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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; Bibliothèque humaniste de Sélestat</title>
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		<title>Wimpfeling, l&#8217;humaniste pédagogue</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2020 09:29:13 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[ Le Sélestadien Jacques Wimpfeling (1450-1528) figure au panthéon des humanistes alsaciens à côté de Geiler de Kaysersberg, Sébastien Brant et Beatus Rhenanus. Excellent pédagogue, au tempérament querelleur, il résume assez bien la grandeur et les limites de l’humanisme alsacien de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/wimpfeling-lhumaniste-pedagogue/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i> </i></b><em style="text-align: justify;">Le Sélestadien Jacques Wimpfeling (1450-1528) figure au panthéon des humanistes alsaciens à côté de Geiler de Kaysersberg, Sébastien Brant et Beatus Rhenanus. Excellent pédagogue, au tempérament querelleur, il résume assez bien la grandeur et les limites de l’humanisme alsacien de la première génération : celle des Frühumanisten.  Des intuitifs qui ont souvent vu juste sans aller au bout de leurs idées. Avec, pour Wimpfeling, une tendance prononcée pour l’aigreur et l’échec.</em></p>
<p style="text-align: justify;"> Il fut un de nos grands humanistes. De la génération des pionniers, celle de Geiler de Kaysersberg <a href="http://www.histoires-alsace.com/wimpfeling-lhumaniste-pedagogue/images-6/" rel="attachment wp-att-808"><img class="alignleft size-full wp-image-808" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/05/images.jpg" width="199" height="253" /></a>de Sébastien Brant. Sélestadien comme son cadet Beatus Rhenanus. Né dans notre ville en 1450, il y décède, à l’âge de 78 ans, en 1528. Il avait été l’élève de Louis Dringenberg à l’Ecole latine avant de faire ses études universitaires à Fribourg-en-Brisgau, puis à Erfurt, et enfin à Heidelberg où il obtint le titre de maître ès arts en 1471. Wimpfeling y fit une belle carrière. Enseignant la littérature latine, il devint successivement doyen de la faculté des arts, recteur et vice-chancelier de l’université, en 1482, tout en poursuivant des études de théologie (il avait été ordonné prêtre) couronnées par une licence en 1484. Celle-ci lui ouvrit la voie de prédicateur à la cathédrale de Spire, à l’appel de l’évêque. N’eut-il pas l’honneur, dans cette nouvelle fonction, de guider l’empereur Maximilien lors de sa visite du sanctuaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’enseignement était cependant sa vocation. Il revint à la faculté des arts de Heidelberg en 1498, où il expliqua s. Jérôme et Prudence, avant de s’installer à Strasbourg en 1501. Il y retrouva Geiler de Kayserberg, le très persuasif prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, et le prévôt de l’église Saint-Thomas, Christophe d’Utenheim. Tous les trois rêvaient de changer de vie en fondant une communauté érémitique en Forêt-Noire. L’affaire capota. Christophe d’Utenheim devint évêque de Bâle en décembre 1502. C’en était fini de leur rêve de solitude à trois. Wimpfeling, à la demande de son ami Geiler et de Sébastien Brant, resta finalement à Strasbourg. Il logea chez dans le couvent des Guillelmites (dont il reste l’église Saint-Guillaume) et s’adonna à un travail intellectuel et pédagogique soutenu. Ce fut une période féconde de sa vie. Il y prépara son <i>Catalogue des évêques de Strasbourg </i>qui fut publié en 1508, continua de publier ses ouvrages pédagogiques, s’occupa, entre autres, de l’éducation du jeune Jacques Sturm, futur stettmeister (premier magistrat de religion réformée de Strasbourg, multiplia les querelles littéraires et historiques notamment avec le franciscain Thomas Murner, et créa, en 1508/1510, la Société littéraire de Strasbourg où l’on retrouve les élites humanistes locales. Il y accueillit Érasme en 1514.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce grand théoricien de la pédagogie s’était vu décerner le titre de <i>Praeceptor Germaniae</i> (« Précepteur de l’Allemagne »)<i>. </i>Les questions relatives à l’éducation le passionnaient. L’<i>Isidoneus germanicus (Introduction pour la jeunesse allemande</i>),en1497, un traité de grammaire latine, l’avait révélé ; <i>l’Adolescentia</i> (<i>La Jeunesse</i>)<i>,</i> une compilation des règles de conduite, avait confirmé son orientation ; le <i>De Integritate </i>(<i>Sur L’Intégrité </i>[<i>de la vie religieuse</i>]), en 1505, un guide moral pour les jeunes prêtres, illustrait son désir de réformer l’Église, en crise, par une meilleure formation du clergé, alors que sa <i>Diatriba de proba puerorum institutione </i>(<i>Discussion sur la bonne éducation à donner aux enfants</i>…) en 1514 constituait un recueil de conseils pour les enseignants. Dans son esprit, seule l’éducation pouvait sauver l’Église et la société de l’effondrement. On pouvait recourir aux auteurs de l’Antiquité à condition qu’ils fussent moralement irréprochables. Il préférait la lecture des Pères de l’Église ou celle des humanistes chrétiens contemporains, tel l’Italien Baptiste de Mantoue. Wimpfeling avait également conçu l’idée d’un Gymnase/gymnase, préparatoire aux études universitaires, qui se déroulaient alors à Bâle, Fribourg, Heidelberg, Mayence et Cologne. En vain. L’idée fut reprise, en 1538, avec la création du Gymnase de Strasbourg par Jean Sturm. L’histoire fut l’autre grande affaire de sa vie. Hormis sa <i>Germania</i> (1501) qui tient davantage du pamphlet, son <i>Epitome rerum germanicarum</i> (<i>Abrégé de l’histoire de l’Allemagne</i>, en 1505) est un des premiers essais de synthèse de l’histoire de l’Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Malade, il s’était retiré dans sa ville natale, auprès de sa sœur Madeleine, à partir de 1515. Il y fonda la Société littéraire locale. Hostile à la Réforme qui progressa rapidement en Alsace après 1518, séduisant nombre de ses amis et anciens élèves strasbourgeois, il resta fidèle à l’Église romaine et fut enterré, en 1528, dans l’église Saint-Georges, où il avait été baptisé.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Les emportements de Wimpfeling</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Wimpfeling avait-il du caractère ? Un mauvais caractère probablement. Prompt à la colère, ses indignations étaient nombreuses. Elles l’emportaient parfois loin, trop loin. Quelques-unes de ses querelles sont restées célèbres. Celle avec le franciscain natif d’Obernai, Thomas Murner, autre caractère mal embouché, par exemple. Le point de départ en fut la <i>Germania,</i> publiée en 1501, où, à travers un pamphlet de circonstance, Wimpfeling demande à ses compatriotes de faire preuve de plus de patriotisme à l’égard du Saint-Empire auquel ils appartiennent. Très<i> nationalbewusst</i>, comme d’autres humanistes allemands, il soutient, entre autres, que les Allemands avaient toujours occupé la rive gauche du Rhin, que les prétentions françaises sur cette zone étaient sans fondement et que, par conséquent, Charlemagne ne pouvait être qu’Allemand. Thomas Murner le cueillit, un an après, dans la <i>Germania Nova</i> (<i>Nouvelle</i> <i>Germanie</i>), en prétendant exactement le contraire. Nous sommes au début du XVI<sup>e</sup> siècle, le différend au sujet des frontières entre la Gaule et la Germanie était lancé. Ils avaient beau être prêtres tous les deux, l’échange fut rude, peu charitable et d’une rare</p>
<p style="text-align: justify;">On connaît moins sa diatribe contre Jacques Locher, enseignant à l’Université d’Ingolstadt, qui avait traduit en latin le <i>Narrenschiff </i>(<i>Nef des fous</i>) à la demande de son auteur, Sébastien Brant. Poète brillant, surnommé Philomusus, « Ami des Muses », ses cours sur la poésie et la rhétorique attiraient une foule d’étudiants. Il avait suscité la jalousie d’un confrère, plus âgé, professeur de théologie, Georges Zingel, qui attaqua son jeune collègue en traitant ses Muses de mules stériles, lui reprochant de « de faire l’apologie de la poésie antique dépravée et contraire à la religion chrétienne ». Locher répliqua, s’en prit à la théologie scolastique enseignée par son aîné, qui ne « donnait que les excréments pieusement recueillis par les théologastres ». En 1510, Wimpfeling (tout comme Brant) prit fait et cause pour Zingel et démontra, avec sa fougue habituelle, que la poésie, bonne pour les enfants dans leur apprentissage du latin, était féminine, alors que la prose, seule, était virile, capable de révéler la vérité chrétienne. En fait, la querelle opposait les théologiens conservateurs aux humanistes, lecteurs des œuvres païennes de l’Antiquité.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1505 déjà, lors d’un séjour auprès de son ami Christophe d’Utenheim devenu évêque de Bâle, Wimpfeling n’avait rien trouvé de mieux que d’exhorter les Bâlois à dénoncer l’alliance conclue en 1501 avec la Confédération helvétique. Le Conseil de la ville entama une procédure à son encontre. Il s’enfuit piteusement et regagna Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Reflet de son temps</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Wimpfeling est un personnage passionnant à défaut d’être attachant. Il n’a ni la maîtrise ni le brillant de Beatus Rhenanus dont il est l’aîné. Il n’en a pas l’aisance matérielle non plus. Il passa l’essentiel de sa vie … à tirer le diable par la queue. Il vécut cependant assez longtemps pour être le parfait témoin d’une période qui connut l’avènement et la réussite de l’humanisme et son effacement devant la Réforme. Ce grand aigri, nerveusement fragile, était un homme honnête et probe. Parfait représentant de son siècle, en réalité à cheval sur deux siècles. Homme du Moyen Age et du début de la Renaissance. Homme davantage ou essentiellement du Moyen Age par ses idées. Pourfendeur violent des abus de l’Église et malgré tout fidèle à l’institution. Visionnaire fréquemment, déçu toujours. Contrarié le plus souvent. Profondément conscient qu’il fallait réformer l’Église, les prêtres comme les ouailles, mais incapable de suivre ni même de concevoir une réforme radicale comme celle qui advint. Confiant dans les vertus de l’éducation, chagriné cependant de ne pas voir ses idées appliquées. Jean Sturm reprit une partie de ses idées en créant le Gymnase en 1538 dans Strasbourg passée à la Réforme. Aurait-il apprécié ? Il avait formé son homonyme Jacques Sturm, remarquable politique, excellent diplomate, humaniste cultivé et protestant ardent. Il en fut marri. Il avait eu la tentation de se retirer dans le désert, en l’occurrence dans la solitude de la Forêt-Noire pour vivre en ermite, il resta à Strasbourg où il s’abîma dans le travail et s’épuisa dans quelques querelles stériles. Cet humaniste se méfiait des auteurs anciens parce que païens. A trop les fréquenter, on risquait d’y perdre son âme de chrétien, à défaut de son latin. Obsédé, comme beaucoup de ses contemporains, par le péché et la formule <i>Noli peccare, deus videt</i> (« Ne pêche pas, Dieu te regarde »), il partagea les préjugés et les rejets de son temps. Son anti- judaïsme fut violent. En 1501, dans la <i>Germania</i>, faisant l’Éloge de Strasbourg, il cite sur le même plan : « Des bibliothèques, de doctes savants, des écoles de frères mendiants, des architectes, l’expulsion des juifs, de magnifiques maisons, de belles rues et places. » Ou l’art de faire du renvoi des juifs un monument parmi d’autres… Il a aussi raté sa sortie. Son épitaphe à l’église Saint-Georges, où il fut enterré, fut emportée par la Révolution. Il s’est, dans sa ville natale, effacé devant Beatus Rhenanus qui a raflé la mise. Connu des érudits, il a disparu de la mémoire des gens. Je l’imagine, là où il est, râler encore.</p>
<p><b><i> </i></b></p>
<p><b><i>Pour en savoir plus :</i></b></p>
<p>Hubert Meyer, « Jacob Wimpfeling », dans <i>Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne</i>.</p>
<p>Francis Rapp, <i>Réformes et Réformation à Strasbourg. Eglise et Société dans le diocèse de Strasbourg (1450-1525)</i>, Strasbourg, 1974.</p>
<p>Gabriel Braeuner, <i>Au cœur de l’Europe Humaniste, Le génie fécond de Sélestat</i>, Editions du Tourneciel, 2018.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Gabriel Braeuner,</strong> DNA 17 mai 2020, Ces femmes et ces hommes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat( 13/24)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Sainte Odile et Sélestat</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Apr 2020 09:49:39 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La sainte la plus vénérée d’Alsace est particulièrement présente à Sélestat. Elle apparaît sur les vitraux de deux de nos églises, Sainte -Foy et Saint-Georges. Une statue en pleine ville de même que le nom d’une rue lui sont consacrés. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La sainte la plus vénérée d’Alsace est particulièrement présente à Sélestat. Elle apparaît sur les vitraux de deux de nos églises, Sainte -Foy et Saint-Georges. Une statue en pleine ville de même que le nom d’une rue lui sont consacrés. Sa vie comme sa légende s’inscrivent dans les balbutiements de l’histoire de notre province. Elle qui vécut au temps lointain des mérovingiens, n’a rien perdu de sa popularité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Sainte Odile , patronne de l’Alsace </i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> <a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/download-6/" rel="attachment wp-att-798"><img class="alignleft size-full wp-image-798" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download3.jpg" width="180" height="280" /></a>Elle notre sainte la plus connue. Canonisée par Léon IX, notre seul pape alsacien, qui occupa le trône pontifical de 1048 à 1054. Qui ne connaît Odile en Alsace dont elle est devenue la sainte patronne depuis … 1946 ! Présente depuis longtemps et particulièrement persévérante. En réalité, on sait très peu de choses sur sa vie. La légende ou les histoires arrangées la concernant sont plus importantes que sa biographie. Notre Alsacienne à vécu à l’époque mérovingienne. Elle est la fille du duc Etichon ou Adalric qui gouverna l’Alsace. Née vers 660, elle mourut en 720. Elle fut l’abbesse du couvent de Hohenburg que son père avait fondé. Le reste n’est que littérature ou récit hagiographique. D’ailleurs, sa vie ne fut écrite que 200 ans après sa mort. On eut le temps de l’embellir. Nous avons tous entendu parler de la noire colère de son père qui attendait de son épouse Bereswinde, un héritier mâle, quand Odile vint au monde. Quand il apprit, en outre qu’elle était aveugle, il se sentit humilié et chercha à la tuer. Sa mère réussit à préserver sa vie en l’éloignant. Elle fut élevée au monastère de Palme qu’on identifie parfois avec Baume-les-Dames. Elle recouvra la vue : Odile ne signifie-t-il pas «  fille de la lumière »? Elle finit par se réconcilier avec son père qu’il lui confia son château transformé en monastère. Mais la Hohenburg était difficilement accessible aux fidèles et pèlerins. L’abbesse Odile fit construire un second établissement un peu plus loin, le monastère d’en bas, appelé « Niedermünster.»</p>
<p style="text-align: justify;"> Difficile de démêler l’écheveau de la légende de celle de l’histoire. Mais le fait est que sa mémoire fut préservée. Le Mont-Saint-Odile est connu bien au delà nos frontières. C’est un peu notre montagne sacrée, un lieu ou souffle l’esprit. Toutes les aspirations politiques, culturelles et religieuse de la province se sont focalisées sur lui. Avant Odile, le mur païen déjà. Depuis Odile, des communautés de moniales attentives à l’accueil des pèlerins et des déshérités. Aujourd’hui encore, on s’y relaie pour la <i>laus perennis</i>, cette prière qui jamais ne cesse. Pendant la première guerre mondiale, on publia même un texte latin apocryphe connu sous le nom de <i>La prophétie de sainte Odile</i>. On le réemploya durant la seconde guerre. Il avait le bon goût d’annoncer, à chaque fois, la chute de la belliqueuse Allemagne. Odile avait toujours protégé l’Alsace. Et en parfait petit soldat, elle servit encore.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Sainte Odile à Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/images-5/" rel="attachment wp-att-799"><img class="alignleft size-full wp-image-799" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/images2.jpg" width="194" height="259" /></a> Odile n’a pas de lien étroit avec notre ville. Elle n’en est pas moins présente. Il est vrai qu’en tant que sainte patronne de l’Alsace pour les catholiques, Sélestat fait également  partie… de son diocèse. Une rue importante, une des plus longues de la ville, lui est consacrée depuis les années trente. Un axe nord-sud qui longe  approximativement la ligne du chemin de fer.</p>
<p style="text-align: justify;"> Vous l’avez tous vu,  au moins une fois, sur la place du Marché Vert à l’angle d’un édifice commercial. Elle semble veiller sur nous sans que nous la voyons immédiatement. Nous avons oublié de lever les yeux. Elle porte les siens sur un livre ouvert.C’est comme cela que nous la reconnaissons. C’est sa marque identitaire, son attribut de sainteté. Née aveugle, elle  a retrouvé la foi par le baptême.</p>
<p style="text-align: justify;"> C’est avec les mêmes attributs qu’elle figure sur le vitrail du croisillon nord de l’église Sainte Foy. Elle se trouve à côté de saint Léon IX, celui la même qui la canonisa dans son court pontificat. Léon, en réalité Bruno d’Eguisheim qui avait été évêque de Toul et qui fut  l’oncle de Hildegard de Buren, avait vécu au XIe siècle. Odile, trois siècles plutôt. Entre les lieux une belle filiation qui narre les balbutiements de l’histoire de l’église d’Alsace. Qu’ils soient réunis tous deux dans une église à Sélestat est naturel</p>
<p style="text-align: justify;"> Nous présentons  par ailleurs  le beau vitrail contemporain dédié à la vie de sainte Odile  dans le choeur de l’église Saint-Georges.  Sait-on  qu’on la retrouve enfin, indirectement, à travers la mention en latin  de ses parents, Adalric et Bereswinde, sur le portail officiel, rue du Sel, de l’hôtel d’Ebersmünster.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Le vitrail d&rsquo;Odile </strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/img_7444/" rel="attachment wp-att-800"><img class="alignleft size-full wp-image-800" alt="IMG_7444" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG_7444.jpeg" width="322" height="640" /></a> Dans le vaste choeur de l’église Saint-Georges, Odile a trouvé sa place. Tout un vitrail lui est consacré. Elle se retrouve en bonne compagnie, à coté de Notre Dame, à qui le sanctuaire autrefois fut consacré, sainte Catherine, saint Georges et saint Michel, sainte Hélène et sainte Agnès. Elle n’y figurait pas au Moyen-Age et n’est pas recensée parmi les vitraux du XVe siècle aujourd’hui conservés ( 55 panneaux sur 288). Elle est arrivée plus récemment, en même temps que Michel et Georges. Elle fait partie des petits derniers. Elle n’est cependant pas la moindre. Son géniteur, si l’on peut dire, est le grand maître-verrier Max Ingrand (1908-1969) qui restaura, après-guerre, les vitraux de la fin du Moyen Age, et remplaça les panneaux manquants par des nouveaux qui ne déparèrent pas. Au contraire, le miracle des vitraux du chœur de l’église Saint-Georges réside dans la complémentarité et l’harmonie des verrières historiques et des contemporaines. Du grand art pour tous les spécialistes. A première vue d’ailleurs, avant que le regard ne s’habitue, on a même du mal à les dissocier. C’est en 1967, que Sélestat retrouva, en quelque sorte, sa « sainte chapelle ».</p>
<p style="text-align: justify;"> La première des sept fenêtres du chœur est consacrée à la vie légendaire de sainte Odile. Quatorze panneaux narrent son extraordinaire aventure : la naissance de l’enfant aveugle, le secret de son éducation, le baptême qui la guérit de la cécité, la première réconciliation avec son père, sa charité envers les pauvres, son refus de se marier malgré les menaces de son père, son nouvel exil, sa vie errante de mendiante, sa réconciliation définitive avec son père, la fondation d’une communauté religieuse, la retraite des parents d’Odile auprès de leur fille devenue abbesse, ses oeuvres de charité, sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tout se déroule dans une architecture adaptée qui sert de cadre et fait se côtoyer une riche gamme de couleurs qui laissent passer la lumière et concourent ainsi à faire du chœur de l’église cette anticipation du Royaume auquel aspirent les enfants de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Pour en savoir plus :</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Thérèse Fischer, La vie de sainte Odile et les textes postérieurs, Strasbourg, Editions du signe, 2006</p>
<p style="text-align: justify;"> René Bornert, Notice Odile (sainte), Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne, p. 2893-2896.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, DNA  Sélestat, 13 juillet 2019, Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Saint Georges et Sélestat</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Apr 2020 13:37:08 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#160; Il a pignon sur rue, à Sélestat, « notre » saint Georges.  Il est même devenu le patron de l’école paroissiale au cours du XVe siècle. Personnage historique autant que légendaire, il fait partie des saints particulièrement vénérés au Moyen Age. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il a pignon sur rue, à Sélestat, « notre » saint Georges.  Il est même devenu le patron de l’école paroissiale au cours du XVe siècle. Personnage historique autant que légendaire, il fait partie des saints particulièrement vénérés au Moyen Age. Comme saint michel, l’archange, il terrassa un dragon, incarnation absolue du mal et du péché. L’église Saint-Georges possède en son coeur un admirable vitrail contemporain réalisé par le très talentueux maitre verrier  Max Ingrand à la fin des années 60. A voir  ou à redécouvrir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/saint_george_and_the_dragon_by_paolo_uccello_paris_01/" rel="attachment wp-att-784"><img class="alignleft size-medium wp-image-784" alt="Saint_George_and_the_Dragon_by_Paolo_Uccello_(Paris)_01" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/Saint_George_and_the_Dragon_by_Paolo_Uccello_Paris_01-300x169.jpg" width="300" height="169" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>saint Georges à Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Georges est un saint étonnant. On le connaît un peu par l’histoire, on le connaît davantage par sa légende. Il est l’un de nos saints les plus vénérés, à l’égal de saint Martin qui cumule, en Europe, le patronage des églises. On sait qu’il fut valeureux. On n’est pas pour rien le patron des chevaliers. Brave oui, mais téméraire au point de détrôner la Vierge Souveraine à Sélestat, on ne s’y attendait pas. On dira que c’est osé. Pendant des siècles, l’église paroissiale de Sélestat était dédiée à Notre Dame. Puis à la fin du Moyen Age, au XVe siècle, sans doute, sans qu’on sache vraiment ni quand ni pourquoi, elle fut dessaisie au profit du preux chevalier  dont on raconte qu’il terrassa un jour un épouvantable dragon, qui ressemblait probablement  à celui que chevauche Daenerys Targaryen dans Game of Thrones.</p>
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<p style="text-align: justify;">Pourquoi à Sélestat préféra-t-on la mâle attitude d’un chevalier à la rassurante présence protectrice de la mère du Christ ? On remit cela un siècle plus tard quand fut édifiée la belle chaire dont la cuve est portée par Sansom, autre mâle puissant avant que Dalila se décidât à lui couper les cheveux. Au moment du « putsch », le reine des cieux ne donna guère l’impression de s’accrocher à son siège. Elle acquiesça et consentit à s’effacer. Il est vrai qu’elle avait l’habitude de ces intrusions violentes. L’archange Gabriel, jadis déja&#8230; Mais qu’on se rassure, Marie a du souffle , c’est une coureuse de fond, elle reviendra.</p>
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<p style="text-align: justify;">Mais qui est ce Georges qui apparaît sur la scène locale? Pour l’histoire, il est né en Cappadoce vers 275-80 et mourut martyr, le 23 avril 303, sous l’empereur Dioclétien. Son père était un noble arménien, sa mère était originaire de Palestine. Quand son père mourut, sa mère revint en Judée, dans la région de Lydda ( Lod, en Israel ). A quinze ans, il entre dans l’armée romaine, est remarqué par Dioclétien qui le fait chevalier et même chef de sa garde personnelle. Grâce à ses aptitudes militaires et à ses origines, il obtint le commandement des régions sensibles comme la Syrie, la Palestine, l’Egypte et la Libye. Il fut même élevé au rang de préfet. Quand l’empereur reprit la persécution des chrétiens, en 303, Georges s’opposa à lui, démissionna de son poste, entra en dissidence à côté des chrétiens avant d’être arrêté pour avoir, à Nicodémie, détruit une tablette sur laquelle figurait l’édit obligeant la population à s’adonner au culte d’ Apollon.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Arrêté, il est soumis à une série de supplices dont il survit miraculeusement avant d’être décapité. Il est enterré à Lydda « où il avait vaincu le dragon ».  Son culte se répandit dans tout le Proche Orient puis, plus tard, dans l’Europe chrétienne. Le roi Clovis le promut, les croisades le rendirent populaire, il devint le patron de l’ordre du temple, de l’ordre teutonique, de l’ordre de la Jarretière également appelé ordre de Saint-Georges. <i>La Légende dorée (</i>XIIIe s.) qui raconte, en l’embellissant, la vie d’environ 150 saints, du dominicain Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, assure sa gloire et sa légende dont les artistes s’emparent. Au XIIIe siècle, il rejoint la cohorte des Saints Auxiliaires qu’on invoque lors des grandes épidémies. Son audience s’élargit encore. Nos voisins de Fribourg en Brisgau en font leur saint patron, tout comme le Royaume Uni ou plus récemment les scouts&#8230; L’armée l’a récupéré depuis longtemps. « <i>Et par saint Georges » </i>est la devise de l’armée blindée et de la cavalerie française. Il en va de même chez nos voisins suisses.</p>
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<p style="text-align: justify;">Finalement, il ne dépare pas dans la bonne ville de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/images-4/" rel="attachment wp-att-785"><img class="alignleft size-full wp-image-785" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/images.png" width="201" height="250" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"><b><i>Le dragon de saint Georges</i></b></p>
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<p style="text-align: justify;">Il a beau être martyr, ses attributs le désignent non pas par la palme et le supplice du martyr, mais juché sur un cheval et terrassant un dragon. Cette image est quasi figée depuis le XIIIe siècle quand fut rédigée la <i>Légende dorée</i>. Georges de Lydda, officier de l’armée romaine, traversa un jour la ville de Silène, en proie à la terreur. Elle était persécutée par un dragon qui non seulement dévorait tous les animaux de la contrée mais exigeait qu’on lui livrât chaque jour, deux jeunes gens tirés au sort. Celui-ci tomba sur la fille du roi, le jour où Georges entra en ville. Il promit de la délivrer et engagea un féroce combat avec le monstre qu’il transperça d’un coup de lance avec l’aide du Christ et après un signe de croix. La princesse fut délivrée et le dragon amadoué la suivit comme un chien fidèle. La foule resta cependant tétanisée à la vue du dragon que Georges finit par occire par l’épée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La légende a fini par l’emporter sur l’histoire. Le dragon était probablement un brigand de grand chemin qui terrorisait et rançonnait les habitants de Lydda. On connaît même son nom : <i>Naphr</i> ! Mais que pèse l&rsquo;histoire face à l’impact de la légende ? Dans l&rsquo;édification du chrétien,  elle est autrement plus efficace : le dragon est une allégorie de Satan, autrement dit du Mal. Dans son imaginaire, enfin, il est suffisamment monstrueux pour nourrir les angoisses du pécheur  face à son salut.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Petite indication à ceux qui auraient tendance, devant une statue ou une peinture, à confondre saint Georges et saint Michel, qui lui aussi terrassa un dragon : Michel n’a pas de monture, il porte des ailes !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le vitrail de Max ingrand </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/img_7443-2/" rel="attachment wp-att-786"><img class="alignleft size-full wp-image-786" alt="IMG_7443 2" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG_7443-2.jpeg" width="302" height="617" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le très beau jeu des vitraux  de l’église paroissiale réalisé par Max Ingrand dans les années soixante, qui complète les vitraux d’origine du XVe siècle, saint Georges a trouvé sa place et il est à sa place. Soit à la droite de la Vierge (à gauche dans le choeur) et en face de saint Michel, autrement dit du coté nord du choeur dont le vitrail principal, celui du chevet, est entièrement consacré à la Vierge. Comme quoi tout est rentré dans l’ordre. Marie a retrouvé sa primauté et la hiérarchie a repris ses droits.<br />
Le cycle de saint-Georges est un vitrail contemporain. Il s’inspire de la <i>Légende dorée</i> et, en seize panneaux, narre l’essentiel de la vie de saint Georges enrichie par la légende : Il apparaît sous les traits d’un chevalier. Un dragon ravage les alentours de la ville de Silène, la fille du roi est désignée pour servir de prochaine victime de la bête,  elle croise le chevalier qui s’engage à la sauver, celui-ci blesse le dragon, la jeune femme passe sa ceinture autour de son cou avant que Georges achève la bête. Le chevalier convertit le roi, se dépouille de ses armes pour vêtir  le manteau des chrétiens. Il refuse d’adorer les dieux païens, on le soumet au supplice, Dieu lui apparaît dans le cachot où il a été jeté. Georges échappe au poison du magicien, survit à la chaudière de plomb fondu et renverse les idoles du temple avant d’être décapité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La qualité esthétique du travail réalisé par le maitre verrier Max Ingrand est, comme nous l’avons déjà souligné dans une précédente chronique, tout à fait admirable. Il est à la fois fidèle à la tradition et moderne dans son expression. Le panneau consacré à la vie de saint Georges le confirme une fois encore</p>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Pour en savoir plus :</strong></p>
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<p style="text-align: justify;"><i>La Légende dorée</i> de Jacques de Voragine, 2t., Flammarion 1999</p>
<p style="text-align: justify;">Georges Daix,<i> Dictionnaire des saints</i>, Lattès, 1996</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Reclams Lexikon der heiligen und der biblischen Gestalten</i>, Stuttgart, 1984</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Biographisch-bibliographisches Kirchenlexikon</i>(BBKL). Band 2, Bautz, Hamm 1990,</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Sept siècles de vitraux, Eglise Saint-Georges de Sélestat</i>, Sélestat 2010</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Gabriel Braeuner</em></strong>, DNA  Sélestat, 12 octobre 2019, extrait de la rubrique  Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Les imprimeurs sélestadiens de l&#8217;Humanisme et de la Réforme</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Apr 2020 10:04:21 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La genèse de l’imprimerie en Alsace est incontestablement marquée par la contribution des imprimeurs sélestadiens. A côté de Jean Mentelin, le premier grand imprimeur alsacien à Strasbourg, nous comptons avec Matthias et Lazare Schürer, puis Crato Mylius, trois autres imprimeurs de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/les-imprimeurs-selestadiens-de-lhumanisme-et-de-la-reforme/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La genèse de l’imprimerie en Alsace est incontestablement marquée par la contribution des imprimeurs sélestadiens. A côté de Jean Mentelin, le premier grand imprimeur alsacien à Strasbourg, nous comptons avec Matthias et Lazare Schürer, puis Crato Mylius, trois autres imprimeurs de qualité, qui avec des fortunes diverses ont fortement contribué au rayonnement de cette industrie nouvelle</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-imprimeurs-selestadiens-de-lhumanisme-et-de-la-reforme/buchdrucker-1568/" rel="attachment wp-att-779"><img class="alignleft size-medium wp-image-779" alt="Buchdrucker-1568" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/Buchdrucker-1568-256x300.png" width="256" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Matthias Schürer, au service de la République des Lettres </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Les imprimeurs sélestadiens jouèrent, comme on le sait,  un rôle essentiel  dans le développement de l’imprimerie. L ’apport de notre concitoyen Jean Mentelin fut déterminant à Strasbourg tout de suite après le passage de Gutenberg. La contribution de notre ville ne s’arrêta pas là. Deux de ses enfants, Matthias et Lazare Schürer, l’oncle et le neveu, prirent le relais peu de temps après. En s’inscrivant tout à fait dans une époque marquée par le mouvement humaniste et l’avènement de la Réforme protestante.</p>
<p style="text-align: justify;">Matthias est le plus connu. Né vers 1470 à Sélestat, il avait été élève de l’École latine. Puis avait poursuivi ses études supérieures à l’Université de Cracovie avant de venir à Strasbourg auprès de son cousin Martin Flach et de son oncle Jean Knobloch qui l’initièrent au métier d’imprimeur. Il finit par s’installer à son compte, dans la ville libre d’Empire, à partir de 1508. Il allait faire de la publication des livres de l’antiquité latine et des écrits d’humanistes sa spécialité. Dans sa courte mais féconde carrière &#8211; il mourut en 1519 &#8211; il publia plus de 270 titres, presque exclusivement en latin,  pour au moins 120 auteurs. Fidèle en l’occurrence à cette profession de foi datée de 1506, quand il était encore en apprentissage, où il proclamait : « Je m’efforcerai dans la mesure de mes forces d’aider et de faire croître, grâce à nos caractères d’imprimerie, la République des Lettres, en imprimant tous les livres les plus savants des hommes les plus savants. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il tint parole. Son catalogue était vaste. Érasme y figure en bonne place : quarante-deux publications dont la première édition datée de « L’Éloge de la Folie » en 1511, immédiatement après celle non datée de Paris. Érasme apprécia la qualité de son travail. Il le rencontra en 1514 et lui confia, en novembre, l’édition de la version définitive de son chef d’œuvre. Le grand humaniste confessait « qu’il aimait Matthias de toutes ses forces ». Et il n’oublia pas de le citer dans son « Éloge de Sélestat » daté de 1515. Les écrivains de l’antiquité classique dont les humanistes étaient les spécialistes ne manquaient évidemment pas dans l’officine de Matthias Schürer. Cicéron, Virgile, Horace, Ovide, Plaute et Térence mais aussi Valère Maxime et Aulu-Gelle furent offerts à la curiosité des  « studieux des bonnes lettres ». Et cela, grâce à l’un de ses conseillers éditoriaux, Nicolas Gerbel</p>
<p style="text-align: justify;">Son atelier est également représentatif des préoccupations pédagogiques et spirituelles de son temps. « L&rsquo;homme ne naît pas homme, il le devient » avait fort justement proclamé Érasme. C’est par l’éducation qu’il le devenait. Voilà pourquoi notre imprimeur réserva une place de choix aux ouvrages à vocation pédagogique. Ouvrages sur la langue latine, parmi lesquels une version courte des <i>Adages</i> d’Érasme. <i>Fables</i> d’Ésope et les <i>Préceptes moraux</i> de Caton pour le plus jeunes ; biographies de philosophes ou compilations de doctrine philosophique dues à  Philostrate, Plutarque et Apulée pour les aînés.</p>
<p style="text-align: justify;">Les auteurs contemporains n’étaient pas oubliés. Beatus Rhenanus, qui travailla pour Schürer dès 1508, proposa la publication d’auteurs italiens, parmi lesquels Michel Marulle, qui inspira tant notre Ronsard. D’autres Sélestadiens, Kierher, Spiegel ou leurs amis, lui donnèrent des textes d’Italiens à imprimer. Jacques Wimpfeling n’est pas étranger à l’édition des sermons de Geiler de Kaysersberg, en allemand ou traduits en latin. Les libraires Alantsee de Vienne lui confièrent, entre autres, l’édition de poèmes de l’humaniste allemand Conrad Celtis.</p>
<p style="text-align: justify;">Wimpfeling n’hésitait pas à l’appeler « son compatriote bien aimé, vénérable non seulement par sa science mais aussi par son honnêteté et sa sincérité. » L’hommage était mérité. Ses éditions avaient la réputation d’être exemptes de fautes typographiques. Les humanistes étaient ses amis. Il les servait avec ferveur.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Lazare Schürer, imprimeur engagé</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Lazare, son neveu, était devenu l’associé de son oncle peu de temps avant son décès. De retour à Sélestat fin 1519, il s’installa dans la maison de sa mère, non loin de l’église Sainte-Foy dans la maison « Zum grossen Greifen ». Sur place il trouva la Société littéraire que Wimpfeling avait créée en 1515. Il publia plusieurs ouvrages de ses membres : une lettre de soutien à Luther de Wimpfeling, les <i>É</i><i>pigrammes</i> de Sapidus et un pamphlet antipapal du curé de Saint-Georges Paul Phrygio. Un <i>Commentaire</i> sur une œuvre de Prudence due à Spiegel, juriste et secrétaire des empereurs Maximilien I<sup>er</sup> et Charles Quint.</p>
<p style="text-align: justify;">Si sa production n’atteignit pas l’ampleur de celle de son oncle, Lazare Schürer n’en produisit pas moins une cinquantaine de publications dont la moitié porte sur la défense de Luther, les dérives de l’Église, les relations entre Rome et l’Empire. Des textes satiriques qui s’en prennent aux adversaires de Luther et d’Érasme, avant leur rupture, ou de Reuchlin, le vieil humaniste de Pforzheim, menacé par l’Inquisition pour avoir voulu sauver les ouvrage juifs des flammes et de la destruction. L’imprimerie de Lazare Schürer participe ainsi à la guerre des pamphlets avec quelques signatures qui font autorité : Ulrich von Hütten, Philipp Melanchthon, Otto Brunfels, Willibald Pirckheimer, Conrad Nesen ou Juan Luis Vives. On y défend fortement les bonnes lettres menacées par  la scolastique, philosophie et théologie enseignées au Moyen Age, qui fit la part belle au formalisme et à la dialectique aux dépens de la rhétorique .</p>
<p style="text-align: justify;">Son catalogue témoigne de l’effervescence intellectuelle et spirituelle de son temps. La belle unité intellectuelle dont faisaient preuve tous ces humanistes va voler en éclat. Le mouvement de la Réforme, qui partout progresse, va provoquer des dissensions entre les amis d’autrefois. Sapidus et Phrygio, ont choisi leur camp. Ils quitteront la ville au lendemain de la Guerre des Paysans, en 1525. Sélestat demeura fidèle à Rome. Beatus  suivit Érasme qui avait rompu avec Luther. Lazare Schürer fut suspecté de faire partie des Luthériens de la cité. On l’accusa de tenir des réunions secrètes dans la maison de sa mère. Le magistrat lui interdit « de prêcher et de lire aux laïques ». Criblé de dettes, fragilisé par des procès à répétition, il se battit comme un beau diable pour laver son honneur et rester à Sélestat. Il se maintint et devint même le directeur de l’école latine en 1526. Il était trop tard. L’école avait perdu sa réputation, ses enseignants et ses élèves. Elle n’avait plus rien à voir avec celle de Sapidus. En pleine régression, elle ne put être sauvée par Schürer. Il ne se remit jamais de ses déboires successifs et mourut en octobre 1528.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Crato, l’homme de liaison</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Il passe presque inaperçu à côté des Schürer.  Pourtant Kraft Müller (Crato Mylius), né vers 1503 à Sélestat, avait aussi été imprimeur à Strasbourg, où, en 1536, il acheta l’officine de Georges Ulricher. Gagné à la Réforme, il y édita une centaine de livres, essentiellement en latin. Ce sont principalement des écrits humanistes (des commentaires d’auteurs anciens, dont les deux premiers livres de <i>L’Iliade</i>, en grec) et théologiques (des commentaires de textes bibliques et des textes en allemand de Luther ou, en 1546, de Martin Bucer) mais aussi de l’histoire et du droit. Il publia également une des premières pièces bibliques en latin, « L’Anabion », écrite par Jean Sapidus qui avait été le dernier grand directeur de l’école latine de Sélestat avant de prendre le parti des protestants et de devoir quitter Sélestat pour Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la petite histoire, Kraft Müller était le demi-frère de Lazare Schürer et avait fait ses études à l’École latine de Sélestat. Il fréquenta par la suite l’Université de Wittenberg et suivit les cours de Melanchthon dont il devint l’ami et dont il publia régulièrement les ouvrages. Il mourut  à la bataille de Mühlberg,au service de la ville de Strasbourg,  quand l’empereur Charles Quint vainquit les princes protestants et la ligue de Smalkalde en 1547. Sa veuve, Margaretha reprit l’officine.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :</p>
<p style="text-align: justify;">François Ritter, <i>Histoire de l’imprimerie alsacienne aux XVe et XVIe siècles</i> (Publication de l’Institut des Hautes Etudes Alsaciennes, t. XIV), Strasbourg-Paris, Éditions F.-X. Le Roux, 1955.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Odile Burckel, « Les imprimeurs Matthias et Lazare Schürer et les écrits en faveur d’une réforme, notamment de 1518 à 1522 », dans <i>Beatus Rhenanus de Sélestat (1485-1547) et une réforme de l’Église : engagement et changement, Actes du colloque international tenu à Strasbourg et Sélestat du 5 au 6 juin 2015</i>, édités par James Hirstein, Turnhout, Brepols, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Odile Burckel, « Humanisme et imprimerie, l’exemple de deux imprimeurs sélestadiens Matthias et Lazare Schürer », dans <i>Humanistes et humanisme à Sélestat aux XVe et XVIe siècles, Actes du colloque tenu le 21 octobre 2017 à Sélestat</i>,  Les Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Gabriel Braeune</em>r, avril 2020</p>
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		<title>A l&#8217;origine de l&#8217;école latine, Jean de Westhuss et Louis Dringenberg</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Apr 2020 16:25:09 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[  Il sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/unnamed-2/" rel="attachment wp-att-772"> </a></p>
<p style="text-align: justify;">Il sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui en fit un établissement de premier plan où l’on tenta de (bien) former d’excellents chrétiens. Fidèle à l’exemple des Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne qui prônait la pauvreté, à l’image de celle du Christ, et les bienfaits de l’éducation.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Jean de Westhuss, le curé visionnaire</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/unnamed-2/" rel="attachment wp-att-772"><img class="alignleft size-full wp-image-772" alt="unnamed" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/unnamed.jpg" width="300" height="512" /></a></em></p>
<p style="text-align: justify;"> <em><strong>H</strong></em>ormis les spécialistes, qui connaît Jean de Westhuss ?Il avait été curé de Sélestat de 1423 à 1452, date de sa mort. Issu de la famille de Westhausen qui  possédait des terres à Sélestat, rien ne le destinait à la célébrité. Il aurait pu, comme beaucoup de ses pairs, s’acquitter mollement  de sa charge pastorale dans une Église en crise qui avait, depuis 1431, réuni  à quelques lieues de là  un nouveau concile.  Dans un climat délétère où les pères du concile s’étaient longtemps opposés au pape. Pendant ce concile interminable qui dura dix ans et se transporta successivement de Bâle à Lausanne, puis à Ferrare et enfin à Rome, Jean de Westhuss vivait la crise de l’Église  sur le terrain. Où les prêtres étaient mal formés, les ouailles ignares, les écoles médiocres et les maîtres mal payés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le curé de Sélestat était convaincu que seul un enseignement de qualité était capable de faire progresser les chrétiens sur le chemin de la foi et de la pratique. Son école paroissiale ne brillait guère par l’esprit. Il s’en émut, s’en ouvrit à ses proches et se mit en quête de trouver  un pédagogue digne de ce nom. Capable de transmettre un savoir solide pour faire de ses élèves de bons chrétiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Des jeunes Sélestadiens  qui fréquentaient l’Université de Heidelberg lui recommandèrent  l’un de leurs aînés, un certain Louis Dringenberg, originaire de Westphalie. Il fit l’affaire, prit la direction de l’école à partir de 1441 et débuta cette merveilleuse et grande aventure  humaniste qui fit et fait encore la réputation de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean de Westhuss ne s’arrêta pas la. Il installa l’école paroissiale dans les bâtiments de l’ancienne Oeuvre Notre Dame à proximité de Saint-Georges. A sa mort, en 1452, Il légua l’ensemble de sa bibliothèque à la fabrique de l’église. Par ce geste, il donna une impulsion décisive  à la constitution d’une bibliothèque paroissiale, celle de l’école latine, l’autre pilier, à côté de celle de Beatus Rhenanus, de notre Bibliothèque Humaniste. Son exemple fit des émules, d’autres bienfaiteurs suivirent son exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">On estime sa donation à une trentaine de volumes au contenu essentiellement  religieux. Il était prêtre après tout. Un prêtre resté exemplaire dans une Église tourmentée.  Ce qui est tout à son honneur.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Louis Dringenberg, « l’apôtre de la jeunesse »</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/image/" rel="attachment wp-att-774"><img class="alignleft size-full wp-image-774" alt="image" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/image.jpg" width="417" height="578" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il fut le premier maître de l’école paroissiale qui acquit la notoriété. Né dans le diocèse de Paderborn vers 1410, il aurait fréquenté l’école du Mont Sainte-Agnès , près de Zwolle au Pays-Bas. Celle-ci avait été fondée par les Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne du Nord de l’Europe. C’est à Heidelberg qu’il poursuivit ses études à partir de 1430. En 1432, il est bachelier. Deux ans plus tard, il obtient le grade de maître ès art.  On suppose qu’il étudia la théologie par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’il apparaît à Sélestat en 1441 pour prendre le poste de maître d’école à la demande du curé Jean de Westhuss. Le poste était devenu vacant. Son prédécesseur venait d’être renvoyé pour s’être battu, à coups de hache, avec un tailleur de pierre véhément nommé Jean de Spire…</p>
<p style="text-align: justify;">Quand il vint à Sélestat, il ne s’attendait pas à y rester 36 ans, de 1441 à 1477. Jean de Westhuss l’installe dans le locaux de l’oeuvre Notre Dame et lui confie non seulement les élèves de l’école mais aussi la direction du chant sacré lors des offices dominicaux et des jours de fête.  Dringenberg est un excellent pédagogue mais également un  chrétien fervent ! Il disposait des qualités requises pour aider à « réformer » par l’enseignement. En bon humaniste, il cultivait l’amour des belles lettres et le retour aux sources antiques sans que sa foi ne fût prise en défaut. Il n’omit pas d’enseigner aussi les pères de l’église. Rappelons que l ’humanisme de cette époque est un humanisme chrétien. Celui qu’embrassera le grand Érasme de Rotterdam ( 1469-1536) un peu plus tard. Avec des préoccupations identiques : Former les chrétiens par l’éducation selon sa belle formule « L’ homme ne naît pas homme, il le devient ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est exactement ce que tenta Louis Dringenberg. Avec succès ! L’illustre Jacques Wimpfeling, sélestadien d’origine et pédagogue de renom, que nous présenterons ultérieurement, lui rendit   un bel hommage « L’éducation fut la passion de cet apôtre de la jeunesse et l’Alsace lui est redevable  d’une partie non négligeable de sa culture… Tous ont été remarquablement instruits  dans les connaissances élémentaires de la grammaire sans qu’on leur ait ingurgité les gloses et les commentaires de Donat et d’Alexandre. De ses livres, Dringenberg ne prenait que ce qui était utile et nécessaire  à l’enseignement de ses élèves ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il était resté fidèle aux préceptes des frères des la vie commune qui condamnait la science vaine, celle qui gonfle l’esprit sans la fortifier.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :</p>
<p style="text-align: justify;"> Paul Adam,<em> L’humanisme à Sélestat. L’école, Les Humanistes, La Bibliothèque.</em> Sélestat, 1962-2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Paul Adam, <em>Il y a cinq siècles, en 1477, mourut à Sélestat Louis Dringenberg, père de l’humanisme alsacien,</em> Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, <em>Au coeur de l’Europe humaniste, le génie fécond de Sélestat</em>, Editions du Tourneciel, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Francis Rapp, l<em>’École humaniste de Sélest</em>at, Saisons d’Alsace, 1975</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, DNA de Sélestat du 11 janvier 2020,</strong> </em>Extrait de la rubrique &nbsp;&raquo; ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Beatus Rhenanus, esquisse d&#8217;une biographie</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Apr 2020 10:12:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#160;  Nul besoin d’insister, Beatus Rhenanus (1485-1547) est notre Sélestadien le plus connu.Déjà dans le quadrige des humanistes alsaciens, constitué de Geiler de Kaysersberg, de Sébastien Brant, de Jaques Wimpfeling, et de lui- même, il n’est pas le moindre. Le &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/beatus-rhenanus-esquisse-dune-biographie/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i><a href="http://www.histoires-alsace.com/beatus-rhenanus-esquisse-dune-biographie/download-3/" rel="attachment wp-att-717"><img class="alignleft size-full wp-image-717" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download.jpg" width="183" height="275" /></a></i></b></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"> Nul besoin d’insister, Beatus Rhenanus (1485-1547) est notre Sélestadien le plus connu.Déjà dans le quadrige des humanistes alsaciens, constitué de Geiler de Kaysersberg, de Sébastien Brant, de Jaques Wimpfeling, et de lui- même, il n’est pas le moindre. Le plus jeune d’abord, le plus brillant peut-être.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sa notoriété est restée intacte. Sa proximité avec Érasme de Rotterdam, la personnification même de l’humanisme chrétien du XVIe siècle, qui est entré dans l’histoire comme le prince du mouvement, y a fortement contribué. Beatus fut son ami, son collaborateur, son correcteur, son éditeur. Et même son historiographe. En 1541, suivant les volontés d’Érasme, décédé en 1536,  Beatus publie chez l’imprimeur Froben à Bâle, l’ensemble des oeuvres, introduite par une biographie de l’érudit Hollandais. S’il a cependant survécu à travers les siècles, c’est d’abord par l’extraordinaire bibliothèque qu’il a léguée à sa ville natale en 1547, que nous avons conservée pour une part essentielle. C’est elle, et elle seule, qui a été classée au <i>Registre Mémoire du monde de l’Unesco </i>en 2011, parce que rare sinon unique exemple d’une bibliothèque conservée d’un intellectuel de la Renaissance. C’est elle qui constitue l’écrin de la nouvelle présentation de la Bibliothèque humaniste de Sélestat qui a ouvert ses portes, après quatre années de fermeture, en juin 2018, rénovée de fond en comble par les mains expertes d’un architecte de qualité : Rudy Ricciotti et une équipe imaginative de muséographes et de forces vives locales.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Autrement dit, on n’ a jamais parlé autant de Beatus Rhenanus depuis cette date. Quand on voit l’engouement que suscite la bibliothèque-musée, on se dit que la curiosité autour de l’intéressé n’est pas prête de s’éteindre. Nous ne pouvons que nous en réjouir. En espérant cependant que l’intérêt dont il est l’objet, profite à sa ville natale que l’on se met à découvrir, à ses contemporains, aux humanistes et à leur mouvement, à ses compagnons de routes, aux gens qu’il fréquenta, à Bucer notamment qu’il éclipse totalement ici dans la ville natale des deux. Mais soyons honnête, Le second s’est largement rattrapé ailleurs qu’à Sélestat. Sa notoriété est en réalité bien plus grande que celle de Beatus Rhenanus à l’aune européenne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais connaissons nous vraiment Beatus ? Nous le célébrons volontiers, il fait partie de l’héritage de la ville, de ses meubles en quelle sorte. Quand ces derniers deviennent trop vieux, il faut songer à les réparer et surtout les épousseter régulièrement. Le toilettage n’est pas de trop. Un peu <i>d’Oschterputz</i> n’a jamais fait de mal. Cette tradition alsacienne a quelque chose de salutaire. A chaque fois qu’on nettoie, on découvre quelque chose de neuf. Découvrir, dévoiler, soit enlever le masque, gratter le vernis. Retrouver l’origine, revenir aux sources, au vrai, à l’authentique. Essayer de le retrouver dans son jus, avant que l’hommage, la légende, l’hagiographie, la construction du mythe n’interviennent.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous ferons, de temps en temps référence  à l’imparfaite biographie (1551) du premier biographe du sélestadien, le strasbourgeois Jean Sturm (1507-1589) mais davantage aux  travaux contemporains de Robert Walter qui soutint une thèse sur BR et surtout de James Hirstein, le meilleur spécialiste de la question, qui a entrepris de publier sa correspondance.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> Il nous faut creuser comme des archéologues, avec patience et munis de tout petits outils ou instruments pour éviter d’altérer ou de blesser la figure première. Dire et redire ce que nous savons de lui mais à chaque fois s’interroger sur ce que nous avançons, faire preuve de discernement entre ce que l’on continue de raconter par commodité et la réalité, tant est que nous puissions la cerner. Nous sommes quelques uns à avoir une idée sur Beatus, à le figer dans quelques certitudes, à le voir à travers l’idée que nous nous faisons de la fin du Moyen-Age et de l’aube de la Renaissance. Nous le faisons, hélas, souvent passer par le prisme déformant de notre vision contemporaine. Sommes nous seulement capable de nous mettre à la place de… Essayez de vous mettre dans la peau de Luther, de Calvin de Bucer, d’Erasme et bien entendu de Beatus. Nous avons beau faire, beau lire et étudier, nous restons le plus souvent devant  la porte. Mais c’est là l’exaltant et finalement très limité destin des historiens.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Je ne vous raconterai pas aujourd’hui toute « l’histoire » de Beatus. Je vous propose de l’accompagner cependant à travers quelques thématiques majeures</p>
<p style="text-align: justify;">Sa formation intellectuelle, ses relations avec Érasme, sa contribution à la science,  sa bibliothèque, ses convictions religieuses. De quoi le cerner mieux à défaut de le définir totalement .</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Enonçons d’emblée, avant de les évacuer, quelques questions biographiques générales. Celle de son patronyme en premier. Connu à jamais sous le nom de Rhenanus, qui est en réalité la version latine que le jeune Beatus donna de son « surnom », celui qu’avait hérité son grand père originaire de Rhinau, quand il s’établit à Sélestat au début du XVe siècle. On le qualifia selon sa commune d’origine, on le traita de Rinower, soir celui qui est originaire de Rhinau. C’est ainsi que l’on désignait encore Anton, père de Beatus qui s’appelait, en réalité,  Bild, et qui fut un boucher entreprenant et un notable reconnu dans sa ville d’adoption. Dans le fameux cahier d’écolier de Beatus, qui date de la fin du XVe siècle, et que nous montrons abondamment dans la nouvelle présentation muséographique, on rencontre les initiales BR sous la plume de l’écolier. R comme Rinower. Le surnom était celui qu’utilisait alors l’élève qui ne le latinisera, selon une mode répandue chez ces experts en latin et en grec, qu’à son retour de l’université de Paris vers 1507.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa mère s’appelait Barbe Kegler. Elle avait eu trois enfants dont seul Beatus survécut. Elle mourut quand son dernier fils avait deux ans. Son père ne se remaria pas. Il l’éleva avec l’aide d’une servante de la famille et son beau -frère Reinhard Kegler qui était prêtre. Plutôt aisé, le père mit ses ressources financières à la disposition de son fils, lui assurant une éducation de choix, à l’école latine de la ville et, plus tard à l’université de Paris. C’est grâce à l’argent de papa qu’il put très tôt s’offrir des ouvrages et se constituer précocement une bibliothèque de choix dont nous profitons amplement aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Des études solides et brillantes </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Vers 1491, à l’âge de 6 ans, il entre à l’école latine de sa ville. Cela fait quarante ans qu’elle avait été refondée par Louis Dringenberg, qui en fit une institution exemplaire autant préoccupée d’enseigner les belles lettres, celle des auteurs de l’antiquité, que de former de bons chrétiens. Ses successeurs ont poursuivi la voie et maintenu le niveau d’excellence d’une école qui, en première instance, dans une région qui ne possède pas d’université, forme aux universités de proximité que sont Heidelberg (1386), Fribourg et Bâle ( 1460). Les deux dernières étant créés à l’issue du Concile de Bâle (1431-1448), permettant ainsi aux jeunes Alsaciens de bénéficier d’universités proches pour continuer leurs études. C’était le vivier des futurs prêtres,  avocats, médecins, militaires, pédagogues mais aussi juristes ou administrateurs du Saint-Empire. Beatus suit les cours de Crato Hofmann  qui a succédé à Dringenberg en 1477 et Hieronymus Gebwiler, qui prend le relais en 1501.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il s’y montre élève brillant et travailleur, s’ouvre, ainsi que le montre le cahier d’écolier, entre autres,  aux <i>Géorgiques </i>de Virgile aux <i>Fastes </i>d’Ovide, se révèle sensible à la poésie et assimile parfaitement une méthode d’enseignement fondée sur l’analyse « littérale, logique et profonde » ( Hirstein) des textes. Esprit curieux et pieux, respectueux de la tradition et de l’enseignement de ses maîtres, ses nombreux annotations et commentaires montrent en même temps qu’il tend à vouloir les dépasser par son obsession d’aller au fond des choses.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ces années sélestadiennes l’ont incontestablement marqué. L’école latine  fut sa première mère intellectuelle. Sa formation humaniste et chrétienne  constituait un solide viatique pour l’avenir. Il devint moniteur d’élèves plus jeunes dont Sapidus qui deviendra plus tard le dernier grand directeur de l’école.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Les années parisiennes </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est à Paris qu’on le retrouve comme jeune étudiant en 1503. Il aurait pu choisir les universités plus proches de Heidelberg et surtout de Fribourg et de Bâle. C’est dans la capitale du Royaume de France qu’il se retrouva, probablement conseillé par Jérôme Gebwiller qui y avait étudié et d’où il avait rapporté les œuvres de l’humaniste Lefèvre d’Étaples, dont notamment ses introductions aux œuvres d’Aristote, <i>Éthique, Physique, Logique</i>. Lefèvre d’Étaples était le spécialiste d’Aristote Beatus, qui fréquente leCollège du Cardinal-Lemoine, s’y nourrit à son tour. Tout comme il s’initia à l’imprimerie durant sa période parisienne auprès d’Henri Estienne. Il y travailla comme correcteur. À côté de la philosophie, il apprit, apparemment de façon insatisfaisante, le grec auprès de Hermonyme de Sparte, et se perfectionna en poésie latine chez Faustus Andrelinus, à l’excellente réputation pédagogique. Il accomplit son cursus universitaire en trois ans : bachelier, licencié, maître ès arts. Beatus, à Paris aussi, fut un grand « bûcheur ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Paris, ce fut davantage encore ! Des amitiés solides avec quelques « pays » comme Michel Hummelberg de Ravensbourg, les anciens condisciples de l’école latine, Bruno et Basile Amerbach, son compatriote Beatus Arnoald, futur secrétaire impérial, Mathias Ringmann dont le nom est associé à celui de l’Amérique qu’il contribua à baptiser en 1507. Il resta proche de ses maîtres en philosophie, de Josse Clitowe, Docteur en Sorbonne, surtout, qui connaissait et expliquait mieux que personne la pensée et les livres de son maître Lefèvre d’Étaples. Ce dernier, qui se consacrait, à partir de 1507, à l’étude de l’Écriture Sainte, publia en 1512 ses Commentaires sur les Épîtres de Paul. Il y écrivit notamment que l’Écriture est la source et la règle du vrai christianisme et que les œuvres étaient insuffisantes pour assurer le salut. Tiens, tiens…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Du séjour parisien, Beatus rapporta quelque impressions contrastées. Lefèvre d’Etaples, le spécialiste d’Aristote, le marqua profondément.  «  Son approche concrète, note James Hirstein, mais guidées par l’élévation cadrait bien avec le caractère de Beatus et l’enseignement qu’il avait reçu. » A la suite de son maître, il se retrouva bien naturellement plus aristotélicien que platonicien. La philosophie du premier semblant se conformer mieux au christianisme que celle du second. Au contact du brillant philosophe, il développa une belle et pénétrante  capacité de jugement, qualité dont il sut faire un allié bienvenu tout au long de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le sélestadien seconda également Lefèvre dans ses programme de publication, des auteurs païens comme des auteurs chrétiens, généralement traduits par des humanistes italiens. Des sujets chrétiens et moraux, une belle langue latine, Tout cela ne pouvait que réjouir le jeune sélestadien, moins sensible, par contre, aux méthodes pédagogiques de la dispute ou du débat universitaire.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">À Paris enfin, il se constitua les bases d’une belle bibliothèque qui allait assurer sa réputation par-delà les siècles. Il ramena également les publications d’un autre homme d’origine germanophone comme lui, un certain Érasme de Rotterdam,  qui fait publié un prometteur recueil d’adages en 1500 et qui avait même fréquenté pendant quelque temps l’Université parisienne.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Beatus Rhenanus et Erasme, une amitié rhénane</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Beatus Rhenanus fut  érasmien bien avant d’avoir rencontré Érasme.  Ne fait-il pas éditer, peu de temps après son retour en Alsace les <i>Adages</i> chez l’imprimeur strasbourgeois Matthias Schürer, lui aussi originaire de Sélestat ? Il participe à l’engouement pour Érasme, il pleure même sa mort, victime, comme tant d’autres, d’une vilaine et sotte rumeur en août 1514.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ils deviennent amis, dès les premières rencontres. L’édition des textes les réunit, une même formation intellectuelle et morale les rapproche. C’est qu’ils travaillent côte à côte dans l’atelier de Froben à Bâle. La critique des textes, le retour aux sources, ce patient et minutieux travail de philologue qui les caractérisent tous deux supposent évidemment que l’on cultive l’exactitude, la précision et la minutie. Ils y excellent tous deux.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Érasme éprouve pour son jeune collaborateur une réelle tendresse et n’est pas avare d’éloges à son endroit. Il en fera même un ami très cher, « un ami vraiment pythagoricien, je veux dire une seule âme ». On croit entendre Montaigne parler de La Boétie. Beatus n’est pas en reste. Son admiration pour Érasme est éperdue, son dévouement total, son respect lui est assuré à vie. La confiance entre eux est totale. Souvent, quand Érasme s’absente de Bâle, c’est Beatus qui porte la responsabilité de ses éditions, se consacrant « tous les jours et la plupart des autres à Érasme ». Quand le maître est absent, c’est Rhenanus qui est l’âme du « cercle érasmien de Bâle ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si on se fréquente à Bâle, on se reçoit parfois à Sélestat, ou on voyage conjointement à Constance. Cela tisse des liens et permet de se laisser aller à des confidences. De quoi parle-t-on sinon d’édition mais aussi de la philosophie du Christ, ce thème cher à Érasme. Et probablement parle-t-on aussi de ce Luther dont parle tout le monde. On le découvre et on l’apprécie assez. On aurait même tendance à en faire un disciple ou un émule de l’humaniste de Rotterdam. Rhenanus n’est pas le dernier à propager les oeuvres de Luther tout comme celles d’Érasme « qu’il unit étroitement dans son zèle apostolique ».</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Mais l’idylle est de courte durée. Tout oppose Luther et Érasme. Le premier échoue dans sa tentative de rallier le second sous sa bannière. Les événements sociaux, imprévisibles et violents, que déclenchent l’attitude et les écrits de Luther ne sont pas du goût d’Érasme qui reste attaché à l’ordre établi. Les troubles de Zwickau et de Wittenberg, en 1520-21, la Guerre des Paysans, en 1525, où s’exprime toute la violence d’une population qui a perdu ses repères, furent autant de signaux qui éloignèrent les uns des autres. Mais le divorce n’est pas que circonstanciel ou méthodologique, il porte sur les options fondamentales de la théologie. En 1524, Érasme dans son essai sur le libre arbitre -<i>De libero arbitrio</i>- pourfend les thèses de Luther en défendant la possibilité pour l’homme de collaborer avec Dieu dans son propre salut sans opposer la foi et les oeuvres. Ce qui lui vaut, en 1525, une réponse acerbe de Luther, le <i>De servo arbitrio</i>, essai sur le serf arbitre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Érasme a choisi son camp. De même que Beatus Rhenanus, fidèle et loyal, qui suit son glorieux aîné. Les troubles de la Réforme eurent cependant une conséquence inattendue sur les relations entre Beatus et Érasme. Ils se virent moins, puis plus du tout. Bâle qui les avait réunis devint incertaine et dangereuse. L’introduction de la Réforme y fut violente. En septembre 1528, Beatus s’en retourna chez lui à Sélestat, Érasme se fixa à Fribourg en avril 1529. Tous deux avaient choisi des villes catholiques rétives aux idées réformatrices. Ils avaient, une fois encore,  fait la même analyse de la situation et tiré les mêmes conclusions. Ils restèrent en contact épistolaire, se tenant au courant de leurs activités réciproques.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Même la mort ne les sépara pas. Érasme décéda à Bâle dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536. Dans ses dernières volontés, il légua à son ami une cuillère et une fourchette en or et, surtout, le chargea d’éditer ses oeuvres complètes. Ce à quoi s’attela Beatus avec détermination. Imprimées de 1536 à 1540, chez Froben, l’imprimeur de toujours, elles paraissent en 9 volumes à Bâle en 1540. La préface est signée par Beatus. Dédiée à l’Empereur Charles Quint, elle contient une biographie détaillée d’Érasme rédigée par son ami Beatus Rhenanus.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce dernier avait toutes les qualités pour écrire cette biographie. Historien reconnu, au sens critique aiguisé ainsi que l’atteste son<i> Histoire de l’Allemagne </i>en trois livres de 1531, sa proximité avec le grand humaniste lui valut des confidences qu’il avait recueillies directement de la bouche d’Érasme. Il avait à la fois la distance nécessaire et la proximité requise pour évoquer la puissante figure et le prestige intellectuel de son ami. Raison de plus pour exprimer son indignation quand, le 19 janvier 1543, les oeuvres d’Érasme furent brûlées en place publique à Milan sur l’ordre d’un représentant de l’Archiduc Ferdinand. Quatre ans plus tard, le 18 mai 1547, Beatus Rhenanus disparaissait à son tour. Ainsi s’acheva une amitié vieille de 22 ans. À son début, en 1515, Érasme en avait pressenti la richesse et les contours. Une amitié pour la vie, une amitié pour l’éternité. N’avait-il-pas alors souhaité pour tous deux de mériter un jour « de jouir ensemble de la participation éternelle et véritable ? »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Peut-on résister à l’emprise, voire à l’ascendant intellectuel d’un Érasme ? Quelle autonomie peut-on avoir face à une personnalité aussi forte et talentueuse ? Beatus n’était-il qu’un collaborateur, un serviteur fidèle, chargé de voire en scène l’oeuvre extraordinaire du plus illustre des humanistes. Son caractère agréable, sa recherche permanente du compromis , sa patience, sa fidélité, son érudition aussi, étaient des qualités qui ne pouvaient que convenir à Érasme. Quel est le maître qui ne rêve pas d’un collaborateur de cet acabit ? Mais Beatus n’était il qu’un second ? Un exécuteur fidèle de la volonté d’un maître. Brillant certes mais second quand même ? Un Poulidor des humanistes ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Un savant  historien </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;épitaphe qui lui fut dédiée avait insisté sur sa science éminente et ses parfaites connaissances en latin et en grec. On la croit flatteuse &#8211; les morts sont parés de toutes les vertus &#8211; mais elle n’exprime que la réalité. Beatus n’est non seulement un esprit curieux, mais c’est un authentique savant, philologue hors pair, qui a fait de la recherche des textes, de leurs comparaisons et de leur critique une méthode de travail, une discipline scientifique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Si l’humanisme fut un mouvement culturel, esthétique, littéraire et pédagogique, s’il fut  souvent taraudé par le questionnement religieux, il fut aussi un quasi-métier. Grâce à lui, la critique des textes a progressé. On se met en chasse de l’original, manuscrits ou livres, on essaye d’en maîtriser la langue qu’on apprend chez les meilleurs professeurs, avant d’en devenir expert, à son tour. On profite, bien entendu, du support de l’imprimerie pour diffuser et expliquer mais ce qui importe, c’est qu’on diffuse les textes tels qu’il furent à l’origine et non pas tels qu’on les a transmis par corruptions successives. Retrouver l’état premier d’une source, ou du moins s’en approcher le plus, voilà une quête partagée par beaucoup d’humanistes. Pour ce faire, on étudie et on étudie encore et, cent fois sur le métier, on remet l’ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> Bref, on est en formation continue toute sa vie. Ce fut le cas de Beatus Rhenanus. Au temps de l’école latine auprès de ses maîtres, Hofmann et Gebwiller, où il s’initie aux commentaires grammaticaux, géographiques, mythologiques et aux rapprochements. Soigneux déjà dans sa façon de transcrire les remarques des maîtres, méticuleux dans ses remarques marginales allant jusqu’à reproduire en allemand et même dans son dialecte local les termes techniques utilisés par les poètes latins. Et déjà sur les premiers livres en sa possession, apparaissent ses mots à lui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Ce fut le cas encore à Paris où il étudie Aristote, élève de Lefèvre d’Étaples. Son exemplaire de la Logique d’Aristote est rempli de notes provenant de plusieurs lectures successives et de feuilles manuscrites contenant les commentaires de Lefèvre. Il se met au grec auprès d’Hermonyme de Sparte et à la poésie latine avec Faustus Andrelinus, qui, tous deux, sont d’incontestables références. Il rencontre l’imprimerie dans l’atelier d’Henri Estienne où il est correcteur. Correcteur, soit l’apprentissage de base auquel nul n’échappe. Correcteur pour débuter et se familiariser, pour apprendre et puis finalement correcteur toute sa vie, non pas par habitude ou lassitude mais par vigilance et curiosité, et parce que c’est devenu une seconde nature.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les années strasbourgeoises prolongent le cycle de la formation initiale. Le voilà éditeur, chez le Sélestadien Schürer, d’auteurs néo latins qui ont l’avantage d’être chrétiens. Beatus se frotte aux Adages d’Érasme, un mélange d’érudition et de méthodologie. Il commence à étudier l’Ancien Testament et se met, à son tour, à traquer des livres et des auteurs, les oeuvres de Nicolas de Cues, le théologien de la Docte Ignorance, l’un des grands penseurs du XVIe siècle, par exemple, pour son maître parisien Lefèvre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Bâle couronne sa quête du savoir. Mais s’il y est allé, c’est pour progresser encore en grec, auprès d’une autre sommité , le dominicain Jean Kuhn (Cuno). Toujours la recherche de l’excellence. Cette exigence de qualité qui le caractérise, il va la trouver, ici même, à Bâle auprès d’Érasme dont il va devenir proche amicalement et professionnellement. Beatus doit beaucoup à Bâle qui est un grand foyer humaniste où vivent quelques imprimeurs réputés, les Amerbach et Froben et où la jeune Université s’affirme. Beatus élargit son champ d’activité au contact des uns et des autres. Il étudie tous les grands classiques grecs, en traduit en latin, Bâle le change, Bâle le féconde, Bâle l’ouvre. Correcteur toujours et encore, il traduit en latin les pères grecs de l’Eglise : Grégoire de Nysse et Grégoire de Naziance (1512) Basile le Grand ( 1513) puis le poète Prudence (1520), Tertullien (1521), l’ Histoire Ecclésiastique d’Eusèbe ( 1523), Origène ( 1536) et saint Jean Chrysostome.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sa proximité avec Érasme, à partir de 1514, lui fait surveiller l’édition de ses oeuvres, Celle avec Zwingli de Zürich, le dote d’un zèle militant entretenu par son amitié avec Martin Bucer qui lui fait découvrir Luther. Il donne l’impression de s’épanouir encore, de s’enhardir également, n’hésitant pas à contribuer à la diffusion des oeuvres de Luther. Il est mûr enfin pour étudier, comme le fit Érasme, les classiques anciens pour eux-mêmes, Pline le jeune et Suétone pour démarrer. Il a sauté le pas. Il est désormais au service d’Érasme, de Luther, des Pères de l’Eglise et des classiques païens. Un grand écart certes, mais que de chemin parcouru !</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il s’éloigna de Luther et des siens pour des raisons religieuses et politiques. Il suivit en l’occurrence son mentor Érasme non pas par un mimétisme aveugle, mais parce qu’il partageait la même vision de la réforme de l’Église, nécessaire à ses yeux mais interne à l’institution à laquelle il resta fidèle. On écrivit parfois qu’il trouva l’apaisement en se consacrant totalement à l’histoire pour laquelle il nourrit une véritable passion. En réalité ce ne fut pas une consolation mais le prolongement naturel de son activité scientifique. L’histoire se nourrit aux mêmes sources de probité, de rigueur, de  recherches, de comparaisons et d’analyse contradictoire de textes que la philosophie, l’étude littéraire ou théologique. Quand il édita Pline l’Ancien, il en profita pour exposer sa méthode de travail : refus de la méthode d’autorité, collation des manuscrits et critique des textes.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> La pratique des historiens de l’Antiquité qu’il publia et commenta affermit encore son autorité intellectuelle. Il s’était intéressé à Quinte-Curce, l’auteur d’une Histoire d’Alexandre au 1er siècle (1517), s’était saisi de Velleus Paterculus, auteur d’un Abrégé de l’histoire romaine en 30. Il avait beaucoup contribué à la redécouverte et à la diffusion de Tacite, auteur, entre autres, d’une Vie d’Agricola, des Annales, et surtout, en 98, de La Germanie (De situ ac populis Germaniae) soit une description des différentes tribus vivant au nord du Rhin et du Danube. Où l’amour de la liberté des Germains, leur vigueur, leur bravoure sont opposés à la corruption sévissant à Rome. L’historien de l’Allemagne, que Beatus était devenu, ne pouvait être insensible à l’ouvrage qu’il ne se contenta pas d’exalter mais  qu’il  dota d’une véritable armature critique, dans son édition de 1533. Il le compléta en 1544 avant de poursuivre avec Procope, l’historien byzantin du VIe siècle (1531) et, en 1535, avec l’incontournable Tite-Live(+17), auteur d’une monumentale Histoire Romaine depuis sa fondation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">S’il fut le biographe de Geiler, en 1511, un travail de jeunesse et celui d’Érasme, dont il laissa en 1540, au moment de publier ses oeuvres complètes, une biographie complaisante, Beatus avait surtout gagné ses galons d’historien par la publication, en 1531, de son Histoire d’Allemagne (<i>Rerum Germanicarum libri tres</i>) qui connut quelques rééditions méritées jusqu’en 1693. S’y révèle un historien maître de son art, recourant à la géographie et à la philologie dans la critique des textes, soucieux comme tout bon scientifique, de la recherche de la seule vérité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b>La Bibliothèque du savant </b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur la gravure de Dürer représentant Érasme, réalisée en 1526, on peut lire, en belles lettres grecques : « Ses écrits le montreront mieux ». Le propos pourrait être repris ou détourné pour Beatus Rhenanus : « Ses livres le montreront mieux ! ». C’est bien à travers l’exceptionnelle richesse des livres qu’il a amassés tout au long de son existence que nous arrivons, par touches successives, à mieux le connaître, à définir davantage encore un caractère et une personnalité qui se construisent, patiemment, année après année. Dis-moi ce que tu lis et je te dirai qui tu es…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Beatus Rhenanus fut un homme du livre à qui il voua une passion unique. Pas d’autre maîtresse que les livres, pas d’autre tentation que leur présence, leur accumulation, leur enrichissement. Une vie totalement dédiée au livre, de la conception à la réalisation. Non pas pour le plaisir seul de collectionner, mais pour la nécessité de travailler, de progresser intellectuellement et spirituellement. Soit une quête permanente qui dura des décennies, commencée au temps prometteur de l’École latine qui ne s’acheva qu’à l’issue de son parcours terrestre. Et encore, en léguant son extraordinaire Bibliothèque à la ville de Sélestat, quelques mois avant sa mort, en 1547, Beatus s’assurait et assurait à ses livres, une forme d’éternité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le miracle perdure, presque un demi-millénaire plus tard. Qu’est ce qui nous réunit aujourd’hui à Sélestat, qu’est ce qui fait courir les foules à la Bibliothèque Humaniste, qu’est-ce qui suscite la reconnaissance d’une institution aussi prestigieuse que l’Unesco, « qui en a vu d’autres » sinon l’extraordinaire diversité d’une bibliothèque ayant appartenu à un fils de boucher sélestadien ? Un gamin issu d’une petite ville de province, province qui n’avait même pas d’université ; ville tellement modeste dans sa propre région que rien ne distinguait vraiment des autres avec ses clochers, ses fortifications et ses corporations agricoles et artisanales, selon un modèle qui existait par dizaines en Alsace. Et pourtant…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il avait commencé à se constituer une bibliothèque dès son plus jeune âge. Ne possédait-il pas déjà 57 volumes avant d’entrer à l’université en 1503. Son papa boucher, qui avait fait fortune, ne le décourageait pas dans cette frénésie d’acquisition, bien au contraire. Quels sont ses premiers ouvrages ? Des livres de grammaire et de rhétorique. Déjà quelques ouvrages d’humanistes italiens. Il y a des vocations précoces…</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">À Paris, durant ses quatre ans d’études, il en acquiert 188 autres dont 20 traités d’Aristote qu’il étudiait chez Lefèvre d’Étaples, des éditions d’auteurs latins classiques et des éditions princeps des Pères de l’Église dont, plus tard, à Bâle, notamment, il sera un remarquable spécialiste. Le voilà, à 22 ans, à la tête d’une bibliothèque déjà confortable de 253 ouvrages. Il est temps de rentrer au pays avec une première récolte de livres qui ne cessera, tout au long de ses séjours strasbourgeois et bâlois, et à Sélestat encore, jusqu’à la veille de sa mort, de s’enrichir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Sur les 423 volumes de Beatus Rhenanus conservés au sein de notre Bibliothèque Humaniste, il n’y a que 201 livres isolés. Les 222 restants sont des recueils qui couvrent 1086 impressions et 41 pièces manuscrites, intercalées au milieu des imprimés. Tous ces documents nous permettent de cerner les coups de cœur et les goûts de Beatus, curieux  et insatiable. On ne s’étonnera pas de trouver une majorité d’ouvrages en latin. Discret mais présent, l’hébreu, grâce à quelques ouvrages de Johannes Reuchlin. Presque pas de livres en français ou en italien, par contre plusieurs dizaines d’ouvrages en allemand, ce qui n’étonnera pas quand on sait sa contribution à l’histoire de son pays.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant ses années d’activité professionnelle, à Strasbourg et à Bâle, il se dote d’une solide bibliothèque d’auteurs anciens, grecs et latins, païens et chrétiens. Rien ne lui manque évidemment, concernant les productions d’Érasme, et la littérature de controverse ne dépare pas au milieu de celles-ci. Partisan de Luther à ses débuts, il suivit, comme on le sait, Érasme dans sa rupture avec le Réformateur.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Retiré à Sélestat, dans la maison familiale, À L’Éléphant, rue du Sel, il n’en devint pas inactif pour autant. Sa vie y fut studieuse, vouée à l’écriture, à l’histoire et à l’édition. Il développe encore la partie antique de sa collection en acquérant des ouvrages, décorés de ses armes, de Tite-Live, d’Ambroise et de Jean Chrisostome. C’est durant sa période sélestadienne, où Beatus endosse les habits de l’historien, que s’accroissent tout naturellement les sources liées au Moyen Âge germanique.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Découvrir sa bibliothèque, c’est prendre la pleine mesure de sa relation aux livres, exclusive et passionnelle. Il a pour habitude de les doter d’ex-libris datés, ces petites marques de propriété qui sont autant de messages d’amour. Au départ, c’est Beatus qui marque son territoire et fait savoir qu’il est le propriétaire du livre en question en mentionnant la date d’acquisition. Puis, à partir de la période bâloise, qui débute en 1513, c’est au livre de s’exprimer et de donner son opinion sur son statut propre et sa relation avec son propriétaire : <i>Sum Beati Rhenani Nec muto dominum (J’appartiens à Beatus Rhenanus, et je ne change pas de maître.</i>) Admirable formule qui dit la nature intime d’une relation unique. C’est là un langage amoureux, de passion même, de dépendance et de possession ou de dépossession, d’amour fou, donc exclusif.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>La religion de Beatus </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Les choses sont claires , en apparence. Né catholique, il est mort catholique.</p>
<p style="text-align: justify;">Fidèle à la foi et à l’église de son enfance. Comme Érasme, son mentor et ami, dont il partagea le destin et suivit, comme nous l’avons vu, le même  chemin,dans ses relations avec le protestantisme. Bucer lui fit découvrir Luther en 1518 et, pendant quelques années, il fut un compagnon de route, de tous ceux qui voulurent réformer l’église, sincèrement, pacifiquement et sans esprit de rupture. Sa correspondance avec Ulrich Zwingli, érudite et amicale, montre deux jeunes gens désireux sincèrement d’apporter leur écot à la réforme de l’Eglise. Il n’était rien d’autre que l’héritier des humanistes qui l’avaient précédé, les Geiler, Brant et Wimfeling et de ses maitres de l’Ecole latine et de l’université de Paris. Tous, souvenons-nous en, autant spécialistes de belles lettres et d’éloquence, que préoccupés de réformer l’Église,  le comportement de ses clercs et de leurs ouailles par une meilleure formation et une observance plus rigoureuse.  Des pré-réformateurs en quelque sorte.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La radicalité progressive de Luther, de Zwingli et même de Bucer, qui quitta les ordres et se maria, les violences inhérentes aux troubles des années 20 à Zwickau et Wittenberg notamment, la fureur de la révolte paysanne et l’horreur  qui en suivit, en 1525 , l’ âpreté de la polémique doctrinale entre Luther et Érasme refroidit son attirance première et le  maintint définitivement dans le camp catholique comme Érasme. L’un et l’autre restaient attachés à l’ordre établi. Un ordre qui avait valu à Beatus Rhenanus des lettres de noblesse, accordées par Charles Quint le 18 août 1523. Et quand la Réforme fut introduite à Bâle, les deux compères se réfugièrent dans des villes catholiques « sûres «, Fribourg pour le premier et Sélestat, qui avait brutalement rejeté toute tentative de Réforme, pour le second. On eût dit, qu’ils se retirèrent chacun sur leur Aventin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Cette véhémence ne leur correspondait nullement. Surtout ne lui convenait pas. On sait qu’ Erasme, pouvait être piquant et impitoyable, la plume à la main, mais Beatus, on ne lui connaissait guère de propos violents. Des agacements, oui, des déceptions, certainement, mais il était davantage un homme de compromis et de consensus, ce qui paradoxalement le rapproche de Bucer, son concitoyen.  Cette réputation, il l’avait toujours eu. A Sélestat, au plus fort des contestations sociales, quand les doctrines de Luther se répandirent, sous le manteau à Sélestat, à partir de 1522, quand les pamphlets se multiplièrent et le magistrat perdit le contrôle de l’ordre public, c’est à Beatus Rhenanus qu’on demanda d’intervenir, au nom des « sages» de la petite République. Il lança un <i>Appel aux habitants de Sélestat</i>, prêcha la concorde, conjura ses concitoyens à l’obéissance et à l’amour selon les prescriptions de l’Écriture, leur demandant enfin de laisser le soin aux théologiens compétents de fixer et d’interpréter les doctrines de l’Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il donna l’impression d’en rester là. Fort occupé pour tout ce qui lui restait à vivre, soit une bonne vingtaine d’année, par  l’histoire, les  pères de l’église et  l’édition des oeuvres d’Érasme notamment, Il mourut en 1547, catholique, et fut enterré à l’église  Saint-Georges  de Sélestat où tout avait commencé.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour autant, quand il meurt à Strasbourg à la suite d’une cure, intervenue trop tardivement, en Forêt Noire, on trouve à son chevet, trois pasteurs protestants dont Martin Bucer. Etonnant non ! Leur correspondance s’était progressivement relâchée. Plus formelle qu’amicale et surtout plus épisodique. C’était lui, qui, voyant ses forces l’abandonner, choisit de mourir chez des amis. Cette amitié donc continuait à vivre ! Difficile, d’en dire davantage. Le trouble existe, La preuve manque. Beatus aurait il était nicodémite ? (du nom de  Nicodème, pharisien, disciple secret du christ ). C’est en tout cas la thèse avancée dès le XVIe siècle par le premier biographe de Beatus, le strasbourgeois et pédagogue Jean Sturm (1507-1589) : Dans les questions touchant à la religion, il avait pour habitude de ne point exprimer son opinion ; pourtant, il est certain qu’il était partisan d’une théologie plus pure. Erasme à ce que l’on rapporte, aimait à dire que les Luthériens jouaient mal une bonne comédie. Beatus fut de cet avis  au début, mais avec l’âge,  il ne fut pas loin de partager leur sentiment ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Alors le connaissons nous vraiment ?</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Nous qui le percevons désormais un peu mieux grâce à ses œuvres et à son engagement, nous aimerions encore en savoir davantage. Esquisser son portrait, cerner sa personnalité. Traquer, en fait, l’homme derrière le savant. Un colloque récent, qui essayait de le définir dans son engagement pour réformer l’Église, révélait une personnalité complexe, plus contrastée que l’image traditionnelle et insatisfaisante d’un lettré lisse, érudit et prudent, pâle copie de son maître Érasme « sans lequel il n’existerait pas ». La publication scientifique de sa correspondance, qui n’en est qu’à son balbutiement, la multiplication de colloques ou de journées d’études laissent entrevoir quelques surprises. Beatus n’est peut-être pas tout à fait celui que l’on croit. Il gagne, selon la formule en usage, à être connu.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">À quoi ressemblait-il physiquement ? L’iconographie le concernant ne nous renseigne guère. On trouve le plus ancien portrait de lui dans un ouvrage de Nicolas Reusner sur quelques écrivains illustres, paru à Strasbourg en 1581. Il s’agit d’une gravure sur bois portant l’inscription <i>Beatus Rhenanus Historicus</i>. L’historien Beatus Rhenanus avait apparemment frappé les esprits. Il a la tête de tous les savants de l’époque, portant un chapeau plat et un manteau qui le couvre. Rien de bien original. Est-ce vraiment-lui ? Les portraits officiels se ressemblent tant .</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Le témoignage de ses contemporains, notamment d’Érasme, nous éclaire. Dans ses différentes lettres, il loue son instruction, son acribie, synonyme de rigueur, sa loyauté, la justesse de son jugement. James Hirstein, le meilleur connaisseur actuel de Beatus Rhenanus, estime que c’est l’enthousiasme qui le caractérise le mieux. Il a ainsi analysé cet enthousiasme, suscité par la beauté selon Platon,  à l’aune de ses réactions dans les domaines les plus divers de la religion, de la pédagogie  de la philosophie et même de l’humour. Ce n’est pas le rire gras ni les plaisanteries de corps de garde qu’il cultive mais le « rire érudit, fin, fondé sur les connaissances et susceptible de véhiculer la critique. ». Son rire est plaisant et non pas moqueur. C’est un rire digne qui convient tout à fait à quelqu’un de naturellement réservé capable ponctuellement de quelques enthousiasmes qui le font sortir de sa coquille.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Beatus, on le sait, ne fut ni prêtre, ni moine. Pourtant, on jurerait qu’il a prononcé des vœux de stabilité. Fidèle à des lieux, fidèles aux gens. La constance le caractérise. Il peut être surpris voire déçu, il ne rompt pas pour autant. Quand ses amis proches, Bucer, Pellikan, Voltz et surtout Sapidus, passèrent dans l’autre camp, il fut contrarié, peut-être même ébranlé; il s’éloigna d’eux pour bien marquer sa différence et son incompréhension mais il ne leur retira jamais totalement son amitié. Il faut dire qu’eux non plus. Question d’éducation et de morale.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’amitié va souvent de pair avec la convivialité. On voyage et on travaille ensemble, on se voit souvent. Érasme et Beatus se sont épaulés, de nombreuses années durant. S’ils ont partagé les mêmes causes, et surtout auprès de Froben, travaillé sur les mêmes livres, ils ont également partagé les plaisirs simples de la vie. Leur correspondance évoque maints repas pris en commun. Beatus a table ouverte au sein du cercle érasmien de Bâle qu’il anime d’ailleurs quand le Maître est absent ; Érasme a maison ouverte chez Beatus Rhenanus à Sélestat.Quand Beatus se retira à Sélestat, on sait qu’il en profita pour rejoindre et animer la société littéraire locale où la table était autant vénérée que les lettres. L’éternel rire de Beatus, dont Érasme avait si abondamment profité, avait continué à illuminer le cercle sélestadien.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Autre jugement probablement à revoir, cette réputation d’être trop dépendant d’Érasme, au point de devenir son disciple le plus fidèle, gardien du temple de la pensée érasmienne, premier biographe, serviteur fidèle, qui donne l’impression d’avoir mis systématiquement ses pas dans ceux de son maître dont il aurait été une pâle copie, érudite certes et ô combien dévouée, mais copie quand même. Un examen attentif de sa vie et de ses œuvres, montre certes leur proximité mais démontre aussi que Beatus avait une autonomie propre et un destin dont il était seul maître. Dans sa construction intellectuelle et spirituelle, il est redevable à Érasme mais aussi à Lefèvre d’Étaples, à Jean Cuno et même à Luther. Il s’est construit au contact d’une multitude, et a bâti une œuvre, notamment celle d’historien, exigeant et critique qui ne doit rien à personne, sinon à lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors fut-il vraiment ce <i>golden boy</i>, titre volontairement provocateur que j’ai choisi pour illustrer cette esquisse biographique ? Si j’en crois l’épitaphe que ses concitoyens lui érigèrent après sa mort et que la Révolution fit disparaitre, la réponse ne fait pas de doute.</p>
<p style="text-align: justify;"><i>A Beatus Rhenanus, fils d&rsquo;Antoine, de la vieille famille des Bild : sa science éminente en tous les domaines, sa connaissance des langues grecque et latine, sa vertu, ses qualités humaines, sa modération, la pureté de ses moeurs seront célébrées aussi longtemps  que durera l&rsquo;univers où nous vivons. Sa passion pour l&rsquo;antiquité se manifeste dans l&rsquo;édition corrigée de quelques auteurs latins, sacrés et profanes, qu&rsquo;il a entièrement rétablis dans leur état primitif ; il en est de même de son histoire de l&rsquo;Allemagne, qu&rsquo;il a mise en lumière dans ses trois livres avec une conscience extraordinaire qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de l&rsquo;Allemagne antique ou de la moderne(&#8230;) Il s&rsquo;est éteint à Strasbourg dans sa soixante-deuxième année(&#8230;). On l&rsquo;a transporté ici, où il gît afin que sa patrie ne fût pas privée des cendres du meilleur et du plus savant de ses citoyens, elle que , de son vivant, il a ornée de tant d&rsquo;inscriptions remarquables. Les astres saluent ton arrivée en manifestant leur joie mais la patrie terrestre qui t&rsquo;a donné le jour est plongée dans l&rsquo;affliction.</i></p>
<p style="text-align: justify;">Mais la réalité est plus complexe. Le portrait que nous venons d’évoquer est plus nuancé et pose en tout cas quelques questions. Il est davantage qu’un second couteau. Son intelligence n’est pas que livresque. Il donne l’impression d’une grande maîtrise de soi pour surfer sur des vagues contradictoires et s’en sortir, généralement à son avantage. Probablement sait-il dissimuler, se livrant parcimonieusement. Pourtant, de temps en temps , l’armure se rompt : pour les prêtres qui soutenaient les paysans révoltés, il suggère de les déporter sur une île déserte, quant aux anabaptistes, il félicite, en 1536, l’archevêque de Cologne d’avoir eu la main ferme en observant  que « l<i>a région de la terre que nous habitons, n’a jamais rien vu de plus insensé, de plus pernicieux, de plus fatal que cette espèce d’individus (&#8230;) cette abominable secte(…)L’intérêt de l’Allemagne, que dis-je, du monde chrétien, demandait l’anéantissement de cette vipère. »</i></p>
<p style="text-align: justify;"> Nous avons comme le sentiment qu’il ne nous a n’a pas tout dit. On sait qu’il détruisit une partie de sa correspondance. Son portrait s’affine lentement, à la lumière des colloques, débats et publication des lettres reçues et envoyées.  Gageons que nous même ou d’autres viendront un jour vous en parler avec davantage de connaissances et de certitudes qu’aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le <i>Golden boy </i>avait une part, oh une toute part de <i>bad boy</i>, nous en serions ravis. Car ces humanistes étaient des hommes que diable et leurs insuffisances, leurs lâchetés même, nous les rendent tellement proches et accessibles. <i>Einer von uns </i>!</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, texte de conférence, avril 2019</strong></em></p>
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		<title>Sur le chemin de « la plus grande perfection », La Bibliothèque de l’humaniste Beatus Rhenanus à Sélestat</title>
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		<pubDate>Mon, 02 Jan 2017 10:04:48 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Peut-être connaissez-vous la Bibliothèque humaniste de Sélestat ? Sa notoriété est inversement proportionnelle à la taille de la ville. Une partie de cette bibliothèque, celle ayant appartenu à l’humaniste Beatus Rhenanus (1485-1547), a été classée au Registre Mémoires du monde de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/th-2/" rel="attachment wp-att-642"><img class="alignleft size-full wp-image-642" alt="th" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/th1.jpg" width="203" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être connaissez-vous la Bibliothèque humaniste de Sélestat ? Sa notoriété est inversement proportionnelle à la taille de la ville. Une partie de cette bibliothèque, celle ayant appartenu à l’humaniste Beatus Rhenanus (1485-1547), a été classée au Registre Mémoires du monde de l’Unesco en 2011. Elle s’y trouve en excellente compagnie parmi la Déclaration des droits de l&rsquo;homme et du citoyen, l’Appel du 18 juin et la Tapisserie de Bayeux.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="tag-link-9" style="font-size: 10.8pt;" title="3 sujets" href="http://www.histoires-alsace.com/wp-admin/post-new.php#">renaissance</a>Beatus Rhenanus, a priori, ne vous dit rien. Il fut pourtant un des grands humanistes alsaciens à l’automne du Moyen-Âge, l’égal de ses aînés dans cette terre alors germanique : Geiler de Kaysersberg, l’ardent prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, Sébastien Brant, l’auteur du « best-seller » La Nef des fous (1494) et Jacques Wimpfeling, pédagogue accompli et historien engagé, comme lui originaire de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">S’il fut parmi ce quatuor d’humanistes le plus jeune, il ne fut pas le moindre. Ami d’Érasme de Rotterdam, correcteur de ses écrits et philologue érudit, amoureux des belles lettres et de l’éloquence, intime des talentueux imprimeurs de Strasbourg et de Bâle où se trouvaient les ateliers les plus outillés et les techniciens les plus aguerris, Beatus Rhenanus était aussi un historien savant, un des pionniers de l’histoire moderne de la Germanie, auteur, en 1531, du <em>Rerum Germanicarum libri tres</em> qui fit autorité.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était un membre actif de cette République des lettres, chère à son ami Érasme. Enfant, il avait fréquenté l’école latine de Sélestat, la plus prestigieuse des écoles paroissiales en Alsace depuis le milieu du XVIe siècle. Ses maîtres, par ailleurs excellents chrétiens, étaient férus de littérature et poésie païenne antique. Ils savaient, en tant que pédagogues,  transmettre à leurs élèves leur passion pour les <em>bonae litterae</em>, les vertus de la persévérance, le goût de l’effort et cette quête insatiable du retour aux sources &#8211; r<em>editus ad fontes</em>- qui vit quelques générations de jeunes Alsaciens étancher leur soif de connaissance au puits du savoir antique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fut à meilleure école encore plus tard quand, au lieu de rejoindre les universités de proximité de Bâle, Fribourg en Brisgau et Heidelberg, où se retrouvaient habituellement la majorité des étudiants alsaciens, il prit le chemin de Paris pour y fréquenter l’Université, au collège du cardinal Lemoine plus précisément. Beatus apprit le grec sous la férule de Georges Hermonyme de Sparte, la poésie avec l’Italien Fausto Andrelini, la philosophie et dialectique auprès de l’aristotélicien Jacques Lefèvre d’Etaples, dont il devint l’ami et le disciple. Il s’initia enfin aux techniques de l’imprimerie sous la conduite d’Henri Estienne pour acquérir les qualités de rigueur nécessaires à tout bon correcteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fils d’un boucher qui avait fait fortune s’en revint chez lui avec un bagage solide et surtout avec de nombreux livres, prémices d’une vaste bibliothèque personnelle qui allait fonder sa réputation. A Paris, il s’était enfiévré pour la philosophie et les œuvres des humanistes. « Son voyage en Italie fut purement bibliographique » (Pierre Petitmengin). De retour en Alsace, à vingt-deux ans, il possède déjà une bibliothèque rare, riche de 253 livres. Elle s’accrut considérablement avec le temps, durant ces décennies actives où Beatus Rhenanus s’affaira à Strasbourg, Bâle et Sélestat, travaillant comme correcteur et philologue à l’édition des œuvres de son ami Érasme ou à celles d’auteurs anciens comme Tertullien, Eusèbe de Césarée, Sénèque, Quinte-Curse, Velleus Paterculus et Pline l’Ancien.</p>
<p style="text-align: justify;">À la veille de sa mort, en 1547, retiré depuis quelques années à Sélestat qui était resté catholique comme lui-même et son maître Érasme, loin du tumulte bâlois et strasbourgeois et du fracas de l’introduction de la Réforme, anobli par l’Empereur Charles Quint, il lègue à Sélestat son exceptionnelle collection de livres. Cette dernière est désormais riche de 423 volumes, contenant 1287 œuvres sans compter les manuscrits et une partie de sa correspondance, ce qui représente un total de plus de 1600 documents légués.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes là en présence d’un trésor unique : la bibliothèque complète d’un intellectuel rhénan de la Renaissance qui nous introduit dans son univers culturel et professionnel. Il a acheté de nombreux écrits, en a reçu tout autant, les a échangés également. Beatus aime les livres passionnément, il vit pour eux et par eux. Il les habite, les annote. Eux ne cessent de le hanter. Sur la page de titre de certains de ses livres, on peut lire, écrit de sa main, : « <em>sum Beati Rhenani nec muto dominum</em> » (J’appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître.). Cette relation est amoureuse sinon fusionnelle. Elle remonte à loin. Au temps de sa jeunesse studieuse à l’école latine de Sélestat où il remplissait, curieux et appliqué, un cahier d’écolier que la Bibliothèque humaniste a conservé. On l’y voit apprendre le latin sous la direction de son professeur Jérôme Guebwiller en ruminant, analysant et commentant les Bucoliques et Géorgiques de Virgile, les Fastes d’Ovide et les  Épigrammes de Martial.</p>
<p style="text-align: justify;">Quiconque découvre ce document ne peut manquer d’être ému. L’écrivain d’origine argentine Alberto Manguel, dont on sait l’amour contagieux des livres, séjourna, au temps de sa jeunesse errante, une année dans la cité sélestadienne au contact de l’extraordinaire bibliothèque amassée par Beatus Rhenanus. Dans son Histoire de la lecture (Actes Sud, 1996), il évoque l’impression forte et sensible que lui procura le cahier d’écolier du jeune Beatus qu’il associa à celui d’un autre cahier ayant appartenu à un de ses condisciples Guillaume Gisenheim « dont on ne sait rien sinon ce que nous apprend son cahier d’écolier ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que nous apprend son cahier d’écolier ? Les innombrables trésors pédagogiques utilisés pour enseigner le latin, entièrement tournés vers l’étude des textes classiques ; « les bonnes lettres », « les lettres humaines » qui sont, selon la belle expression de Jean-Claude Margolin, l’un des meilleurs connaisseurs d’Érasme, « les lettres qui vous rendent plus humains » parce qu’elles réunissent simultanément les valeurs esthétiques, intellectuelles et morales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cahier de Beatus comme celui de Guillaume ont longtemps été exposés dans les vielles vitrines en bois de la vénérable Bibliothèque humaniste de Sélestat qui a fermé ses portes un soir de février 2014. Peut-être vous souvenez-vous d’elle ? De son atmosphère délicieusement désuète et rassurante en même temps, de cette rencontre improbable entre une bibliothèque et un musée où livres et manuscrits côtoyaient la tête tourmentée d’un Christ du XVe siècle, des saints jésuites, des porte-cierges de corporations et un plan-relief de la cité. L’Éloge de Sélestat par Érasme, datée de 1515, faisait vitrine commune avec la première mention de l’Amérique en 1507. Pour un dialogue inattendu mais ouvert entre le monde ancien et le nouveau monde.</p>
<p style="text-align: justify;">La Nouvelle Bibliothèque Humaniste qui ouvrira ses portes en 2018 au même endroit mais dans un cadre entièrement rénové envisage de prolonger ce dialogue fécond entre les cultures, par-delà les frontières. Il y a un humanisme contemporain qui prolonge en l’élargissant et en le sécularisant celui d’Érasme, de Beatus Rhenanus et de leurs épigones.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le temps de Beatus n’est plus le nôtre, si l’humanisme contemporain n’est plus centré sur la langue latine autrefois universelle, mais en réalité parlée et comprise par une minorité, s’il nous appartient effectivement d’inventer un humanisme à la mesure de nos exigences actuelles, « le monde est resté monde, il a son ordre, selon Érasme, il ne convient pas que nous le troublions. »</p>
<p style="text-align: justify;">L’humanisme hier comme aujourd’hui n’est-il  pas la réponse sans cesse actualisée de l’affirmation du philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte : « Le but unique de l’existence humaine sur la terre n’est ni le ciel ni l’enfer mais seulement l’humanité que nous portons en nous et sa plus grande perfection possible ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner,  été 2016</p>
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		<title>La Bibliothèque humaniste de Sélestat : l&#8217;âme des lieux</title>
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		<pubDate>Tue, 25 Aug 2015 21:45:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des Cités et des Hommes]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Age]]></category>
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		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>
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		<category><![CDATA[littérature]]></category>

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		<description><![CDATA[Que serait Sélestat sans la Bibliothèque Humaniste ? Tout aussi impossible à imaginer que d’imaginer Strasbourg sans sa cathédrale ou Paris sans ses Champs-Elysées. Ils sont devenus des symboles, des identifiants commodes pour notre mémoire encombrée. On les croit de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/la-bibliotheque-humaniste-de-selestat-lame-des-lieux/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/la-bibliotheque-humaniste-de-selestat-lame-des-lieux/img_3681/" rel="attachment wp-att-520"><img class="alignleft size-full wp-image-520" alt="IMG_3681" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/08/IMG_3681.jpg" width="2075" height="1851" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Que serait Sélestat sans la Bibliothèque Humaniste ? Tout aussi impossible à imaginer que d’imaginer Strasbourg sans sa cathédrale ou Paris sans ses Champs-Elysées. Ils sont devenus des symboles, des identifiants commodes pour notre mémoire encombrée. On les croit de toute éternité, quasi consubstantiels. Pourtant ils n’ont pas toujours été là. Sélestat a existé avant la Bibliothèque Humaniste et ne se réduit heureusement pas à sa seule présence.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs approchez-vous d’elle, côté place Gambetta. Que voyez-vous sur la façade de l’ancienne Halle au blé, qu’y lisez-vous ? <em>Stadtbibliothek Museum</em>, soit le nom qu’on lui donna en juin 1889 lors de son ouverture, alors que l’Alsace était terre de l’empire germanique, depuis la signature du traité de Francfort en 1871. Avant d’être « humaniste », elle a d’abord été la bibliothèque municipale de Sélestat, et un peu son musée local.</p>
<p style="text-align: justify;">Qu’elle soit humaniste, cette belle bibliothèque municipale, est incontestable. Elle mérite largement cette appellation même si elle est de création récente. Car le mot même d’humanisme n’est pas si vieux que cela. Il fut introduit au début du XIXe siècle par le philosophe allemand Friedrich Emmanuel Niethammer pour désigner le mouvement de rénovation des lettres et de la pensée qui s’appuie sur l’étude des textes antiques et qui naît aux XIVe et XVe siècles en Italie avant de rayonner au XVIe dans l’ensemble de l’Europe. Nos voisins allemands n’utilisent-ils pas, pour caractériser la période, le terme de <em>Renaissance &#8211; Humanismus</em> ?</p>
<p style="text-align: justify;">La Bibliothèque Humaniste de Sélestat s’inscrit pleinement dans cette histoire mais elle la prolonge. Car, il y a en son sein, comme le dit Jean l&rsquo;Evangéliste, « plusieurs demeures dans la maison du père ». De qui et de quoi est-elle donc le nom ? Elle est d’abord la réunion de deux bibliothèques anciennes, celle de l’école latine de la ville et celle de l’érudit philologue ami d’Erasme, Beatus Rhenanus, qui légua sa bibliothèque personnelle à Sélestat en 1547, peu de temps avant sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;">La première bibliothèque appartenait à une école qui, de 1452 à 1525 environ, fut un lieu d’excellence pédagogique dans une Alsace qui ne comptait pas alors d’université. Des maîtres érudits, de Louis Dringenberg à Hans Witz dit Sapidus, y délivrèrent un enseignement humaniste, caractérisé par une attention extrême donnée à l’éloquence, une manière d’exprimer sa pensée de façon claire et convaincante en latin. Le tout au service d’une foi chrétienne fervente, source selon ses concepteurs d’une bonne conduite morale.</p>
<p style="text-align: justify;">Le succès fut au rendez-vous de l’école sélestadienne. Elle forma maints humanistes alsaciens avant leur départ pour les universités allemandes, italiennes ou françaises. Les écoliers y affluèrent par centaines, venant de tout le sud-ouest de l’Empire. Les imprimeurs bâlois y envoyèrent leurs rejetons. L’école paroissiale était devenue une grande école en quelques décennies. Mais point d’école sans pédagogie, point de pédagogie sans maîtres, point de maîtres ni d’enseignement sans livres. Les livres de l’école latine d’alors constituent le premier fonds de ce que nous appelons aujourd’hui la Bibliothèque Humaniste.</p>
<p style="text-align: justify;">La bibliothèque privée de Beatus Rhenanus (1485-1547) en constitue l’autre partie. Le savant éditeur, ami et collaborateur d’Erasme, avait légué à sa ville sa belle et riche collection de livres patiemment constituée depuis ses études à l’université de Paris et tout au long de sa carrière à Bâle, auprès de l’imprimeur Froben, ainsi que dans sa ville natale. Soit au total 423 volumes contenant 1287 œuvres. Sans compter les manuscrits et une partie de sa correspondance, ce qui représente au total plus de 1600 documents légués. Nous sommes là en présence d’un trésor rare : la bibliothèque complète d’un intellectuel rhénan de la Renaissance, qui nous introduit dans son univers culturel et professionnel, celui des éditions ou rééditions auxquelles il travaille comme correcteur et philologue : œuvres de Tertullien, Eusèbe de Césarée, Sénèque, Quinte-Curce, Velleius Paterculus, Pline l’Ancien, Tite-Live et d’autres encore. Il achète de nombreux écrits, il en reçoit tout autant, il en échange également.</p>
<p style="text-align: justify;">Car Beatus aime les livres et cela se voit. Il vit pour eux et par eux. Il les habite, les annote.  Eux ne cessent de le hanter. Sur la page de titre de certains livres, on peut lire la formule manuscrite : « <em>Sum Beati Rhenani Nec muto dominum </em>» : « J’appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître ». Cette relation-là n’est pas que professionnelle, elle est amoureuse et même fusionnelle. C’est cette bibliothèque, ce second pilier de la Bibliothèque Humaniste, que l’Unesco, en 2011, accueillit en son sein en l’inscrivant au registre « Mémoire du monde », la consacrant ainsi parmi l’Olympe du patrimoine mondial. Ce qui la distingue, c’est son homogénéité qui réunit de nombreuses éditions parisiennes, vénitiennes, bâloises et alsaciennes. Elle nous donne à voir ainsi ce que furent la recherche et le labeur de l’humanisme alsacien et rhénan de la fin du XVe et du début du XVIe siècle. Une quête essentielle !</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cinquième chapitre de sa remarquable Histoire de la lecture, Alberto Manguel, autre grand amoureux des livres, évoque Sélestat et sa célèbre bibliothèque en ces termes :</p>
<p style="text-align: justify;">«  J’ai passé un an à Sélestat, à une quarantaine de kilomètres au sud de Strasbourg, au coeur de la plaine alsacienne entre Rhin et Vosges. Là, dans la petite bibliothèque municipale, se trouvent deux grands cahiers manuscrits. L’un compte trois cents pages, l’autre quatre cent quatre-vingts. Leur papier à tous deux a jauni au cours des siècles, mais l’écriture, tracée avec des encres de couleurs différentes, est restée étonnamment nette. Vers la fin de leur vie, leurs propriétaires les ont fait relier afin de mieux les conserver, mais à l’époque de leur utilisation, ce n’étaient guère que des liasses de pages pliées, sans doute achetées à l’éventaire d’un libraire sur l’un des marchés locaux. Offerts aux regards des visiteurs, ce sont &#8211; ainsi que l’explique une fiche dactylographiée – les cahiers de deux étudiants qui ont fréquenté l’école latine de Sélestat dans les dernières années du XVe siècle, de 1477 à 1501 : Guillaume Gisenheim, dont on ne sait rien, sinon ce que nous apprend son cahier d’écolier, et Beatus Rhenanus, qui allait devenir une figure marquante du mouvement humaniste et l’éditeur d’une grande partie de l’œuvre d’Erasme. »</p>
<p style="text-align: justify;">Les cahiers qui avaient frappé Alberto Manguel existent toujours, fort heureusement&#8230; Il n&rsquo;en est pas de même, bien sûr, de la fiche dactylographiée qu&rsquo;il mentionne, une de ces vieilles étiquettes jaunies, aux lettres à demi effacées, qui sentait le cabinet de curiosité de la fin du XIXe siècle. Comme toutes celles que l’on pouvait voir dans les vieilles vitrines en bois de la grande salle d&rsquo;exposition &#8211; qui n’avait pas fondamentalement changé depuis son ouverture -, elle a disparu lorsque la vénérable Bibliothèque Humaniste, telle que nous l’avons connue et aimée, a définitivement fermé ses portes, un soir de février 2014.</p>
<p style="text-align: justify;">Que reste-t-il à présent de son image ? Un brin de nostalgie, le souvenir de son atmosphère délicieusement désuète mais rassurante, la mémoire de la rencontre parfois improbable d’une bibliothèque et d’un musée, où livres et manuscrits côtoyaient une tête de Christ, des saints jésuites, des portes cierges de corporations et un plan en relief de la ville de Sélestat. Et où l’Eloge de Sélestat par Erasme faisait vitrine commune avec la première mention de l’Amérique dans un texte, en 1507. Pour un dialogue inattendu mais ouvert, aux perspectives larges, puisque reliant le monde ancien au nouveau monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Car c’était aussi cela, la Bibliothèque Humaniste de Sélestat : un génie particulier des lieux, une ambiance et une atmosphère uniques. Pour en conserver trace, pour l’inscrire dans nos mémoires, pour ne pas perdre ce <em>genius loci</em>, pour en garder longtemps souvenance encore, les « Amis de la Bibliothèque Humaniste » ont souhaité que l’un de nos très grands photographes français, Bernard Plossu, pose sur le noble établissement un dernier regard avant transformation. Il est venu à Sélestat pendant l’été 2013 avec son éternel Nikkormat et son objectif 50 mm.<br />
Une journée durant, il s’est laissé happer par le lieu, demandant le silence autour de lui pour mieux entendre ce que la vieille bibliothèque avait à lui dire, avait à nous dire.<br />
Il a approché les livres, les vitrines et les objets qui se côtoyaient dans la grande salle.<br />
Il les a mis en « boîte».<br />
Il a trouvé l’âme des lieux.<br />
Il nous la restitue, il nous l’offre.<br />
Venez la partager avec lui, et avec Alberto Manguel, qui a volontiers accepté de reprendre le dialogue fécond qu&rsquo;il avait entamé il y a quelques décennies avec la Bibliothèque Humaniste.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, préface à l&rsquo;ouvrage  Bibliothèque humaniste de Sélestat, Pages de Mémoire, photographies de Bernard Plossu, texte d&rsquo;Aberto Manguel? mediapop editions, 2015</p>
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