnison- ce sont quantité de carrosses de  véhicules de passagers, de carioles  de charrettes, de chaises porteuses qui envahissent les rues étroites de la ville. Ah si Blondel avait pu décongestionner le centre urbain !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On a quand même pu réaliser une promenade ou les belles strasbourgeoises qui ne portent pas toutes l’immense chapeau de Larguillère, se laissent  admirer. Elles sont toujours aussi coquettes. Elles ont fait jadis le désespoir du magistrat protestant de la ville, elle ne succombent pas davantage aujourd’hui à la séduction française. Elles continuent à n’en faire qu’à leur tête. Elles ont longtemps porté des étoffes lourdes et des couleurs sombres avant de s’abandonner à des soies claires garnies de fleurs ou de rayures.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Strasbourg et les Strasbourgeois aiment donner le change. Ils cultivent une forme d’austérité protestante mais inclinent vers les plaisirs champêtres. S’étourdissent à danser malgré les récriminations des pasteurs et des curés. Bref, ils aiment faire la fête. Celle à l’occasion de la visite de Louis XV en 1744 est restée dans les mémoires. Veis en fit un dessin puis une gravure. On s’apprête, en cette année 1771, à recevoir la dauphine et future reine, Marie Antoinette. Mais plus généralement, tout au long de l’année, on trouve matière a danser, à jouer, à célébrer. L’intendant La Grange, dès 1697, avait noté, surpris, dans son rapport sur l’Alsace et Strasbourg que<i> la nature de ce peuple est à la joie. </i>Dans les milieux plus huppés, on sait cultiver les muses. On relaie les pièces du théâtre français de Corneille à Voltaire, on écoute de la musique de chambre, d’église et de cour. On se délecte de <i>Te Deum.</i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On sait travailler aussi. La céramique des Hannong, la ferronnerie qui orne les palais et les nobles demeures, l’étain et l’orfèvrerie. Les négociants strasbourgeois sont toujours très actifs dans les villes rhénanes de Bâle à Rotterdam. Cette ville frontière attire du monde. En un siècle, elle va doubler sa population. Ils étaient 22 000 en 1681, ils frôlent désormais les 50 000 habitants. La <i>pax gallica,</i> qui a accompagné le rattachement à la France, a favorisé l’essor démographique et renforcé l’attractivité de la cité. L’immigration y est forte, venant de l’Allemagne rhénane, des Alpes et de Lorraine. La présence militaire, frontière sur le Rhin oblige, est dense : 8000 soldats à l’époque !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’université est redevenue prospère. La catholique a été rapatriée en ville. Elle est le centre culturel du diocèse et du renouveau religieux. Elle forme les séminaristes dans le loyalisme à la  France et dans le respect des prérogatives du pape.  La protestante n’a pas perdu son lustre. Elle connait son apogée entre 1730 et 1790. En 1763, le J<i>ournal des Savants </i>estime que les thèses soutenues à Strasbourg sont meilleures qu’à Paris. Trois facultés , la médecine, le droit et l’histoire connaissent une réputation européenne. On vient des pays protestants du nord, de Russie et bien sûr d’Allemagne. 48% de ses étudiants  viennent d’Allemagne, 15% de Suisse. Les Alsaciens  représentent à peine un quart des effectifs.  La Faculté de médecine brille de mille feux. Goethe viendra y faire un tour à l’écoute de maitres tels que Spielmann et Lobstein, ce dernier ayant préféré Strasbourg et sa patrie aux sollicitations de Göttingen et de Berlin. La Faculté de droit enseigne le droit romain modernisé et intègre dans ses programmes  le droit germanique à côté du droit français.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les étude juridiques, historiques, de sciences politiques connaissent un nouvel engouement autour de la forte et riche personnalité de Jean Daniel Schoepflin, l’heureux auteur de l<i>’Alsatia Illustrata</i> et de <i>l’Alsatia diplomatica,</i> qui disparait l’année où arrive Goethe à Strasbourg. Ce dernier le révérait. Schoeplin est à l’image de Strasbourg. A la fois <i>Tür und Brücke</i>, porte et pont, trait d’union entre la culture française et allemande, Badois de naissance et historiographe du roi, protestant envoyé par le roi très catholique en mission diplomatique, qui a ses entrées à Versailles comme à Vienne, professeur d’éloquence et d’histoire. Gustave Koch reprendra le flambeau de même que J. M Lorentz qui publie une <i>Histoire d’Allemagne </i>en 1771 avant de nous enrichir d’une <i>Histoire universelle, </i>l’année suivante.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce dialogue français et allemand ne pouvait avoir lieu qu’à Strasbourg, ouverte sur l’Europe, passage obligé de monarques, parfois incognito ( Louis XV,  Frédéric II, Joseph II ) de philosophes( Voltaire, Rousseau), ville de tolérance relative où le protestantisme n’a pas connu la révocation de l’édit de Nantes,   où le catholicisme a fait l’économie du jansénisme et du gallicanisme. Une ville  prédestinée qui « <i>parait désignée par sa position à être l’entrepôt de la France et, ne se trouvant séparée de l’Allemagne que par le Rhin, ce fleuve lui ouvre  une communication facile avec la Suisse et la Hollande et la met à portée de s’approprier les richesses littéraires de tout le Nord » </i>écrit le strasbourgeois  Frédéric Rodolphe Saltzmann, contemporain et ami de Goethe<i>. </i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Qu’offre Strasbourg au jeune Goethe sinon le syncrétisme de ce qu’il y a de meilleur dans le mouvement des idées alors en Europe :</p>
<p>De l’esprit des <i>Lumières françaises, </i>la curiosité universelle sinon encyclopédique, le sens de l’humain et la recherche du progrès, l’appel à la raison et, partant, la construction du bonheur.<br />
De l<i>’Aufklärung </i>allemande, qu’elle soit protestante ou catholique, la compréhension et le goût du fait religieux, le coeur, compagnon légitime de l’esprit, le sens du devoir, la préhension de l’utile.</p>
<p>De la propre tradition strasbourgeoise et alsacienne, enfin : le sens de la tolérance … après deux siècles de luttes religieuses, un respect de l’autorité</p>
<p>et « en même temps » un sens très vif de la démocratie  qui « s<i>’affirme dans le respect des formes, des formules et des rites</i> ». ( G. Livet)</p>
<p><em><strong></p>
<p>Gabriel Braeuner, Café de l&rsquo;humanisme de  Sélestat, 30 janvier 2020</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La Liberté en contrebande</title>
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		<pubDate>Sun, 03 Feb 2013 17:52:31 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Quand des artistes et intellectuels, de part et d’autre du Rhin, jouaient à saute- frontières du Moyen-Age à nos jours Elle peut étonner cette présence de moines bénédictins qui nous viennent de Conques et s’installent à Sélestat, au XIe siècle. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/la-liberte-en-contrebande/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<strong>Quand des artistes et intellectuels, de part et d’autre du Rhin, jouaient à saute- frontières du Moyen-Age à nos jours</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle peut étonner cette présence de moines bénédictins qui nous viennent de Conques et s’installent à Sélestat, au XIe siècle. Le Rouergue et l’Alsace n’ont pas d’histoire commune, encore moins de frontières. Si ce n’est que l’abbaye bénédictine se trouve sur le chemin qui mène au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Quelques membres de la famille de Hohenstaufen s’y rendent en 1092. Ils s’arrêtent à l’abbaye. A leur retour, ils convainquent leur mère, Hildegarde de Buren, qui vient de fonder une chapelle placée sous l’invocation du saint sépulcre à Sélestat, de faire don du sanctuaire aux moines de Conques. Au début ils ne sont pas bien nombreux, deux au maximum les moines du Rouergue dans leur prieuré de Sélestat qui n’est pas encore une ville, ni même un bourg. Mais dans cette parcelle d’Empire germanique, ils attestent une présence occitane qui durera jusqu’au XVe siècle. La géographie bénédictine n’a cure des frontières.</p>
<p style="text-align: justify;">Ni l’art de bâtir des cathédrales. Au sein du Saint-Empire Romain germanique, la cathédrale de Strasbourg est un immense interminable chantier.  En 1015, l’évêque Wernher, débute les travaux d’un vaste édifice roman qui brûlera trois fois au cours du XIIe siècle. On repartira de <a href="http://www.histoires-alsace.com/la-liberte-en-contrebande/pilier-des-anges/" rel="attachment wp-att-304"><img class="alignleft size-full wp-image-304" alt="pilier des anges" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/02/pilier-des-anges.jpg" width="338" height="451" /></a>plus belle pour édifier le plus beau des édifices à Notre Dame. Vers 1225-1335 le chantier de Strasbourg connaît une effervescence qui n’a pas d’équivalent dans tout l’Empire. On innove, on crée, on renouvelle les sources d’inspiration et de style. Pour ce faire, on fait appel à des ateliers français qui entre autres nous laissent cet admirable et unique pilier du jugement dernier et cette non moins sublime représentation de la Synagogue « la vaincue, la repoussée » ( Ernst Stadler) face à l’Eglise triomphante sur la façade du transept nord.  Un peu plus au sud, quasiment en même temps, sur le portail Saint-Nicolas de l’église collégiale Saint-Martin de Colmar,  muni du compas et de l’équerre un humble maitre bâtisseur apparait sur les voussures.   On peut lire sous la figure le nom de « maistre Humbret ». Probablement venait-il du chantier de Strasbourg et plus loin du royaume de France. La géographie des bâtisseurs n’a pas davantage cure des frontières.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore moins la République des lettres, celles des humanistes à l’automne du Moyen Age dont Erasme fut le prince. Lui qui nous vint de Rotterdam voyagea, dans toute l’Europe pour s’établir et mourir, ici, à proximité, à Bâle. Parce qu’il y avait des érudits et des imprimeurs. Son principal collaborateur, le sélestadien Beatus Rhenanus, aurait comme ses ainés et contemporains, Geiler, Wimfeling et Brandt pu faire des études universitaires à Bâle ou à Fribourg, jeunes universités nées au milieu du XVe siècle au lendemain du concile de Bâle, voire à Heidelberg, il choisit Paris et pour maître Lefevre d’Etaples qui le fortifia. Il s’y constitua une première bibliothèque de quelques 188 oeuvres, riches, autre autres, de vingt traités d’Aristote, une multitude d’éditions d’auteurs latins et d’éditions princeps des pères de l’Eglise. Elle fut le noyau de sa très belle bibliothèque, augmentée sa vie durant, qu’il légua, forte de 670 volumes soit plus de 2000 ouvrages à sa ville natale avant de mourir et qui vient d’être classée au registre Mémoire du monde de l’Unesco.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour les intellectuels alors pas de frontières, du moins en apparence. Elles sont pourtant fort appréciée quand on vous poursuit pour vos idées. Le français  Calvin dut interrompre son premier séjour genevois, chassé comme un malpropre. Il trouva à Strasbourg, ville libre du Saint-Empire romain germanique, de 1538 à 1541, un accueil bienveillant. Deux siècles plus tard &#8211; l’Alsace appartenant désormais au Royaume de France &#8211; Voltaire, chassé de la cour du roi de Prusse alors qu’il rédigeait les Annales de l’Empire, trouva à Colmar, en 1753-1754, un refuge bienvenu qui lui permit de les achever. Pour les intellectuels, la frontière peut être un précieux auxiliaire, dont on use ou que l’on contourne en fonction des besoins. Une édition à Kehl vous évite parfois bien des désagréments dans le royaume de France. Il en fut ainsi de la première édition posthume des oeuvres du patriarche de Ferney à la fin de l’Ancien Régime.</p>
<p style="text-align: justify;">Traverser la frontière peut être un intellectuellement fécond. Dans Strasbourg, ville royale française, Goethe mena, en 1770, des études de droit, s’initia à l’art d’ Homère, Ossian et Shakespeare sous la conduite de Herder, se passionna pour la cathédrale de Strasbourg et la fille du pasteur de Sessenheim et s’en retourna à Francfort plein d’usages, de raison et d’enthousiasme, pour y débuter une immense carrière. Parallèlement c’est en Allemagne, que Théophile Conrad Pfeffel (1736-l809), poète et pédagogue colmarien fit une carrière littéraire de fabuliste reconnu durant la même période et s’employa à y faire connaitre la dramaturgie française.</p>
<p style="text-align: justify;">Même la période du Reichlsand,  où l’Alsace redevint pour un peu moins d’un demi-siècle allemande, ne réussit pas totalement à brouiller les pistes.  On doit à un universitaire allemand, Werner Wittich, une étude d’une rare pertinence sur la double culture alsacienne. Elle parut, en 1900, dans la Revue Alsacienne illustrée, revue culturelle, un tantinet politique qui faisait autorité au tournant du siècle. Et c’est un autre universitaire de talent, fauché dès 1914 dans les premiers combats de la grande guerre, Ernst Stadler, né à Colmar, fils d’un altdeutscher qui publie un ouvrage poétique rare, Der Aufbruch, une des oeuvres majeures de l’expressionnisme littéraire allemand. Stadler était l’ami de René Schickele natif d’Obernai, fondateur d’un mouvement littéraire d’avant-garde et d’une revue Der Stürmer qui rêva d’une liberté qui transcendât le politique et le culturel et inventa la belle et tonique utopie du Geistiges Elsässertum, « l’alsacianité de l’esprit », attitude progressiste ouverte sur l’Europe, qui cultivait l’image d’une Alsace jardin symbolique de la nation européenne qui transcenderait les frontières. Parmi eux le strasbourgeois Jean Hans Arp au début d’un prodigieux destin artistique et l’écrivain allemand Otto Flake, qui connut le succès sous la République de Weimar et devint un érudit traducteur de Montaigne, la Bruyère, Stendhal, Balzac et Dumas père.</p>
<p style="text-align: justify;">Inclassable, paradoxal et universel,  la figure d’Albert Schweitzer (1875-1965) résume à elle  seule  le destin de ces personnalités fortes,  nourries  non seulement par une double culture mais ouvertes sur le vaste monde, africain par son destin de médecin, asiatique par l&rsquo;intérêt porté aux spiritualités orientales, européen par son ancrage et sa formation et dont le principe philosophique  du respect de la vie, toutes formes de vie, Ehrfurcht vor dem Leben, demeure une contribution essentielle à la pensée humaniste contemporaine. Allemand par son parcours universitaire, époux d’une intellectuelle allemande originaire de Berlin, Hélène Bresslau, fille d’un médiéviste réputé, médecin d’une brousse bien française, le Gabon, écrivain et philosophe de langue allemande, prix Nobel de la paix français, en 1953, Schweitzer est « le contrebandier des frontières » par excellence.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, 2013</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Article paru dans le supplément des Dernières Nouvelles d’Alsace  « Salut voisin, Hallo Nachbarn » du 19 janvier 2013 pour le 50e anniversaire du traité franco-allemand.</em></p>
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