<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; alsace</title>
	<atom:link href="https://www.histoires-alsace.com/tag/alsace/feed/" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>https://www.histoires-alsace.com</link>
	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
	<lastBuildDate>Thu, 16 Jul 2020 18:07:21 +0000</lastBuildDate>
	<language>fr-FR</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.5</generator>
		<item>
		<title>L&#8217;Alsace et la pandémie de Covid -19</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/lalsace-et-la-pandemie-de-covid-19/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/lalsace-et-la-pandemie-de-covid-19/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 22 May 2020 09:44:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des Cités et des Hommes]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[XXIe siècle]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Coronavirus]]></category>
		<category><![CDATA[Epidemies]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[Pandémie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=812</guid>
		<description><![CDATA[  &#160; &#160; L’Alsace et la pandémie du coronavirus                                                               &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/lalsace-et-la-pandemie-de-covid-19/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/lalsace-et-la-pandemie-de-covid-19/images-7/" rel="attachment wp-att-813"> </a></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/lalsace-et-la-pandemie-de-covid-19/images-7/" rel="attachment wp-att-813"><img class="alignleft size-full wp-image-813" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/05/images.png" width="293" height="172" /></a></p>
<p><b><i>L’Alsace et la pandémie du coronavirus</i></b></p>
<p align="right"><b><i>                                                                      </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">L’Alsace fut un foyer important de l’épidémie du coronavirus en France. Un rassemblement évangélique à Mulhouse, qui réunit quelques milliers de personnes du 17 au 24 février, semble avoir été un premier déclencheur. D’emblée, les malades affluent à l’hôpital de Mulhouse rapidement saturé. Quand la France est confinée à partir du 17 mars, l’Alsace paie le prix fort. L’actualité est braquée sur elle. Le personnel soignant y est héroïque et exemplaire. Il va servir de modèle, expérimentant avant tous les autres en France les méfaits du virus. Un hôpital militaire de campagne, opération spectaculaire et largement médiatisée, est installé à Mulhouse pour faire face à la demande des lits de réanimation. Les premiers TGV médicalisés partent des gares alsaciennes pour transporter des malades vers des régions françaises moins exposées. Avions et hélicoptères complètent le dispositif. L’Alsace connaît, 80 ans après la première, une nouvelle évacuation… La Suisse et l’Allemagne accueillent des patients de la région.   Paradoxe : les portes de l’étranger s’ouvrent pour eux alors que les frontières se ferment aux voisins.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand le pays est « déconfiné », le 10 mai 2020, l’Alsace reste sous observation. Elle apparaît, comme l’ensemble du Grand Est, en zone rouge. Une nouvelle marque d’infâmie ? Elle a malheureusement comptabilisé dans cette période 2400 morts et même si la situation s’est améliorée, l’on continue de mourir encore de ce funeste virus. On craint une seconde vague. La reprise économique et surtout touristique est compromise. Y survivra-t-elle ? Ecoutons le poète, en l’occurrence Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957) proclamer, dans son admirable <i>Goethe en Alsace</i>, sa foi en l’Alsace « <i>Pays du milieu… Pays de Kléber, pays d’Albert Schweitzer. Par sa vitalité, sa solidité, sa lourdeur, ses lits à hauts édredons rouges, carrefour de tous les sangs d’Europe, pays fait pour durer.</i> »</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, <em>Newsletter du Réseau des Sociétés d&rsquo;Histoire du Rhin Supérieur</em>, juin 2020</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/lalsace-et-la-pandemie-de-covid-19/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le compositeur Victor Nessler ( 1841-1890), De la gloire à l&#8217;oubli!</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/le-compositeur-victor-nessler-de-la-gloire-a-loubli/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/le-compositeur-victor-nessler-de-la-gloire-a-loubli/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 03 Jan 2017 16:06:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Alsace Terre d'Empire - Reichsland (1870-1918)]]></category>
		<category><![CDATA[Des Cités et des Hommes]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Alsaciens]]></category>
		<category><![CDATA[XIXe]]></category>
		<category><![CDATA[XIXe siècle (jusqu'en 1870)]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Der Trompeter von Säckingen]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Reichsland]]></category>
		<category><![CDATA[Victor Nessler]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=665</guid>
		<description><![CDATA[N’eût été la belle et inattendue initiative de Baldenheim de consacrer à son enfant le plus illustre, Victor Nessler, une statue, qui parlerait aujourd’hui de celui-ci, jadis, c’est-à-dire dans la deuxième moitié du XIXe siècle, compositeur musical de talent, célébré de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/le-compositeur-victor-nessler-de-la-gloire-a-loubli/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/le-compositeur-victor-nessler-de-la-gloire-a-loubli/th-5/" rel="attachment wp-att-666"><img class="alignleft size-full wp-image-666" alt="th" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/th4.jpg" width="283" height="300" /></a>N’eût été la belle et inattendue initiative de Baldenheim de consacrer à son enfant le plus illustre, Victor Nessler, une statue, qui parlerait aujourd’hui de celui-ci, jadis, c’est-à-dire dans la deuxième moitié du XIXe siècle, compositeur musical de talent, célébré de son vivant et oublié depuis lors ? Ce n’est pas rien que d’édifier une statue aujourd’hui. Ce qui fut autrefois un signe naturel de distinction et de reconnaissance est devenu rare sinon suspect. Il faut aller dans quelques dictatures éparpillées dans le monde pour en trouver l’usage.<br />
Mais le fait est -regardez autour de vous- qu’on érige de moins en moins de statues. Demandez aux statuaires, tous surpris qu’on vienne les solliciter pour cette pratique d’un autre âge. Aux gloires contemporaines, on donne plutôt quelques médailles, un nom de rue, voire de place ou d’édifice. Si vous tombez en disgrâce, on remplacera la plaque et le tour est joué. Économie de temps, économie de moyens !<br />
Honneur donc à Baldenheim d’avoir osé revenir à une pratique ancestrale qui exprime à la fois la gratitude et l’admiration pour la personne représentée et célèbre le talent de l’artiste choisi. Si l’image est à la hauteur du modèle, voilà le succès de l’un et de l’autre assuré. Point de Liberté sans Bartholdi, point de Bartholdi sans la Liberté</p>
<p><strong><em>Une enfance musicale à Baldenheim puis à Barr</em></strong><br />
Gloire aussi à Baldenheim de ne pas avoir oublié Victor Ernest Nessler qui lui dut l’oublier bien vite,s’en est-il seulement souvenu ? Il s’est contenté d’y naître, le 29 janvier 1841, au presbytère protestant plus précisément, et il quitta la localité à l’âge de sept ans, son père, pasteur, étant muté à Barr. Mais, ce n’est pas aux parents et donc éducateurs, nombreux dans la salle, que j’apprendrai combien déterminantes et formatrices pour l’avenir sont les années de prime jeunesse. Prenez pour exemple le grand poète que fut Jean-Paul de Dadelsen (1913-1957), qui jamais n’oublia les années passées à Muttersholtz et dans le Ried environnant. Il ne faut jamais sous-estimer le génie des lieux, le <em>genius loci</em>, et nous nous garderons bien de fixer des limites à son action créatrice et protectrice. C’est à Baldenheim qu’il montra, à peine âgé de quatre ans, des dons particuliers pour la musique, jouant au piano » sans avoir reçu d’autres leçons que celles que lui donnaient son instinct musical et le modèle fourni par sa sœur étudiant le piano » (Camille Schneider, 1970, p.166).</p>
<p style="text-align: justify;">Victor est né au presbytère protestant de Baldenheim, bâtisse alors déjà vénérable mais toujours solide dont la construction remontait à 1684. Il est le 5e enfant du pasteur Charles Ferdinand Nessler et de son épouse Wilhelmine (Mina) Kampmann). Les deux familles sont issues de familles de pasteurs depuis quelques générations. Le père, originaire de Gumbrechtshoffen dans le nord de l’Alsace sera successivement pasteur de Baldenheim, Barr puis Durstel, la mère est fille de pasteur, descendante d’un pasteur piétiste qui officiait à Bischwiller. Le jeune Victor est baptisé cinq jours après sa naissance, le 3 février, par le pasteur Keller de Muttersholtz ; Charles Kuss, juge de paix, est son parrain et Victoire Kastler, sa marraine.</p>
<p style="text-align: justify;">Un baptême protestant donc dans un village qui l’est majoritairement. La Réforme fut introduite en 1576 dans cette possession wurtembergeoise, tenue en fief par la famille des Ratsamhausen. Au moment où naît Victor Nessler, le simultaneum, introduit au XVIIIe siècle, est toujours en vigueur. La paix religieuse y est fragile. L’exercice simultané des deux cultes est une source permanente de conflits. Des affrontements violents ont même lieu en 1843, du temps où le père de Victor, Charles Ferdinand (1801-1883) officiait à Baldenheim. Ce n’est que peu de temps avant la dernière guerre que la communauté catholique locale eut son église, dédiée à saint Louis.</p>
<p style="text-align: justify;">Les amateurs de généalogie ne seront pas insensibles au fait que Victor Nessler est, du côté de sa mère, cousin au 10e degré de Ludwig van Beethoven et descendant, à la douzième génération, de l’illustre humaniste Sébastien Brant, auteur à la fin du XVe siècle, en 1494, de la très célèbre Nef des fous, le Narrenschiff.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a 7 ans à peine quand il quitte Baldenheim pour Barr où son père vient de prendre ses fonctions de pasteur. Toujours aussi passionné de musique. Il reçoit ses premières leçons de piano de l’organiste des lieux, Wenning. Il progresse vite, il passe pour un petit prodige que Strasbourg vient solliciter pour organiser des concerts, ce que son père refuse catégoriquement. Trop jeune et tout à fait inapproprié : son père le destine au ministère pastoral, une tradition familiale.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Premiers succès strasbourgeois</strong></em><br />
En 1854, Victor entre en 3e littéraire au gymnase protestant de Strasbourg. Un lycée prestigieux de la place qui continue de former les élites protestantes et notamment ceux qui se destinent à la voie pastorale. Il y passe son bac et s’inscrit, en 1861, à la Faculté de Théologie. Le chemin semble tracé. Il habite tout à côté de Saint-Thomas sur la place éponyme. La chambre est modeste mais propice à s’adonner à sa passion, voire à la méditation. Elle dispose d’un piano droit. « <em>La fenêtre unique donnait sur un jardinet, la vigne vierge qui l’encadrait la faisait ressembler à un cloître.</em> » (Camille Schneider, 1970, 166)<br />
Il y reçoit ses amis, les jeunes Schuré, Fébvrel et Schneegans, les deux premiers taquinent la plume, Nessler les met en musique. Sous l’œil bienveillant et complice de leur propriétaire, Madame Wild, qu’ils appellent tante Wild. Edouard Schuré, qui a le même âge que lui, y compose la plupart de ses « chants de la montagne ». Nessler met en musique les psaumes 125, 126 et 137. Ils sont exécutés par le <em>Sternenkränzel</em>, la chorale de Théophile Stern dont Nessler, qui en outre dispose d’une belle voix de baryton, est un membre actif. Le psaume musical 137, Sur les bords des fleuves de Babylone, est joué en 1862 au Temple Neuf et rapporte la somme de 700 francs que Nessler, aussi généreux que pourtant démuni, envoie à la ville de Barr pour ses pauvres.</p>
<p style="text-align: justify;">Le troisième larron, Edmond Febvrel écrit le livret de l’opéra Fleurette (histoire de l’amour malheureux entre Henri IV et la fille de son jardinier qui mit fin à ses jours en se jetant dans l’étang de Garennes). Nessler le met en musique. L’œuvre est même représentée au théâtre municipal de Strasbourg, le 15 mars 1864. Le succès est immédiat, mais il est encombrant. Peu compatible avec le sacerdoce auquel se destinent les jeunes hommes. La faculté de théologie voit toute cette agitation musicale d’un mauvais œil, elle détourne ses étudiants de leur véritable objectif. Elle ne saurait tolérer que la musique l’emportât sur la théologie. Qu’elle la serve tout au plus, c’est déjà suffisant. La petite équipe ne cède pas. La majorité interrompt ses études de théologie. Edmond Fébvrel ira enseigner au collège de Bouxwiller. Nessler s’en ira parfaire son éducation musicale à Leipzig, non sans avoir accompagné son ami Schuré dans un long voyage le long du Rhin pour étudier, à sa source même, et à l’exemple de Herder et de Goethe, la chanson populaire, le Lied allemand.<br />
Ils sont amis proches, ils le seront encore davantage quand Edouard Schuré deviendra son beau-frère, épousant en 1866, Mathilde, la sœur aînée de Victor. C’est Schuré qui nous dresse ce beau portrait de Nessler du temps de leur complicité strasbourgeoise.<br />
« C<em>’était un garçon énergique, d’apparence rude, d’une indépendance sauvage, au fond d’une extrême sensibilité. Quand il improvisait au piano, avec ses cheveux bruns bouclés et ses yeux bleu foncé, des yeux de dompteur d’un éclat magnétique, alors ce paysan du Danube devenait beau. Il semblait vraiment inspiré, quand ses mains tiraient en se jouant des torrents d’harmonie du clavier d’ivoire et qu’il joignait sa belle voix de baryton. Que ce fussent des chansons populaires ou des lieds de sa composition, sous le fluide électrique enveloppant qui s’échappait de toute sa personne, les jeunes filles et les femmes mariées tombaient amoureuses de lui. Il fit, à Strasbourg, plus d’une passion en donnant des leçons de musique. Je le rencontrai un jour dans une petite société, où il fit entendre de ses compositions après avoir fait tourbillonner un groupe de jeunes filles, en leur jouant des valses d’un mouvement accéléré. Je fus étonné de cette inspiration spontanée, de cette puissance primesautière d’expression et de cette action magnétique immédiate sur les autres. C’étaient des dons que je n’avais pas, mais loin de les envier, j’étais heureux de les rencontrer chez un autre et de les saluer à cœur joie. Je devins sur le champ l’ami intime de ce compositeur plein de développement</em> (Edouard Schuré, le rêve d’une vie, Paris 1928) ».</p>
<p><strong><em>En route pour Leipzig</em></strong><br />
Leur complicité est réelle, ils s’étonnent l’un l’autre, ils se surprennent. Schuré écrivant à sa fiancée Mathilde n’est pas avare de confidences. Il relate avec force détails leur escapade sur le Rhin, les soirées musicales chez Frau Naumann à Bonn, les réticences de cette dernière à l’art de Nessler, la capitulation qui s’ensuivit quand elle s’écria Prachtvoll ! à son exécution du psaume 137, assurément le psaume préféré de Victor, en un mot « la victoire du génie naturel sur les préjugés de l’éducation et de l’école » pour citer exactement Edouard Schuré.</p>
<p style="text-align: justify;">Prolongeons encore un peu avec les lettres de ce dernier «<em> Notre plus ravissante promenade a été celle de Bad Godesberg. Les paisibles villages ont un charme de paix et d’innocence qui pénètre. Si vous aviez été avec nous comme vous auriez joui ! Victor, enfin a compris la beauté des bords du Rhin qu’il ne voulait pas admettre d’abord. Les Volkslieder chantés le dimanche pour les jeunes paysannes ont achevé l’enchantement. C’était vraiment beau à voir le véritable artiste captivé par les simples mélodies du peuple et se retrouver tout entier dans cette musique</em>. »</p>
<p style="text-align: justify;">Que retenir de tout cela ? Quelques premières indications d’un garçon doué qui se métamorphose devant un piano, qui aime séduire et divertir composer des lieds et jouer de la valse, soit une forme de légèreté qui va butiner du côté des chansons populaires avant de se muer parfois en quelque chose de plus grave qui le fait illustrer des psaumes, traces à jamais profonde d’une éducation protestante et d’une filiation pastorale.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne doit pas être totalement perdu à Leipzig qu’il a choisi parce que la ville est férue de musique qu’on joue beaucoup et qu’on enseigne davantage encore. Il est là pour apprendre et pour travailler. Avec la bénédiction tardive d’un père qui se doute bien que Victor ne sera jamais pasteur. Au moment de son départ, il a vis-à-vis de son fils cette formule aussi tendre que vacharde qui vaut cependant consentement : « Victor, si tu ne réussis pas, tu seras simple organiste dans l’église où tu aurais pu monter sur chaire. »</p>
<p style="text-align: justify;">A Leipzig donc depuis 1864, à Leipzig qu’on appelle aussi Le petit Paris. Intéressant, car nous sommes toujours sous l’Empire de Napoléon III en France d’où vient Nessler et dans l’inconsciente et peut être à ce moment chimérique idée d’une unité allemande qui n’existait pas, dont on rêvait peut-être mais pas nécessairement dans l’espoir concret de le vivre un jour. Personne alors ne pouvait imaginer que sept ans après ce serait fait, et à Versailles, en outre !</p>
<p style="text-align: justify;">Doublement intéressant pour nous autres Alsaciens que de constater qu’on pouvait, dans une Alsace française depuis deux siècles, parfaire ses études artistiques aussi bien à Paris qu’à Leipzig bien avant le désastre de Sedan. Cela en dit long sur les flux culturels, la permanence de certains liens, les circuits de formation, la réputation des maîtres, la soif d’apprendre des élèves alsaciens qui savent faire la part des choses et connaissent la géographie des lieux artistiques. L’ouest pour les arts de la peinture, l’est pour l’art musical. Il y a des réputations durables.</p>
<p style="text-align: justify;">A retenir donc que Victor Nessler alla faire ses études en Allemagne en tant que citoyen français, en pleine conscience, parce que l’enseignement était de qualité et qu’on y trimait… à l’allemande. Il habite une petite chambre de la Schützenstrasse, dispose d’un vieux piano pour faire ses gammes, se perfectionne auprès d’éminents professeurs dont les noms ne disent plus rien ou si peu à personne comme Moritz Hauptmann, Edouard Bernsdorf, et de quelques chefs d’orchestre ou compositeurs à la notoriété guère plus assurée, Karl Reineke ou Ignaz Moscheles. Encore que Reinecke, formé par Mensdelsohn et Schumann disposait alors d’une notoriété reconnue. Il est le directeur du Conservatoire de Leipzig qui accueille Nessler et l’histoire de la musique lui reconnait un indéniable mérite  dans le dévelopemment, la promotion et l’esthétique de la mise en musique des Lieders .</p>
<p style="text-align: justify;">Nessler  est dur à la tâche, il besogne, il accumule. Il énumère dans une lettre à sa sœur Mathilde, peu de temps après son arrivée, tout ce qu’il a déjà composé depuis qu’il est à Leipzig : 15 chœurs d’homme, trois Lieds et un quatuor. On ne peut pas dire qu’il roule sur l’or, les premières années furent financièrement dures, il tire le diable par la queue, plus étudiant ou artiste sans le sou que musicien installé. Il a du mal à s’acclimater. Leipzig, ce n’est pas Strasbourg, qui serait presque méridionale comparée à elle, et l’Alsace, terre rhénane, c’est quand même autre chose que la lointaine et froide Saxe. Il y retourne de temps en temps et une fois même pour se marier et épouser sa fiancée depuis onze ans, Marie Marguerite Julie Ehrmann, une demoiselle strasbourgeoise, le 27 mai 1872. C’est le soutien financier de son ami Schuré, devenu six ans auparavant son beau-frère qui lui permet d’envisager de fonder une famille.</p>
<p><strong><em>Edouard Schuré</em></strong><br />
Edouard Schuré, l’ami à la fois proche et lointain et pourtant tellement déterminant dans l’évolution de Victor Nessler. Il a fait, lui aussi son chemin depuis leur escapade rhénane. Quand il était élève comme Nessler au gymnase de Strasbourg, Albert Grün, un de ses professeurs, réfugié politique allemand, l’a initié à la littérature allemande et à la philosophie de Hegel. Il est le type même de l’intellectuel alsacien, une espèce en réalité rare, qui possède déjà avant 1870 une double culture.</p>
<p style="text-align: justify;">Esprit ouvert, d’une curiosité universelle, il assiste le 10 juin 1865 à la première représentation de Tristan et Isolde à l’opéra de Munich. C’est un choc. Le voilà wagnerien. Passionnément ! Il fait la connaissance du compositeur qui a alors 52 ans. Ils vont se revoir souvent et entretenir une riche correspondance longtemps amicale. Il s’établit à Berlin, y fréquente assidûment les salons littéraires avant de changer radicalement d’horizon et de s’installer, en 1866, avec sa jeune femme à Paris. Il publie, dans la capitale française, son Histoire du Lied, fréquente les milieux littéraires parisiens, papillonne dans les salons de la comtesse d’Agoult, rencontre quelques personnalités qui comptent : Ernest Renan, Jules Michelet, Hippolyte Taine et Jules Ferry.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1869, dans la Revue des deux Mondes, il publie un article fondateur sur Wagner, à l’origine de la découverte et de l’engouement du wagnerisme en France. La guerre franco-allemande de 1870 n’interrompt pas immédiatement la relation entre les deux hommes même si Schuré se montre souvent agacé par la virulence anti-française de Wagner. En 1875, il publie l’Histoire du drame musical où il analyse chaque drame wagnérien. Schuré admire l’œuvre grandiose de Wagner et son caractère universel. Mais il supporte de moins en moins son chauvinisme prussien, sa haine de la France, son nationalisme outrancier. En 1876, il rencontre Wagner pour la dernière fois à Bayreuth et n’y retournera plus, s’éloignant définitivement d’un homme dont il aura préféré l’œuvre à la personnalité. Il écrit dans une lettre : « <em>Wagner, qui avec son génie colossal a tous les défauts des Allemands au centuple degré, plus les siens qui sont légion, Wagner qui est insolent comme un manant, vindicatif comme une harpie et méchant comme un démon, avait déjà tout fait pour se rendre impossible en France </em>»</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cet homme de passion qui n’oubliera jamais Wagner connaîtra une passion plus exclusive encore quand il rencontre en 1871, Marguerite Albana Mignaty, grecque originaire de Corfou, qui dirige un salon littéraire à Florence « <em>Par une attraction magnétique instantanée le coup de foudre était sur nous.</em> » écrit-il, subjugué. Cette passion ravageuse changea totalement Schuré et ne s’acheva qu’à la mort de Marguerite en 1887. Sans Marguerite, belle, intuitive, dominatrice, grecque d’origine à l’éducation anglaise enrichie par une expérience indienne qui l’ouvrit à l’ésotérisme, Schuré n’aurait pas écrit, en 1887, Les grands initiés, Esquisse de l’histoire secrète des religions Rama, Krischna, Hermès, Moïse, Orphée, Pythagore, Platon, Jésus, son œuvre majeure, livre qu’il dédicaça à sa mémoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet emballement l’éloigna de son épouse, la sœur de Victor Nessler et par voie de conséquence de Victor également. Mais il lui avait transmis l’amour de Wagner. En avril 1871, quand ils s’écrivaient encore beaucoup, Victor Nessler avait, dans une lettre à son ami Schuré dit toute l’admiration qu’il portait à Wagner qu’il avait vu répéter. Comme Schuré naguère, Nessler est séduit. Il l’a vu diriger, il l’a entendu parler. C’était un samedi à midi : « <em>Je n’ai pas quitté Wagner des yeux un seul instant et toujours je songeais à Lohengrin, Rienzi, Meistersinger et Tannhäuser. Jamais la vue d’un homme ne m’a tant remué. Il n’est pas grand Wagner, mais sa tête est superbe…</em> »</p>
<p><em><strong>Premiers succès</strong></em><br />
A Leipzig, Nessler progresse laborieusement. Il compose toujours et encore. Son opéra romantique, <em>Dornröschens Brautfahrt</em> (Voyage de noce de la belle au Bois dormant), en 1868, tout comme son opérette <em>Alexanderstag</em> sont des échecs. Il lui faut travailler plus, étudier davantage la composition dramatique. Il va grimper lentement les échelons de la réussite professionnelle avant de pouvoir envisager la consécration artistique. Il est d’abord nommé au poste de directeur des choeurs et de second chef d’orchestre au théâtre municipal de Leipzig en 1871. Il prend, en 1879, la direction de l’orchestre du <em>Carola Theater</em>, un théâtre d’opérette privé et, en 1880, celle du <em>Leipziger Sängerbund,</em> composé de huit chorales différentes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le compositeur qu’il entend rester après avoir mille fois sur le métier remis l’ouvrage, perce subitement en 1879 avec l’opéra populaire : « D<em>er Rattenfänger von Hameln</em> » dont le livret avait tout d’abord été écrit en français sous le titre « Hans, le joueur de flûte » pour être joué sur une scène parisienne. On y trouve les valeurs spirituelles et primesautières qui caractérisent la chanson populaire et la légende. Le succès est au rendez-vous. La ville de Hameln le nomme citoyen d’honneur en même temps que le compositeur Julius Wolff. Le lendemain, il écrit à sa sœur Mathilde : « <em>Nos parents ne s’intéressent plus, je le sais à mes dons de compositeur, je les comprends mais s’ils ont encore un instant de loisir pour penser à moi, lis-leur les deux extraits de presse sur mon succès à Hameln et à Rotterdam</em>. » Il y a des blessures qui ont du mal à cicatriser…<br />
Sa composition suivante, <em>Otto der Schütz</em>, un opéra-comique qui date de 1881 est mal accueillie. Quand elle fut présentée aux Strasbourgeois, trois ans plus tard, elle ne convainquit personne. Les critiques furent unanimement hostiles et en profitèrent pour exécuter l’auteur et l’œuvre par un peu aimable jeu de mots qui transforma<em> Otto der Schütz</em> (Othon le chasseur) en un pathétique <em>O toter Schütz</em> (Oh, le chasseur mort).</p>
<p><em><strong>Le triomphe du Trompeter von Säckingen</strong></em><br />
Et voilà qu’en 1884 avec der Trompeter von Säkkingen, &#8211; il est créé le 4 mai 1884 à Leipzig- Nessler atteint une gloire subite qui dépasse l’entendement. Cette œuvre composée sur un livret de Rudolf Bunge d’après un roman en vers, paru en 1854, de l’écrivain Viktor von Scheffel fait sensation. Elle éclipse tous les autres succès de l’époque. A Leipzig, le public afflue en nombre pour assister aux représentations. Grâce aux recettes du Trompeter, le théâtre local connait une santé financière unique dans son histoire, le compositeur a même droit à un défilé aux flambeaux pour la centième représentation.<br />
Ce n’est pas tant la trame du récit qui est important mais la richesse des mélodies « qui semblent jaillir selon le beau constat de Camille Schneider tout naturellement d’un cœur singulièrement généreux. »</p>
<p style="text-align: justify;">On s’est longtemps souvenu du seul refrain joué par une trompette que les radios de nos grands-parents diffusaient avec régularité « <em>Behüt dich Gott, es wär zu schön gewesen,/ Behüt dich Gott, es hat nicht sollen sein </em>» (Camille Schneider, 1970, 169). On le chantait beaucoup, cet air, au début du siècle dernier, nos grands-mères en étaient friandes. Mais c’est toute l’aire culturelle germanique qui se régalait de cet opéra populaire. Il fut joué des milliers de fois en Allemagne et à proximité. Gustav Mahler dirigea l’opéra en 1885 à Prague. A Strasbourg, alors allemand au sein du Kaiserreich, une trentaine de représentations sont réservées à cette œuvre entre 1889 et 1910. Sous la direction de Prasch à Strasbourg, qui en fut le chef d’orchestre de 1889 à 1892, Nessler talonne Wagner et Gounod. (Myriam Geyer, 1999, 128).</p>
<p style="text-align: justify;">Le succès se prolongera longtemps après le décès prématuré de Nessler en 1891. Yves Killian, un de ses descendants, précise à juste titre : « <em>Tant par les milliers de représentations en Allemagne, parfois dirigées par Arthur Nikisch, voire Karl Böhm (son premier concert), que par la voix de Hermann Prey ou la trompette prestigieuse de Walter Scholz ou encore pour être joué au 1er festival européen à Strasbourg en 1905, sur la même affiche que Mendelssohn et Schumann, en présence de Gustav Mahler et Richard Strauss, puis rejoué même en 1941-1944, sous la direction de Hans Rosbaud, le Trompeter s’inscrivait à l’Opéra de Strasbourg au même rang que Wagner, Beethoven et Mozart mais fut exclu des programmes strasbourgeois sous le régime français…</em> (Yves Killian, N.D.B.A., 2821). Un destin bien Alsacien !</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, le livret de l’opéra n’est pas à la hauteur de l’épopée en vers de Victor Scheffel, juriste à Karlsruhe et auteur d’un livre culte, en 1854, réédité plusieurs centaines de fois depuis lors. L’histoire du modeste joueur de trompette Werner Kirchhoffer et de sa bien aimée Marguerite d’origine noble repose sur une légende locale de Säckingen. Si l’œuvre de Scheffel s’inspire à maints endroits du style satirique de Heinrich Heine, à travers un regard ironique voire critique porté sur l’époque, c’est l’atmosphère enjouée et positive, le récit tendre et poétique qui fait le charme d’un récit où des personnages savoureux et méditatifs comme le chat noir Hiddigeigei ou le lutin farouche habitant dans une caverne de la Forêt Noire encadrent l’histoire d’amour entre Marguerite et Werner.<br />
Une Marguerite que le librettiste Rudolf Bunge, « directeur d’une usine chimique et fabricant patenté d’un cycle de tragédies bon teint », selon un contemporain, transforme en Marie, simplifiant, en outre, grossièrement quand il ne la falsifie pas, l’intrigue à tel point que Scheffel s’enfuira au deuxième acte de l’Opéra qu’il était allé voir l’année de sa création à Stuttgart, en 1884.</p>
<p style="text-align: justify;">L’intrigue Bungienne, si j’ose dire, est plus triviale. Werner, jeune trompettiste et soldat qui vient de rentrer de la guerre de Trente ans, est invité par un ami, Conradin, à fêter la Saint Fridolin, patron de Säckingen. Sur le parvis de l’église, il s’interpose dans une altercation opposant la jeune et belle Marie, fille du baron de Schönau à des paysans mal intentionnés. Il est subjugué par Marie qui ne sera pas insensible à son charme. Malheureusement, elle est promise à Damien, fils du puissant comte de Wildenstein dont l’épouse est une mégère.<br />
Werner, grâce son acte courageux initial, se fera embaucher comme trompette et professeur de musique par le père de Marie. L’idylle qui naît entre les jeunes gens sera brutalement interrompue quand les deux amoureux, échangeant un baiser, seront surpris par l’inévitable comtesse de Wildenstein. Werner est impitoyablement chassé. Il reviendra pourtant quand il sauvera un peu plus tard les habitants du château assiégé par des paysans révoltés. Blessé, Il est soigné par Marie et Conradin qui découvrent sur son bras une tache de naissance. Celle-ci prouve qu’il est, en réalité, le fils, autrefois enlevé, du comte et de la comtesse de Wildenstein. Werner est à présent ebenbürtig, de même rang que celui de son aimée, plus rien ne s’oppose désormais à leur union. L’édifiante et très philosophique morale de l’histoire est résumée par le chœur final :<br />
<em>Liebe und Trompetenblasen/ nützen zu viel guten Dingen,/ Liebe und Trompetenblasen/ selbst ein adlig Weib Erringen./ Mögen es jeden so gelingen/ Wie dem Herrn Trompeter Werner/an dem Rheine su Säckingen.</em></p>
<p style="text-align: justify;">On a connu des livrets mieux rédigés, des textes plus profonds. Cela paraît bien léger à côté des textes wagnériens dont on se délectait par ailleurs. Entendre ou lire des passages tels que « Très chère, croyez-moi, personne n’embrasse aussi bien qu’une trompette » pouvait laisser perplexe des élites plus exigeantes. Il y avait incontestablement un divorce qui d’emblée s’installa entre l’enthousiasme soulevé par cet opéra populaire allemand et sa musique qui parlait aux gens et l’oreille plus sélective des critiques musicaux.<br />
Le critique Edouard Hanslick, avait sobrement écrit : « <em>Le plus singulier de cet opéra au succès exemplaire reste… son succès !</em> » Musique comme livret étaient par ses pairs voués aux gémonies : En 1915, le musicologue Edgar Istel émettait un jugement particulièrement dur selon lequel la musique de Nessler « <em>appartenait à ce que les scènes allemandes avaient dû tolérer de plus honteux pendant des décennies </em>»</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que l’année 1884 n’était pas nécessairement destinée à voir l’idylle petit-bourgeoise triompher avec fracas sur les scènes allemandes. Nous nous situons un an après la mort de Wagner qui laissait un impressionnant héritage, l’année de la création de Manon de Massenet et du premier opéra de Puccini, l’année de la composition de la 7e symphonie de Bruckner et des Chants d’un compagnon errant de Mahler.<br />
Et pourtant, le Trompeter volait de succès en succès et connaissait la consécration grâce à l’adhésion d’un large public aux anges, ravi par la beauté de mélodies simples qui exprimaient si bien sa veine populaire et sentimentale. C’est ce public-là qui fit la gloire de l’auteur et de son œuvre majeure. Pas les critiques au mieux gênées quand ils ne se pinçaient pas le nez ou se bouchaient les oreilles.<br />
Quant aux habitués des salles de concert, public exigeant à ses heures, leurs oreilles n’étaient pas meurtries par les mélodies de Nessler ni par l’intrigue du Trompeter. Il y avait, il y a toujours, en matière musicale plusieurs demeures dans la maison du père, et le divertissement, une musique plus légère, n’était en aucun cas interdit aux oreilles du mélomane. Ils étaient tout simplement recommandés et participaient à son équilibre. Bref, cette musique devait lui faire du bien. Même à une personnalité aussi riche, contrastée, exigeante et angoissée comme Mahler qui, comme je l’ai déjà mentionné, dirigea l’opéra Der Trompeter von Säckingen à Prague en 1885.</p>
<p><strong><em>La roche Tarpéienne</em></strong><br />
En touchant le Graal, Nessler s’étiola. Son immense succès, grisant au début, devint un boulet. Le voilà célébré, adulé même et en même temps catalogué. On attendait de lui qu’il fît désormais du Nessler, d’autres Trompeter encore mais certainement pas cette Rose de Strasbourg qu’il conçut et produisit en 1890, et qui essuya un cinglant échec et un rejet unanime des critiques et des mélomanes. Il en souffrit, il en mourut même, la même année le 28 mai 1890, il n’avait que 49 ans !</p>
<p style="text-align: justify;">Musicalement, il avait rêvé d’autre chose. Sa composition devait être le pendant des Maîtres chanteurs de Richard Wagner. Son opéra allait célébrer le génie des lieux strasbourgeois, hommage aux pages glorieuses de l’histoire de la ville, une vaste fresque ou apparaissait Herrade de Landsberg et qui comptait, entre autres, l’épisode de la savoureuse arrivée des Zurichois à Strasbourg, en 1576, avant que leur bouillie de mil ne se refroidît. Le sanctionna-t-on parce qu’il avait eu l’aplomb de vouloir faire du Wagner qu’il admirait tant ? Il en avait probablement les qualités, mais on lui en déniait le statut. Définitivement réduit à une image d’amuseur plus que de compositeur, voué à être définitivement l’auteur du Trompeter, œuvre populaire certes — les critiques mettaient toute leur condescendance dans cet adjectif — et toujours considérée comme étant de pur divertissement.</p>
<p style="text-align: justify;">Allons, cet amuseur ne pouvait prétendre à se hisser au niveau d’un Wagner, sa musique ne pouvait être qu’une pâle copie, sinon un vulgaire pastiche du grand maître. Pourtant lui, Victor Nessler, il avait tenu à cette œuvre, il l’avait trouvé prometteuse et fidèle à l’esprit de son maître. Il ne s’attendait vraiment pas à une telle hostilité. Il n’avait pas les moyens de rebondir psychologiquement ni l’envie probablement de rejoindre son ancien ami, Edouard Schuré, qui se perdait alors, tout en ressuscitant dans une nouvelle passion, la théosophie de son ultime mentor, Rudolf Steiner.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fallut qu’il mourût pour être à nouveau célébré, pour avoir à nouveau droit de cité ! Strasbourg, qui l’avait pourtant snobé, lui organisa de grandioses obsèques présidées par le maire Otto Back. Une foule énorme forma la haie au passage de son cortège. Au Temple-Neuf, la chorale chanta un chœur funèbre en français que le défunt avait remis un jour au directeur de la chorale, avec prière de le chanter à ses obsèques.<br />
Cinq ans plus tard, la ville ne l’a toujours pas oublié. Le maire Otto Back profita de la tenue d’une grande exposition industrielle dans le parc de l’Orangerie pour inaugurer, en face du pavillon Josephine, le buste en bronze, toujours visible, que le sculpteur Alfred Marzolff, en vogue à l’époque, réalisa ; Marzolff, qui avait été le témoin anonyme d’une rencontre fortuite qui s’était déroulée quelques années auparavant quand Nessler, se promenant un jour au Herrewasser, dans la banlieue strasbourgeoise, rencontra quatre jeunes gens qui jouaient, sur leurs cors de chasse, le célèbre refrain du Trompeter von Säckingen…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Conclusion</em></strong><br />
L’histoire de notre compositeur alsacien est pour le moins contrastée. Il connut la gloire et tomba dans l’oubli. On s’est longtemps souvenu du Trompeter, on oublia qui fut son auteur. Et quand on évoquait ce dernier plus précisément, on le réduisit gaillardement à une seule œuvre voire à deux en incluant le <em>Rattenfänger von Hameln</em> alors que sa production musicale fut multiple. Il avait écrit d’autres opéras et des opérettes. Qui était capable de citer <em>Dornröschen Brautfahrt</em>, un opéra romantique daté de 1867, l’année où il produisit également l’opérette <em>Die Hochzeitsreise</em> ? Se souvenait-on qu’avant de connaître la notoriété, il avait travaillé comme un fou et composé sans relâche <em>Der Nachtwächter</em> en 1868, tout comme <em>Am Alexander Tag</em>, <em>Irmingard</em> en 1876 sur un texte de Rudolf Bunge déjà, le futur librettiste du Trompeter, <em>Der Wilde Jäger</em>, opéra en quatre actes sur des textes de Julius Wolff, sans oublier, bien sûr, <em>Otto der Schutz</em> et <em>Die Rose von Strassburg</em> à l’insuccès notoire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait composé des cantates, d’innombrables Lieds pour chœur d’hommes. Il y excellait, recueillant même un surnom qui remontait au début de son séjour à Leipzig, quand on l’appelait tantôt<em> Vogesenbär</em> et tantôt <em>Victor der Liederliche</em>, en jouant sur les mots, référence à son amour des chants et sa vie de Bohême. Cette partie féconde de son œuvre mérite d’être redécouvert. Faisons confiance à nos amis musiciens pour en explorer la richesse et nous restituer son œuvre chorale telle que nos ancêtres l’entendirent et la chantèrent.</p>
<p style="text-align: justify;">Il avait également composé deux chants consacrés à l’Alsace : <em>An die Heimat et Abendstille.</em> C’est peu dire qu’il était attaché à sa région natale. L’Alsace, les Vosges et Strasbourg restaient pour lui une source inépuisable d’inspiration. Sa fidélité fut elle aussi l’objet de malentendus. Durant son séjour à Leipzig, après 1870, il se dispensait chaque année, lors des fêtes patriotiques allemandes célébrant la victoire de Sedan (soit une cruelle défaite française) de diriger sa chorale. Il était resté un Français en Allemagne, ce que ses amis musiciens de Leipzig ne contestèrent jamais, respectant en lui l’Alsacien et le Français. Je rappellerai une dernière fois que Victor Nessler n’était pas un enfant du Kaiserreich, mais de la monarchie de Juillet et surtout du Second Empire.</p>
<p style="text-align: justify;">Il eût pu faire une carrière à la Waldteufel à qui on le compare parfois à tort. Ils sont contemporains, c’est vrai. Emile est né en 1837 à Strasbourg, il est de trois ans l’aîné de Victor. Mais tout les sépare. Il a quatre ans à peine quand les parents d’Emile Waldteufel émigrent à Paris. Élève du conservatoire, il y use ses culottes d’écolier en compagnie de Jules Massenet et de Georges Bizet. Il fera une carrière essentiellement parisienne et un peu britannique comme musicien de cour, choyé par l’impératrice Eugénie, organisant les festivités et multipliant les bals aux Tuileries et à Compiègne et même un certain temps auprès de la reine Victoria d’Angleterre. Compositeur compulsif de musique de danse et de valses &#8211; la Valse les patineurs date de 1882 &#8211; qui lui ont valu le titre de Strauss viennois, Il partagea avec Nessler qu’il ne dut jamais rencontrer, un sens mélodique qui le rattachait cependant davantage à une tradition hexagonale où l’on retrouvait Gounot, Saint-Säens et Bizet. Nous ne sommes pas dans le même monde que celui de Nessler. S’il n’était né à Strasbourg, qui aurait songé à faire de Waldteufel un musicien alsacien ? Il appartient incontestablement à l’école française, même si en raison de ses origines, il sut l’enrichir et puiser aux sources inspiratrices de la musique folklorique bavaroise qu’il connaît par sa mère et au folklore de Bohême. Waldteufel, ce fut une façon d’être Alsacien, totalement dévoué à la France. Nessler ce fut l’inverse. Malgré son patriotisme et son attachement à la France qu’il partageait avec Édouard Schuré, il fut toujours considéré comme un compositeur allemand par les Français qui l’exclurent de leurs programmes après-guerre. Cela ne vous rappelle rien ? Son destin fut aussi le destin de l’Alsace et des Alsaciens, écartelés perpétuels et le plus souvent incompris. Voyez-le plus illustre d’entre eux, Albert Schweitzer ! A croire que le refrain du Trompeter  était écrit pour eux :<br />
<em>Behüt dich Gott, es wär zu schön gewesen, </em><br />
<em>Behüt dich Gott, es  hat nicht sollen sein&#8230;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Sources :<br />
Camille Schneider, Victor Nessler, compositeur alsacien du Trompette de Säckingen, dans <em>La Musique en Alsace, hier et aujourd’hu</em>i, Strasbourg, 1970.<br />
Dictionnaire de la musique. Les hommes et leurs œuvres, Paris 1986.<br />
Bernard Vogler, <em>Histoire culturelle de l’Alsace</em>, Strasbourg, 1993.<br />
Myriam Geyer, L<em>a vie musicale à Strasbourg sous l’Empire allemand</em> (1871-1918), Strasbourg 1999.<br />
Yves Killian, Notice Nessler, <em>Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne,</em> p.2820-2821.<br />
Gabriel Braeuner, L<em>’Alsace au temps du Reichsland, un âge d’or culturel </em>?, Pontarlier, 2014.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/le-compositeur-victor-nessler-de-la-gloire-a-loubli/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Sur les traces des Antonins et du retable d’Issenheim</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/sur-les-traces-des-antonins-et-du-retable-dissenheim/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/sur-les-traces-des-antonins-et-du-retable-dissenheim/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 03 Jan 2017 15:18:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Moyen-Age]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Renaissance]]></category>
		<category><![CDATA[VIIe-XVIe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Antonins]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[Grunewald]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Issenheim]]></category>
		<category><![CDATA[renaissance]]></category>
		<category><![CDATA[retable d'Issenheim]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=652</guid>
		<description><![CDATA[En toute chose, avait pour habitude de dire Albert Schweitzer, que je pratique beaucoup, n’oubliez pas le commencement qui est de dire merci. Merci à vous chers amis d’être venus nombreux pour participer à cette journée qui nous mène sur &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/sur-les-traces-des-antonins-et-du-retable-dissenheim/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.histoires-alsace.com/sur-les-traces-des-antonins-et-du-retable-dissenheim/th-4/" rel="attachment wp-att-654"><img class="alignleft size-full wp-image-654" alt="th" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/th3.jpg" width="300" height="233" /></a></em>En toute chose, avait pour habitude de dire Albert Schweitzer, que je pratique beaucoup, n’oubliez pas le commencement qui est de dire merci. Merci à vous chers amis d’être venus nombreux pour participer à cette journée qui nous mène sur les traces d’un ordre singulier et finalement méconnu, celui des Antonins et d’un des plus grands chefs d’œuvre de l’art occidental au Moyen-Age, le retable de Matthias Grünewald dont le nom est à jamais attaché à Issenheim.<br />
Merci ensuite, et surtout, de m’avoir convié à ce partage. Je n’ai aucune qualité pour vous parler des Antonins pour lesquels il y a d’excellents spécialistes – je pense d’abord à Elisabeth Clementz qui leur a consacré une thèse brillante, à la fin des années 90, à Adalbert Michlewski, historien allemand, qui, lui, leur  a consacré sa vie de chercheur à partir des années soixante, et que j’eus la chance de croiser lors du colloque de Colmar,  consacré à Grünewald en 1978, et à quelques autres, passionnés par l’histoire d’une confrérie laïque qui finit par devenir un ordre exclusivement dédié au soins des malades du fameux feu sacré, le feu Saint-Antoine qui a tant marqué les imaginations, l’esprit et surtout, parce qu’il fut une horrible épidémie, la chair de milliers de victimes durant des siècles.<br />
Quant à ma relation au retable d’Issenheim, elle est d’abord personnelle et intime, de l’ordre de la foi plutôt que du discours et de l’analyse historique. C’est peu dire s’il a joué un rôle dans mon cheminement spirituel personnel. Je l’ai beaucoup fréquenté et le fréquente toujours. Probablement a-t-il encore beaucoup de choses à me dire. Il est loin de m’avoir révélé ses mystères et je me souhaite de vivre ce que vécut une personnalité politique que j’ai accompagné au soir de sa vie : acquiescer à son message et approcher, à défaut de le comprendre tout à fait, le divin mystère qu’il exprime.<br />
Vous dirais-je que je  ne m’étais guère préoccupé des Antonins jusque-là. J’en savais ce qu’il fallait savoir pour pouvoir témoigner de l’œuvre de Grünewald. Votre aimable commande, il y a quelques mois, par l’intermédiaire de Lucie Roux, m’a permis de combler une  vraie lacune. Faire d’abord le voyage à Issenheim, ce que j’avais fait qu’une fois, jadis, et de façon fort imparfaite, et venir, à l’endroit même de leur l’histoire, m’imprégner de l’esprit des lieux et j’espère de celui de l’ordre.<br />
Nous allons donc passer ensemble une heure à évoquer son histoire avant de visiter les vestiges de la préceptorerie sous la conduite éclairée de sœur Monique dont j’admire l’enthousiasme et les connaissances et qui, j’espère, saura me corriger fraternellement si je m’égare. Et puis, nous terminerons, le pèlerinage si j’ose dire, dans le saint des saints, dans l’écrin qui accueille aujourd’hui le retable d’Issenheim, à savoir le musée d’Unterlinden,  confrontés une fois encore à la force et au rayonnement de cette œuvre magnifique, étape ultime et ô combien impressionnante autrefois des malades atteints du feu Saint-Antoine. Voilà un autre mystère que nous essayerons d’approcher.<br />
Ma causerie n’aura pas d’autre ambition que d’essayer de vous dire l’essentiel de ce qu’il convient de savoir pour ne pas dire trop de bêtises sur les Antonins et Grünewald. Cet exercice de synthèse m’a fait grand bien, merci à vous, je vous dois d’en restituer à mon tour l’essentiel. Vous serez nourris de suffisamment d’images tout au long de la journée pour que je m’abstienne de vous en projeter. Votre attention et votre imagination combleront ce manque. Il va falloir écouter et faire confiance au verbe. Revenir à l’essentiel et ne point se laisser distraire. Comme on le faisait autrefois quand on venait écouter (et non voir) une conférence.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un saint guérisseur et vengeur</strong><br />
Les Antonins, donc, qui doivent leur nom à saint Antoine, un ermite ascète soumis au tourment, qui vécut dans le désert  d’Egypte  au IIIe siècle et dont la vie  fut écrite par un de ses concitoyens saint Athanase, un presque contemporain, évêque d’Alexandrie au IVe siècle. La légende dorée de l’incontournable frère dominicain, archevêque de Gênes,  Jacques de Voragine, acheva de le populariser au XIIIe s ; l’ouvrage ayant un immense rayonnement comme on le sait sur la piété populaire et surtout sur l’inspiration des artistes. Il fallut qu’entre temps, il fut tant soit peu connu, par une translation de reliques qui intervint au XIe siècle, à la Motte-aux-Bois dans le Dauphiné vers 1070 et qu’un pèlerinage fût institué, ce qui se déroula quelques années plus tard, autour de 1095. Il passa en quelques années de saint régional en saint universel, son nom étant lié à une horrible épidémie, appelée feu saint Antoine, ce fameux ergotisme gangréneux, dont nous reparlerons rapidement pour le définir et le décrire. Contentons nous pour l’heure d’indiquer que l’évocation de son seul nom adoucissait la souffrance de la maladie à défaut de la guérir.<br />
Restons encore un peu auprès du saint pour constater qu’à l’origine, il était  d’abord un exemple, un modèle de vertu, qui s’était retiré plusieurs fois dans le désert, assailli par les forces du mal et poursuivi par … des disciples qui l’incitaient  à créer une communauté, ce qu’il consentit à faire vers 305. Voilà un ermite harcelé par les démons, les siens et par une foule de malades  qui déjà venaient le solliciter et l’implorer pour qu’il les guérisse.  On le poursuivait encore dans sa thébaïde, autrement dit dans son désert où la belle histoire raconte qu’il y rencontra un saint ermite, plus valeureux, plus vertueux, bref plus saint que lui, Paul de Thèbes  qui  mourut âgé de plus de 110 ans, après avoir reçu la visite de s. Antoine  qui l’ensevelit dans son manteau. Qu’importe que son existence fût parfois mise en doute, elle ne repose que sur une vie écrite par saint Jérôme, elle participe à ce merveilleux chrétien qui enchanta et parfois consola nos ancêtres. Paul n’eut jamais la notoriété d’Antoine et pour cause. Il n’était pas un saint guérisseur au contraire d’Antoine dont la popularité augmenta à la mesure de l’éclosion, ou plutôt de l’explosion de  ce feu sacré, de ce feu saint Antoine qui atteint l’Europe entière.<br />
Le  culte des saints nous en dit long sur la mentalité  de nos aïeux. Le saint qu’on invoque a certes sa spécialité mais son statut n’est pas figé. Le guérisseur peut rapidement devenir vengeur. C’est ce qu’il advint avec Antoine  qui devint progressivement un saint vengeur  maître du feu et de la maladie qu’il envoie aux pécheurs, à ce qui manquent de respect à l’ordre et à ses malades. Prenez la chronique de l’Alsacien Jakob Twinger de Koenigshoffen au début du XVe siècle, par exemple, il est question de la vengeance de Saint-Antoine, de  la<em> Sankt Anthonien Rache</em>. Ce nouvel état influença même la peinture comme la statuaire. N’apparait-il pas sous les traits d’une divinité sévère, notamment dans la partie sculptée et centrale du retable d’Issenheim ? Antoine inspire la crainte et le respect, cela contribue à sa célébrité.  S’il guérit, il est aussi susceptible de se venger. Il a tous les atouts en main. Il est un saint essentiel. Erasme dans un ses Colloques avait observé avec malice que «  Pierre peut fermer la porte du ciel, Paul est armé du glaive, Barthélémy du coutelas, Guillaume de la lance et le feu sacré  est à la disposition d’Antoine. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un feu sacré ?</strong><br />
Ce feu sacré est en réalité un des fléaux les plus importants du Moyen- Age. A l’égal de la peste, de la famine et des guerres, de la lèpre aussi et des terreurs de l’an mil. Un mal ardent qui s’inscrit dans la mémoire et dans les corps. A l’origine, un champignon parasite  du seigle qui apparaît  à la suite d’un hiver froid et sec, suivi d’un printemps chaud et humide et d’un bref été chaud. Le schéma si j’ose dire est immuable.<br />
Pourquoi ergot  parce que le champignon qui infecte le seigle a une forme d’éperon  dessiné sur l’épi. Dans une nourriture principalement constituée de pain et de bouillie, on imagine les répercussions. On a faim, on meurt de faim et on meurt de consommer un pain dont la farine a été contaminée. Devant la faim, on est condamné à moudre le grain déjà malade. La farine extraite de la céréale parasitée contient des substances naturelles toxiques, des alcaloïdes, et son ingestion  répétée  provoque la maladie.<br />
L’ergotisme est double : le gangréneux et le convulsif. Les premiers signes sont les fourmillements, les céphalées et les vertiges.  Les vaisseaux sanguins se rétrécissent. Dans un cas, le malade souffre rapidement d’horribles sensations de brûlures, d’une perte de sensibilité aux extrémités du corps dont les membres sont nécrosés et tombent, précédant la mort par septicémie le plus souvent. Dans le second, le sujet est en proie à de spasmes, des convulsions, des vomissements, des douleurs musculaires atroces qui touchent les muscles respiratoires. Il meurt le plus souvent asphyxié. Il n’est pas rare qu’il soit victime d’hallucinations proches de celles déclenchées naguère par le LSD, un des alcaloïdes  mis en évidence dans l’ergot de seigle par les chimistes Arthur Stoll et Albert Hoffmann dans la première moitié du XXe siècle.<br />
On connait plutôt bien ce fléau aujourd’hui, dont la dernière manifestation a eu lieu à Pont Saint-Esprit en 1951. Un cas isolé qui n’a pas vraiment réveillé les antiques peurs d’autrefois. On sait le décrire. S’il fut parfois confondu avec la peste , la description qu’en firent les témoins ne laisse aucun doute.  Le fameux Chroniqueur Raoul Glaber, moine de Cluny   note pour l’année 994 : «  <em>A cette époque sévissait parmi les hommes un fléau terrible, à savoir un feu caché qui, lorsqu’il s’attaquait à un membre le consumait et le détachait du corps. Beaucoup furent dévorés par la brûlure de ce feu, (certains) même en l’espace d’une nuit. On trouva  dans les reliques de nombreux saints le remède de cette peste terrifiante ; les foules se pressèrent surtout aux églises des trois saints confesseurs, Martin de Tours, Ulrich de Bavière, enfin, notre  vénérable père Mayeul</em>. » On le voit, avant que s.Antoine ne raflât la mise, d’autres saints furent  appelés à la rescousse pour soulager les tourments.<br />
Un siècle plus tard, en 1070, la chronique de Limoges signale ainsi le retour de l’épidémie : «  <em>Alors tomba sur les humains  une peste de feu si âpre et si furieuse qu’elle brûla les corps indifféremment… Les vivants qui en étaient frappés étaient consumés jusqu’à la mort : les uns se sentaient pris  aux pieds, les autre aux mains, et de ces extrémités, le mal gagnait le cœur… On jetait de l’eau sur les parties infectées pour les rafraîchir, et l’on voyait aussitôt une fumée avec des puanteurs insupportables. La fureur du mal les tourmentait au point  qu’ils demandaient qu’on leur coupât, qui les bras, qui les cuisses.</em> »<br />
Rien qu’à lire les chroniques, on le suit à la trace, le tragique fléau. Il sévit au XIe siècle, il explose au siècle suivant. Le voilà en Belgique et en Aquitaine, en Lorraine souvent et dans le bassin parisien.  On le dit en retrait au XIIIe mais on le sait présent  en Espagne, en Aquitaine, dans le Poitou, à Marseille Et même à la Motte-aux-bois devenue Saint-Antoine en Dauphiné où s’arrête en 1200 l’évêque de Lincoln qui n’en revient pas. Son chapelain est sa plume. Une plume méticuleuse qui rend témoignage de ce que son maitre a vu :</p>
<p style="text-align: justify;">Témoignage du chapelain d’Hugues d’Avallon, évêque de Lincoln ( 1186-1200), en route pour la chartreuse en 1200 qui, en chemin s’arrête  à Saint-Antoine :<br />
<em>Leurs chairs ont été en partie brûlées, les os consumés et certains  membres détachés et, malgré ces mutilations, leurs corps à moitié  conservés  paraissent jouïr d’une santé entière. De toutes les parties  du monde, ceux qui souffrent de ce mal, le pire qui soit, accourent en cet endroit où reposent les cendres de saint Antoine… et presque tous sont guéris dans l’espace de sept jours ; si au bout de ce temps, ils ne le sont pas , ils meurent… Ce qu’il y a de plus  extraordinaire dans ce miracle même, c’est qu’après l’extinction de ce feu, la peau, la chair et les membres qu’il a dévorés ne repoussent jamais. Mais, chose étonnante, les parties qu’il a épargnées restent parfaitement saines, protégées par des cicatrices si solides qu’on voit des gens de tout âge et des deux sexes privés de l’avant-bras jusqu’au coude, d’autres de tout le bras jusqu’à l’épaule, enfin d’autres encore qui ont perdu leur jambe jusqu’au genou ou la cuisse jusqu’à l’aine ou aux lombes, montrant la gaieté de ceux qui se portent le mieux. Par la puissance du saint, la solidité des membres qui leur restent compense à ce point la perte des autres que leurs viscères dénudées sont peu sensibles au froid  et autres atteintes extérieures.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Document précieux, qui confirme les symptômes, décrit les effets du mal, scelle les destins et rassure en même temps : Saint Antoine n’est pas qu’un saint vengeur, il écoute les prières et soulage ceux qui l’implorent. . On ne guérit pas du mal mais on n’en meurt pas obligatoirement. On est amputé naturellement de ses membres, mais les autres restent sains. On survit à l’épreuve, il suffit de passer le cap de sept jours…Mais ici on est à la source, à la maison mère, à Saint-Antoine en Dauphiné, d’où partit l’extraordinaire aventure  des Antonins.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’ordre des Antonins</strong><br />
Peut être avez-vous été à Saint-Antoine en Viennois, dans l’arrondissement et le canton de Saint-Marcellin en Isère ? Le site, s’il ne remonte pas aux origines -l’imposante porte par laquelle on accède aujourd’hui date du XVIIe s.- a conservé quelque chose d’impressionnant et de noble, vestige d’un passé glorieux, d’une abbaye qui fut aussi un hôpital, un lieu de pèlerinage et surtout la maison mère d’une constellation de préceptoreries qui en 1340 comptait 640 établissements en Europe, répartis sur les routes de pèlerinages de Saint-Jacques de Compostelle, de Rome. La dernière maison fut fondée en Lituanie en 1514. A son apogée, au XVe siècle, l’ordre comptait 10 000 frères et gérait 370 hôpitaux.<br />
Nous avons vu que depuis le 11e siècle, l’église de la Motte-aux-Bois  conservait les reliques de Saint Antoine l’ermite. L’emplacement était propriété de l’abbaye bénédictine de Saint-Pierre de Montmajour qui y avait érigé un prieuré. Les Antonins, c’est d’abord une confrérie laïque  qui s’occupe des pèlerins et des malades souffrant des affres de l’ergotisme. Avec une certaine efficacité relayée par les  nombreux pèlerins en chemin.  La confrérie finit par devenir un ordre, en 1247, grâce à Innocent III, un ordre soumis à la règle de saint Augustin. L’émancipation de l’abbaye bénédictine, on s’en doute, n’alla pas de soi, on n’abandonne pas aisément une source de revenus aussi juteuse. Les bénédictins finirent tout de même par quitter les lieux et la maison-mère des antonins  devint une abbaye pleine et entière sous le pontificat  de Boniface VIII en 1297.<br />
L’ordre religieux hospitalier des chanoines réguliers de Saint-Antoine-en Viennois avait calqué ses règles de fonctionnement sur celle des ordres militaires. Extrêmement hiérarchisée et centralisée, l’organisation était divisées en circonscriptions appelées baillies. A l’intérieur de celles-ci, se trouvaient les commanderies ou préceptoreries, générales ou simples. Cette structure quasi militaire contribua au développement rapide d’un ordre qui s’étendit à toute l’Europe, à l’image de la maladie qu’il soignait. En Allemagne, il devient si populaire qu’en 1502, l’empereur Maximilien Ier  lui donna le droit de prendre pour armes l’aigle impérial, avec un écusson d’or sur l’estomac  de l’aigle au T d’azur. Ailleurs, ils étaient les religieux du  Saint Antoine du T ou théatins, en référence au Tau, croix égyptienne en souvenir des origines de l’ermite fondateur et au moins autant et autrement plus parlant, à la béquille des malades estropiés  par le feu de saint Antoine.<br />
Ils furent longtemps  les préférés des papes, qu’ils avaient eu la bonne idée de soigner, tout comme les membres de la curie. Ils furent d’excellents médecins qui pratiquèrent la chirurgie à partir de 1400.  On s’empressa de renouveler régulièrement leurs innombrables privilèges pontificaux. Protégés, ils étaient également populaires, leurs quêtes annuelles auprès des paroisses étaient un moment liturgique fort où l’on organisait de grandes processions de reliques- apparemment nombreuses- de saint Antoine. Quant à leurs troupeaux, ils pouvaient vaquer en toute liberté sur le ban des communes d’Europe. Les Antonins furent probablement meilleurs médecins que gestionnaires. Leur empire finit par être rongé par l’endettement de la maison-mère, leur gouvernance par le népotisme qui vit  la curie concentrer  les postes importants  dans l’ordre. Ce dernier consentit en vain, à de régulières réformes monastiques. Le grand schisme d’Occident, de 1378 à 1417 l’affecta profondément. De nombreuses préceptoreries firent sécession. La Réforme l’ébranla de même que les interdits du Concile de Trente. A cet époque, le mal des ardents  avait fortement diminué. Eux, qui se consacraient exclusivement à cette épidémie, eurent du mal à justifier leur fonction. Le déclin était inéluctable. Les Antonins disparurent très officiellement en 1776, quand l’ordre fut intégré dans celui de Saint-Jean de Jérusalem.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Issenheim</strong><br />
Les Antonins sont à Issenheim de façon incontestable depuis le début du XIVe siècle quand ils achètent à l’abbaye de Murbach qui y avait des propriétés depuis le VIIIe siècle, une cour dîmière . En réalité, leur présence est plus ancienne. Une mention datant de 1284 les situe déjà. Probablement, étaient–ils présents depuis le début du XIIIe siècle. A Strasbourg, un hôpital antonin est détectable à cette période, la plus ancienne mention des Antonins à Bâle date de 1297. Les deux préceptoreries ont toujours été subordonnés à celle d’Issenheim, ce qui pourrait plaider pour une origine issenheimoise plus ancienne. Jean, dominicain de Colmar, auteur des Annales et de la chronique éponyme vers 1300 affirme qu’il y a des Antonins en Alsace  vers 1200.<br />
Nous avons cité Strasbourg, nous avons cité Bâle, que vient faire Issenheim au milieu de ces cités épiscopales en plein essor ? Comment expliquer en outre que les préceptoreries  des deux villes étaient en outre dépendante de celle, générale d’Issenheim qui n’est rien d’autre qu’une ancienne possession parmi bien d’autres de Murbach qui passe au Habsbourg au XIIIe siècle. Les nobles de Huse ou Huss  en seront les seigneurs  au XIVe siècle avant  que ceux de Schauenberg ne prennent le relais en 1460.  On aurait tendance à dire que cela relève de l’histoire locale, ce qui n’explique toujours pas le choix d’Issenheim.<br />
En réalité, les historiens formulent en l’occurrence plus d’hypothèses qu’ils n’affichent de certitudes. Ils observent d’abord que l’implantation  n’est a priori pas due à un fondateur providentiel mais à une volonté délibérée de l’ordre de s’installer dans ce village non fortifié. Entre 1290 et 1312, les religieux achètent à Issenheim et dans les environs des biens immobiliers à 9 reprises  dont l’aboutissement  est l’acquisition en 1313 du dinghof et des biens de l’office du camerier de Murbach (Issenheim, Wattwiller, Burnhaupt et vallée de Saint-Amarin) pour 800 marcs d’argent. Cela relève d’un dessein et d’une opportunité : on profite des difficultés financières de Murbach pour se développer et devenir ici à Issenheim la plus importante seigneurie foncière du lieu.<br />
On observera aussi qu’Issenheim, comme les établissements  de Bâle et de Strasbourg, qui en relèvent, sont situés sur la vielle route romaine qui va de Mayence à Bâle, empruntée aussi bien par les pèlerins  de Saint-Jacques de Compostelle que par ceux qui vont à Rome.  Soit, mais on sait que les pèlerins avaient le choix entre plusieurs itinéraires : la route du piémont des Vosges où se trouve Issenheim,  la voie  médiane qui longe l’Ill, celle enfin du Rhin. Au bout du compte, y aurait-il quand même quelqu’un qui tire les ficelles et qui serait en réalité derrière cette implantation ? Elisabeth Clementz formule l’hypothèse que les Habsbourg, les véritables maîtres d’Issenheim alors, dont la puissance est grande en Alsace, pourraient être à l’origine de l’implantation des Antonins dans la localité, au début, au bas du village puis là où nous demeurons aujourd’hui. Probablement par souci d’émancipation, s’étaient-ils un peu éloignés du château de la seigneurie qui appartenait aux Habsbourg, avant d’échoir aux von Huss avec qui les relations furent souvent tendues.<br />
Voilà ce qu’on peut dire sur les origines. A l’opposé, retenons que les Antonins restèrent à Issenheim jusqu’en 1657, date à laquelle ils furent remplacés par les chanoines de Saint-Augustin. Eux même furent affectés à la gestion du pèlerinage des Trois-Epis. Sic transit… En 1777, l’établissement est rattaché à la commanderie Saint-Jean de Soultz. Les Jésuites installèrent un noviciat en 1843 à Issenheim, et reconstruisirent, de 1853 à 1857, l’église, victime d’un incendie en 1827. Chassés par le <em>Kulturkampf</em> en 1872, les jésuites  furent remplacés par les soeurs de Ribeauvillé, toujours présentes, en 1885.<br />
Observons enfin  qu’Issenheim  dans l’organisation des antonins occupait une place importante. Elle était une préceptorerie générale à laquelle était rattachée six autres maisons : Bâle, Strasbourg, Bruchsal, Würtzbourg, Bamberg , Eiche ( dans le Thuringe)  qui toutes disposaient d’un hôpital.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le soin des malades</strong><br />
L’activité hospitalière ou thérapeutique caractérise les Antonins. La plupart des préceptoreries ont des hôpitaux, celui d’Issenheim est attesté au XIVe siècle. L’accueil des pèlerins  qui se rendent à Saint-Antoine  en Viennois, Saint-Jacques de Compostelle ou Rome accompagne naturellement cette  fonction.  La maison des hôtes, l’hôpital,  situés  de part  et d’autre de la porte d’entrée pour accueillir malades et pèlerins sont  séparés, sur les plans, des bâtiments conventuels proprement dit. La route, la porte, la maisons des hôtes et l’hôpital sont le domaine naturel  des malades et des pèlerins qui accèdent directement à l’église par une porte pratiquée au fond de l’abside  sans passer par la partie réservée aux religieux. Les voilà en présence directe du retable …<br />
Les Antonins soignent, ils pratiquent la chirurgie aussi, amputant leurs  clients de leurs membres nécrosés. Mais ils essayent d’alléger les souffrances  en nourrissant d’abord correctement leurs patients. Un pain  de qualité supprimera les risques de contamination. Inutile d’insister sur le rôle du pain dans le processus de guérison comme dans l’imaginaire qui entoure les antonins. (Rencontre des deux ermites, distribution de pains lors de la Saint-Antoine le 17 janvier, durant ce siècle encore quand on venait en masse à Issenheim recevoir son <em>Toni Metschala)</em>.<br />
Vous avez tous entendu parler du saint-vinage, ce breuvage «  magique »  que l’on administrait au malade au lendemain de son arrivée,  mixture à base de vin trempée dans  les reliques du saint ermite. Le vin ne manque pas à Issenheim,  ni la relique. Il semble que l’on possédait ici une relique ayant appartenu à la tête de Saint-Antoine.  Plus sérieusement, l’efficacité attribuée au saint-vinage, « cette thérapeutique d’au-delà  contre un mal venu du ciel », selon un historien contemporain, s’explique par la macération de plantes aux effets anesthésiants et vasodiladateurs qui combattent la vaso-constriction consécutive à l’absorption du fameux seigle contaminé. Au pied de la scène de la rencontre des deux ermites peinte par Grünewald, on peut compter les 14 plantes médicinales  utilisées pour le saint-vinage ( petit et grand plantain, véronique, pavot, gentiane, verveine sauvage, ortie blanche…). Nombre de ces plantes contiennent des principes actifs, utilisés encore en pharmacologie de nos jours. Elles ont été incontestablement bénéfiques dans le traitement  de l’ergotisme, mais ce qui compte alors c’est l’acte de foi qu’il suppose, ce n’est pas la composition des plantes médicinales qui importe  aux yeux du malade, mais le fait d’avoir bu un breuvage qui a été en contact direct avec les reliques du saint.  Ce ne sont pas les plantes qui soulagent, c’est saint Antoine !<br />
Plus facile d’accès, on peut la renouveler et la boire à satiété, voici l’eau de Saint-Antoine qui coule, issue de sources naturelles, à Froideval, par exemple, par le biais de deux fontaines, ou à Bâle où l’on peut s’en procurer. On sait l’importance et la profusion des sources miraculeuses au Moyen-Age : l’eau de saint Valentin soignait les épileptiques, celle de saint Hubert les  morsures des chiens enragés.<br />
Il existait enfin un baume, le baume de Saint-Antoine, à base de plantain entre autres, qu’on retrouve parmi les plantes médicinales au pied du retable, mélangée à de la graisse  qui va permettre  de le fixer et de le transporter  Une lettre datée de 1601 nous apprend  que Froideval allait le chercher à Issenheim… ce qui pourrait vouloir dire qu’on l’y fabriquait.  On peut emporter le baume, on peu donc l’utiliser en se déplaçant, preuve indirecte et plausible qu’on soignait le mal à l’extérieur, et pas seulement dans les hôpitaux ; qu’on allait à la rencontre des malades, notamment lors des quêtes annuelles, muni  de l’onguent salvateur.<br />
Quand enfin  la gangrène ne provoquait pas spontanément la chute d’un membre, on l’amputait. Ce sont des chirurgiens laïcs qui opéraient. Ils sont quatre en 1480 dont on a conservé les noms à Issenheim : Hans Rudy, Hans Zipfel, Thomann Firtag et Roman.  A la fin du XVIe siècle, L’administrateur de la maison d’Issenheim emploie des chirurgiens venant  de Soultz, de Guebwiller  de Rouffach et de Colmar. Ils ont en général bonne réputation, le conseil de Colmar les appelle parfois en aide. Qui ne connait le grand chirurgien strasbourgeois Hans von Gersdorff qui opère pour les Antonins de Strasbourg, auteur en 1517 d’un ouvrage à succès, le Feldbuch der Wundtartzney,manuel de chirurgie militaire  où il affirme avoir  réalisé  de 100 à 200 amputations au cours de sa longue carrière à l’hôpital des Antonins de Strasbourg. il décrit par le menu  sa technique d’amputation et révèle comment il anesthésie ses malades en utilisant une boisson  à base d’opium, de suc de morelle, de jusquiane, de mandragore, de lierre, de cigüe, de laitue dont on imprègne une éponge qu’on fait respirer au malades. Parmi les 23 gravures remarquables que contient l’ouvrage, il en est une intitulée Serratura, le sciage, qui montre un chirurgien en pleine activité. A l’arrière plan apparaît un homme amputé de l’avant bras qui porte sur son habit le Tau des Antonins.<br />
Alors que l’hôpital du Moyen-Age ne présente pas un caractère fonctionnel comme aujourd’hui, on y soigne moins le corps que l’âme, les hôpitaux des Antonins réalisent l’inverse. Leur activité hospitalière apparait  étonnement moderne et efficace.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La vie des malades</strong><br />
Quelques mots sur les malades. Nous en connaissons 18 pour la période allant de 1298 à 1526. Il y en eut évidemment bien davantage. Une bulle pontificale  de 1452 évoque une soixantaine d’occupants du couvent dont  on cerne huit à dix Antonins et de 10 à 20 malades. Ils sont rarement plus en même temps à Issenheim. Ils ne sont pas plus nombreux à Strasbourg, Bâle, Höchst ou Memmingen. Les hôpitaux des Antonins sont des petites unités médicales. On n’y soigne qu’une seule maladie : l’ergotisme !<br />
Avant d’être admis  dans l’hôpital le malade devait se soumettre à l’avis d’une commission qui statuait sur son cas. Sus aux imposteurs ! Des malades faisaient partie de la commission. L’admission faite, il était conduit devant le retable si son état de santé le permettait. Ce n’est pas tant dans l’attente d’un miracle, mais pour trouver consolation et réconfort. Il était invité, en outre devant l’impressionnant retable  de jurer obéissance à l’ordre et à ses représentants. Il devait également s’engager à vivre honnêtement et pieusement.<br />
Le patient était vêtu correctement et décemment d’un costume  taillé dans une étoffe bon marché, d’une teinte convenable. Il ne portait pas de couvre-chef mais un capuchon noir. Pour les femmes, pas de parure mais un fichu blanc. Ils disposait de deux vêtements par an  et portait sur le haut le tau bleu ciel, signe des Antonins,  de salut ou de référence à la croix d’Egypte qui renvoyait au saint fondateur.<br />
Sa nourriture est plutôt riche, le pain non frelaté et le vin assuré chaque jour. Sur la table, de la viande, de porc bien entendu, des rôtis et des harengs et l’observance des commandements de jeûne et d’abstinence selon le calendrier liturgique.</p>
<p style="text-align: justify;">Car rentrer à l’hôpital, c’est rentrer dans un ordre et en partager les temps liturgiques et de prière, c’est participer à chacune des sept heures canoniales, c’est honorer les morts et fréquenter les nombreuses fondations d’anniversaires. Chanoines, convers ou malades  chacun devait alors aligner 150 Pater et autant d’Ave.<br />
On est malade certes, on est infirme le plus souvent quand on a survécu,  mais on est toujours invité à travailler en fonction de ses possibilités. On rencontre des meuniers, agriculteurs, jardiniers. Jean Bertonneau précepteur de Strasbourg, qui exerce l’art de la diplomatie entre les Armagnacs, la couronne d’Autriche et la ville de Strasbourg utilise même le cellérier de sa maison, un unijambiste qui achemine à bon port ses missives  dans sa jambe de bois.<br />
Issenheim accueille femmes comme hommes même si les premières ont été exclues de la constitution de l’ordre des Antonins, créé en 1247 et resté exclusivement masculin. Mais les malades quelque soit leur sexe  sont traités sur un pied d’égalité. Ce fut tout à l’honneur des Antonins  d’insister régulièrement sur leur devoir d’assister tous les malades et de reconnaitre le rôle des femmes dans la qualité des soins prodigués aux pauvres malheureuses atteintes du fléau.<br />
Si nous manquons de sources pour évaluer la durée d’hospitalisation, quelques recoupements dans les documents de l’administrateur Franz Beer à la fin du XVIe permettent d’évaluer un séjour moyen de convalescence sur place  de deux à trois mois.<br />
Le cas tardif de Caspar Heymann de Wattwiller est parfois cité : il  fut amputé en mars 1631, travailla  aux cuisines de l’hôpital pendant deux ans, avant de s’enfuir avec les Impériaux qu’il avait renseigné pour piller le couvent. Il vivait encore en 1640 à Bollwiller. Il avait donc survécu  au minimum 9 ans à son amputation après avoir été hébergé deux ans à la préceptorerie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Quelques noms, </strong><br />
L’aventure des Antonins, le destin des malades soignés, sont une  aventure collective, restée anonyme le plus souvent. La rareté des sources les concernant conforte encore ce constat. Quelques noms de précepteurs nous sont un peu plus familiers sans que nous les connaissions vraiment.<br />
Celui de Jean Bertonneau revient parfois. Cité pour la première fois en 1438, décédé en 1459, il est remarqué par la qualité de sa gestion rigoureuse après les nombreuses difficultés financières rencontrées par le couvent dans la première moitié du XVe siècle et les dissensions récurrentes avec  les seigneurs d’Issenheim, les von Huss. Ce poitevin était un redoutable diplomate, fort actif pendant l’incursion des Armagnacs. Il est proche d’une demi douzaine de souverains et de princes, parmi lesquels  l’empereur, les rois de France  et de Sicile,  les ducs Albert et Sigismond d’Autriche, le duc de Calabre et le comte palatin.<br />
Son successeur Jean d’Orlier  nous est plus connu. Il est le commanditaire du retable  de Schongauer, conservé au musée d’Unterlinden et peut-être de la partie sculptée du retable d’Issenheim. Ce dauphinois, né vers 1425 a été précepteur des Antonins de Ferrare, «  la première ville moderne d’Europe », selon l’historien bâlois Jakob Burckhard, dont l’université est prestigieuse. Il la quitte pour Issenheim,  a  priori « un trou » comparé à Ferrare, mais en réalité plus riche, plus dotée, et qui a rang de préceptorerie générale. Il en fut un gestionnaire avisé dégageant des ressources qui permirent  à son successeur  Guy Gers de se lancer dans une  politique ambitieuse de construction et d’embellissement.  Comme Jean-Baptiste, il a préparé le terrain. Il semble avoir eu des relations suivies avec Martin Schongauer et probablement nourrissaient-ils, tous deux, quelques ambitions artistiques plus importantes que celles que nous connaissons. Faut-il voir dans son immatriculation à l’université de Bâle en 1465, un simple acte symbolique d’un notable institutionnel  ou bien une vraie curiosité intellectuelle, qui ne serait pas surprenante de la part de quelqu’un qui avait eu la chance de goûter aux humanités ferraroises ?<br />
Que dire enfin de Guy Guers ou Guido Guersi dont on fait tantôt un  sicilien, tantôt  un dauphinois en se référant à la plus ancienne mention le concernant, datée de 1471 &#8211; il a alors 19 ans- qui le présente comme « <em> frater Guido Guersi de Delphinato</em> ».<br />
En 1480, il est le sacristain de la communauté d’Issenheim, responsable de la liturgie et de l’ornementation, avant de succéder à Jean d’Orlier  en 1490. Sous son préceptorat l’église fur reconstruite et embellie, le retable de Grünewald commandé et probablement réalisé. A sa mort, en 1516, la situation financière du couvent  est à nouveau fragile.<br />
En réalité, nous connaissons fort peu ce bâtisseur dispendieux. Seul le retable parle vraiment de lui et lui confère la notoriété, mais quelle notoriété.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un écrin pour un retable !</strong><br />
Un dernier mot sur ce bel écrin, patiemment construit depuis XIVe  soit  des bâtiments d’exploitation, un hôpital, une maison d’hôtes et enfin une église qu’amorça Humbert de Priva  au tournant du XIIIe et du XIVe siècle et dont nous connaissons une description élogieuse sinon dithyrambique  grâce au vicaire de l’abbé général, chargé des visites de la maison de l’ordre, datée du 25 septembre 1650. Tout l’émerveille : l’argenterie et les ornements de l’église, les figures  et dorures des autels, la qualité de la bibliothèque  qui n’a pas d’équivalent excepté Saint-Antoine et Paris, les vitres aussi riches  que celles de la sainte Chapelle à Paris, les dix autels garnis de leurs petits retables antiques, les voûtes peintes, « le chœur tout entier travaillé  avec des petites figures d’une menuiserie approchant celle des Dominicains de Troyes, le grand clocher  du bout de l’église qui est plus beau que le nostre de Saint-Antoine… ».<br />
Il n’évoque pas le retable de Grünewald , probablement à l’abri alors à Thann, nous sortons de la guerre de Trente ans mais parmi les autels décrits  quelque précieux témoignages subsistent au musée d’Unterlinden,  dont une statue de saint Jean-Baptiste,  le retable de Stauffenberg ( entre 1454 et 1460 offert par Hans Ehrard Bock von Stauffenberg, bailli de Rouffach, à son épouse Ennelin d’Oberkirch, le petit retable de jean d’Orlier peint par Schongauer où le précepteur est représenté au pied de saint Antoine, des images de sainte Catherine et de saint Laurent. N’omettons pas de signaler parmi les sculptures présentes à Issenheim , outre la partie sculptée du retable attribuée, sans certitude, à Nicolas de Haguenau, l’admirable Vierge à l’enfant,  connue sous le nom de Vierge d’Issenheim, autrefois dans la collection de l’industriel Georges Spetz,  aujourd’hui au Louvre<br />
Rien  n’est alors trop beau pour décorer l’église  dont, nous l’avons vu, les vitraux impressionnent. Sont-ils dûs à Hans Holbein-le-vieux dont le séjour est attesté de 1517 à 1524 ou plus vraisemblablement à un certain  Hans Gitschmann-le-vieux, dit de Rappolstein qui pourrait être Ribeaugoutte dans le canton de Lapoutroie ? Quant à Holbein, son long séjour à Issenheim  intrigue. Il y vécut sous le préceptorat  d’Antoine de Langeac, successeur de Guers. Est-il l’auteur des voûtes peintes dont parle la description de 1650 ou aspirait-il, lui aussi, à réaliser un retable peint  dont il ne reste aucune trace ?<br />
Mais revenons à l’essentiel et partageons ce constat d’Elisabeth Clementz<br />
«  Tous les travaux d’agrandissement peut-être initiés par Orlier, et en tout cas menés à bonne fin par Guers, semblent avoir tendu vers un but unique : servir d’écrin à un maître autel  aux dimensions exceptionnelles -8 m en hauteur avec le couronnement, et plus de 7 m en largeur- dont la partie la plus célèbre sont les volets peints par maître Mathis ».<br />
Nous voilà arrivés devant le retable…  point d’aboutissement et point de départ.  C’est une autre histoire qui commence  et quelle histoire ! Pour le malade autrefois, comme pour nous, à notre modeste place, dès cette après midi à Unterlinden.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Biblio</strong><br />
Elisabeth Clementz, <em>Les Antonins d’Issenheim, essor et dérive d’une vocation hospitalièr</em>e, Strasbourg 1988 avec une bibliographie abondante dont notamment les ouvrages et articles nombreux de A. Michlewski.<br />
Pantxika Béguerie-De Paepe, Magali Haas, <em>Le retable d’Issenheim, le chef-d’oeuvre du Musée d’Unterlinden</em>, Musée Unterlinden,Art lys, 2015<br />
Site internet Dr Joerg Sieger, <em>Der Isenheimer Altar und seine Botschaft</em> qui exploite l’ouvrage de Emil Spath, I<em>senheim, Der Kern des Altarretabels &#8211; Die Antoniterkirche</em> (Freiburg 1997)</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, 11 octobre 2016,  conférence donnée  à  la maison  Saint-Michel  d&rsquo;Issenheim .</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/sur-les-traces-des-antonins-et-du-retable-dissenheim/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Cinquante dates pour un anniversaire  : Chronologie de Sélestat 1966-2016</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/cinquante-dates-pour-un-anniversaire-chronologie-de-selestat-1966-2016/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/cinquante-dates-pour-un-anniversaire-chronologie-de-selestat-1966-2016/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 03 Jan 2017 14:49:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Sélestat]]></category>
		<category><![CDATA[XXe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=646</guid>
		<description><![CDATA[À l’aune de la longue histoire de notre ville que sont cinquante ans ? Presque rien ou si peu ! Rapportée à notre histoire personnelle, la perception du temps n’est plus la même. Cinquante ans, c’est un demi-siècle ! Cela change la donne, &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/cinquante-dates-pour-un-anniversaire-chronologie-de-selestat-1966-2016/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/cinquante-dates-pour-un-anniversaire-chronologie-de-selestat-1966-2016/th-3/" rel="attachment wp-att-647"><img class="alignleft size-full wp-image-647" alt="th" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/th2.jpg" width="300" height="199" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><em>À l’aune de la longue histoire de notre ville que sont cinquante ans ? Presque rien ou si peu ! Rapportée à notre histoire personnelle, la perception du temps n’est plus la même. Cinquante ans, c’est un demi-siècle ! Cela change la donne, cela change un homme, cela change même une ville. Depuis que Sélestat et Waldkirch sont devenues des villes sœurs par la grâce d’un jumelage vieux d’un demi-siècle, elles ont changé, elles ont grandi. Nous avons retenu cinquante dates, parmi une multitude, pour accompagner cet épanouissement. Toutes n’y sont pas et pour cause. Il n’est pas question ici d’un rapport d’activité ou d’un bilan municipal de fin de mandat. Le choix fut nécessairement subjectif mais il dit finalement assez éloquemment « qu’il s’en est passé des choses dans notre commune en cinquante ans ! »</em></p>
<p style="text-align: justify;">1965-1983<br />
<em>Maurice Kubler est maire de Sélestat.</em><br />
1966<br />
Le 22 mai, Sélestat signe un pacte de jumelage avec la ville de Waldkirch en Forêt- Noire.<br />
1968-1969<br />
Le Centre de secours principal pour le corps des sapeurs pompiers de Sélestat, ensemble vaste et fonctionnel permettant des interventions rapides, est réalisé entre la rue d’Iéna et la rue des Capucins, en bordure du quai des Pêcheurs.<br />
1971<br />
Le Collège Mentel, au sud du Muhlbach, ouvre ses portes de même que la cité scolaire Schwilgé qui deviendra un lycée plus tard dans le cadre naturel d’un espace situé à proximité des remparts et du lac de canotage.<br />
1976<br />
Association à but non lucratif, l’Agence culturelle d’Alsace voit le jour en juin 1976 lors de la signature de la première Charte culturelle régionale de France visant à l’accès du plus grand nombre à la culture. Elle accompagne par son expertise les collectivités publiques, créateurs, diffuseurs et associations dans les domaines des politiques culturelles, de l’art contemporain, du spectacle vivant, du cinéma et de l’image animée.<br />
1981<br />
Construction sur le site du lac de canotage d’un complexe sportif évolutif couvert (COSEC) qui accueille les sports collectifs et de combats, l’escalade, l’escrime et le tennis de table.<br />
1982<br />
Crée au sein de l’Agence culturelle d’Alsace à Sélestat, le Fonds régional d’art contemporain (Frac Alsace) développe trois missions principales : le soutien à la création artistique contemporaine, sa diffusion et la sensibilisation des publics.</p>
<p style="text-align: justify;">1983-1987<br />
<em>François Kretz est maire de Sélestat.</em></p>
<p style="text-align: justify;">1983<br />
Une première zone piétonne est introduite au cœur historique de la ville.<br />
1984<br />
Pour promouvoir la jeune création contemporaine, l’exposition Sélest’Art est lancée.<br />
1985<br />
À l’initiative de Lucienne Schmitt, professeur de philosophie, s’ouvre en ville le Centre des droits de l’homme.<br />
1987<br />
Création à Sélestat du Centre de formation des musiciens intervenants à l’école qui dépend de l’Université des Sciences humaines de Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;">1988-1989<br />
<em>Roland Weber est maire de Sélestat.</em></p>
<p style="text-align: justify;">1989-1996<br />
<em>Gilbert Estève est maire de Sélestat.</em><br />
1989<br />
L’ancienne caserne Schweissguth rénovée accueille un nouveau lycée professionnel et le CFA (septembre.<br />
1 990<br />
14 et 15 février, le Giessen connaît une crue exceptionnelle qui affecte les quartiers nord. Une cinquantaine de cadavres d’animaux sont retirés de l’Illwald (Chevreuils, sangliers et marcassins).<br />
Création de l’Harmonie 90<br />
Sélest’Art qui en est à sa septième édition, s’ouvre sur le Grand Est et accueille 10 000 visiteurs en trois semaines d’exposition.<br />
1991<br />
Pour la première fois, le Corso fleuri est gratuit pour les Sélestadiens. Ils seront plus de 6000 à retirer leurs souches.<br />
Sélestat est classé en Station de tourisme (6 septembre).<br />
500e anniversaire de la naissance de Martin Bucer à Sélestat. Expositions à la Bibliothèque humaniste et à Strasbourg.<br />
Le 5 novembre, Brice Lalonde, ministre de l’environnement remet au maire Gilbert Estève le 1er trophée d’Eco-maires récompensant la politique d’environnement de la ville.</p>
<p style="text-align: justify;">1992</p>
<p style="text-align: justify;">Ouverture de l&rsquo;antenne locale des Restaurants du coeur  de Coluche à l&rsquo;initiative d&rsquo;Aïcha  Moussonni (  Aïcha Rennane).</p>
<p style="text-align: justify;">1993<br />
Une commande publique, Le rêve de Sarkis est installée sur le Rempart sud édifié par Jacques Tarade entre 1675 et 1681.<br />
Sélest’Art devient une biennale d’art contemporain.<br />
1994<br />
L’orchestre de Chambre de Sélestat voit le jour.</p>
<p style="text-align: justify;">1996-2001<br />
<em>Pierre Giersch est maire de Sélestat.</em><br />
1996<br />
Le nouveau bâtiment de l’ACTA est inauguré en 1996. François Kieffer, Ante Josip Von Kostelac et Pierre Kimmenauer sont les trois architectes qui ont réalisé l’ensemble qui s’ouvre sur l’Ill par sa façade vitrée et se prolonge vers la route de Marckolsheim.<br />
1997<br />
Réalisée par les architectes Christian Schouvey et Jacques Orth, la Médiathèque intercommunale ouvre ses portes sur le front de l’Ill.<br />
1998<br />
Dans le triangle formé par les églises Sainte-Foy, Saint-Georges et la Bibliothèque humaniste est mis en place La lame de Marc Couturier, deuxième commande publique de la ville.<br />
Création de Zone 51, association de promotion et de diffusion de musiques nouvelles<br />
1999<br />
Daniel Buren habille la Bibliothèque humaniste à travers l’opération « Nuits et jours : couleurs ! » dans le cadre de Sélest’Art.<br />
2000<br />
L’Illwald rejoint le réseau des sites NATURA 2000.</p>
<p style="text-align: justify;">2001<br />
<em>Marcel Bauer est maire de Sélestat</em><br />
La Maison du pain est ouverte à côté de l’Hôtel d’Ebersmunster. Hommage au savoir faire d’une corporation liée à l’histoire de la ville, l’établissement a également une vocation touristique.<br />
2002<br />
La mairie annexe du quartier du Heyden est ouverte.<br />
2004<br />
La place de la République est réaménagée.<br />
2005<br />
Le 8 mai est inaugurée la stèle dédiée aux victimes civiles de 1944-1945.<br />
Inauguration en octobre de la Maison de la Solidarité qui accueille les associations Paprika et l’Atelier au service des plus démunis.</p>
<p style="text-align: justify;">2006<br />
Le 7 avril est signé l’acte officiel de jumelage entre Sélestat et la ville de Dornbirn, capitale du Voralberg en Autriche, une pimpante commune touristique de 44 000 habitants.<br />
2007<br />
En janvier, l’ancienne maison du gardien de la Banque de France de Sélestat est occupée par le pôle économique, soit un regroupement de compétences réunissant le Service économique de la Ville, la chambre des Métiers d’Alsace et Alsace Centrale Initiatives.<br />
Le Pole archéologique interdépartemental rhénan est inauguré par le Ministre de la Culture Renaud Donnedieu de Vabres.<br />
L’association Zone 51 grandit encore et créée un Centre de ressources des musiques actuelles.<br />
2008<br />
Début du Festival Charivari, un événement culturel qui mêle culture et handicap sur fond de spectacles musicaux et théâtraux par l’ESAT l’Evasion de Sélestat (Établissement et Service d’aide par le Travail).<br />
2009<br />
À la rentrée, une partie de l’ancien couvent de Sylo, rue de l’Hôpital, devient maison de la citoyenneté et de la police municipale.<br />
Achèvement de la nouvelle piscine des remparts – une réalisation intercommunale — qui ouvre ses portes en juillet 2009.<br />
Un nouveau concept voit le jour à Sélestat, rue des Canards. Des logements adaptés aux personnes à mobilité réduites et une structure d’auxiliaire de vie accueillent les premiers locataires à l’automne.<br />
2010<br />
Après presque deux ans de travaux, le Centre sportif intercommunal, extension du COSEC Eugène Griesmar est inauguré les 23 et 24 janvier. Au total la superficie de l’équipement atteint les 9 800 m2 et compte 3300 places assises en tribunes.<br />
Le 3 juin, Sélestat devient la ville la plus sportive de France (communes de moins de 20 000 habitants) pour la deuxième fois de son histoire. Le prix est attribué par le quotidien national du sport l’Équipe.<br />
2011<br />
Le 26 mai, La Bibliothèque de Beatus Rhenanus est officiellement inscrite au Registre Mémoire du Monde de l’UNESCO.<br />
2013<br />
Sur les traces du géant Sletto et du lion de la ville, un nouveau parcours de visite de patrimoine avec découverte des principaux édifices historiques de Sélestat est mis en place à partir du 15 septembre alors que de nouveaux espaces pavés pour la zone piétonne sont aménagés au cœur de la vieille ville.<br />
2 014<br />
Nous ne la reverrons plus telle que le XIXe siècle nous l’a léguée, la Bibliothèque humaniste ferme ses portes le 25 janvier en attendant de connaître une nouvelle jeunesse. Le 11 septembre, le choix du jury, chargé de choisir le projet architectural de la Nouvelle Bibliothèque Humaniste, se porte sur le projet  De Mathieu &amp; Bard, associé à l’architecte Rudy Ricciotti, l’auteur du MUCEM à Marseille… et des Tanzmatten à Sélestat !<br />
Le 12 mars est ouvert le sentier d’interprétation de l’Illwald. À la même période, le Jardin Hortus Beatus de l’espace Martel Catala (Jardin de l’ancienne Banque de France) est ouvert au public.<br />
2015<br />
De février en mai, la rue du Marteau est réaménagée afin d’assurer un espace accessible et convivial aux commerçants et à leurs clients les jours de marché.<br />
2016<br />
Le 28 février, Sélestat obtient le label prestigieux de Ville d’Art et d’Histoire.<br />
Le 29 avril est posée la première pierre de la Nouvelle Bibliothèque humaniste de Sélestat dont l’ouverture est prévue en 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, été 2016, article paru dans l&rsquo;<em>Annuaire des Amis de la Bibliothèque humaniste</em> 2016</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/cinquante-dates-pour-un-anniversaire-chronologie-de-selestat-1966-2016/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Sur le chemin de « la plus grande perfection », La Bibliothèque de l’humaniste Beatus Rhenanus à Sélestat</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 02 Jan 2017 10:04:48 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Portraits d'Alsaciens]]></category>
		<category><![CDATA[Renaissance]]></category>
		<category><![CDATA[Sélestat]]></category>
		<category><![CDATA[VIIe-XVIe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Beatus Rhenanus]]></category>
		<category><![CDATA[Bibliothèque humaniste de Sélestat]]></category>
		<category><![CDATA[erasme]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>
		<category><![CDATA[humanisme]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=641</guid>
		<description><![CDATA[Peut-être connaissez-vous la Bibliothèque humaniste de Sélestat ? Sa notoriété est inversement proportionnelle à la taille de la ville. Une partie de cette bibliothèque, celle ayant appartenu à l’humaniste Beatus Rhenanus (1485-1547), a été classée au Registre Mémoires du monde de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/th-2/" rel="attachment wp-att-642"><img class="alignleft size-full wp-image-642" alt="th" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/th1.jpg" width="203" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Peut-être connaissez-vous la Bibliothèque humaniste de Sélestat ? Sa notoriété est inversement proportionnelle à la taille de la ville. Une partie de cette bibliothèque, celle ayant appartenu à l’humaniste Beatus Rhenanus (1485-1547), a été classée au Registre Mémoires du monde de l’Unesco en 2011. Elle s’y trouve en excellente compagnie parmi la Déclaration des droits de l&rsquo;homme et du citoyen, l’Appel du 18 juin et la Tapisserie de Bayeux.</p>
<p style="text-align: justify;"><a class="tag-link-9" style="font-size: 10.8pt;" title="3 sujets" href="http://www.histoires-alsace.com/wp-admin/post-new.php#">renaissance</a>Beatus Rhenanus, a priori, ne vous dit rien. Il fut pourtant un des grands humanistes alsaciens à l’automne du Moyen-Âge, l’égal de ses aînés dans cette terre alors germanique : Geiler de Kaysersberg, l’ardent prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, Sébastien Brant, l’auteur du « best-seller » La Nef des fous (1494) et Jacques Wimpfeling, pédagogue accompli et historien engagé, comme lui originaire de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">S’il fut parmi ce quatuor d’humanistes le plus jeune, il ne fut pas le moindre. Ami d’Érasme de Rotterdam, correcteur de ses écrits et philologue érudit, amoureux des belles lettres et de l’éloquence, intime des talentueux imprimeurs de Strasbourg et de Bâle où se trouvaient les ateliers les plus outillés et les techniciens les plus aguerris, Beatus Rhenanus était aussi un historien savant, un des pionniers de l’histoire moderne de la Germanie, auteur, en 1531, du <em>Rerum Germanicarum libri tres</em> qui fit autorité.</p>
<p style="text-align: justify;">Il était un membre actif de cette République des lettres, chère à son ami Érasme. Enfant, il avait fréquenté l’école latine de Sélestat, la plus prestigieuse des écoles paroissiales en Alsace depuis le milieu du XVIe siècle. Ses maîtres, par ailleurs excellents chrétiens, étaient férus de littérature et poésie païenne antique. Ils savaient, en tant que pédagogues,  transmettre à leurs élèves leur passion pour les <em>bonae litterae</em>, les vertus de la persévérance, le goût de l’effort et cette quête insatiable du retour aux sources &#8211; r<em>editus ad fontes</em>- qui vit quelques générations de jeunes Alsaciens étancher leur soif de connaissance au puits du savoir antique.</p>
<p style="text-align: justify;">Il fut à meilleure école encore plus tard quand, au lieu de rejoindre les universités de proximité de Bâle, Fribourg en Brisgau et Heidelberg, où se retrouvaient habituellement la majorité des étudiants alsaciens, il prit le chemin de Paris pour y fréquenter l’Université, au collège du cardinal Lemoine plus précisément. Beatus apprit le grec sous la férule de Georges Hermonyme de Sparte, la poésie avec l’Italien Fausto Andrelini, la philosophie et dialectique auprès de l’aristotélicien Jacques Lefèvre d’Etaples, dont il devint l’ami et le disciple. Il s’initia enfin aux techniques de l’imprimerie sous la conduite d’Henri Estienne pour acquérir les qualités de rigueur nécessaires à tout bon correcteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fils d’un boucher qui avait fait fortune s’en revint chez lui avec un bagage solide et surtout avec de nombreux livres, prémices d’une vaste bibliothèque personnelle qui allait fonder sa réputation. A Paris, il s’était enfiévré pour la philosophie et les œuvres des humanistes. « Son voyage en Italie fut purement bibliographique » (Pierre Petitmengin). De retour en Alsace, à vingt-deux ans, il possède déjà une bibliothèque rare, riche de 253 livres. Elle s’accrut considérablement avec le temps, durant ces décennies actives où Beatus Rhenanus s’affaira à Strasbourg, Bâle et Sélestat, travaillant comme correcteur et philologue à l’édition des œuvres de son ami Érasme ou à celles d’auteurs anciens comme Tertullien, Eusèbe de Césarée, Sénèque, Quinte-Curse, Velleus Paterculus et Pline l’Ancien.</p>
<p style="text-align: justify;">À la veille de sa mort, en 1547, retiré depuis quelques années à Sélestat qui était resté catholique comme lui-même et son maître Érasme, loin du tumulte bâlois et strasbourgeois et du fracas de l’introduction de la Réforme, anobli par l’Empereur Charles Quint, il lègue à Sélestat son exceptionnelle collection de livres. Cette dernière est désormais riche de 423 volumes, contenant 1287 œuvres sans compter les manuscrits et une partie de sa correspondance, ce qui représente un total de plus de 1600 documents légués.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes là en présence d’un trésor unique : la bibliothèque complète d’un intellectuel rhénan de la Renaissance qui nous introduit dans son univers culturel et professionnel. Il a acheté de nombreux écrits, en a reçu tout autant, les a échangés également. Beatus aime les livres passionnément, il vit pour eux et par eux. Il les habite, les annote. Eux ne cessent de le hanter. Sur la page de titre de certains de ses livres, on peut lire, écrit de sa main, : « <em>sum Beati Rhenani nec muto dominum</em> » (J’appartiens à Beatus Rhenanus et je ne change pas de maître.). Cette relation est amoureuse sinon fusionnelle. Elle remonte à loin. Au temps de sa jeunesse studieuse à l’école latine de Sélestat où il remplissait, curieux et appliqué, un cahier d’écolier que la Bibliothèque humaniste a conservé. On l’y voit apprendre le latin sous la direction de son professeur Jérôme Guebwiller en ruminant, analysant et commentant les Bucoliques et Géorgiques de Virgile, les Fastes d’Ovide et les  Épigrammes de Martial.</p>
<p style="text-align: justify;">Quiconque découvre ce document ne peut manquer d’être ému. L’écrivain d’origine argentine Alberto Manguel, dont on sait l’amour contagieux des livres, séjourna, au temps de sa jeunesse errante, une année dans la cité sélestadienne au contact de l’extraordinaire bibliothèque amassée par Beatus Rhenanus. Dans son Histoire de la lecture (Actes Sud, 1996), il évoque l’impression forte et sensible que lui procura le cahier d’écolier du jeune Beatus qu’il associa à celui d’un autre cahier ayant appartenu à un de ses condisciples Guillaume Gisenheim « dont on ne sait rien sinon ce que nous apprend son cahier d’écolier ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que nous apprend son cahier d’écolier ? Les innombrables trésors pédagogiques utilisés pour enseigner le latin, entièrement tournés vers l’étude des textes classiques ; « les bonnes lettres », « les lettres humaines » qui sont, selon la belle expression de Jean-Claude Margolin, l’un des meilleurs connaisseurs d’Érasme, « les lettres qui vous rendent plus humains » parce qu’elles réunissent simultanément les valeurs esthétiques, intellectuelles et morales.</p>
<p style="text-align: justify;">Le cahier de Beatus comme celui de Guillaume ont longtemps été exposés dans les vielles vitrines en bois de la vénérable Bibliothèque humaniste de Sélestat qui a fermé ses portes un soir de février 2014. Peut-être vous souvenez-vous d’elle ? De son atmosphère délicieusement désuète et rassurante en même temps, de cette rencontre improbable entre une bibliothèque et un musée où livres et manuscrits côtoyaient la tête tourmentée d’un Christ du XVe siècle, des saints jésuites, des porte-cierges de corporations et un plan-relief de la cité. L’Éloge de Sélestat par Érasme, datée de 1515, faisait vitrine commune avec la première mention de l’Amérique en 1507. Pour un dialogue inattendu mais ouvert entre le monde ancien et le nouveau monde.</p>
<p style="text-align: justify;">La Nouvelle Bibliothèque Humaniste qui ouvrira ses portes en 2018 au même endroit mais dans un cadre entièrement rénové envisage de prolonger ce dialogue fécond entre les cultures, par-delà les frontières. Il y a un humanisme contemporain qui prolonge en l’élargissant et en le sécularisant celui d’Érasme, de Beatus Rhenanus et de leurs épigones.</p>
<p style="text-align: justify;">Si le temps de Beatus n’est plus le nôtre, si l’humanisme contemporain n’est plus centré sur la langue latine autrefois universelle, mais en réalité parlée et comprise par une minorité, s’il nous appartient effectivement d’inventer un humanisme à la mesure de nos exigences actuelles, « le monde est resté monde, il a son ordre, selon Érasme, il ne convient pas que nous le troublions. »</p>
<p style="text-align: justify;">L’humanisme hier comme aujourd’hui n’est-il  pas la réponse sans cesse actualisée de l’affirmation du philosophe allemand Johann Gottlieb Fichte : « Le but unique de l’existence humaine sur la terre n’est ni le ciel ni l’enfer mais seulement l’humanité que nous portons en nous et sa plus grande perfection possible ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner,  été 2016</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/sur-le-chemin-de-la-plus-grande-perfection-la-bibliotheque-de-lhumaniste-beatus-rhenanus-a-selestat/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La Décapole alsacienne au Moyen-Age</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/la-decapole-alsacienne-au-moyen-age/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/la-decapole-alsacienne-au-moyen-age/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 02 Jan 2017 09:27:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Moyen-Age]]></category>
		<category><![CDATA[VIIe-XVIe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Décapole]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=628</guid>
		<description><![CDATA[Loin du mythe, une âpre réalité Parler de la Décapole aujourd’hui, c’est parler d’un mythe. Dans la mémoire historique et brouillée de tout Alsacien, il y a une place à part, définitivement sanctuarisée, d’un âge  d’or où une dizaine de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/la-decapole-alsacienne-au-moyen-age/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Loin du mythe, une âpre réalité</strong> </em></p>
<p>Parler de la Décapole aujourd’hui, c’est parler d’un mythe. Dans la mémoire historique et brouillée de tout Alsacien, il y a une place à part, définitivement sanctuarisée, d’un âge  d’or où une dizaine de villes auraient coopéré en toute harmonie et en toute équité géographique : cinq villes de Basse-Alsace, cinq villes de Haute-Alsace qui seraient restées unies du Moyen-âge à la Révolution. Malgré les guerres, les épidémies et les changements d’Etat ou de nationalité. La Décapole survécut, en effet, au passage du Saint Empire Romain Germanique au Royaume de France. Qui l’eût cru ?</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/la-decapole-alsacienne-au-moyen-age/carte-de-la-decapole-avec-haguenau-pour-capitale-14620-600-600-f/" rel="attachment wp-att-629"><img class="alignleft size-full wp-image-629" alt="carte-de-la-decapole-avec-haguenau-pour-capitale-14620-600-600-F" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/carte-de-la-decapole-avec-haguenau-pour-capitale-14620-600-600-F.jpg" width="600" height="600" /></a><br />
Ce syndicat intercommunal (encore un bel anachronisme) est  aujourd’hui paré de toutes les vertus. Pour un peu, on en ferait le symbole du génie alsacien qui autrefois savait ou aurait su conjuguer liberté, démocratie et unité à tous les temps. Nous en fûmes tellement nostalgiques que fut créé, il y a quelques décennies, une confrérie des villes de la Décapole pour en perpétuer le souvenir et en ressusciter l’esprit. Plus sérieusement, la sémillante Académie des Sciences, Lettres et Arts d’Alsace, plus connue sous le nom d’Académie d’Alsace, décerne chaque année un prix de la Décapole «  à l’auteur d’une œuvre littéraire, scientifique, artistique consacrée, si possible, à la Décapole, son passé, son présent, son futur, aux intérêts des villes décapolitaines, à leurs rapports entre elles et conforme à l’esprit qui avait animé la Décapole. »<br />
Il y aurait donc un esprit de la Décapole qui, espérons-le, continue de souffler sur une région à l’identité quelque peu malmenée aujourd’hui. La référence aux mânes décapolitaines serait d’autant plus nécessaire qu’elle exalte l’idée d’une Alsace unie qui, par-delà le <em>Landgraben</em>, aurait alors parlé d’une seule et même voix. Ah, la belle époque que voilà ! La réalité, hélas, n’est pas toujours à la hauteur du mythe. Mais si c’était le cas, inventerions-nous des mythes ? Venons-en au fait et penchons-nous sur cette alliance durant les 150 ans de son existence médiévale. Définissons-la :<br />
La Décapole fut une confédération urbaine de dix villes alsaciennes au départ (Wissembourg, Haguenau, Rosheim, Obernai, Sélestat, Kaysersberg, Turckheim, Munster, Colmar, Mulhouse), qui n’étaient pas libres comme Strasbourg, mais immédiates d’Empire (Reichsunmittelbar), dépendant d’un représentant de l’empereur dans la région, en l’occurrence le Landvogt ou Grand Bailli, situé à Haguenau. Elles se réunirent, en 1354, sous l’autorité de Charles IV, pour fonder une alliance afin de défendre leur statut et de maintenir les privilèges obtenus de l’Empereur. En s’alliant, elles se promettaient secours mutuel si l’une d’elle était menacée par un agresseur extérieur ou par des difficultés internes. Elles s’engageaient, en outre, à régler à l’amiable les éventuels litiges pouvant les opposer les unes aux autres. L’adhésion à cette ligue urbaine ne devait en rien entraver la liberté des cités membres dont aucune n’avait voie prépondérante.<br />
La Décapole, qui ne porta ce nom qu’au XVIIIe siècle –belle invention de l’historien Jean-Daniel Schoepflin pour caractériser une institution qui alors avait perdu tout son éclat- et que l’on désignait par le terme de Gemeine Richstette, villes d’Empire associées ou <em>Richstette gemeinlich im Elsass</em>, villes d’Empire associées en Alsace, fut en réalité une ligue urbaine de plus. La Décapole n’avait rien inventé mais prolongé des alliances antérieures, initiées dès le XIIIe siècle. Elle ne concernait de loin pas toutes les villes d’Alsace. Sur les soixante-dix villes existantes sur cette mosaïque territoriale où l’unité faisait cruellement défaut, elles furent dix qui arrivèrent à construire une autonomie face aux pouvoirs environnants grâce à leur statut de villes d’Empire. Strasbourg, la plus importante d’entre elles, n’y figurait pas, ce qui limitait son poids. A la différence de l’Alliance monétaire du <em>Rappenmünzbund</em>, qui réunissait à partir de 1387 des villes de part et d’autres du Rhin, les <em>gemeine Richstette</em> étaient toutes situées sur la rive gauche, ce qui restreignait leur zone d’influence..<br />
Si elles aspiraient tant à se réunir, ce n’était pas pour paraître ou en imposer, mais pour tenter d’exister, de vivre, voire de survivre. La plupart étaient de création récente. Un siècle plus tôt à peine, Frédéric II de Hohenstaufen fut leur géniteur. Dans leurs corps d’adolescente, elles avaient conservé quelques traumatismes de l’enfance. La lutte pour leur émancipation fut agitée. C’est qu’elles furent l’objet d’avides convoitises. L’évêque de Strasbourg, au milieu du XIIIe siècle, avait encore un appétit d’ogre. Demandez aux Colmariens qui perdirent leur prévôt Jean Roesselmann pour préserver leurs libertés communales. Jeunes pousses, perpétuellement menacées, les villes restaient fragiles. L’Empereur, qui était loin, leur avait certes accordé leur Freiheitsbrief, leur charte de franchise supposée les protéger, mais que pouvaient ces parchemins sigillés face à l’appétit des puissants et à la violence de leur soldatesque ?<br />
Ces grand corps municipaux, à défaut d’être malades, étaient fragiles. A l’intérieur, les nobles avaient longtemps continué à disputer aux corporations la conduite du gouvernement municipal. A l’extérieur, ils craignaient pour leur indépendance. Ils connaissaient l’Empereur, le vénéraient même, lui prêtaient serment mais ils savaient aussi –les exemples abondaient dans le vaste Empire- qu’à court d’argent, il était tout à fait capable de les engager à un prince quelconque malgré les promesses et les chartes de franchise qu’autrefois ses prédécesseurs leurs octroyèrent.<br />
C’est vrai qu’on était plus fort à plusieurs. On se rapprocha, on finit par s’unir pour faire front ensemble, pour se protéger mutuellement. Elles furent six en 1336, sept en 1342 pour conclure une alliance de paix publique avant de constituer la ligue des dix villes impériales d’Alsace, le 28 août 1354. Se sentaient-elles rassurées pour autant ? Ce mariage était-il bien assorti ? Les conjoints n’étaient pas nécessairement de même extraction, <em>ebenbürtig</em>. Si les gouvernements locaux se ressemblaient, leurs poids réciproques étaient disparates. Haguenau disposait de quatre-vingt-un hectares de ban communal, Munster de huit. Que pesait Kaysersberg ou Turckheim démographiquement face à Colmar ? Porter secours au voisin en cas de péril était une noble cause qui supposait quelques moyens. Pouvait-on, en outre, résister à l’empereur Charles IV qui venait d’accéder au pouvoir en 1346 et qui, en pleine entreprise de séduction pour le consolider, venait de leur accorder une exemption de cinq ans, en 1349, de toute contribution et redevance d’Empire. Par les temps qui couraient, tout était bon à prendre. L’alliance, on le savait par expérience, serait de courte durée. Elle était limitée à la vie, prolongée d’une année, de Charles IV, qui se réservait le droit de révoquer la Décapole à tout moment. On connaissait la fragilité des gens et des choses, face aux épidémies, aux guerres et aux famines. Charles IV avait déjà 38 ans. Ce qui à l’aune du temps médiéval ne faisait plus de lui un jeune homme.<br />
Si nous manquons de sources sur le fonctionnement de la Décapole dans les premières décennies de son existence, nous savons qu’elle intervint très rapidement à Colmar et à Sélestat où les nobles s’étaient révoltés contre le pouvoir communal des corporations. Grâce à elle, Wissembourg en profita pour s’émanciper encore davantage de l’influence de son abbaye. L’invasion des mercenaires anglais, en 1365 et 1375, la mobilisa de nouveau. Mais elle fut dissoute en février 1378 par Charles IV qui n’avait pas tenu ses promesses. Le Grand Bailliage avait été engagé à son fils Venceslas, puis il appartint, à partir de 1408 à l’Electeur palatin qui le conserva jusqu’en 1504.<br />
La Décapole faillit disparaitre, voilà qu’elle renaissait. Le roi Sigismond la reconnut de nouveau en 1418, moyennant un gros cadeau qui le poussa à confirmer les alliances antérieures de 1354 et 1379. Elle s’était organisée entre-temps. Haguenau en fut la capitale symbolique, Colmar s’occupa des affaires étrangères et Sélestat, par sa position centrale, devint le lieu de réunion et le siège des archives de la ligue. En général, on se réunissait pendant une journée de quatre à dix fois par an, selon l’actualité et les contraintes politiques. Quand il s’agissait d’envoyer une députation à l’Empereur, au Grand Bailli ou à la Diète d’Empire -ce dont s’acquittaient en général Haguenau et Colmar qui étaient les ambassadeurs de la Décapole- on partageait les frais. Ceux-ci étaient proportionnels à la taille des villes, Haguenau et Colmar finançant chacun un quart. Les dépenses les plus importantes concernaient les contingents militaires de 80 à 100 hommes, en général, pour faire face aux menaces externes et aux conflits internes.<br />
Les villes participaient aussi sous forme d’impôts ou de mise à disposition de troupes aux expéditions plus lointaines : guerre contre les hussites en 1421 et lutte contre les Turcs de 1467 à 1500. Les contributions décapolitaines n’étaient pas négligeables : 55 cavaliers et 38 fantassins en 1484, 4122 florins, l’année suivante. Ces ressources auraient bien été nécessaires pour faire face aux nombreux conflits qui traversaient l’Alsace tout au long du XVe siècle. L’incursion des Armagnacs, en 1439 et 1444, mit en péril Rosheim et fragilisa Mulhouse, particulièrement esseulée et à nouveau menacée quelques décennies plus tard quand le Duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, pointa le nez en Alsace. Des contingents de Sélestat et de Colmar participèrent aux batailles contre le Téméraire, finalement défait à Nancy en 1477. Aux menaces générales, s’ajoutèrent les conflits internes aux villes qui, à chaque fois, obligèrent les autres à intervenir. Ainsi, en 1465, le comte de Lupfen, seigneur de Hohlandsbourg s’empara par surprise de Turckheim. Il fallut voler au secours de cette dernière. Plus au nord, Wissembourg assista, impuissante, au conflit entre l’abbaye et le Grand Bailli, l’Electeur palatin, dont le séide, Hans von Trotha, se comporta avec brutalité. Quant à l’évêque de Strasbourg, il ne trouva rien de mieux que d’installer, à partir de 1420, des nouveaux droits de douane sur l’Ill et sur route, entre Strasbourg et Sélestat. Il fallut un quart de siècle de diplomatie pour aplanir le conflit. L’alliance fut au four et au moulin. Entre 1425 et 1460, les dix villes s’entraidèrent une centaine de fois, preuve que le système, malgré ses imperfections, répondait à un réel besoin.<br />
L’histoire s’arrêta là, du moins sa séquence médiévale, celle de son origine. En réalité, le destin de la Décapole était loin d’être achevé. Les lignes bougèrent au XVIe siècle. Mulhouse la quitta en 1515 pour se rapprocher de la Confédération helvétique et devenir un canton apparenté, (<em>Zugewandter Ort)</em>. Elle fut remplacée par Landau, ville prospère du Palatinat,  grâce au commerce du vin. La partie méridionale de la Décapole s’arrêta au centre de l’Alsace, à Colmar ! Le sud n’était plus couvert. Mais le fut il un jour ? Si Mulhouse s’en  éloigna, c’est parce qu’elle était bien trop loin du gros des villes de la Décapole pour, soit obtenir son aide, soit pour en prodiguer.<br />
La Guerre des Paysans l’ébranla, l’introduction de la Réforme  ne lui porta cependant pas l’estocade. Contrairement à toute attente, le fait politique sut s’imposer au fait religieux. La Guerre de Trente Ans, d’où les villes sortirent exsangues, faillit l’emporter. Chacun pour soi fut alors sa devise. Le traité de Westphalie la confirma dans l’illusion d’exister comme partie d’Empire alors que la préfecture des dix villes était passée aux mains du Royaume de France. La Guerre de Hollande scella son destin et vit tomber, les unes après les autres, les villes de la Décapole dans l’escarcelle de la monarchie française. Définitivement intégrée au Royaume de France par le traité de Nimègue en 1679, l’alliance des villes fut vidée de toute substance mais maintenue juridiquement. Ce vague souvenir du temps d’avant, devenu objet d’études, pouvait il encore servir ? La Décapole resurgit opportunément juste avant la Révolution, alors qu’on ne l’attendait plus, lors de l’Assemblée provinciale en 1787 et rédigea même son cahier de doléances en 1789 où elle demandait le maintien des droits et privilèges, libertés et statuts ,en rappelant que les dix villes formaient jadis une confédération particulière. Elle était devenue définitivement anachronique. Après avoir connu l’oubli, elle devint un mythe, celui d’antiques libertés urbaines qu’évoquaient avec reconnaissance et méconnaissance, la bourgeoisie alsacienne au XIXe siècle, longtemps exclue du gouvernement des villes. Le mythe devint nostalgie, nourri par un souvenir fragmentaire. Comme souvent en Alsace, on le folklorisa autant qu’on le sacralisa en le célébrant par la création de bannières, de vitraux, de rencontres, d’associations, de prix destinés à perpétuer sa mémoire.</p>
<p style="text-align: justify;">Bibliographie<br />
BISCHOFF( Georges), <em>Pour en finir avec l’histoire d’Alsace,</em> Pontarlier, Editions du Belvédère, 2015<br />
La Décapole, <em>Dix villes d’Alsace alliées pour leurs libertés</em> ( 1354-1679) sous la direction de Bernard Vogler, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2009.<br />
OHLER ( Christian) ,<em> Zwischen Frankreich und dem Reich : Die elsässische Dekapolis nach dem Westfälischem Frieden</em> , Frankfurt, 2002<br />
SITTLER ( Lucien), <em>la Décapole alsacienne des origines à la fin du Moyen -A</em>ge, Strasbourg , 1955</p>
<p>Braeuner  Gabriel, article paru dans<em> Saisons d’Alsace </em> n°67, printemps 2016, numéro spécial : <em>La vie quotidienne au Moyen-Âge</em>.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/la-decapole-alsacienne-au-moyen-age/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>La coopération des sociétés d’histoire de part et d’autre du Rhin : un essai à  transformer!</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/la-cooperation-des-societes-dhistoire-de-part-et-dautre-du-rhin-un-essai-a-transformer/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/la-cooperation-des-societes-dhistoire-de-part-et-dautre-du-rhin-un-essai-a-transformer/#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 01 Jan 2017 19:27:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[XXe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[identité]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=622</guid>
		<description><![CDATA[Qui connaît le réseau des sociétés d’histoire du Rhin supérieur (Netzwerk Geschichtsvereine am Oberrhein) qui a vu le jour, le 16 juin 2012 à Lucelle, dans ce qui reste de l’ancien monastère cistercien ? Quatre ans  après ce pittoresque baptême, où &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/la-cooperation-des-societes-dhistoire-de-part-et-dautre-du-rhin-un-essai-a-transformer/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/la-cooperation-des-societes-dhistoire-de-part-et-dautre-du-rhin-un-essai-a-transformer/th/" rel="attachment wp-att-623"><img class="alignleft size-full wp-image-623" alt="th" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2017/01/th.jpg" width="300" height="103" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Qui connaît le réseau des sociétés d’histoire du Rhin supérieur (<em>Netzwerk Geschichtsvereine am Oberrhein)</em> qui a vu le jour, le 16 juin 2012 à Lucelle, dans ce qui reste de l’ancien monastère cistercien ? Quatre ans  après ce pittoresque baptême, où en sommes-nous ? Ouvert à toutes les sociétés d’histoire de la région du Rhin supérieur, le réseau était censé développer les contacts transfrontaliers entre les uns et les autres à travers une structure souple et partager une information régulièrement actualisée. Est-il devenu ce lien incontournable du dialogue transfrontalier pour l’histoire régionale ou, au contraire, est-il venu grossir le rang de l’organigramme transfrontalier déjà abondamment fourni ?<br />
Evitons d’emblée tout malentendu. Les sociétés d’histoire dont il est question ici ne sont pas à confondre avec les sociétés savantes pour qui la rencontre transfrontalière et les compte rendus des travaux de recherche font partie des attributions naturelles ? Dans ce domaine, la <em>Zeitschrift für die Geschichte des Oberheins</em> (Z.G.O) et la Revue d’Alsace font un travail admirable depuis des décennies. Non, les sociétés d’histoire dont nous parlons sont celles de tous ces passionnés d’histoire, amateurs au sens premier du terme, plus de cent vingt rien qu’en Alsace, regroupées dans la très entreprenante Fédération des sociétés d’histoire et d’Archéologie d’Alsace, nettement moins nombreuses de l’autre côté du Rhin mais non moins valeureuses. Elles constituent toutes une part de notre identité régionale, au même titre que nos sociétés de gymnastique et de chant choral autrefois. Les plus anciens de ces sociétés d’histoire locale remontent au temps du <em>Reichsland</em>.<br />
La souplesse de son organisation est un atout indéniable du réseau. A sa tête, un comité trinational élu pour un mandat de deux ans, constitué d’un représentant français, allemand et suisse, assisté par un suppléant chacun. Aucune hiérarchie dans leurs rapports, pas de président mais une assemblée plénière tous les deux ans pour renouveler le comité et fixer les grandes lignes du programme à mener. Les six se réunissent en général tous les semestres et disposent d’un siège symbolique au <em>Dreiländermuseum</em> de Lörrach qui leur offre un site internet, comptabilise les sociétés membres et publie, trois fois par, an un bulletin d’information que nos amis allemands s’évertuent à appeler Newsletter, où figurent la plupart des informations transfontalières susceptibles d’intéresser ses membres.<br />
L’organisation, tous les deux ans, d’un colloque d’histoire transfrontalière accentue sa visibilité. Il en est aujourd’hui à sa troisième édition et se déroulera l’année prochaine à Offenburg, après Strasbourg (2013) et Liestal(2015). Six chercheurs, deux par pays, présentent leurs travaux de recherche ou évoquent un point d’histoire transfrontalière au cours d’une journée en général bien fréquentée. Plus de quatre vingt personnes avaient ainsi participé au colloque de Strasbourg, en octobre 2013, à la Maison de la région Alsace, la moitié provenant d’Allemagne et de Suisse. Constat réjouissant, les organisateurs n’ont jamais été en panne de sujets ou d’intervenants, preuve indirecte que les thèmes traités sont mobilisateurs et que le Rhin supérieur ne connait pas de frontière, du moins dans ce domaine-là.<br />
Autre atout non négligeable, la publication régulière de la lettre d’information publiée sur la toile et relayée, pour la partie alsacienne, par le Bulletin de liaison trimestriel de la Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace.<br />
Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, celui de l’Oberrhein, en l’occurrence ? Voilà un réseau qui fonctionne depuis quatre ans, sans anicroche aucune. La cohésion voire l’amitié régnant entre les membres du comité fait plaisir à voir. L’auteur de ces lignes peut en témoigner.<br />
Mais qui aime bien, châtie bien selon le vieil adage. Les militants de la cause transfrontalière, aux têtes désormais chenues, restent un peu sur leur faim. Probablement, dans l’ambiance bucolique de Lucelle, espéraient-ils davantage ? Mais pouvait-on mieux faire que d’assurer ce service minimum qui a le mérite d’exister à défaut d’enthousiasmer ? Ce sentiment d’appartenance au Rhin supérieur, pour généreux qu’il soit, ne se heurte-t-il pas toujours et encore à quelques disparités juridiques et administratives, sinon culturelles et politiques dont, entre autres, l’obstacle de la langue. On a beau en faire une incantation, vouloir apprendre la langue du voisin, et pire, compte tenu de l’âge des participants, se piquer de la connaître, la réalité est désespérante : On se précipite sur les écouteurs et les traductions simultanées quand on organise un colloque transfrontalier. Les revues d’histoire ignorent dans leur écrasante majorité la langue du voisin. Quant aux sociétés d’histoire locale, reconnaissons, qu’à de rares exceptions près, la préoccupation transfrontalière reste secondaire quand elle n’est pas inexistante. On garde le regard rivé sur l’horizon de son territoire, qu’il soit urbain ou rural. On dépasse rarement le ban communal et si l’intercommunalité est administrativement de mise, on se gardera cependant de franchir le Rhin. Autre monde, autres mœurs ? On a assez à faire avec l’histoire de sa petite <em>Heimet</em>, sa petite patrie. Il n’est pas certain que le réseau répondait pour la majorité des sociétés d’histoire à une véritable attente. Elles étaient, et sont toujours, apparemment heureuses dans le cadre étroit de leur périmètre.<br />
Plus de cent vingt sociétés d’histoire pour un territoire aussi petit que L’Alsace, voilà une situation originale qui n’a pas d’équivalent dans le reste de la France, pas davantage en Allemagne et en Suisse. C’est à la fois réjouissant et inquiétant. Réjouissant, car le phénomène témoigne d’un bel attachement au patrimoine local, inquiétant, parce que cet émiettement, caractéristique de l’Alsace, contribue à renforcer le sentiment qu’on ne s’intéresse qu’à son petit territoire et qu’en dehors, comme disait Montaigne, c’est déjà l’étranger. On ne peut manquer d’être frappé par la difficulté que rencontre la lettre d’information à chaque parution pour collecter des informations qui soient vraiment transfrontalières.<br />
Compte-tenu du nombre de nos sociétés d’histoire en Alsace, une structure centralisée comme la Fédération s’impose. Elle permet à ses membres de parler, de temps en temps, d’une seule voix et se montre fort utile et efficace quand il s’agit d’organiser une manifestation d’envergure, comme un colloque d’histoire transfrontalière par exemple. La mobilisation est rapide, l’information partagée et les négociations avec les pouvoirs publics facilitées dans le mesure où ces derniers n’ont qu’un seul interlocuteur qui parle au nom d’une centaine d’autres. Rien de tout cela n’existe chez nos partenaires de proximité qui envient notre organisation  et notre efficacité. Bel et paradoxal éloge de la centralisation par des praticiens, de longue date, de la décentralisation On en rougirait presque mais on se refusera de bouder notre plaisir.<br />
Ainsi fonctionne notre réseau entre le souhaitable et le possible. Cela fait quelques années que cela dure et il y a des projets pour quelques années encore. Le pragmatisme et la flexibilité sont les atouts majeurs du réseau. Ce dernier n’est qu’une pierre qui aide à bâtir l’édifice de la coopération transfrontalière. Non pas essentielle mais à sa place. Comme toutes les initiatives transfrontalières qui s’évertuent à démontrer, jour après jour que le Rhin est autant porte que pont, <em>Tür und Brücke</em>.<br />
Gabriel Braeuner<br />
article publié par la Revue <em>Land un Sproch/ Les cahiers du bilinguisme n</em>° 199, septembre 2016.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/la-cooperation-des-societes-dhistoire-de-part-et-dautre-du-rhin-un-essai-a-transformer/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Martin Bucer en quête de reconnaissance</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/martin-bucer-en-quete-de-reconnaissance/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/martin-bucer-en-quete-de-reconnaissance/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 12 Dec 2015 16:03:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des Cités et des Hommes]]></category>
		<category><![CDATA[Moyen-Age]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Alsaciens]]></category>
		<category><![CDATA[Renaissance]]></category>
		<category><![CDATA[Sélestat]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>
		<category><![CDATA[humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Maertin Bucer]]></category>
		<category><![CDATA[réforme protestante]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=599</guid>
		<description><![CDATA[  Martin Bucer est un paradoxe qui perdure par-delà les siècles. Il compte parmi les grands réformateurs allemands, tout de suite après Luther et Melanchton. Et parmi les tous grands réformateurs européens si l’on y ajoute Calvin et Zwingli, mais &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/martin-bucer-en-quete-de-reconnaissance/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"> <a href="http://www.histoires-alsace.com/martin-bucer-en-quete-de-reconnaissance/bucer/" rel="attachment wp-att-600"><img class="alignleft size-full wp-image-600" alt="Bucer" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/12/Bucer.jpg" width="350" height="480" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Martin Bucer est un paradoxe qui perdure par-delà les siècles. Il compte parmi les grands réformateurs allemands, tout de suite après Luther et Melanchton. Et parmi les tous grands réformateurs européens si l’on y ajoute Calvin et Zwingli, mais qui le connait vraiment ? Il fut pourtant leur contemporain et leur familier. Il les croisa, les fréquenta et parfois même les influença. Calvin lui doit énormément et s’il agaça parfois Luther par sa nature irénique et sa perpétuelle recherche d’une via media, le premier Martin profita beaucoup de l’autre Martin, le nôtre. Le Sélestadien avait des qualités que le natif d’Eisleben n’eut jamais. Un sens de la diplomatie, une forme de patience, une culture du compromis notamment. Mais Luther aurait-il été Luther s’il avait été  erasmien ? Ce que fut Bucer qui fut aussi martinien. Allez comprendre. Soit un premier paradoxe qui suggère un portrait plus complexe qu’il n’y parait à première vue.</p>
<p style="text-align: justify;">Une partie de l’Europe, celui du Nord, fut son territoire. Il fut un ardent propagateur du message évangélique et un bâtisseur hors pair. Il y a laissé de nombreuses traces. Le petit frère dominicain du minuscule couvent de Sélestat termina docteur honoris causa de la grande université de Cambridge où il enseigna. Et où il mourut, à l’issue d’un court exil anglais sous un brouillard épais dont il se plaignait souvent. Du temps de son vivant, malgré son solide ancrage strasbourgeois où il demeura de 1523 à 1549, on le vit pourtant, voyageur impénitent, dans presque tous les lieux où durant la première moitié du XVIe siècle se joua le destin du protestantisme germanique. On ne compte plus ses voyages pour organiser une communauté ou participer aux colloques, discussions, disputes et synthèses. Comme Erasme, sur son cheval et en carriole, sur les routes et les chemins, par n’importe quel temps et en hiver souvent, répondant présent aux appels de l’empereur ou des siens, malgré les pépins de santé et les malheurs du temps, les guerres, la famine et la peste.</p>
<p style="text-align: justify;">Le plus grand réformateur alsacien n’est pas l’enfant le plus illustre de Sélestat, sa ville natale pour autant. Etonnant constat qui demeure vrai. Sélestat passe pour la cité de Beatus Rhenanus, rarement pour ne pas dire jamais, pour celle de Martin Bucer, son contemporain. Il est vrai qu’il y passa ses années de jeunesse et d’études, guère celle de sa vie active. Mais leur importance historique comme leur rayonnement ne sont guère comparables. Si l’histoire savait rendre à ses acteurs la place qu’ils méritent, Sélestat serait d’abord la ville de Martin Bucer. Mais voilà Sélestat est restée une ville catholique qui ne s’ouvrit jamais à la Réforme, sinon tardivement et minoritairement au XIXe siècle. Elle ne connut pas la rupture religieuse qui embrasa une partie importante de l’Europe septentrionale et dont paradoxalement l’un de ses rejetons fut un acteur essentiel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les riches heures d’une vie engagée</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour le connaitre davantage, il nous faut le situer dans une nécessaire chronologie. Il nait un an avant la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb. La date marque depuis lors, pour beaucoup d’historiens, la fin du Moyen-Age. Il serait donc un homme de la Renaissance, ce qui ne veut pas dire grand-chose tant le XVIe siècle, par maints aspects, prolonge l’automne du Moyen Age. Quand il meurt en 1551, le siècle est non seulement largement entamé, mais il s’en est passé des choses dans cet intervalle. Rien que dans son pays, le Saint Empire Romain Germanique, les bouleversements furent nombreux. Charles-Quint en est toujours l’empereur. Il l’est depuis 1519, il l’est encore en 1551 quand disparait Bucer. Pour peu de temps, il se retirera en 1556, pour décéder, deux ans plus tard au monastère San Jeronimo de Yuste en Estramadure. Il a hérité d’un immense empire sur lequel le soleil ne se couche jamais, de l’Europe aux Amériques. Il a guerroyé des années durant contre François 1er, le roi de France, lors des nombreuses guerres d’Italie notamment. Il en fut victorieux mais à quel prix ? Et c’est chez lui, au sein de son Empire, que le moine augustin Martin Luther va afficher ses 95 thèses à Wittenberg, dans l’électorat de Saxe, en 1517, provoquant une immense déflagration qui n’a pas fini de résonner, au milieu du siècle encore et qui déchira une seconde fois la robe sans couture du Christ.</p>
<p style="text-align: justify;">On sait que Bucer en fut le témoin, le comptable et l’acteur. Il l’aura accompagnée jusqu’au bout. Il ne connaitra cependant pas son aboutissement, cette Paix d’Augsbourg du 29 septembre 1555, qui mérite bien son nom, et qui mit un terme, du moins provisoirement, au conflit religieux en terre allemande, en assurant une sécurité politique et juridique durable à ceux qui se référaient à la confession d’Augsbourg de 1530 qui allait devenir la confession de référence des églises luthériennes. Les princes-électeurs obtenant le droit de choisir la religion pour eux et leurs territoires (cujius regio, ejus religio, tel prince, telle religion, Wessen land, dessen Religion).</p>
<p style="text-align: justify;">Son père fut tonnelier, sa mère sage-femme. En 1501, ses parents quittent Sélestat pour Strasbourg. C’est son grand-père qui l’élèvera jusqu’en 1506-1505 où il entre au couvent des dominicains de Sélestat. Il a fait un passage très court à l’Ecole latine alors en plein essor. Ses supérieurs l’envoient en 1517 chez les Dominicains de Heidelberg où il s’inscrit à l’université. C’est ici qu’il rencontre, lors d’une dispute, Luther. Le très érasmien dominicain, fortement impressionné par son confrère augustin, devient martinien. Le voilà définitivement gagné aux idées de la Réforme. Il quitte son couvent en 1521, obtient difficilement un bref pontifical le dispensant des vœux monastiques et entame une vie d’errance trouvant refuge auprès du chevalier Franz von Sickingen puis chez un autre reître, Ulrich von Hutten au château de l’Ebernburg. En 1522, il se marie avec Elisabeth Silbereisen, ancienne nonne du couvent de Lobenfeld dans le Bade Wurtemberg. Excommunié, poursuivi par l’officialité épiscopale de Spire, il s’arrête à Wissembourg à l’appel du curé Henri Motherer et y prêche la réforme luthérienne. De nouveau pourchassé, il arrive à Strasbourg, où son père est bourgeois, en 1523, avec son épouse. Il y restera jusqu’en 1549.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1524, il est devenu prédicateur de la paroisse de Sainte Aurélie et concourt avec Mathieu Zell, qui prêche l’évangile à la cathédrale, à l’introduction de la réforme à Strasbourg, jouant un rôle non négligeable dans l’abolition de la messe, intervenue en février 1529. Avec ses collègues Capiton, Zell et quelques autres, il va organiser l’église strasbourgeoise. Il a combattu les anabaptistes, organisé un synode local en 1533, promulgué les ordonnances ecclésiastiques et disciplinaires en 1533-1534, théorisé son action pastorale en publiant en 1538 son ouvrage Von der wahren Seelsorge, qui débouchera dix ans plus tard, en 1547-1548, sur une double structuration écclésiologique à savoir: créer de grandes paroisses multitudinistes et des petites communautés confessantes sur lesquelles nous reviendrons.</p>
<p style="text-align: justify;">Parallèlement, tout en demeurant fidèle à Strasbourg, où il accueille Calvin pendant trois ans, de 1538 à 1541, en lui confiant le soin d’organiser la paroisse des réfugiés de langue française, on le retrouve, ardent artisan de la concorde et de l’unité de l’église protestante, sur tous les terrains allemands où l’on dispute, s’oppose, se fâche, tombe d’accord ou diverge. Dès 1525, il est mêlé à la querelle sacramentaire qui oppose Luther et Zwingli. En 1528, il participe à la dispute de Berne qui va adopter la réforme. En 1529, il est présent au colloque de Marbourg où Luther et Melanchton se heurtent, toujours sur la cène, à Zwingli et Oecolampade, le réformateur bâlois. En 1530, il ne signe pas la Confession d’Augsbourg, qui pose les fondements de l’église luthérienne mais lui oppose la Confession tétrapolitaine, signée par les villes de Constance, Lindau, Memmingen et Strasbourg où, entre autres, l’article sur la cène expose une position intermédiaire entre celle de Luther et Zwingli. Déjà champion de la voie médiane, à la recherche de l’impossible synthèse pourtant si nécessaire à ses yeux. Si nécessité fait loi, rien n’empêche de changer d’orientation en cours de route. En 1531, Strasbourg rejoint la ligue de Smalcalde, coalition entre les princes et les villes libres protestantes du Saint-Empire qui unifie  la résistance protestante face à l’empereur. Qui dit ligue de Smalcalde, dit adhésion à la confession d’Augsbourg. Strasbourg y adhère donc en 1531. Voilà un trait typiquement Bucérien que l’on a parfois mal jugé. Une forme d’inconstance que l’on prit pour de la duplicité. Ce ne sera pas son seul volte face tactique au cours de sa vie. Que ne ferait-on pas comme sacrifice pour tendre à l’unité, sa véritable obsession, qui le conduit, toujours et encore, à reprendre la route. Il est le rédacteur de l’ordonnance ecclésiastique d’Ulm en 1531, le voilà en Suisse, en 1533, en Souabe les années suivantes avec, à chaque fois, un saut à Augsbourg pour l’organisation, la pacification de l’église protestante. Ses entretiens avec Melanchton sont féconds. Ils se ressemblent un peu. Ils partagent le même souci de l’unité de l’église protestante. La concorde, ils la vivent, la conceptualisent, la rédigent à Wittenberg, en février 1536, quand se fait l’unité du protestantisme allemand sans les Suisses et malgré quatre voyages infructueux de Martin Bucer à Bâle, Berne et Zurich. L’échec ne le rebute pas, Il ne tient pas en place. Voilà qu’en 1536, il ramène en Hesse la majorité des anabaptistes au sein de l’église protestante en faisant introduire dans les ordonnances ecclésiastiques la confirmation des catéchumènes et l’exercice des mœurs par les Anciens. Son expérience strasbourgeoise se révèle, en l’occurrence, déterminante.</p>
<p style="text-align: justify;">Les années qui suivent, la fameuse décennie de 1540, est moins conquérante, pourtant il est toujours aussi actif et présent. Il participe à l’essentiel des colloques religieux suscités par Charles-Quint pour essayer de rapprocher catholiques et protestants. Il est à Haguenau en 1540, à Worms en 1541, et participe au colloque de Ratisbonne en 1542. En vain. Ces Religionsgespräche sont un échec. Malgré quelques points de rapprochement, on achoppe sur la question de l’autorité et de la structure de l’église, la transsubstantiation, la confession. Il y aura cru jusqu’au bout, et sera encore de la partie en 1546, toujours à Ratisbonne, pour une ultime rencontre et un nouvel échec. Il est vrai que les temps sont devenus plus durs. Charles-Quint a vaincu la ligue de Smalcalde au printemps 1547. Comme il avait vaincu, en 1543, le duc de Clèves compromettant l’introduction de la réforme à Cologne à laquelle travaillait depuis 1542 Martin Bucer, appelé par l’archevêque électeur de Cologne, Hermann von Wied. Y-aurait-il une forme de boulimie bucérienne ? Une hyper activité due à la fragilité des choses, à l’âge qui vient, à un sentiment d’urgence, à la conviction forte qu’on n’a rien donné si on n’a pas tout donné ou à une foi dont les œuvres seraient quand même les compagnons naturels et légitimes ? Même les malheurs du temps le font rebondir. En 1541, voilà qu’il perd lors d’une épidémie de peste son épouse, Elisabeth, qui l’a tant déchargé des soucis domestiques, trois de ses enfants et son ami de toujours, compagnon de lutte et d’interminables négociations, Wolfgang Capiton. L’année suivante, Bucer épouse la veuve de ce dernier, Witbrandis Rosenblatt, déjà veuve d’ Oecolampade, le réformateur bâlois. Il séjourne pendant huit mois à Bonn, en 1543, y prêche, donne des cours, rédige avec Melanchton une ordonnance ecclésiastique qui provoque la haine du magistrat, du clergé et de l’université de la ville. L’échec ne l’épargne pas. Mais est-ce une raison de renoncer à se battre ? Mille fois Bucer a mis l’ouvrage sur le métier.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs, la défaite des protestants, à l’issue de la guerre de Smalcalde ne serait-elle pas un châtiment de Dieu ? Profitant de l’ébranlement consécutif à ce désastre militaire, Bucer va lancer à Strasbourg, en 1547, dans chaque paroisse, les fidèles confessants regroupés en Christliche Gemeinschafte, devant agir comme un ferment  dans le corps de la communauté paroissiale. Ces communautés, ces ecclésioles devaient vivre le message de la Bible de façon visible, fidèlement et sans restrictions, se soumettant librement à une discipline fondée sur les dix commandements, accompagnant les pasteurs dans la responsabilité de la cure d’âme et de la discipline des mœurs. L’idée séduit certains pasteurs, en rebute d’autres, ne convainc guère le sénat de Strasbourg qui craint une scission entre les paroisses, voire l’instauration d’un christianisme à deux vitesses, et un mécontentement de l’empereur, désormais en position de force, qui va , lors de la diète de 1548 à Augsbourg, proposer un règlement religieux provisoire pour toute l’Allemagne en attendant les décisions finales du Concile de Trente. Une position transitoire qui porte bien son nom, celui d’Intérim d’Augsbourg, que rejette Bucer qui a pourtant participé aux négociations. Rentré à Strasbourg, il rédige le Summarischer Vergriff où sont rappelées les positions strasbourgeoises défendues depuis 1523. Bucer s’oppose donc à l’Intérim, mais Strasbourg a-t-elle les moyens, elle, de prendre ce risque ? Ne craint-elle pas de connaitre le même sort que Constance qui vient d’être mise au ban de l’Empire, ce Constance si proche de Bucer, du temps de la Tétrapolitaine et de son ami et confident, le réformateur Ambroise Blaurer ? La ville se voit contrainte d’entamer des négociations avec l’évêque de Strasbourg. Bucer est devenu un obstacle. Lui qui a tant donné à Strasbourg, est obligé de la quitter pour un exil anglais, entamé le 6 avril 1549, qui sera sans retour. Accompagné de l’hébraïsant Paul Fagius, il débarque en Angleterre le 23 avril 1549. Pourquoi l’Angleterre ? Melanchton l’avait invité à Wittenberg et Calvin à Genève. L’archevêque de Canterbury, primat de l’église d’Angleterre, Thomas Cranmar qui veut développer l’église protestante anglaise sut l’attirer après lui avoir écrit: « Pour toi, mon cher Bucer, notre royaume offre un havre de paix où la semence de la vraie doctrine est semée par la grâce de Dieu. Viens donc chez nous, viens  travailler avec nous pour la moisson du seigneur. ». Pourquoi l’Angleterre ? En Allemagne et en Suisse, la Réforme était en phase de reconnaissance, sa construction avait bien avancée, à Genève, Calvin veillait au grain, en Angleterre beaucoup restait à faire. Et puis, la blessure strasbourgeoise restait vive. Mieux valait mettre un peu de distance avec Strasbourg qui l’avait rejeté après l’avoir accueilli un quart de siècle plutôt. Il en voulait beaucoup à Jacques Sturm d’avoir cédé à l’Intérim pour des raisons politiques, préférant l’argent à l’évangile.</p>
<p style="text-align: justify;">Arrivé en Angleterre, Bucer n’y perd pas son temps. Il va enseigner à Cambridge. Le voilà reparti, le cœur y est encore mais les forces font défaut. Le navire bucérien s’enlise sur les côtes anglaises. Il écrit à Calvin, quelques mois après son arrivée : «  Me voilà en exil à mon âge, loin de mon pays, chassé de mon église que j’aime tant, de mon école, de ma ville où j’ai œuvré par la grâce de Dieu, séparé de mes chers amis et frères pour vivre au milieu d’une nation qui est certes bienveillante à mon égard, mais dont je ne connais pas la langue, à la nourriture de laquelle je n’arrive pas à m’habituer, dont le style de vie m’est étranger et où je ne vois pas clairement dans quelle perspective , je peux servir le Seigneur par mes efforts. » Malade et alité, il commence ses cours avec un trimestre de retard. En septembre 1549, son épouse Vitbrandis et sa belle fille Agnès le rejoignent, il est désormais moins seul, quoique perdant rapidement son compagnon d’infortune Paul Fagius. On le consulte pour l’organisation de l’église anglaise. Certaines de ses idées figurent dans le Common prayer book de 1549, refondu en 1551. Il est influent certes, sa réputation l’a précédé. Il n’a pas que des amis. Un de ses collègues, Paul Young, le dénonce auprès du vice –chancelier de l’université comme professant des idées contraires à la Bible et aux pères de l’Eglise. Blessé, il se met à rédiger neuf thèses pour se défendre. Il est parfois surpris pour ne pas dire atterré par le niveau de certains débats,celui des vêtements liturgiques par exemple, soulevé par l’évêque protestant radical John Hooper.</p>
<p style="text-align: justify;">N’est-il pas déjà l’homme d’un autre temps, d’une autre histoire, d’une autre géographie surtout, d’une autre culture aussi. Nous ne sommes plus au temps des pionniers, son exigence rejette plus qu’elle n’attire. Les étudiants anglais n’aiment guère se faire houspiller, rappeler à l’ordre, invités à une vie pénitente et disciplinée. Ils s’ennuient et n’hésitent pas à parler de nausée à propos de ce qu’ils entendent et que Bucer leur assène… « Bucer –témoigne un de ses collègues- exhorte, écrit et tonne sans cesse dans ses cours et ses nombreuses prédications latines qui ont lieu devant un auditoire nombreux, disant qu’il faut se repentir et abandonner les idées impies et immorales de l’ancienne religion ; il lance des attaques virulentes contre les ecclésiastiques pour qu’ils mettent plus de zèle et de rigueur dans leurs prédications, et contre le peuple pour qu’il fréquente les dites prédications avec plus de zèle… mais cela n’a malheureusement pas l’effet qu’il souhaiterait.» C’est le moins que l’on puisse dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Le temps lui est compté, probablement le sait-il ou le sent-il. Il se remet à l’ouvrage  et porte sur papier les idées fondamentales de sa théologie et de sa réforme ecclésiastique dans un traité intitulé De regno christi/Du règne du christ, achevé en octobre 1550 et remis au roi Edouard VI pour Nouvel An 1551. Ouvrage testament, récapitulatif de ses idées sur la cité chrétienne où est proposé tout un programme de réformes destinées à faire de l’Angleterre un royaume aussi parfait qu’humainement possible. Il y aura cru jusqu’au bout. Ce qu’il n’a pu faire pour sa chère ville de Strasbourg, il l’a rêvé pour l’Angleterre de son exil. Le De regno Christi résume le combat de sa vie, le montre une dernière fois tel qu’il fut : un théologien solide, un organisateur hors pair. A côté de considérations théologiques, il passe en revue les questions pratiques d’éducation religieuse, d’enseignement primaire obligatoire, de réforme des universités, de prédication et de rémunération des ministres du culte, de sanctification du dimanche. Sa démarche comme à l’habitude est globale, elle embrasse le tout et aborde également les questions concrètes de l’assistance publique, le mariage et le divorce, la formation professionnelle, la règlementation des métiers et du commerce, la réforme de l’administration et de la justice dont, entre autres, le remplacement  des peines de prison par des travaux d’utilité publique.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut là son dernier ouvrage, ce fut même son chef-d’œuvre. A la mi-février 1551, il tombe malade. Il décède dans la nuit du 28 février au 1er mars. On lui fit de grandes funérailles. On l’enterra à Cambridge avec faste, et on le déterra avec violence et fracas, cinq ans plus tard, le 6 février 1556, pour un procès en hérésie lors de la recatholicisation brutale du règne de Marie Tudor (1553-1554). Sa dépouille ainsi que celle de son vieux compagnon d’exil Paul Fagius furent brûlées, avec leurs écrits, sur la place du marché de Cambridge. Quatre ans plus tard, le 22 juillet 1560, ils furent réhabilités sous le règne d’Elisabeth Iere. Une plaque commémorative à l’église Sainte-Marie à Cambridge rappelle aujourd’hui son souvenir.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Portrait d’un coquin cajoleur ?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant que les dates sont bien calées, que la chronologie le situe dans l’histoire, intéressons nous un peu à l’homme. Peut-on faire un portrait de l’intéressé. On l’a assez dit et répété, on n’ échappe pas à son temps et celui-ci vous détermine ou vous conditionne en partie. Au cadre historique que je viens de vous dresser, ajoutons un petit tableau qui le situe par rapport à ses contemporains. Il est évidemment le cadet des humanistes de la première génération, Geiler de Kaysersberg (1445-1510), Jacques Wimpfeling (1450-1528), Sébastien Brant (1457-1521). Il est plus jeune également qu’Erasme de Rotterdam (1466-69-1536). Luther (1483-1546) est certes son ainé de 8 ans, mais c’est quasiment un contemporain, tout comme Zwingli (1484-1531) et Melanchthon (1597-1560) son cadet de 7 ans, soit presque rien. Seul Calvin est plus jeune (1509-1564). Bucer, très proche de lui, durant le séjour strasbourgeois du réformateur Genevois était en quelque sorte un grand frère, influent et écouté.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais qui était-il vraiment ? Peut-on davantage le cerner ? Les portraits le concernant sont rares. Ils découlent en réalité tous de la médaille gravée par Frédéric Haguenauer à Bonn en 1553. Il est déjà mort à cette date. Il est représenté de profil, dans la force de l’âge. Les traits sont puissants, il a conservé ses cheveux légèrement bouclés. Un nez assez fort, des joues flasques. Il fait son âge. Sévère peut-être mais pas austère. Difficile d’en dire davantage sur la base d’un portrait qui répond à des règles surtout quand il est officiel.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui l’on lu et beaucoup pratiqué, je pense à Jean Rott, qui publia sa correspondance et qui en fut en Alsace un de ses meilleurs connaisseurs, le déchiffrant avec constance, est obligé de reconnaitre que son style est quelque peu cahoteux, pour ne pas dire verbeux. Obscur par endroit, abondant en digressions et en répétitions, mais aussi en trouvailles souvent originales. C’est qu’il est un auteur prolixe, toujours pressé par le temps et l’action. On dirait qu’il n’a pas le temps d’être concis. Ce que Jean Calvin remarqua également : « Bucer est trop long pour être lu par ceux qui sont distraits par d’autres occupations, et trop haut pour être facilement entendu des petits et de ceux qui ne considèrent pas de si près les choses. Car incontinent qu’il se prend à traiter une matière, quelle qu’elle soit, la fertilité incroyable d’esprit qui  a lui a fournit tant de choses en main, qu’il ne peut s’étancher et faire fin ». Il n’a certes pas l’éloquence des humanistes, la pureté du style et l’obsession de la forme. Son compatriote Beatus Rhenanus, dans la maison de son ami Capiton, lui reprochera un jour de haïr l’étude des Bonnes Lettres. En réalité, il ne les haïssait pas, ses priorités étaient autres. Peut-être étaient-elles simplement luthériennes ? L’autre Martin, avec sa fougue habituelle, n’avait-il pas proclamé un jour : « Que périsse le lustre de la langue latine, le miracle de l’érudition qui obscurcit la gloire de Dieu ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Comme Luther, Bucer fut marié. Comme lui, il épousa une nonne. Il le fit même avant que le moine augustin ne se mariât avec Catherine de Bora. Il le précéda de trois  ans.L’élue fut Elisabeth Silberreisen. Il l’épousa durant l’été 1522. Ella avait été nonne au couvent de Lobenfeld dans le Kraichgau. Son père Jacob était forgeron, sa mère se prénommait Anna. De même extraction que Martin Bucer, donc. Elle devint moniale ou plutôt fut mise au couvent après avoir perdu ses parents très tôt. Probablement, la vocation avait-elle très peu à voir avec ce choix de vie. Le refuge au couvent était souvent alors une réponse sociale plutôt que le fruit d’un cheminement spirituel.</p>
<p style="text-align: justify;">En se mariant, comme après lui Luther, Bucer pose les fondements du presbytère protestant. Il fut en outre, heureux en mariage. Un an après ses noces, il écrivait : « J’ai épousé une jeune fille qui a été au couvent et je ne m’en repens toujours pas. Nous nous sommes rendu compte que la vie de couvent a malheureusement souvent été un obstacle, nous empêchant d’arriver à une vie chrétienne. Nous avons décidé d’entrer dans la vie conjugale et nous avons vu que cela nous fait avancer dans une vie agréable à Dieu ». A ses nombreux détracteurs, le mariage lui ayant valu l’excommunication, il répondra en fustigeant leur morale hypocrite : « Les jeunes filles ne sont pas si chères. Si j’avais voulu, j’aurais pu en avoir  deux ou trois pour une et en changer toutes les semaines. Et je serais resté un grand seigneur, comme certains papistes. Et à Worms, les émissaires du pape m’avaient proposé tout leur soutien dans cette voie, comme de nombreuses personnes dignes de confiance peuvent en témoigner ». On n’en saura pas plus, mais le témoignage est éloquent et nous laisse voir dans quelles turpitudes était tombé le clergé.</p>
<p style="text-align: justify;">Vingt ans plus tard, il chante toujours les louanges de sa chère Elisabeth. Il souligne : «  sa conduite exemplaire, sa respectabilité, sa piété ainsi que son zèle dans le ménage et dans le travail ». Il reconnait à quel point elle l’avait aidé dans son service, le déchargeant « de tout souci ménager et de toutes les affaires pratiques. » Elle avait effectivement pris toutes les dispositions pour lui permettre de courir le monde pour la cause de Dieu. Il semble qu’elle lui ait donné cinq enfants, dont Nathanaël un enfant handicapé, qui lui survivra quand elle fut emportée par la peste en 1541. Six mois plus tard, Bucer épousait une autre femme de pasteur, celle du Bâlois Oecolampade, et de Wolfgang Capiton, le réformateur strasbourgeois. Witbrandis Rosenblatt avait 38 ans. Elle était bâloise, et avait connu le veuvage pour la troisième fois. Quand elle épousa Bucer, elle avait quatre enfants issus de ses mariages précédents. Tous deux eurent une fille prénommée Elisabeth. Witbrandis savait mieux que quiconque ce qu’était le service des premiers réformateurs. Elle avait partagé leur vie. La vie engagée et active de Bucer ne dut pas la surprendre. On aurait presque envie de dire, qu’elle s’y était préparée. Nous sommes peu renseignés sur son mariage avec Martin Bucer sinon qu’elle le rejoignit dans son exil anglais, quatre mois après son arrivée à Cambridge. Une de ses filles, Agnès, l’accompagnait (Joisten, 1998, 111). Après le décès de Martin Bucer, elle retourna à Bâle, où elle mourut le 1er novembre 1564, à l’âge de 60 ans. Sans entrer dans une psychologie au rabais, on ne craindra pas d’affirmer que Bucer trouva dans le mariage un réel équilibre et un soutien essentiel, domestique et logistique, à son activisme spirituel et géographique. Il y trouva l’amour aussi. Pour preuve, cette lettre émouvante écrite à son fils Nathanaël, le 18 avril 1549, avant de s’embarquer à Calais. «  Mon cher fils, si ta mère n’avait pas été si croyante, si zélée et si active, si elle n’avait pas travaillé au-delà de ses forces, toi et moi l’aurions bien ressenti… Je sais ta faiblesse de corps et d’esprit et j’y compatis paternellement. Le Seigneur t’a donné une part de ses grâces, pour que tu puisses apprendre et faire quelque chose, alors tiens les ferme, ces grâces, éveille-les en toi par la prière fervente, par l’écoute et la lecture assidues de la parole de Dieu, par la fréquentation des croyants ; applique toi sans cesse à apprendre le catéchisme et à connaître de plus en plus le sauveur Jésus-Christ, pour trouver en lui la consolation et la joie de tout ce qui t’est nécessaire. Si Dieu m’accorde un lieu pour m’établir et t’avoir auprès de moi, tu verras comme je te reconnais et t’aime comme le seul enfant qui me reste de ma défunte épouse que j’aimais. »</p>
<p style="text-align: justify;">Sauf peut être à la fin de sa vie, durant l’exil anglais, où il se heurta à l’incompréhension de certains de ses pairs et de ses nombreux élèves, faisant preuve d’une impatience inhabituelle, Bucer passa toute sa vie durant pour une personne patiente et diplomatique, à la recherche du consensus en toute chose dans ses relations avec les protestants divisés ou avec les catholiques hostiles voire revanchards, à mesure que le sort des armes devint favorable à l’empereur. Ces qualités furent nécessaires à celui qui consacra sa vie à l’unité  du protestantisme et au dialogue avec les catholiques. En quoi, il se distinguait de Luther et des réformateurs de la première génération, parfois trop pressés d’aboutir en brûlant les étapes. S’il a tant remis l’ouvrage sur le métier, c’est qu’il savait donner du temps au temps : « Il faut tout de même  laisser le monde être encore un peu le monde !  »  avait-il concédé un jour.</p>
<p style="text-align: justify;">Homme de compromis, il s’attira les foudres de Luther qui lui reprocha de faire trop de concessions aux papistes. On connait la célèbre diatribe de Luther contre Bucer : « Bucer, un coquin enjôleur. Plus jamais je ne lui ferai confiance. Il m’a trop souvent trompé. Récemment à la diète de Ratisbonne, il s’est comporté de triste façon, voulant jouer le médiateur entre moi et le pape, sous prétexte qu’il serait tellement triste que tant d’âmes soient perdues à cause d’un ou deux articles de foi ! Il voit les choses de manière trop politique, pensant qu’elles sont tributaires de l’époque, pouvant être changées au gré du temps ». Inutile d’insister sur leur différence de tempérament et de caractère. Même s’ils s’agacent mutuellement, ils furent parfaitement complémentaires, et cette complémentarité qui peut être étendue à d’autres acteurs, à Melanchton notamment, contribua puissamment à bâtir le protestantisme germanique. Ajoutons que malgré les colères de Luther, Bucer lui fut toujours fidèle. Il possédait, malgré les apparences, cette qualité rare de ne jamais renier ceux qui ont compté dans sa vie, qu’il s’agisse de Luther ou d’Erasme, même s’il a choisi très rapidement son camp et de son contemporain Beatus Rhenanus. Il était à son chevet quand ce dernier rendit l’âme. Pour en revenir à Luther, voilà ce qu’il écrivait au lendemain de la mort de Martin Luther survenue à Eisleben le 18 février 1546 « Je sais que beaucoup de personnes haïssent Luther. Et pourtant il est sûr que Dieu l’a beaucoup aimé, et qu’il ne nous a pas donné pour l’évangile d’instrument plus saint et plus efficace que lui. Luther avait des défauts, de grands défauts même. Mais Dieu les a acceptés et pris à son service, lui donnant plus qu’à aucun autre mortel un esprit puissant et une force divine pour annoncer son fils et vaincre l’Antéchrist. Celui que Dieu a pleinement accepté et attiré à lui, celui qui a lutté contre le mal comme personne d’autre, comment moi, pauvre serviteur, misérable pécheur dont le zèle pour la justice est si faible, comment pourrais-je le rejeter et le réprouver pour des défauts qu’il ne faut certes pas louer, mais n’avons-nous pas l’habitude d’exiger l’indulgence pour nos propres défauts qui sont bien plus graves ? »</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne mérite nullement cette réputation d’avoir été un homme tiède sinon peureux, inconstant, double et cajoleur pour reprendre l’expression de Luther. Il a des convictions sur lesquels il n’a jamais transigé. Sa foi notamment. Il a du courage et plus qu’on ne le pense. Quand il a rompu avec son ordre, quand il a suivi Luther, quand il s’est marié, quand il a signé la confession tétrapolitaine, en 1530, pour se distinguer de la confession d’Augsbourg, quand il refusa l’Intérim, quand il s’exila en Angleterre et quand enfin, lui, l’étranger, s’y défendit bec et ongle contre les propos malveillants de collègues jaloux. Et plus globalement dans toutes ses négociations et colloques au service de l’unité des protestants et du rapprochement avec les catholiques. Il aurait été tellement plus facile pour lui de se retirer sur l’Aventin, de se draper dans une dignité susceptible, de rester rivé sur ses positions. Il fallait un cœur solide et des convictions fortes sinon une foi avérée, pour parcourir le vaste espace germanique et mettre la main dans le pétrin.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Qu’est ce que  finalement le Bucérisme</strong></em> ?</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on parler de Bucérisme ? Ce ne fut pas une doctrine mais un comportement. Une manière d’être et de faire, autrement dit d’agir.  Quelles furent ses motivations ? Au centre ou à la source : l’évangile ! En son cœur, la foi au Christ et l’amour du prochain en découlant. Le Christ au centre de tout et l’esprit-saint comme force agissante. « La parole divine lumineuse », contenue dans la Bible a été pour lui l’autorité, la source et le critère de sa foi, comme pour tous les réformateurs de son temps : Dieu a créé le monde et l’a sauvé par le sacrifice de son fils pour que les hommes poussés par l’esprit saint  s’entraident et contribuent à réaliser ou à faire progresser dès maintenant  le Royaume de Dieu sur la terre. Comme l’écrit Jean Rott : « Cette conception déplace l’accent du salut personnel vers le devoir communautaire et débouche sur l’exigence éthique d’un engagement social de l’individu. ». Il fait sienne la double prédestination augustinienne, celle des élus et des réprouvés, mais reconnait à l’homme une certaine liberté de choix, dont témoigne sa conscience. Il admet une double justification par l’élection/adoption et sa conséquence la sanctification du croyant malgré la possibilité d’une rechute. D’où l’importance attribuée aux œuvres bonnes qui sont quasi révélatrices de l’élection .</p>
<p style="text-align: justify;">L’ Eglise ensuite, non figée pour l’éternité mais en évolution et mouvement perpétuel. Il était convaincu qu’il y avait différentes demeures dans la maison du père, autrement dit plusieurs manières tout à fait légitimes de vivre sa foi. Une église multitudiniste, d’un côté, qui offre de multiples possibilités, de l’autre des groupes confessants, acceptant de vivre leur foi de façon engagée et communautaire. Soit des groupes à dimension humaine dans une grande église plutôt anonyme.  Les deux éléments se complètent et ne s’excluent pas. L’une féconde, l’autre préserve des tentations du sectarisme notamment. Le multitudinisme qui fait référence non pas à l’hérésie du XIIe siècle mais au passage biblique des multitudes dont Jésus avait compassion (Matth.15,32) désigne l’attitude et le statut d’une église protestante qui ne serait plus une église d’Etat, mais n’en aurait pas moins pour mission de s’occuper spirituellement de l’ensemble d’une population. Ex. les Landeskirchen allemande .</p>
<p style="text-align: justify;">L’église visible, c’est le chantier où se construit patiemment le royaume. D’où l’importance des ministères d’édification et d’enseignement, d’exhortation et de correction, d’aide fraternelle et de diaconie. D’où aussi la valorisation des sacrements du baptême et de la cène, l’instauration de la confirmation, l’attention portée à la liturgie et au chant. L’église ne se conçoit pas sans catéchèse, ni instruction à tous les niveaux, ni discipline touchant autant la doctrine que les moeurs.  Ni enfin sans le soutien de l’Etat ou des autorités locales qui ne sont pas seulement là pour assurer la sécurité et l’ordre public, mais aussi pour aider à propager l’évangile et hâter par là l’avènement du royaume. Cette conviction forte du rôle  que doivent jouer les pouvoirs politiques explique en partie la présence quasi constante de Bucer dans les lieux politiques où se jouait le destin de l’Eglise, auprès des institutions impériales, princières ou municipales.</p>
<p style="text-align: justify;">L’aiguillon qui porte Bucer est l’unité des chrétiens. Il fut, nous l’avons abondamment illustré par sa présence constante aux colloques et discussions, un intermédiaire entre les deux confessions et à l’intérieur du camp protestant, un artisan de la concorde. Que l’on songe à ses incessants efforts de conciliation sur la question concernant la sainte cène. Comme Luther, il voulait une église renouvelée par l’Evangile de la justification par la seule grâce de Dieu, mais il voulait que l’église fût unie et unique. Beaucoup de membres mais un seul corps. Mais dans la vie, il peut y avoir conflit entre la recherche de la vérité d’un côté, et celle de l’unité de l’autre. Jusqu’à quelles concessions doit-on consentir sans s’éloigner de la vérité ? Cette tension fut permanente chez Bucer, elle est à l’origine de sa réputation de tiédeur, de versatilité quand on n’évoque pas sa duplicité voire lâcheté dans son propre camp.  C’est qu’ il répugne aux alternatives cassantes, entweder, oder, sa voie est médiane, il est un voyageur entre les frontières, un artisan de paix dans l’esprit des béatitudes. Il avait une qualité rare, l’écoute, et d’un autre côté une fermeté qui ne transigeait pas sur l’essentiel. Son compagnon Paul Fagius avait dit de lui : « Satan l’a induit en tentation de multiples manières pour le détourner du droit chemin.  Mais Dieu lui a donné une fermeté exemplaire. »</p>
<p style="text-align: justify;">Bucer fut un théologien du dialogue. Il a voyagé sans cesse entre les différentes tendances confessionnelles dans les différentes régions d’Europe. Vous avez eu un aperçu de la géographie bucerienne. Il a donné quelques impulsions définitives à la Réforme en Allemagne, en Suisse, en Angleterre, mais aussi aux Vaudois d’Italie, aux Frères Moraves de Tchécoslovaquie, aux protestants de Suède. Cet Alsacien était déjà un Européen. Son Europe était celle des régions qui se ressemblent parfois mais jamais ne se confondent. D’où le souci, dans ses projets, de réforme d’éviter l’uniformité comme la simplification réductrice. Les prescriptions destinées à l’église de Hesse, ne sont pas nécessairement  celles qu’il exige ailleurs. Mais pas de provincialisme étroit non plus, il convient de garder une vision large des choses et d’exiger partout un christianisme protestant crédible qui gomme le fossé entre le dire et le faire, entre la  parole et l’action. Une exigence parfois mal comprise notamment dans le domaine de la discipline des mœurs, déjà à l’époque à Strasbourg d’abord, en Angleterre plus tard, hier comme aujourd’hui, à qui l’on reprochait d’être rigide et cassante. Dans l’esprit de Bucer pourtant, cette discipline était une protection, une sécurité devant aider le chrétien à vivre dans la vérité et dans l’unité.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela nous parait parfois bien loin et surtout bien étranger à nos pratiques actuelles. Bucer aurait il échoué ? Du temps de son vivant, il connut, nous l’avons vu, autant d’échecs que de réussites. Son type d’église n’a pas survécu à Strasbourg. Il a rapidement été incorporé par Jean Marbach et Jean Pappus dans le cadre de l’orthodoxie de l’église luthérienne. Sa voie moyenne, son église à mi-chemin entre lutheranisme et zwinglianisme sentait trop le compromis. Il fallait être d’un coté ou de l’autre. Pas de place pour les positions médianes. Pas assez tranchées, pas assez clivantes .Il fallait que les choses fussent claires pour reconnaitre ses brebis. Ce n’était pas là l’attitude de Bucer. Pourtant, un peu plus loin, son élève et ami Jean Calvin reprit maintes de ses idées pour bâtir l’église de Genève, tant dans le domaine doctrinal qu’ecclésiologique. Au point qu’un pasteur contemporain, Jacques Courvoisier a écrit, en 1933 que « Bucer était le créateur génial de l’église réformée et Calvin le génial praticien.»</p>
<p style="text-align: justify;">Que reste-il de Bucer, sinon le modèle et l’exemple d’un artisan de paix, du premier grand homme œcuménique qui souhaitait ardemment « que les chrétiens s’acceptent mutuellement et dans l’amour car toutes les erreurs de moeurs et de jugement viennent du fait que par manque de fraternité l’esprit du Christ ne peut agir »<br />
Theodore de Bèze qui succéda à Calvin avait retenu Bucer dans son ouvrage <em>Les vrais portraits des hommes illustres en piété et doctrine</em> paru à Genève en 1581 :<br />
L’Allemagne se sent , ô Bucer, très heureuse/ De t’avoir donné vie : elle s’en vante aussi/ Tes écrits jusqu’aux bouts de ce grand monde-ci/Portent ton nom, ta gloire &amp; grandeur valeureuse/ Quant au cours de tes ans, l’Allemagne dira/ L’ai chassé malgré moi, ce Bucer que j’aimoye/ l’Angleterre avouera, je l’ay gardé en joye/ Alors que dans mes bras saufs il se retira/ Son corps dans le tombeau, chez moy j’ay veu descendre/ D’où vient donc, Angleterre ( ô forfait inhumain)/ Qu’incontinent tu as de la félonne main/ tiré ce corps de terre et l’as réduit en cendrez ?/ Je m’abuse, Bucer : estant ainsi purgé/ D’ordure, n’es tu pas ores au ciel logé ?<br />
Au ciel logé? N’est-ce pas la destinée promise pour celui qui avait pris pour devise mihi patria coelam/ le ciel est ma patrie. Alors ce Bucer, pas si mal-aimé que cela ? Il gagne par contre encore à être connu surtout à Sélestat sa ville natale.  Qui est au moins autant la sienne que celle de Beatus Rhenanus ?  N<em>ét wà</em>r ?</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, 11 novembre 2015, conférence faite pour la paroisse protestante de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Bibliographie</em> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Encyclopédie du protestantisme</em>, Geneve-Paris, 1995<br />
<em>Lexikon der Reformationszeit</em>, (Klaus Ganzer, Bruno Steimer ), Freiburg, 2002<br />
Hammann(Gottfried), <em>Martin Bucer zwischen Volskirche und Bekenntnisgemeinschaft</em>, Stuttgart, 1989.<br />
Joisten (Harmut ), <em>Martin Bucer, un réformateur européen</em>, Strasbourg, 1991<br />
Greschat (Martin), <em>Ein Reformator und seine Zeit</em>, München, 1990<br />
Rott Jean, Notice Bucer, <em>Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne</em>p.396-405.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/martin-bucer-en-quete-de-reconnaissance/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Laudatio Nicolas Mengus à l&#8217;Académie d&#8217;Alsace (  17 octobre 2015)</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/laudatio-nicolas-mengus-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/laudatio-nicolas-mengus-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2015 08:42:54 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Moyen-Age]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Occupation nazie]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Alsaciens]]></category>
		<category><![CDATA[XXe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>
		<category><![CDATA[Mengus]]></category>
		<category><![CDATA[occupation nazie]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=582</guid>
		<description><![CDATA[Si Nicolas Mengus était un numéro, ce qu’à Dieu ne plaise, il serait pour un temps furtif le numéro 426, soit le nombre de ses écrits depuis 1989 où il dessinait pour l’Inquisiteur qu’éditait alors l’association des étudiants en histoire &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/laudatio-nicolas-mengus-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/laudatio-nicolas-mengus-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/mengus/" rel="attachment wp-att-583"><img class="alignleft size-full wp-image-583" alt="mengus" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/10/mengus.jpg" width="540" height="381" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Si Nicolas Mengus était un numéro, ce qu’à Dieu ne plaise, il serait pour un temps furtif le numéro 426, soit le nombre de ses écrits depuis 1989 où il dessinait pour l’Inquisiteur qu’éditait alors l’association des étudiants en histoire de l’université de Strasbourg. Mais au moment où je rédige ce texte, il aura certainement déjà changé de numéro. Il suffit, semaine après semaine, de le suivre dans l’Ami Hebdo dont il est le collaborateur depuis 2002 et le très fécond journaliste depuis lors, spécialiste reconnu, non seulement des châteaux-forts mais aussi des Malgré-Nous et de toutes les questions relatives à l’incorporation de force et des drames qu’elle entraina.<br />
Ce brillant médiéviste avait soutenu une thèse d’histoire en 1998 sur les sires d’Andlau au Moyen Age et était devenu très tôt un de nos excellents spécialistes  des châteaux forts, publiant dès 1994, entre autres, un article avec Jean-Michel  Rudrauf sur le château d’Andlau  -c’est-dire si ces deux se connaissent ! Qui ne se souvient parmi les historiens du très compétent et efficace secrétaire correcteur de la Fédération des Sociétés d’histoire pour le N.D.B.A  de 1994 à 2002 ? L’Ami hebdo lui confia en 2002 un dossier sur les Malgré-Nous, soit un domaine radicalement différent de celui dans lequel il excellait jusque-là. Le dossier fut excellent, l’Ami hebdo sut le retenir, il y est toujours. Ce journal est devenu, grâce à Nicolas,  incontournable sur cette page douloureuse de notre histoire. Lui-même s’est fait un nom sur le sujet. Nous connaissons le site qu’il anime sur ce thème, son dossier magazine en 2005 intitulé Comprendre … l’incorporation de force (magazine plus cd rom), les ouvrages publiés avec André Hugel, en 2007 et 2008 sur Les incorporés Alsaciens dans la  Waffen SS , et en 2010 ce livre connu de tous : Malgré nous ! Les Alsaciens et les Mosellans dans l’enfer de l’incorporation de force. Ce second pole d’intérêt n’a pas effacé le premier. Nicolas est toujours l’un de nos meilleurs spécialistes des châteaux forts en Alsace. L’Académie d’Alsace ne lui a-t-elle pas remis, ainsi qu’à son alter ego Rudrauf, le prix de la décapole, pour leur ouvrage à deux mains, sur les châteaux forts en Alsace en 2014 ?<br />
Mais bon sang ne sautait mentir, Nicolas est aussi un illustrateur, reprenant ainsi un flambeau familial où les artistes dessinateurs et peintres sont nombreux. Est-ce pour cela que nous l’avons vu collaborer, il y a quelques années, sur le château du Haut Koenigsbourg,  avec l’illustre Jacques Martin, l’équivalent d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs, le père d’Alix et de Lefrang, celui de la Grande Menace, et de l’élégante mais inquiétante figure du mal, Axel Borg, suédois d’origine, surgi un jour de 1952, d’un manoir proche du Haut-Koenigsbourg, que Georges Bischoff et moi-même continuons, depuis des décennies de vénérer avec un zèle constant. Qui veut d’ailleurs saisir l’histoire antique et médiévale trouvera dans le dessin précis et surtout documenté de Jacques Martin un guide précieux et fiable. D’ailleurs, je vois apparaître de plus en plus d’articles signés Nicolas Mengus sur l’antiquité.  Il s’est placé sous de favorables auspices. Cette amplitude large dans laquelle il installe ses recherches, de l’antiquité à nos jours en passant par un vivant Moyen Age, ne pouvait échapper à notre académie. Il était temps qu’il nous rejoignît, bouclant ainsi une boucle, entamée il y a quelques années déjà, en 2000, quand sa thèse, sous la direction de Francis Rapp et de Georges Bischoff, Les sires d’Andlau au Moyen-Age fut publiée par la Société savante d’Alsace et primée par notre belle académie. Cher Nicolas Mengus, vous êtes ici chez vous !</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/laudatio-nicolas-mengus-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Laudatio Jean-Michel Rudrauf à l&#8217;Académie d&#8217;Alsace, 17 octobre 2015</title>
		<link>https://www.histoires-alsace.com/laudatio-jean-michel-rudrauf-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/</link>
		<comments>https://www.histoires-alsace.com/laudatio-jean-michel-rudrauf-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 23 Oct 2015 08:34:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Moyen-Age]]></category>
		<category><![CDATA[Portraits d'Alsaciens]]></category>
		<category><![CDATA[XIXe]]></category>
		<category><![CDATA[alsace]]></category>
		<category><![CDATA[chateaux-forts]]></category>
		<category><![CDATA[gabriel braeuner]]></category>
		<category><![CDATA[histoire d'Alsace]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.histoires-alsace.com/?p=578</guid>
		<description><![CDATA[Ou l’histoire exemplaire d’un enracinement qui fonde une vocation. Enfant de Molsheim, un père ingénieur chez Bugatti et des grands parents, hôteliers à Klingenthal dans un manoir qui fut celui de l’intendant des forges où il passa ses fins de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/laudatio-jean-michel-rudrauf-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/laudatio-jean-michel-rudrauf-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/rudrauf/" rel="attachment wp-att-579"><img class="alignleft size-full wp-image-579" alt="Rudrauf" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/10/Rudrauf.gif" width="400" height="475" /></a><br />
Ou l’histoire exemplaire d’un enracinement qui fonde une vocation. Enfant de Molsheim, un père ingénieur chez Bugatti et des grands parents, hôteliers à Klingenthal dans un manoir qui fut celui de l’intendant des forges où il passa ses fins de semaines et ses vacances. Klingenthal, à coté des châteaux d’Ottrott et d’une multitude d’autres. Le virus a frappé, c’est ici qu’est née sa passion des châteaux. La géographie donc comme premier sésame. Mais le terroir n’est rien s’il n’y avait les passeurs, ceux qui vous donnent envie de continuer, d’approfondir une passion naissante qui aurait pu s’engourdir et ne durer que le temps que durent les roses. Il y eut donc un grand père maternel, instituteur de surcroit, qui assura ce rôle de pédagogue  et lui offrit, alors qu’il avait douze ans, son premier livre sur les châteaux, celui du doyen Robert Redslob, écrit avec Jean Schmitt et Henri Ulrich « Château des Vosges : leur passé, leur état actuel, leur reconstitution par l’image (1960) », soit tout un programme et déjà les éléments d’une méthode. Et ce grand-père possédait le Mündel, du nom de Curt Mündel (1852-1906), écrivain et auteur, entre autres,  d’un guide touristique de référence sur les Vosges, Reisehandbuch für Elsass Lothringen und angrenzende Gebiete, qui connut douze rééditions entre 1888 et 1911.  Les chemins étaient désormais balisés et le jeune Jean-Michel Rudrauf, marri d’avoir dû quitter l’Alsace en 1959 pour suivre Papa, entré chez Renault dans les environs de Versailles, avait le viatique nécessaire pour assouvir sa soif de connaissance et faire découvrir les châteaux régionaux à ses parents.<br />
Un demi-siècle plus tard, après des études à Paris VI-Jussieu et un doctorat en psychosociologie animale délivrée par l’Université Paris V-René Descartes, onze années de coopération au Maroc et en Algérie, une carrière de professeur des Sciences de la vie et de la terre au collège de Marmoutier, où il s’occupa aussi de l’option langue et culture régionale, le passionné des châteaux fort est devenu un de ses meilleurs connaisseurs.  Plus de soixante articles dans les revues spécialisées et grand public, d’innombrables notices sur les châteaux des Vosges du Nord, notamment, dans le Pfälzisches BurgenLexikon et dans Burgen in Mittel Europa, deux ouvrages sur Lichtenberg,  dont le dernier, en 2006, est un beau résumé, rien que par son titre, de la sociologie, géographie et histoire locale : Lichtenberg, un château, un stettl, un village et ses habitants. Je ne reviendrai pas sur cet excellent ouvrage, désormais de référence, qu’est Châteaux forts et fortifications médiévales d’Alsace-Dictionnaire d’histoire et d’architecture, 2013, prix de décapole, l’année dernière, coécrit avec Nicolas Mengus, dont Jean-Marie Nick fit un brillant et vibrant hommage. Mais j’insisterai sur cette démarche rigoureuse et constante, en un mot scientifique qui voit Jean-Michel Rudrauf continuer à arpenter le terrain, relever les plans des châteaux peu connus pour lesquels n’existent pas de tels documents et surtout élargir son champ d’action et donc notre vision, en général étriquée et réduite aux frontières de l’Alsace, à un ensemble plus large qui embrasse le Palatinat et de plus en plus l’ensemble du Bade Wurtemberg. Comparaison étant raison, la bonne connaissance de notre histoire ne saurait faire l’économie d’une telle démarche. Nous nous réjouissons d’accueillir Jean-Michel Rudrauf au sein de notre académie où son expérience, ses pratiques et son ouverture viendront fort utilement renforcer le dialogue déjà fécond entre nos différentes composantes des sciences, des lettres et des arts.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, Laudatio prononcée lors de la séance de l&rsquo;Académie d&rsquo;Alsace à Sélestat le 19 octobre 2015</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>https://www.histoires-alsace.com/laudatio-jean-michel-rudrauf-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
