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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; Révolution</title>
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	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
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		<title>Grandeur et décadence de l’Empire napoléonien Ou Napoléon malgré tout !</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Nov 2015 17:58:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/grandeur-et-decadence-de-lempire-napoleonien-ou-napoleon-malgre-tout/napoleon/" rel="attachment wp-att-588"><img class="alignleft size-full wp-image-588" alt="Napoléon" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/11/Napoléon.jpg" width="306" height="437" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">« Napoléon grandira à la mesure qu’on le connaîtra mieux ». La formule est de Goethe, le plus illustre des écrivains allemands. Probablement le plus allemand aussi. Qui prit conscience de son identité durant ses années strasbourgeoises quand il fréquenta notre université et l’admirable Frédérique, fille du pasteur Brion de Sessenheim.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce même Goethe, dans ses Conversations avec Eckermann évoque à propos de Napoléon, «  La marche d’un demi dieu, de bataille en bataille. On pouvait bien dire de lui qu’il se trouvait dans une illumination perpétuelle : c’est pourquoi sa destinée fut telle que le monde n’en avait vu de pareil avant lui, et peut être jamais n’en reverra après lui. »</p>
<p style="text-align: justify;">Goethe est étranger à la France et à son histoire. Il l’a a peine croisée. Mais il est impressionné par Napoléon. J’ai choisi à dessein  de le citer pour montrer l’emprise que de son temps déjà Napoléon exerce sur ses contemporains fussent-ils étrangers et a priori peu enclins à le célébrer. Voilà le premier empire de Napoléon. Il n’est pas d’abord un dessein, une construction, une épopée, un territoire soit un empire tel que nous le définissons habituellement.</p>
<p style="text-align: justify;">Non, il est autre chose, il est empire au sens premier du terme, celui de l’emprise, de l’ascendant, de l’influence voire de la fascination. « J’ai perdu tout empire sur moi-même» aimait à dire Mme de Staël qui n’aimait pas Napoléon, qui le lui rendait bien. Et pourtant c’est cette même dame, excellente plume comme chacun sait, qui a écrit : « Chaque fois que je l’entendais, j’étais fasciné par sa supériorité. »</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà le chemin qu’il nous faut d’abord emprunter. Revenir aux sources de l’empire qu’a exercé et que continue d’exercer Napoléon.  L’excellent Jean Tulard, qui lui a consacré sa vie, de multiples et érudits ouvrages, quelques dictionnaires non moins savants dont un amoureux, a observé qu’il existe plus d’écrits le concernant que de jours qui se sont écoulés depuis sa mort, le 5 mai 1821. Soit environ 80 000 titres au 31décembre 2014 !</p>
<p style="text-align: justify;">L’homme qui était l’histoire pose un problème majeur à l’historien, appelé à évaluer la part personnelle de l’empereur dans l’histoire générale de son époque. Vieux débat : Quel est le rôle de l’individu dans le déroulement historique, quelle est la part du déterminisme des époques et des structures?</p>
<p style="text-align: justify;">La question se pose encore davantage pour un personnage qui continue d’interpeller et dont la très riche et abondante littérature le concernant a longtemps oscillé entre l’hagiographie la plus servile et le dénigrement le plus stérile. Autrement dit, quand, pour vous présenter le plan de l’exposé nous situerons l’empire dans le temps et dans l’espace, quand nous le symboliserons, le construirons,  puis le déconstruirons, l’évaluerons aux yeux de l’histoire, le projetterons peut être même sur l’avenir, il nous faudra toujours garder un œil sur l’homme, qu’il soit Bonaparte ou Napoléon, ou plus justement les deux à la fois, tant il est vrai que si sous Bonaparte perçait Napoléon, il y avait encore dans la silhouette alourdie de Saint-Hélène… un peu de Bonaparte.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Napoléon n’explique pas à lui tout seul l’Empire, il l’aide puissamment à le comprendre. Le moment venu, nous glisserons donc son portrait dans notre évocation et essayerons de cerner, en évitant de tomber dans de la psychologie de comptoir, la personnalité de l’intéressé. Mais place d’abord au cadre chronologique puis géographique du sujet qui nous occupe : l’Empire napoléonien.</p>
<p style="text-align: justify;">Dix ans à peine…</p>
<p style="text-align: justify;">On s’attend en général que les Empires durent mille ans, ils s’effondrent souvent en un temps plus court. L’Empire de Napoléon n’excède pas la décennie.  Deux dates extrêmes pour le borner : Le couronnement à Notre Dame de Paris, le 2 décembre 1804 ; l’abdication de Napoléon, les 4/6 avril 1814.  En réalité, le Senat a proclamé  Bonaparte empereur des Français  dès le 18 mai 1804. Voilà pour l’amont. En aval, nous connaissons tous le vol de l’aigle, entamé début mars 1815 depuis l’ile d’Elbe et son arrêt brutal, le 18 juin 1815, dans cette morne plaine de Waterloo où l’on attendait Grouchy et ce fut Blücher… mais la cause était entendue depuis longtemps. Le 30 mai 1814 déjà, par le Traité de Paris, l’Empire français  était ramené aux frontières (fragiles) de la France révolutionnaire de1792.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques dates essentielles, prestigieuses la rythment, qui en cachent d’autres moins présentables voire avouables : épopées victorieuses d’un côté, défaites parfois cinglantes et surtout sanglantes de l’autre. C’est avec un soleil radieux que débute l’ héroïque récit : celui d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, victoire qui fait à jamais référence et qui intervient- mais s’en souvient-on en France, au lendemain du désastre de Trafalgar face à la flotte  britannique de Nelson, le 21 octobre de la même année ; Iena et Auerstadt l’année suivante, victoires contre les Prussiens en 1806, année où est créé la confédération du Rhin ; La bataille meurtrière mais victorieuses  d’Eylau, le 8 février 1807 contre les Russes, et le traité de Tilsit avec les mêmes, le 7 juillet ; L’insurrection espagnole de 1808 source de maux durables et la rencontre entre Alexandre III et Napoléon, à Erfurt, le 27septembre, si prometteuse ; Wagram, en  juillet 1809,  où Napoléon l’emporte sur les Autrichiens avant de leur imposer le traité de Schönbrunn et d’épouser Marie–Louise, la fille de l’Empereur d’Autriche, le 2 avril 1810, qui lui donnera enfin un héritier, le roi de Rome, le 20 mars 1811 ; puis c’est la lente descente aux enfers, entamée dès 1812 avec la calamiteuse campagne de Russie, la défaite de Leipzig, « la bataille des nations , soit le début de la fin, les 18 et 19 octobre 1813, le début de la campagne de France, dès janvier 1814, l’entrée des alliés dans la capitale, le 31 mars . La messe est dite, quand le 6 avril 1814 Napoléon abdique, une première fois sans conditions.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pour l’épopée extérieure. A l’intérieur, à chaque date citée correspond (presque) une réalisation exemplaire, qui montre un empire qui se construit, s’établit, et se montre fort actif comme sur le terrain militaire avec, là aussi, des résultats inégaux. Poursuivons encore un peu cet inventaire à la Prévert. L’année du sacre coïncida avec la création d’une régie qui put enfin percevoir les impôts indirects. La création du conseil de prudhommes est bien une création impériale, en 1806, tout comme, en 1807, la publication du code de commerce, l’établissement du cadastre et l’instauration de la cour des comptes. 1808, année féconde, voit l’université, le culte israélite, l’instruction criminelle se mettre en place puis en 1809 la fonction publique  est réorganisée. L’essentiel de la réforme administrative est achevée en 1810, année faste qui voit, outre l’adoption du code pénal, le démarrage de l’école normale supérieure, l’installation des cours d’assises, le dépôt légal des publications,  l’instauration de l’ordre des avocats et du corps des mines.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous serions bien myopes si nous n’intégrions pas maintenant le Consulat qui précéda l’Empire et qui, de 1799 à 1804, tel le baptiste montra la voie mais en l’occurrence le baptiste ne s’effaça pas : Bonaparte était déjà Napoléon. Pas d’empire sans consulat, les deux vont si bien ensemble, consubstantiels en quelques sorte, on ne comprend pas l’un sans saisir l’autre, voyez les titres des dictionnaires et des histoires, ils englobent l’un et l’autre. (Histoire et dictionnaire du Consulat et de l’Empire par Fierro, Palluel-Guillard et Tulard ; Histoire du Consulat  et de l’Empire par Louis Madelin de l’Académie française , tous deux parus dans la collection Bouquins )<br />
.<br />
Déjà, de 1799 à 1804, le consulat se montra boulimique et héroïque. Dès la première année en 1799 est créé le sénat, le conseil d’Etat et l’administration des contributions. 1800 fut particulièrement prolifique avec la création  de la Banque de France, du Trésor public et des archives nationales alors que démarre la réorganisation administrative de la France avec les préfets et les sous-préfets, de même que l’organisation judiciaire. 1801 est l’année du très important concordat qui rétablit la paix religieuse dans le pays organise et contrôle le culte, du régime des retraites des fonctionnaires et de l’ouverture des grands musées dans les douze principales villes de province. 1802 installe un lycée par département, créé la légion d’honneur et les chambres de commerce avant que 1803 ne soit couronnée par la création du franc germinal et 1804 la publication de ce qui reste la marque du consul-empereur, le code civil des français qui devient, en 1807, le code Napoléon.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces années consulaires, courtes mais d’une extraordinaire densité, sont elles aussi marquées par des épopées fondatrices que Bonaparte déjà sut si bien utiliser pour bâtir sa propre gloire : la deuxième campagne d’Italie avec son mythique franchissement du Saint-Bernard (mai 1800) , les victoires sur les Autrichiens  à Montebello, le 9 juin, et le 14, Marengo, qui assura la gloire de Desaix, enfin, la victoire décisive à Hohenlinden, le 3 décembre 1800, qui aboutit, le 9 février 1801, à la paix de Lunéville qui confirme le traité de Campeformio, en 1797, et l’éviction des Autrichiens d’Italie. Dans la même période, intervient l’inutile, désastreuse et pourtant, au final, réussie campagne d’Egypte où l’éclatante victoire des pyramides (21 juillet 1798) ne doit pas faire oublier la catastrophique bataille navale d’Aboukir (1er août 1798), l’échec un an plus tar de Bonaparte devant Saint-Jean d’Acre malgré la victoire au Mont-Thabor au mois d’avril 1799. Funeste et vain conflit, qui sacrifia 1/3 de l’armée d’Egypte, Echec militaire transformé en triomphe culturel qui nous ressuscita une civilisation, nous apporta une description scientifique de l’Egypte, la pierre de Rosette et Champollion. Par ses contradictions, ses erreurs mais ses fulgurances et retournements  aussi, la campagne d’Egypte n’est-elle pas déjà un condensé et une projection de l’histoire napoléonienne ?</p>
<p style="text-align: justify;">1811 !</p>
<p style="text-align: justify;">Dussions-nous ne retenir qu’une date de l’Empire, ce n’est ni le sacre, ni Austerlitz, encore moins Waterloo que je vous proposerai, mais 1811, en sa globalité et non pas seulement  pour la date de naissance du Roi de Rome, le 23 mars. L’Empire alors est à son apogée. Comme le Faust de  Goethe, l’empereur aurait pu dire alors : Verweile doch , du bist so schön. Toute l’Europe, ou presque, est au pied de Napoléon sauf l’irréductible Angleterre qui malgré ou à cause du blocus continental ne plie pas.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Empire est immense, la France-Europe comme aurait dit madame de Staël,  est dilatée. Elle est passée de 83 départements à 130 en 1811. A la France proprement dite, se sont ajoutés la Belgique, depuis la Révolution, le Luxembourg, la Hollande qui vient d’être annexée en 1810, les villes de la Hanse dont Hambourg, la rive gauche du Rhin avec Trêves, Coblence et Mayence. Plus au sud, Genève, Turin et le Piémont, Gênes, la Toscane, Rome après l’arrestation du pape, en 1809, sans oublier les provinces illyriennes (Trieste, la Croatie,  et la Dalmatie) qui disposent d’un statut spécial. Napoléon est aussi roi d’Italie, médiateur de la Confédération helvétique et protecteur de la Confédération du Rhin  qui a remplacé le Saint Empire romain germanique, en 1806, et englobe les Etats allemands de la Saxe à la Bavière  A cette confédération se rattache le duché de Varsovie.</p>
<p style="text-align: justify;">S’agrègent ensuite les pays vassaux. Quand il ne règne pas directement, Napoléon a placé les siens, sa famille, sur quelques trônes européens. Joseph, son frère ainé, est roi d’Espagne, après avoir été roi de Naples. Louis fut roi de Hollande, Jérôme est roi de Westphalie, Lucien ambassadeur à Madrid. Elise sa sœur, Grande Duchesse de Toscane, une autre sœur  Caroline est l’épouse de Murat, roi de Naples. Les Napoélonides sont en place. Bonaparte devenu Napoléon n’a pas oublié les siens. Mais les siens n’ont pas toujours été napoléoniens.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1811, l’Espagne reste certes source de conflit, mais on semble maitriser la situation, on les contrôle les Bourbons qui y règnent. Les autres états coalisés, hier encore, se sont ralliés de gré ou de force. Le Danemark et la Russie sont officiellement les alliés de la France. Tout comme la Prusse et surtout l’Autriche depuis le mariage de Napoléon avec Marie Louise de Habsbourg-Lorraine, fille de l’empereur d’Autriche François II. Excepté l’Angleterre, définitivement rétive et l’empire ottoman, Napoléon  semble disposer de tous les atouts. Il n’a jamais été aussi puissant, l’Empire n’a jamais été aussi étendu. Il était à lui tout seul une partie essentielle de l’Europe. l’Europe était faite, elle était française.  Un an plus tard, en novembre 1812, ce fut la Bérézina !</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi l’Empire ?</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au fait pourquoi l’Empire ?  A tout seigneur, tout honneur, ce ne fut pas d’abord une idée napoléonienne, mais probablement celle des incontournables, agissants et toujours  intrigants Talleyrand et Fouché, l’homme des relations extérieures et celui de la police,  qui ont suggéré au premier consul que le régime, quelque peu malmené par la guerre avec l’Angleterre notamment et le regain d’agitation intérieure, serait plus solide s’il se transformait en empire héréditaire. L’un et l’autre, et notamment le régicide Fouché, avaient tout intérêt à voir instaurer une dynastie concurrente des Bourbons. Ce qui ne pouvait déplaire à Bonaparte qui avait de grandes ambitions et un sens pour le moins développé de la famille. L’Empire, enfin, ce fut, en quelque sorte, une façon détournée de rompre avec la monarchie et de sauver (un peu) la république, donc les acquis de la Révolution : Napoléon n’a-t-il pas a été proclamé, au prix d’une belle contorsion, Empereur des Français et de la République ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’Empire eut ses attributs : un sacre, en présence du pape, devant 200 invités si l’on décrypte le tableau de  David mais sans la présence de madame mère Laetizia Ramolini, un décorum, une opération médiatique où se construit la légende. Une mascarade aussi où aucun des membres présents, hormis le pape, n’est vraiment chrétien : Talleyrand ricane sur le tableau, il est un évêque apostat et Fouché, présent lui aussi, le déchristianisateur de la Nièvre. C’est même une capucinade où, devant le sommet de l’Etat, Napoléon n’omet point de jurer pour maintenir l’intégrité de la République.  Bref, comme dirait Jean Tulard, l’Empire commence comme un péplum.   Est-ce pour cela que l’aigle devint l’emblème de l’Empire ? Sait-on que l’on a longtemps hésité entre l’abeille, le lion, dévoreur du léopard anglais, l’éléphant, le plus fort des animaux, le chêne pacifique, la fleur de lys, « emblème de la France et non des Bourbons  ». Le conseil d’Etat  choisit le coq. Finalement, ce fut l’aigle, grâce probablement à Vivant Denon : aigle à l’antique, peu héraldique, inspirée de l’aigle romaine. A moins qu’il y eut là une réminiscence de l’aigle carolingienne … mille ans plus tôt. Que serait  enfin un empire sans sa cour, qui rappelle avec l’élégance en moins et la goujaterie en plus, la cour monarchique ? On connait le mot cruel de Madame de Staël à son propos : «  ces nouveaux débutants dans la carrière de la politesse ne croyaient pas que l’aisance fût de bon goût. » C’est que ces nouveaux dignitaires sont essentiellement sortis du rang des militaires, souvent grossiers  mais la plupart du temps méritants. L’armée obtint 60% des 3300 titres de noblesse impériale conçue dans l’esprit de Napoléon comme un instrument de promotion sociale, soit une noblesse au mérite, et un trait d’union avec la France de l’Ancien Régime. Ils s’allièrent parfois : « Dans la famille, nous avons des guillotineurs et des guillotinés… » Le mérite, ce fut aussi l’ordre de la légion d’honneur (1802), une corps et une noblesse à elle seule, qui compta 38163  membres  en 1814, petit résumé de la méritocratie napoléonienne où les militaires et les serviteurs des corps de l’Etat surabondent, y compris les membres du clergé,  où manquent les enseignants, les banquiers et les commerçants où les ouvriers et les femmes sont inexistantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Un système  !</p>
<p style="text-align: justify;">Revenons à l’Empire, cet ensemble géographique aussi étendu que divers. Une fois conquis, il fallut l’administrer. Avec une obsession bien napoléonienne, l’ordre, l’autorité et la simplification. Pour l’asseoir, la codification qui structure l’ordre social, le code civil ; pour défendre l’ordre, la justice ; pour le maintenir  la police ; pour l’encadrer, le contrôle de la presse et de l’opinion ; pour le réconcilier, la paix religieuse et le concordat ; pour l’idéaliser, des arts administrés ; pour le pérenniser, l’enseignement ; pour le gérer de l’argent qui rentre ; pour le fructifier un dirigisme économique tempéré.</p>
<p style="text-align: justify;">Impossible, dans le temps imparti, de développer tous ces éléments. Pouvons-nous faire autrement que d’en souligner quelques traits :</p>
<p style="text-align: justify;">-Le socle que constitue le code civil, qui régit la famille de la naissance à la mort,  traduit en acte la triade révolutionnaire : une nation, un état, une loi, et s’exporte à toute l’Europe. Code sans dieu, sociologiquement conservateur où tout est pensé  dans l’intérêt de l’Etat. Pour le compléter, un code de commerce, de procédure civile, d’instruction pénale. Seul, le code rural n’est pas achevé au moment où s’éteint l’Empire.</p>
<p style="text-align: justify;">L’atout que fut la paix religieuse et l’organisation des cultes par le concordat de 1801, les articles organiques de 1802 et les décrets de 1808 qui mettent fin à la crise du catholicisme, organisent l’église de France, reconnaissent les protestants et leur église, la communauté juive et son culte.</p>
<p style="text-align: justify;">le garde-fou de la censure de la presse, que Napoléon contrôle dès qu’il prend le pouvoir. Sur 70 journaux, il en ferme  60. Les survivants sont aux ordres. Les journaux, écrit Mme de Staël répétaient tous la même chose chaque jour sans que jamais il fût permis de la contredire… »Autre instrument sécuritaire, la police, celle de Fouché, à l’origine de la police moderne avec son ministère de la police générale, ses polices parallèles- on se méfiait de lui-, la préfecture de police, des commissaires de police nommés par le ministère aux compétences larges (fixation des prix, approvisionnement) qui les mettent en conflit avec les préfets.</p>
<p style="text-align: justify;">une justice réorganisée et contrôlée. Les grands principes de la Révolution subsistent (arbitrages, justice de paix et jury) mais les juges ne sont plus élus mais nommés. Un tribunal d’instance est créé dans chaque arrondissement. Sont ouverts des tribunaux d’appel, devenus cour d’appels en 1804 et cour impériale en 1810. Elles sont 37 pour le Grand Empire.</p>
<p style="text-align: justify;">-Une centralisation inédite, où tout part de Napoléon, tout remonte à lui. Le préfet devient le pivot de la construction napoléonienne dont la base est le maire.  Les conseils généraux ou municipaux n’ont qu’un rôle effacé. 130 préfets, 40 000 maires, tous nommés, voilà l’ossature de l’Empire. Simplicité, clarté et efficacité sont censés en être les composantes. Nous reviendrons un peu plus loin sur le bilan de cette construction.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette même logique, l’enseignement fut réorganisé. L’Université impériale est fondée par la loi du 10 mai 1806, complétée par le décret du 17 mai 1808. C’est le contrôle intellectuel du pays que recherche Napoléon et une corporation laïque pour la représenter. « Avant tout écrit l’Empereur, je veux une corporation parce qu’une corporation ne ment pas. » Une corporation laïque, une sorte de milice civile, à l’uniforme noir comparable aux jésuites, ces noirs serviteurs de la Rome pontificale. L’ondoyant, le souple et flatteur  Louis Fontanes, marquis de Niort, en est le grand maitre. Il façonnera l’université à sa façon et s’éloignera de l’ambition de Napoléon qui voulait en faire un enseignement militarisé axé sur les choses de la guerre. Lui, préférera un enseignement insipide, fondé sur la morale et la religion, favorisant le retour de l’église catholique dans le système scolaire.</p>
<p style="text-align: justify;">-même échec pour les Lycées (Loi du 1er mai 1802), à raison d’un établissement par ressort de tribunal d’appel. Il y eut 45 lycées, administrés par des proviseurs, à qui sont subordonnés des censeurs des études et un économe. Soit une organisation qui nous est familière, mais la bourgeoisie boude ces établissement spartiates, leur préférant des écoles secondaires privées. En 1813, l’enseignement privé comptait 31 000 élèves  presque autant que les lycées et collèges réunis qui pointaient à 38 000 élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">-La culture enfin nous laissa un style aisément reconnaissable, obsédé par l’antiquité gréco-romaine, sa grandeur et son allure martiale, sans grand confort. Raide et austère, il tend vers la géométrie et à l’exaltation d’une humanité héroïque que la peinture néoclassique et glaciale de David illustre à son tour quand les peintres ne sont pas appelés à multiplier les portraits de l’empereur, le sacre, les principales batailles. Tous furent sollicités pour entretenir le culte : Outre David, Gérard, Ingres, Prud’hon, Girodet… Le théâtre, lieu de contestation possible est fortement encadré et les troupes qui pullulaient sous la révolution réduites et réglementées militairement. Hormis Paris, les grandes villes ont droit à deux troupes permanentes au maximum. Le reste de l’Empire est divisé en 25 arrondissements dont 12 ont droit  deux troupes et 13 à une. Le répertoire de l’opéra reste limité, mais l’empereur est sensible au bel canto et fera venir quelques compositeurs et artistes italiens. Les symphonies de Beethoven sont prisées, le théâtre est affligeant d’enflure mais plait à l’empereur. Quant à la littérature, elle prospère plus par la quantité que par la qualité. A l’honneur, le roman larmoyant, sentimental et sirupeux. Un grand auteur, quand même, et quel auteur : Chateaubriand ! La littérature classique était déjà moribonde à la veille de la Révolution. Le Romantisme nait à peine et se nourrira largement de l’image prométhéenne de Napoléon.</p>
<p style="text-align: justify;">-Paradoxalement, Napoléon répugne à dépenser l’argent du contribuable pour bâtir des monuments à sa gloire. Il préfère les ingénieurs qui bâtissent « utiles » aux architectes. Pourtant, l’arc de triomphe du Carrousel, la Bourse par Brongniart, l’église de la Madeleine par Vignon ne manquent pas de grandeur. Emerge enfin, parmi les personnalités culturelles de premier plan, Vivant Denon, compagnon d’Egypte, directeur du musée central des arts du Louvre, en 1802, qui deviendra le musée Napoléon mais dont rôle s’étend à toutes les commandes officielles, à l’ameublement des palais impériaux, au prélèvement dans les pays conquis des meilleures pièces, tâche dont il s’acquitta avec une sûreté de goût exceptionnelle. Il fut incontestablement le maitre de la vie artistique française entre 1802 et 1814.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant à l’économie, longtemps absente dans les études napoléoniennes, nous dirons que Napoléon et l économie, c’est davantage l’histoire d’une remise en ordre que d’une impulsion. On lui doit une monnaie stable, le franc germinal (1803), une direction générale des contributions directes qui fait rentrer de l’argent, un budget en équilibre dès 1802, un crédit ranimé par la création de la banque de France, une cour des comptes qui vérifie le maniement des deniers publics et le cadastre. L’industrie est stimulée sous l’influence du blocus continental, notamment l’industrie textile, la sidérurgie lourde au service de l’armée, l’industrie chimique sous l’impulsion de Chaptal. Manquent les fructueux échanges maritimes susceptibles d’un développement économique à l’anglaise. Pour Napoléon, parfait héritier des physiocrates, l’agriculture reste la base de toute richesse, « l’atelier principal où tous les autres viennent se pourvoir  ».</p>
<p style="text-align: justify;">De ce point de vue, il reste un homme de l’Ancien Régime qui se méfie des banquiers et de l’argent, notamment du papier monnaie. La propriété foncière lui parle d’avantage. Lui qui par ailleurs, sut promouvoir et distinguer le mérite, en particulier sur le plan militaire, favorise paradoxalement l’apparition d’une classe bourgeoise de notables où la propriété est le seul critère de définition du citoyen qui l’emporte sur la promotion par le travail et le mérite. D’un autre coté, c’est la vente des biens nationaux qui a développé l’agriculture, où les progrès sont lents mais réels (défrichements, jachère remplacées par des plantes fourragères, apparition du maïs, pommes de terres et betteraves à sucre), où «  les haillons de la misère ont presque disparu de notre sol », où le salaire journalier augmente de 30% durant la période impériale.Parallèlement, dans l’industrie, on estime le monde ouvrier à 2 millions sous l’Empire dont 250 000 au sein de l’industrie textile. Il y a ceux qui travaillent dans les manufactures à côté d’un important prolétariat qui œuvre à domicile et chez les petits artisans. Malgré des conditions de travail rudes et un environnement souvent insalubre, les salaires ont doublé par suite de la conscription et du manque de main d’œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré les guerres, la population européenne continue de croître même s’il ne s’agit pas d’une croissance spectaculaire. La France  est la lanterne rouge  des nations européennes en matière de croissance démographique.  Elle compte 28,1millions d’habitants en 1789, elle n’en comptera guère plus que 30 millions en 1815.Les pertes militaires ne sont pas seules en cause mais la révolution des mentalités née de la déchristianisation a eu des effets sensibles. On passe d’un malthusianisme  religieux à un malthusianisme hédoniste où le recours à la contraception et à l&rsquo;avortement n’a pas d’équivalent en Europe. La natalité a baissé en France 75 ans avant les autres nations européennes, à une époque où la mortalité naturelle restait importante.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà pour les caractéristiques essentielles à défaut d’être complètes du système et du  cadre impérial, qui finit par s’effondrer assez rapidement après 1811. Nous en dirons très vite les limites et insisterons sur les causes directes et indirectes de la chute. Mais parlons enfin un peu de l’homme Napoléon, tellement omniprésent dans la construction de l’édifice impérial.</p>
<p style="text-align: justify;">Ebauche d’un portrait</p>
<p style="text-align: justify;">Rares furent les personnages de notre histoire qui furent autant d’être successifs et souvent contradictoires. Chef d’état à 32 ans, après avoir été un fougueux général en Italie et en Egypte qui sait parler à ses troupes et montrer l’exemple, politicien toujours opportuniste, son activisme, la variété de se ses vues et pensées sont le fruit d’une véritable intelligence et d’une expérience sans cesse enrichie. Un talent militaire exceptionnel, tacticien remarquable, s’adaptant aux situations les plus extrêmes avec un rare sang froid, pour qui la rapidité, le mouvement , la surprise et le courage personnel sont les ingrédients qui l’ont longtemps rendu invincible. Une foi forte en son destin qui le fait rarement douter, du moins jusqu’en 1812, un travailleur boulimique, une faculté d’organisation exceptionnelle, une besoin instinctif de mettre en ordre, de s’occuper de tout, des affaires internationales comme du mariage de ses frères et sœurs, qui se passionne pour tout, veut tout savoir, actif perpétuel, jamais assis, toujours en mouvement qui s’ennuie aux banquets, aux concerts et cérémonies, créatif comme Louis XIV, nerveux comme Pierre le Grand, moins solennel que le premier, moins brutal que le second.</p>
<p style="text-align: justify;">Il commande, dispute, interroge mais sait-il communiquer ? Il conçoit une relation pour la dominer, il aime à condition de ne pas perdre l’initiative &#8211; il faillit la perdre avec Joséphine, la seule femme qu’il aima vraiment-, rancunier vis à vis de ceux qui lui résistent, ses frères notamment. Son génie ce fut aussi ce sens inné de la propagande, sa propre mise en scène : un chapeau, une redingote, la main dans un gilet et voilà une silhouette parée pour l’éternité, des proclamations cinglantes pour galvaniser ses troupes, des journaux à sa gloire, des bulletins pour faire l’histoire, une mobilisation permanente des artistes pour des commandes à sa seule gloire et enfin, coup de bluff génial et définitif, ce mémorial qui transforma un pitoyable et pathétique exil à Sainte-Hélène en un chemin de croix annonciateur d’une lumineuse résurrection qui mêle si adroitement légende dorée et réalité que la postérité aura beaucoup de mal à dissocier.</p>
<p style="text-align: justify;">Mégalomane et fragile, mégalo parce que fragile. Politique orgueilleux, parfois insupportable et, en même temps, individu fondamentalement sceptique et simple, suicidaire à 20 ans, dont on n’ignore rien, ni des infortunes conjugales, ni des misères physiques : gale, eczéma, hépatite, constipation, hémorroïde qui l’empêchent de monter à cheval à Moscou et à Waterloo : « Je ne suis qu’un homme » dira-il finalement sobrement de lui. Homme donc, encore que nous avons en mémoire la mystérieuse phrase de Léon Bloy, auteur en 1912, d’un ouvrage rare intitulé, L’âme de Napoléon où il écrit «  Napoléon , c’est la face de Dieu dans les ténèbres…Rien ne manque au supplice de celui dont l’impardonnable crime avait été de dépasser infiniment toutes les têtes humaines et d’avoir accompli les plus grandes choses qui eussent été vues sur terre depuis 19 siècles. » Mais l’échec de l’Empire, son effondrement ont des raisons beaucoup plus prosaïques qui se laissent aisément expliquer.</p>
<p style="text-align: justify;">Chronique d’un effondrement annoncé</p>
<p style="text-align: justify;">L’apogée géographique contenait ses propres limites. Un territoire trop grand pour une centralisation inadaptée. On l’a beaucoup vantée, elle a mal fonctionné. Les transports et communication ne sont pas encore à la hauteur du théâtre d’opération. Le télégraphe est embryonnaire mais on ne peut dépasser les 40 km à pied par jour. La poste aux chevaux met 8 jours pour relier Paris à Toulouse et 5 pour Bordeaux et Lyon. Dans cet Empire perpétuellement en guerre, la vitesse de transmission d’un ordre est celle d’un cheval au galop. Et puisque tout vient à l’empereur, tout part de lui, il ne se passe rien quand il est campagne, or il est souvent en campagne. L’Empire souffre d’un encombrement des affaires, d’un monde de paperasse, d’une bureaucratie parisienne tatillonne stimulée par les légions d’honneur, les titres de noblesse et les nominations au Conseil d’Etat. Les préfets sont à la fois submergés et paralysés. Ce ne sont pas eux qui décident. Les maires sont bénévoles, leur responsabilité écrasante, leurs compétences médiocres quand elles ne sont pas nulles.</p>
<p style="text-align: justify;">L’art de la guerre est entrain de changer, le maitre de guerre perd la main. Ni la campagne d’Espagne(1808-1814), ni la campagne de Russie ne se déroulent selon les schémas habituels des conflits. Guérillas en Espagne, refus du combat en Russie, de quoi désorienter le stratège Napoléon. Ce ne sont plus les grandes manœuvres sur des lieux de rencontre désignés par avance où tout se joue en quelques heures, autrement dit la fameuse bataille décisive, ce sont désormais en Espagne des escarmouches, un incessant harcèlement qui peut durer des années, d’autant plus qu’il est alimenté par les Anglais qui ne lâchent rien. La Russie fut le front de trop. Napoléon est tombé dans le piège d’Alexandre III qui a rompu une alliance à laquelle lui avait cru. Mais quand il s’agit de guerroyer, Napoléon se précipite, c’est plus fort que lui. Il entre en Russie en juin et il est à Moscou, le14 septembre 1812, épuisé. Il a perdu 40 de ses généraux mais battu l’armée du tsar à Borodino. « La fortune m’a ébloui, j’ai été à Moscou, j’ai cru signer la paix . j’y suis resté trop longtemps. J’ai fait une grande faute… dit il à son retour à Paris. Ce retour fut une retraite chèrement payée : il était entré avec 500 000 hommes en Russie, il en revint avec environ 10 000. L’hiver russe, la faim, la pénurie d’eau, les épidémies et la «  grande guerre patriotique »menée par tout un peuple l’avaient terrassé.</p>
<p style="text-align: justify;">La grande guerre patriotique, l’expression ne vaut pas seulement pour la résistance russe, mais peut s’étendre aux rebellions espagnole et allemande, pour ne citer que les plus importantes. C’est qu’on en veut pas de l’Europe napoléonienne, on ne veut pas de cette idéologie révolutionnaire recyclée sous un vernis impérial, on n’est pas nécessairement prêt à entendre des discours où il est question de liberté et d’égalité, de ce modèle qui a sécularisé les biens du clergé que Napoléon n’a pas rendu à ses anciens propriétaires. Quelle faute enfin, si ce n’est un péché, parmi les nations et monarchies catholiques que de se comporter de façon aussi brutale avec le pape qu’il humilie, emprisonne, déplace, comme si le vicaire du christ était sa chose. Quelle hypocrisie pour les mêmes quand il prétend être l’héritier des idées les plus généreuses de la Révolution, alors qu’il ne retient que ce qui l’arrange. Sa construction européenne n’est-elle pas prioritairement une construction égoïstement française, qui ne se conçoit qu’à travers des lorgnettes françaises, qui repose sur la force. Jamais lors des annexions, il n’a utilisé le referendum, outil de légitimité. La France arrogante nie ce droit des peuples à disposer d’eux-mêmes qu’elle avait été la première à proclamer. Le grand Empire, depuis le début, n’est-il pas prioritairement une machine de guerre destiné à contrer les Anglais ? Partout, le sentiment national s’est réveillé. L’organisation d’une domination sans partage aux seuls bénéfices des intérêts français, une mise en coupe des finances et de l’économie des pays conquis, l’échec des royaumes frères où les Napoléonides ont rarement été exemplaires, l’humiliation des conquis, les horreurs de la guerre, l’incorporation militaire -l’armée impériale en Russie est composée d’une vingtaine de nations européennes- avaient conduit à l’exacerbation de la fierté nationale.</p>
<p style="text-align: justify;">La situation économique était devenue délicate. Arroseur arrosé, Napoléon et la France étaient en fin de compte les vraies victimes du blocus continental qu’ils avaient imposé. L’Europe, par leur faute, manquait maintenant de l’essentiel, de sucre, de coton, et même de café. Le blocus, c’est-à-dire cette fermeture hermétique du continent aux marchandises britanniques de Hambourg jusqu’à Lisbonne, avait fini par profiter à ceux qui auraient dû en être les victimes, les Anglais dont l’économie s’était adaptée. Elle avait le monde pour cadre alors que l’Empire français se cantonnait à une partie de l’Europe. Il n’y a avait pas de politique coloniale française. La rigueur du blocus était en outre inégalement partagée. Pour atténuer les plaintes des ports français, Napoléon exempta le territoire français des obligations les plus pénibles du blocus au détriment des Hollandais, Allemands et Italiens. De quoi nourrir quelques ressentiments supplémentaires et définitifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Une Histoire  nuancée</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà les raisons essentielles de l’effondrement de l’Empire. On peut y ajouter l’hybris, cette propension bien napoléonienne à défier les dieux et à s’y brûler les ailes. Le mythe de Prométhée lui va si bien et le Romantisme jusqu’à Malraux en a fait ample moisson. Mais c’est d’histoire dont il est question. Cette historiographie qui a mis quelque temps à passer pour Napoléon de la mythologie à l’histoire. Pour bien parler de l’Empire et de Napoléon , il faut s’en détacher. Elargir le cercle des études, s’intéresser comme le fit François Crouzet, à l’économie britannique et au blocus continental par exemple, ou d’autres encore, à l’économie européenne, à l’émergence des notables, aux questions coloniales et surtout à l’autre Europe, celle qui n’est pas soumise à Napoléon ni au comput chronologique enfermé dans les séquences qui sont autant de clivages soit l’Ancien Régime, la Révolution, le Consulat et l’Empire, cadre ô combien franco-français. D’une histoire des conquêtes napoléoniennes, on est passé à une histoire de leur réception et de leurs répercussions .Bref, on ne se contente plus d’une histoire vue du seul coté de l’Empire français, de son monarque comme de son administration. Si les biographies consacrées à Napoléon ont toujours autant de succès, il est équitable et surtout utile que se multiplient celles d’autres acteurs essentiels de cette épopée : têtes couronnées ,pape, hommes politiques, diplomates, militaires, ministres, préfets, savants et artistes qui ont fait, chacun à leur place, l’histoire de cette période. Ils sont nombreux, parfois talentueux mais nous ont échappé trop longtemps tant Bonaparte puis Napoléon ont su captiver notre regard qui ne voyait plus que lui.</p>
<p style="text-align: justify;">L’histoire napoléonienne semble aujourd’hui avoir atteint une forme de maturité. Les jugements sur Napoléon et son œuvre sont nuancés, étayés et n’omettent pas d’aborder des sujets qui fâchaient naguère : légende noire d’ insensible boucher consommateur de soldats, antisémite, esclavagiste. Non seulement on les aborde, mais on les déconstruit aussi, on les contextualise, on en réduit à juste titre la portée et sans les minimiser, on les ramène à de plus équitables proportions : 900 000 morts à la guerre plutôt que 2 700 000, ce qui est toujours de trop mais insignifiant   par rapport à la boucherie du la Grande Guerre. Une intégration réussie de la communauté juive, en avance dans toute l’Europe, plutôt que ce décret du 17 mars 1808 qui voulut réglementer l’usure et limiter l’entrée des Juifs étrangers en France. Même le débat sur l&rsquo;esclavagisme rétabli en 1802 trouve aujourd’hui une explication circonstanciée économique et temporaire. Il est à l’honneur de l’histoire d’avoir trouvé le juste équilibre entre la célébration hagiographique et la diabolisation idéologique. Quand on met Hitler et Napoléon dans le même sac, on agit malhonnêtement. Le second n’a été ni raciste ni génocidaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Un mythe toujours actuel</p>
<p style="text-align: justify;">Si Napoléon n’appartenait qu’aux historiens, les choses seraient aujourd’hui relativement claires et peut être même apaisées. Mais il n’est pas un sujet d’histoire comme un autre. Il est un mythe, un mythe absolu même. Sa légende s’est imposée et elle est durable. « Les livres qui prétendent le raconter, écrit Léon Bloy qui s’enquit de scruter l’âme de Napoléon, sont innombrables et les documents de toute nature vont à l’infini. En réalité, Napoléon nous est peut être moins connu qu’Alexandre et Sennachérib. Plus on l’étudie, plus on découvre qu’il est l’homme à qui nul ne ressemble, et c’est tout. Voici le gouffre ! »</p>
<p style="text-align: justify;">« Héros et antihéros, encensé ou exécré, Napoléon est un mythe toujours d’actualité » écrit l’historienne Delphine Peras.  Le mythe, on l’a assez dit et répété, est lancé à Sainte-Hélène où se réécrit l’histoire et ou Napoléon peaufine l’image qu’il veut laisser à la postérité. Il ne doute de rien. A-t-il jamais douté ? En tout cas jamais longtemps. Il se présente comme l’héritier de la Révolution, celui qui l’a sauvée et réalisée « Rien ne saurait désormais détruire ou effacer les grands principes de notre Révolution. Ces belles et grandes vérités doivent demeurer à jamais. Voilà le trépied d’où jaillira la lumière du monde. Elle le régiront, elles seront la foi, la religion, la morale de tous les peuples et cette ère mémorable se rattachera, quoiqu’on ait voulu dire, à ma personne, parce qu’après tout, j’ai fait briller le flambeau, consacré les principes et qu’aujourd’hui la persécution achève de m’en rendre le messie.</p>
<p style="text-align: justify;">Si donc, il fut le premier pourvoyeur de sa propre légende, il bénéficia, une fois mort, de bien d’autres complicités pour l’asseoir et la cultiver. Les monarques qui lui succédèrent furent médiocres et leurs rêves ne furent pas des rêves de grandeur. On s’ennuyait ferme dans les monarchies de Louis XVIII, Charles X et même dans celle de Louis Philippe. Ecoutons Musset : « Alors s’assit sur le monde en ruine, une jeunesse soucieuse. Tous ces enfants avaient rêvé pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des pyramides. Ils avaient en tête un monde. Ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins, tout cela était vide et les cloches de leurs paroisses résonnaient seuls dans le lointain » Le romantisme tenait son Prométhée. Il le porta au pinacle. Qui mieux que lui pouvait l’incarner. Personnage de roman, entouré d’une famille encombrante, d’une mère possessive, de jolies femmes, cocu magnifique, au milieu de traitres à la hauteur de la démesure de son personnage, Talleyrand et Fouché, «  le vice appuyé sur le bras du crime ». Né dans une modeste demeure corse, mort dans une île oubliée du monde et battue par les vents après avoir connu le faste des Tuileries, de Schönbrunn, de Potsdam, de l’Escurial et du Kremlin. Quel est l’écrivain, quel est le cinéaste ou scénariste qui n’a rêvé d’un tel scénario et d’un tel casting.</p>
<p style="text-align: justify;">Le romantisme l’exalta, Le Second Empire l’installa, 1870 le prolongea, Barrès en fera le chantre de la revanche alors qu’après l’horrible boucherie de 14-18, sa gloire fut momentanément affectée. Les pacifistes ne l’ont jamais aimé, la droite maurassienne pas davantage , hormis Jacques Bainville pourtant auteur de cet implacable commentaire : « Sauf pour la gloire, sauf pour l’art, il eût probablement  mieux valu qu’il n’eût pas existé» . En France, une partie de la gauche s’en éloigna, une autre plus minoritaire lui resta fidèle. La droite le récupéra, de Louis Madelin à André Castelot et de Malraux à de Gaulle, dernier avatar du Bonapartisme, le ministre faisant dire au général, dans « le Chêne qu’on abat » Il a laissé la France plus petite qu’il ne l’avait trouvée, soit ! Mais une nation ne se définit pas ainsi. Pour la France, il devait exister. C’est un peu comme Versailles, il fallait le faire… ne marchandons pas la grandeur ! » La grandeur, cela parle aux peuples et pas seulement à la France, cela parle aux gens, à n’importe qui d’entre nous. Surtout en des temps moroses. Si la légende se prolonge, si Napoléon a des adeptes dans le monde entier, de Patagonie en Corée dont un habitant vient d’acquérir un des chapeaux de Napoléon pour 1,8 millions d’Euros, c’est que Prométhée continue de nous hanter, que ses échecs le ramènent à son humaine condition. Qu’importe que ces rêves de grandeur aient finalement échoué, il en eut, et il les a partiellement vécus. Alors on a beau chipoter, refuser, en 2004, l’ouverture de la cathédrale de Paris pour célébrer l’anniversaire du sacre, refuser de commémorer officiellement Austerlitz en 2005 tout en envoyant un navire en Angleterre pour commémorer Trafalgar, il continue d’exercer une sorte de fascination qui persiste contre vents et marées.</p>
<p style="text-align: justify;">L’historien le plus critique, le plus nuancé sur son bilan, ne peut s’empêcher, presque secrètement, pudiquement en tous les cas, d’exprimer, ne serait-ce que du bout des lèvres, une sorte d’admiration devant celui qui sobrement mais non modestement a ainsi résumé son oeuvre : « J’ai voulu unir le présent et le passé, les préjugés gothiques et les institutions de notre siècle… je me suis trompé. » Il sait qu’il exagère  un peu, que si la formule est séduisante, elle porte l’estampille de Sainte-Hélène où tout est rebâti, où l’histoire est réécrite. ll  sait très bien que son rêve européen n’est pas tout à fait le nôtre et que l’Europe napoléonienne, la « grande famille européenne», comme il se plaisait à dire,  quand nous nous battons, nous ne faisons que de la guerre civile ( A James Fox, politicien anglais, 1802).» n’est en réalité  que l’instrument d’une puissance et jamais le résultat d’une politique. Mais il ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’acuité de quelques intuitions : Europe politique, Europe économique, Europe culturelle où incontestablement Napoléon a entrevu  quelques « possibles » que l’avenir confirmera peu ou prou. L’historien, en outre, qui est peut être capable d’expliquer et même de déconstruire un mythe  ne peut  être qu’impressionné par la permanence du mythe napoléonien, donnant définitivement raison à Chateaubriand qui écrivait : « Vivant, il a manqué le monde, mort, il le possède. »</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà le mystère de Napoléon. Son empire fut et demeure son emprise. Seul Jésus a fait mieux, osera Tulard dans son dictionnaire amoureux de Napoléon paru chez Plon, en 2012. Dictionnaire amoureux, vous avez bien entendu. On a beau être excellent historien, et en posséder toutes les vertus, l’esprit critique, d’analyse et de synthèse, on n’en demeure pas moins homme !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie sommaire : </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les 80 000 ouvrages et articles parus sur napoléon depuis sa mort voici ceux qui ont servi à la présente conférence</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Dictionnaire Napoléon</em>, sous la direction de Jean Tulard,  tomes,  Paris, Fayard, 1987.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Histoire et dictionnaire du Consultat et de l’Empire</em> par Alfred Fierro, André Palluel-Guillard, Jean Tulard, Laffont « Bouquins», 1995.</p>
<p style="text-align: justify;">Thierry Lentz, <em>Nouvelle histoire du Premier Empire</em>, 4 tomes, Paris Fayard, 2002-2010.</p>
<p style="text-align: justify;">Aurélien Lignerieux, <em>L’Empire des Français</em>, Paris, Seuil, 2012</p>
<p style="text-align: justify;">Jean Tulard,<em> Napoléon chef de guerre</em>, Paris, Tallandier, 2012</p>
<p style="text-align: justify;">Jean Tulard, <em>Dictionnaire amoureux de Napoléon</em>, Paris, Plon, 2012</p>
<p style="text-align: justify;">Jean Tulard, Marie-José Tulard, <em>Napoléon et quarante millions de français.</em> La centralisation et le Premier Empire, Paris, Tallandier, 2014</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Gabriel Braeuner, 2015</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Texte de la conférence présentée pour le 40e anniversaire de l’Université du Temps Libre de Strasbourg, dans le cadre d’un cycle de conférence «Grandeur et décadence  des empires » le 16 février 2015<br />
et au Souvenir napoléonien de Strasbourg, le 4 novembre 2015.</p>
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		<title>Chrétien Frédéric Pfeffel , le diplomate</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jan 2013 18:20:10 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Chrétien Frédéric Pfeffel, était né en 1726 et avait dix ans de plus que Théophile Conrad, le futur poète dont il fut le seul frère, aîné et aimé. Comme son père, Jean Conrad (1682-1738) il fut jurisconsulte et diplomate. Comme &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/chretien-frederic-pfeffel-le-diplomate/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/chretien-frederic-pfeffel-le-diplomate/pfeffel-diplomate/" rel="attachment wp-att-293"><img class="alignleft size-full wp-image-293" alt="Pfeffel diplomate" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/01/Pfeffel-diplomate.jpg" width="220" height="277" /></a>Chrétien Frédéric Pfeffel, était né en 1726 et avait dix ans de plus que Théophile Conrad, le futur poète dont il fut le seul frère, aîné et aimé. Comme son père, Jean Conrad (1682-1738) il fut jurisconsulte et diplomate. Comme son frère, il taquina la plume. Ce juriste se révéla être un excellent historien.<br />
Dans sa jeunesse, alors qu’il faisait des études de droit à l’Université de Strasbourg, il avait secondé son maître Jean Daniel Schoepflin dans la rédaction de l’<em>Alsatia Illustrata</em>. Plus tard, en 1754, alors qu’il avait choisi la carrière diplomatique, il avait achevé un Abrégé chronologique de l’histoire et du droit public en Allemagne. L’ouvrage fit autorité et connut quelques rééditions. Il venait à son heure et avait l’immense mérite de « débrouiller le chaos d’une législation extrêmement compliquée ».<br />
Il contribua dans son domaine à mieux faire connaître l’Allemagne. Tout comme son cadet, il fut un médiateur entre deux cultures et deux systèmes juridiques et politiques. Ce citoyen du royaume de France avait servi le roi et quelques cours étrangères. Un diplomate français pouvait alors servir l’étranger à condition qu’il ne fût pas en guerre contre la France. Il avait pu ainsi entrer au service de la cour de Saxe et, plus tard, du duché de Deux-Ponts. On le retrouvait périodiquement à Versailles, où il avait fini par s’établir en 1772.<br />
Chrétien Frédéric y avait été appelé dès 1768 comme jurisconsulte du roi par Choiseul pour étudier les droits de la France sur Avignon. En 1774, il fut nommé principal commis aux Affaires étrangères. Il multiplia les missions franco-allemandes jusqu’à la chute de la royauté.<br />
On le revit alors auprès du duc de Deux-Ponts qui lui avait octroyé le fief de Weidenthal. Il figura sur la liste des émigrés et perdit ses propriétés en Alsace, à Fortschwihr et à Andolsheim. Retiré à Mannheim, il ne rentra en France qu’en 1801, grâce à son frère et au baron de Gérando, le mari d’Annette de Rathsamhausen, pour reprendre du service auprès de Talleyrand. En 1803, Napoléon lui confia une dernière mission relative au règlement de l’octroi de la navigation rhénane. Il s’en acquitta avec zèle jusqu’à sa mort à Paris, le 21 mars 1807.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GB 2006</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Braeuner (Gabriel), N.D.B.A., p.2982-2983.<br />
Braeuner (Gabriel), <em>Pfeffel l’Européen</em>, Strasbourg, 1994.<br />
Henri-Robert (Jacques), Chrétien Frédéric Pfeffel, Stettmeistre de Colmar, jurisconsulte et diplomate de Louis XV à Napoléon, <em>Annuaire de Colmar</em>, 1978, p. 69-74.</p>
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		<title>Entre le cœur et la raison Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809), poète et pédagogue</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jan 2013 18:01:29 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le 1er mai 1809, mourait à Colmar, Théophile Conrad Pfeffel. Écrivain et pédagogue, médiateur entre la culture française et allemande. Entre les Lumières et l’Aufklärung, un Européen avant la lettre et un personnage plus complexe qu&#8217;il n&#8217;y paraît. Qui se &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/entre-le-coeur-et-la-raison-theophile-conrad-pfeffel-1736-1809-poete-et-pedagogue/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/entre-le-coeur-et-la-raison-theophile-conrad-pfeffel-1736-1809-poete-et-pedagogue/pfeffel-poete/" rel="attachment wp-att-286"><img class="alignleft size-full wp-image-286" alt="Pfeffel Poète" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/01/Pfeffel-Poète.jpg" width="250" height="301" /></a>Le 1er mai 1809, mourait à Colmar, Théophile Conrad Pfeffel. Écrivain et pédagogue, médiateur entre la culture française et allemande. Entre les Lumières et l’Aufklärung, un Européen avant la lettre et un personnage plus complexe qu&rsquo;il n&rsquo;y paraît.</p>
<p style="text-align: justify;">Qui se souvient encore de Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809) aujourd&rsquo;hui? Il fut pourtant considéré comme le plus grand écrivain alsacien du XVIII e siècle. Les mauvaises langues vous diront qu&rsquo;alors la concurrence n&rsquo;était pas rude. On lui donna du « La Fontaine alsacien » parce qu&rsquo;il était un auteur de fables alors qu&rsquo;il fut fort peu influencé par l&rsquo;illustre Jean. On le chercherait vainement dans un dictionnaire de littérature française. Il est vrai qu&rsquo;il fut un auteur de langue allemande quoique citoyen français. On le trouve effectivement dans les encyclopédies et dictionnaires de la littérature allemande&#8230; comme un écrivain de second rang. On daigne lui reconnaître, 0utre-Rhin, qu&rsquo;il fut le premier représentant sinon l&rsquo;inventeur de la fable politique en Allemagne avant la Révolution française. Quelques historiens de feu la République démocratique allemande en firent même un précurseur intellectuel de la Révolution française. C&rsquo;est vrai que dans ses fables, il fit un sort à quelques despotes non éclairés et à autant de moines paillards mais c&rsquo;est insuffisant pour en faire un agitateur politique. On ne le connaît pas en Vieille France et on ne le lit plus guère en Allemagne. Est-ce parce qu&rsquo;il est inconnu en France, et Alsacien, qu&rsquo;on se souvient encore (un peu) de lui en Allemagne? Quelques articles par ci, quelques colloques universitaires par là. A Colmar, heureusement, on le connaît encore même si on le commémore peu. Rien pour le deux centième anniversaire de sa mort! Mais il possède sa statue dans un petit square, à côté de l&rsquo;ancien Palais du Conseil souverain. On trouve une plaque sur sa maison natale, Grand&rsquo;rue, et une autre, sur la maison qui abrita son Ecole militaire, rue Chauffour. La rue qui relie celle qui l&rsquo;a vu naître et celle où il a vécu et enseigné porte son nom, de même qu&rsquo;un collège de la ville, en hommage à son engagement pédagogique. Un restaurant, situé tout à côté du musée d&rsquo;Unterlinden, s&rsquo;est également emparé de son patronyme. Quant au musée, il conserve quelques menus objets lui ayant appartenu dont un buste. Sa tombe est encore visible au cimetière du Ladhof et mériterait un vigoureux rafraîchissement. Quelques personnes vous rappelleront qu&rsquo;il fut aveugle. On trouve parfois, en chinant, de vieux manuels scolaires de l&rsquo;Alsace allemande qui renferment sa fable la plus connue la Tabakspfeife, charmante histoire d&rsquo;une pipe qui passe de mains en mains et qui débutait ainsi : « <em>Gott grüss euch Alter! Schmeckt das Pfeifchen?</em> &#8230; » Ainsi va la gloire de Pfeffel aujourd&rsquo;hui!</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les tréteaux de sa vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« J&rsquo;ai préféré passer en cachette sur les tréteaux de la vie » a-t-il écrit un jour. La formule est heureuse et pas tout à fait fausse. Une extrême simplicité, une très grande linéarité caractérisent, en effet, le scénario de sa vie. Ce qui frappe d&rsquo;abord c&rsquo;est l&rsquo;unité de lieu et d&rsquo;action qui fut la sienne : Colmar! Il y est né, le 28 juin 1736 ; il y meurt, le 1er mai 1809. Une fois ses études universitaires à Halle interrompues à cause de son infirmité oculaire, en 1753, il s&rsquo;installe à Colmar définitivement. Ses voyages ont été rares, ses déplacements furent des déplacements de proximité. Il a fait de Colmar le théâtre de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pfeffel y passe son enfance, dans les jupes d&rsquo;une mère autoritaire, Anne Catherine Weber, veuve depuis 1738 de Jean Conrad Pfeffel (1682-1738), originaire du margraviat de Bade et jurisconsulte du roi de France. Il jouit de l&rsquo;affection d&rsquo;un frère Chrétien Frédéric (1726-1807), de dix ans son aîné, qui fera, à la suite de son père, une brillante carrière de diplomate et d&rsquo;historien. A quatorze ans, le voilà accueilli, pour un an, par le pasteur Nicolas Christian Sander (1722-1794) à Köndringen, non loin d&rsquo;Emmendingen, un ami de la famille qui « lui enseigna l&rsquo;art de penser, et l&rsquo;art de vivre encore plus difficile ».</p>
<p style="text-align: justify;">A 15 ans, la chose n&rsquo;est pas inhabituelle pour l&rsquo;époque, Pfeffel s&rsquo;inscrit à l&rsquo;université de Halle pour y suivre des cours de droit. Son frère le destinait à la carrière diplomatique. Il suit ceux de Christian Wolff (1679-1754), dont les idées philosophiques fondent, entre autres, l&rsquo;Auflklärung allemande. Il se frotte aussi aux écrits du théologien Johann Joachim Spalding (1714-1804) dont il traduit en français un essai consacré à la destination de l&rsquo;homme (<em>Gedanken über die Bestimmung des Menschen</em>). Atteint d&rsquo;une ophtalmie rapide, Pfeffel est obligé d&rsquo;interrompre ses études. Il revient en Alsace, après un court séjour à Dresde et à Leipzig, où il rencontre le fabuliste Christian Gellert (1715-1814).</p>
<p style="text-align: justify;">En 1748, Théophile Conrad devient aveugle à la suite d&rsquo;une opération ratée. Ce qui ne l&rsquo;empêche pas de se marier avec Marguerite Cleophée Divoux (1738-1809), fille d&rsquo;un négociant strasbourgeois, originaire de Colmar. Elle lui donnera treize enfants dont sept survécurent Le couple est installé à Colmar. Pfeffel, dès 1760, y fonde une Société de lecture réservée à des érudits protestants et démarre sa carrière littéraire consacrée à la poésie et à la pédagogie. En 1770, il rencontre brièvement Goethe, fraîchement inscrit à l&rsquo;université de Strasbourg. Le jeune allemand l&rsquo;insupporte. Cette même année, il perd son fils aîné Chrétien-Frédéric, « Christel »âgé de 10 ans, qui serait à l&rsquo;origine de sa vocation pédagogique. Le fait est qu&rsquo;il ouvre son école militaire en 1773, sur laquelle nous reviendrons, et qu&rsquo;il dirigera jusqu&rsquo;à sa fermeture en 1792. C&rsquo;est elle qui lui assure son gagne-pain.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1782, l&rsquo;école devient Académie militaire sans changer d&rsquo;objet. Pfeffel a élargi son réseau de relations. En 1776, il devient membre de la Société helvétique grâce à Isaak Iselin (1728-1782), grande figure de la Société philanthropique de Bâle. Il se lie d&rsquo;une amitié durable, que seule la mort interrompra, avec le fabricant bâlois Jakob Sarasin (1742-1802) et avec Johann Georg Schlosser (1739-1799), beau frère de Goethe, qui réside à Emmendingen où il occupe une fonction d&rsquo;administrateur au service du margrave de Bade. Tous deux auront une grande influence intellectuelle sur Pfeffel.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est resté poète. Ses essais poétiques (Poetische Versuche) sont publiés en 1789 chez Haas à Bâle. Il est resté curieux et ouvert au débat d&rsquo;idées. Il se sent à l&rsquo;étroit dans la Société de lecture exclusivement protestante et crée, en 1785, la Tabagie littéraire, lieu de rencontre convivial des élites intellectuelles et des élites politiques et industrielles par delà les clivages confessionnaux. Belle illustration des Lumières à Colmar !</p>
<p style="text-align: justify;">En 1788, à l&rsquo;initiative de son amie, la femme écrivain Sophie von la Roche, il entreprend un de ses rares voyages à l&rsquo;étranger qui le mène à Karlsruhe, Mannheim, Francfort et Offenbach. Il devient, cette année là, membre de l&rsquo;Académie royale de Prusse des beaux arts et des sciences mécaniques de Berlin.</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution le voit ardent et actif. Il la célèbre avec enthousiasme. L&rsquo;exécution du roi l&rsquo;ébranle et la Terreur le fait définitivement basculer dans le camp des déçus et des opposants. Pfeffel vit très mal cette période. Son école est fermée en 1792, la politique des assignats le ruine. Il survit. Difficilement. Il écrit, écrit jusqu&rsquo;à épuisement, livre une foule d&rsquo;articles à des almanachs et à des revues,dont «<em> Flora</em> », destinée à l&rsquo;éducation des jeunes filles, qu&rsquo;édite Johann Friedrich Cotta à Tübingen. Il demeure pédagogue et participe, en 1796, à l&rsquo;organisation de l&rsquo;Ecole centrale du Haut-Rhin (1796-1803), première école secondaire à vocation technique et scientifique du département. Mais la littérature hier comme aujourd&rsquo;hui ne le fait pas vivre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le préfet Noël le recrute comme secrétaire interprète à la préfecture en 1801. iI peut chichement assurer sa vie. Il a 65 ans et croule sous le travail. Chez Cotta, à Tübingen, paraît en 1802 la quatrième édition de son œuvre poétique, édition définitive qui se poursuivra jusqu&rsquo;en 1810. Le Consulat et l&rsquo;Empire savent l&rsquo;utiliser. Ne devient-il pas, dès 1801, vice-président de la Société d&rsquo;émulation du Haut-Rhin qui vise à faire « communiquer les savants, les littérateurs, les artistes pour l&rsquo;intérêt de la société en général » ? Vaste programme, dans lequel il se lance avec son enthousiasme coutumier. Le Concordat étant intervenu, il faut réorganiser l&rsquo;église luthérienne à la quelle il appartient malgré ses nombreuses critiques à son égard. Le voilà successivement président du Consistoire protestant de Colmar, en 1803, et membre du Directoire chargé de l&rsquo;administration de l&rsquo;église de la Confession d&rsquo;Augsbourg en 1806.</p>
<p style="text-align: justify;">Napoléon lui accorde cette année là une pension annuelle de 1200 francs. La reconnaissance est tardive mais bienvenue. Pfeffel continue de travailler. Insomniaque depuis sa jeunesse, il souffre de plus en plus de rhumatismes. Ses amis disparaissent les uns après les autres. Son frère Chrétien Frédéric, qui veilla toujours sur lui, meurt en 1807. Pfeffel alors sait qu&rsquo;il va bientôt le rejoindre et le rejoint deux ans après, le 1er mai 1809. Quelques mois plus tard, Marguerite Cléophée, son épouse dévouée qui l&rsquo;assista avec sa fille Frédérique, sa préférée, meurt à son tour.</p>
<p style="text-align: justify;">Un an avant sa mort, Pfeffel était devenu membre honoraire de l&rsquo;Académie royale des Sciences de Munich. En 1810, Cotta publiait à Tübingen ses essais en prose (Prosaische Versuche) en 10 volumes. Le 5 juin 1859, la statue de Pfeffel, réalisée par le sculpteur André Friedrich, était érigée devant le musée d&rsquo;Unterlinden.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La gaieté pour compagne</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les statues font rarement les portraits. Les attitudes y sont la plupart du temps convenues et figées. Il en va de même des gravures que nous avons de Pfeffel. Il prend la pose comme pour un portrait officiel.  Il faut chercher ailleurs pour pouvoir dresser son portrait. Il faut se défier des images dernières du brave poète entouré des siens, choyé parce qu&rsquo;infirme, vénéré parce que vieux, sage pour les mêmes raisons, attendant sereinement la mort parce que chrétien.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ses visiteurs avaient de lui une image préconçue. Celle d&rsquo;avant la rencontre. On le savait aveugle, on se préparait ainsi à rencontrer un infirme en se promettant de le ménager et de lui tenir des propos de circonstances. Les universitaires allemands  Wilhelm von Humboldt et Friedrich Nicolaï qui l&rsquo;ont rencontré, comme des centaines d&rsquo;autres, ont rapidement révisé leur jugement. L&rsquo;un le voyait doux, lent et enclin à une certaine sensiblerie et fut frappé par sa brusquerie, sa rapidité, son autorité. L&rsquo;autre le pressentait fragile et inquiet, fermé dans son monde d&rsquo;aveugle, il le découvre fort, curieux et ouvert. Et étonnement comédien, « bluffeur », dirions nous aujourd&rsquo;hui. Ne le prend-il pas par le bras pour lui montrer les Vosges au loin et une multitude de détails comme s&rsquo;il les voyait vraiment?</p>
<p style="text-align: justify;">A l&rsquo;entendre, il reçut  la gaieté au berceau qui « souvent allégea son fardeau ». C&rsquo;est vrai pour l&rsquo;essentiel, ce qui ne l&rsquo;empêcha pas de tomber dans des abattements réguliers où il n&rsquo;aspirait qu&rsquo;à rejoindre la cohorte impressionnante de tous ceux qui l&rsquo;avaient quitté dès son plus jeune âge. Cet optimiste était parfois mélancolique. Ce doux et humble de cœur savait entrer dans de belles colères quand on touchait aux articles de sa foi et de ses convictions les plus intimes. Les représentants du Sturm und Drang, Goethe le premier, essuyèrent souvent ses emportements la plupart du temps épistolaires. La sympathie était sa lubie préférée, sa marotte avait-il écrit un jour. D&rsquo;où des coups de cœur et des enthousiasmes qui se terminèrent parfois  par d&rsquo;amères désillusions : ainsi sa relation à la Révolution française qu&rsquo;il salua avec ferveur et rejeta par la suite avec acrimonie. En parfait représentant des Lumières, il proclama sa foi en la raison et prit souvent allègrement son contre pied en se laissant aller à l&rsquo;épanchement  du cœur qu&rsquo;il avait gros  et généreux. Sa sympathie prolongée et mollement critique pour Cagliostro n&rsquo;est pas le moindre de ses paradoxes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Hofrat Pfeffer »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est en tant que poète que nous le connaissons d&rsquo;abord. Ses essais poétiques – Poetische Versuche- ainsi appelait-il son œuvre versifiée comptent environ 1100 pièces. Elles couvent un champ large allant des épigrammes aux fables en passant par les romances, ballades,  et autres récits en vers. Ce sont les fables surtout qui ont assis sa réputation. Fables politiques, rédigées en langue allemande, lues et diffusées en Allemagne alors que leur auteur vivait et habitait la France. Il y fait preuve d&rsquo;une verve satirique incisive au point qu&rsquo;il hérita du surnom de Hofrat Pfeffer (Conseiller Poivre). Mais les flèches qu&rsquo;il utilisait égratignaient plus qu&rsquo;elles ne blessaient. A l&rsquo;exception notoire cependant  de ses réactions vives lors de la Révolution où un violent rejet succéda à un enthousiasme lyrique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le « La Fontaine alsacien » n&rsquo;avait pourtant rien à voir avec le modèle qu&rsquo;on lui prête à tort. Il ne s&rsquo;en inspira nullement. Il préféra puiser dans d&rsquo;autres sources françaises, notamment du côté de chez Florian, le petit neveu de Voltaire et chez d&rsquo;autres encore comme La Motte, Aubert, Vitalis, Imbert et Dorat. Il ne se contenta pas de les traduire et d&rsquo;en faire des copies serviles. Au contraire, il en fit d&rsquo;authentiques et le plus souvent talentueuses recréations. Les fables ont incontestablement fait sa  gloire littéraire, du moins du temps de son vivant, et probablement plus avant la Révolution, qu’après.</p>
<p style="text-align: justify;">Son œuvre en prose tout aussi abondante est aujourd&rsquo;hui totalement oubliée. Il collabora, entre autres,  à la revue féminine Flora, éditée par Johann Friedrich Cottal à Tübingen qui publiera aussi l&rsquo;œuvre poétique et en prose de Pfeffel. De 1793 à 1801, il en fut un pourvoyeur quasi exclusif. L&rsquo;éducation des jeunes filles le passionnait comme toutes les questions pédagogiques. Il s&rsquo;employa à éduquer leur cœur et leur raison à travers des récits d&rsquo;aventure à forte teneur moralisatrice qui les fit peut-être rêver à défaut de les convaincre. Ces écrits, comme nous le savons, étaient aussi alimentaires : la Révolution l&rsquo;avait mis sur la paille.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Deviens un ami des enfants »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est peu dire que la pédagogie fut la grande affaire de sa vie. Son fils  « Christel », décédé à l&rsquo;âge de 10 ans en 1770, serait à l&rsquo;origine de sa vocation. C&rsquo;est Pfeffel lui-même qui, dans « l&rsquo;Epître à la postérité », en 1800, rapporte cette charmante histoire probablement enjolivée par les soins du poète. Il lui serait apparu en songe en lui demandant de cesser de pleurnicher sur son sort et de devenir «  l&rsquo;ami des enfants ».</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, sa vocation est plus ancienne. Aussi ancienne que son goût pour la poésie. Le pasteur Sander, lors du séjour de Pfeffel à Köndringen, à l’âge de 14 ans, avait  dû semer la bonne graine. La fréquentation du philosophe Christian Wolff à Halle l&rsquo;avait conforté dans cette voie. Dès 1764, son ouvrage l<em>&lsquo;Allgemeinen Bibliothek des Schönen und Guten</em>  (Bibliothèque du beau et du bon) a l&rsquo;éducation pour objet ; de même, la même année, le « Magazin historique pour l&rsquo;esprit et le cœur », publié à Strasbourg, qui est un manuel  pédagogique et un livre de lecture dont les textes puisent dans l&rsquo;héritage littéraire français. Huit ans plus tard, dans ses<em> Dramatische Kinderspiele</em> (Jeux dramatiques pour enfants), il  plonge  dans le répertoire du théâtre pour enseigner les enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela l&rsquo;encouragea à ouvrir, en 1773, une Ecole militaire, qui deviendra Académie militaire  dix ans plus tard. De quoi s&rsquo;agissait-il? D&rsquo;une sorte de petit lycée à l&rsquo;usage de jeunes protestants susceptibles un jour de se destiner à la carrière des armes. L&rsquo;école,  à dire vrai, n&rsquo;avait de militaire que le nom et quelques fantaisies formelles comme les uniformes et l&rsquo;organisation du cursus des élèves. On y entrait à dix ans, on y sortait à quatorze. L&rsquo;établissement était selon la belle définition de son créateur « une maison convenable à tous les états dont l&rsquo;enseignement était fondé sur la raison et le cœur ». Elle accueillit, pendant vingt ans, 300 élèves, dont une majorité de Suisses et d&rsquo;Allemands. On s&rsquo;y nourrissait des principes pédagogiques de l&rsquo;allemand Basedow, qui lui même avait puisé aux sources de Rousseau et de Pestalozzi, soit l&rsquo;excellence pédagogique même. On vint des quatre coins de l&rsquo;Europe pour la voir fonctionner. 2200 visiteurs, issus du monde politique, nobiliaire, universitaire et littéraire –dûment enregistrés dans le Fremdenbuch de Pfeffel- firent ainsi le voyage de Colmar, conférant, du jour au lendemain, à Colmar une réputation intellectuelle qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais eue jusque là.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand l&rsquo;école ferma ses portes, contrainte et forcée par les événements révolutionnaires, Pfeffel, malheureux, n&rsquo;en perdit pas pour autant la main. On le retrouve comme spiritus rector des demoiselles de Berckheim et de leur cousine Annette de Rathsamhausen. Il s&rsquo;implique fortement dans l&rsquo;expérience pédagogique de l&rsquo;Ecole centrale du Haut-Rhin, créée en 1796, première école technique d&rsquo;enseignement secondaire qui visait à diffuser les bienfaits d&rsquo;un enseignement « analytique, expérimental et vraiment scientifique ». Preuve d’une belle ouverture d&rsquo;esprit d&rsquo;un homme qui faisait profession de poète.</p>
<p style="text-align: justify;">Que dire sur la pédagogie de Pfeffel ? Elle repose sur quelques principes simples et la recherche d&rsquo;un perpétuel équilibre entre le cœur et la raison. Pfeffel ne s&rsquo;y montre guère dogmatique. Son enseignement est pragmatique, plein de bon sens et de savoir faire. Il repose sur l&rsquo;amour des enfants. Si la religion et la morale en fournissent le support, l&rsquo;éducation de l&rsquo;honnête homme, plus que des élites, en est l&rsquo;objectif.</p>
<p style="text-align: justify;">Homme de réseau et médiateur</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, tout poète et tout pédagogue est avant tout un intermédiaire. Mais le poète souvent est solitaire et le pédagogue ne vit que par ses élèves. Pfeffel, par contre, disposa d&rsquo;un réseau d&rsquo;amis et de relation tout à fait impressionnant qu&rsquo;il sut avec un rare talent entretenir et fructifier. Ce réseau touchait par extensions successives en France, Allemagne et Suisse, le monde littéraire, le monde politique, les sociétés philosophiques et savantes, le monde protestant et celui de l&rsquo;industrie, le monde de l&rsquo;éducation et celui des ministères, les notabilités bourgeoises et le monde nobiliaire, la finance et&#8230;la poésie. Pfeffel en était le pivot, recevait à Colmar et relançait  par écrit – insomniaque il a dicté des milliers de lettres- ses relations disséminées dans toute l&rsquo;Europe.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a su utiliser avec efficacité toutes les opportunités qui s&rsquo;offraient à lui. Son frère lui a ouvert le monde de la diplomatie et  lui assura une bienveillante neutralité des agents du gouvernement du royaume ; Schlosser, le beau-frère de Goethe, l&rsquo;initia au monde culturel allemand, philosophique et littéraire; Iselin et Sarasin de Bâle l&rsquo;ont introduit  dans la Société helvétique et les cercles philanthropiques ; les demoiselles de Berkheim et Annette de Rathsamhausen, dont il fut le mentor, ont, une fois mariées, fait bénéficier Pfeffel des réseaux de leurs époux respectifs. Ainsi, Le baron de Gérando, mari d&rsquo;Annette,  qui fit une grande carrière dans l&rsquo;administration impériale joua un rôle déterminant dans le retour en France, du frère de Pfeffel, Chrétien Frédéric, en le faisant rayer de la liste des émigrés. Il ne fut pas étranger, non plus, à l&rsquo;octroi, par Napoléon, d&rsquo;une rente annuelle de 1200 francs pour le poète, en 1806.</p>
<p style="text-align: justify;">Si son père et son frère furent diplomates, au service du roi de France, en tant que familiers des questions politiques et juridiques allemandes, Pfeffel reprit en quelque sorte le flambeau en devenant un médiateur zélé entre la culture française et la culture allemande. Il le fut dans son travail de traducteur, de la Géographie de Busching aux <em>Theatralische Belustigungen nach französischen Mustern</em> (Divertissements théâtraux d&rsquo;après des modèles français, 1764-1774)) où il fit connaître le répertoire du théâtre français en Allemagne. Il le fut constamment dans sa réflexion, son inspiration et ses écrits pédagogiques, dans le fonctionnement de son école, dans son œuvre en prose comme dans ses fables, dans les curiosités intellectuelles, les lectures et les exposés de la Société de lecture, dans les préoccupations idéologiques de la Tabagie littéraire, dans le terreau expérimental de l&rsquo;Ecole centrale du Haut-Rhin, dans ses lectures personnelles, dans ses amitiés et sa correspondance. Pfeffel n&rsquo;a cessé d&rsquo;être à la fois « <em>Tür und Brück</em>e », porte et pont, qui permettent  de passer d&rsquo;une culture à l&rsquo;autre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les paradoxes de Pfeffel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Ai-je rempli ma tâche et pris le bon chemin? » s&rsquo;interroge Pfeffel en 1800 dans « l&rsquo;Epître à la postérité ». Singulier texte que cette épître versifiée qui s&rsquo;apparente à une forme de bilan testament au soir d&rsquo;une vie que l&rsquo;auteur estimait toucher à son terme et qui dura encore presque une décennie. On apprend à mieux le cerner encore. En quelques 280 lignes, il nous apparaît tel que son œuvre et ses engagements le révèlent : fort de quelques certitudes et remplis d&rsquo;autant de doutes. Tantôt enthousiaste, tantôt abattu et définitivement perplexe sur la Révolution français  quand  il tente de  justifier, et peut-être de se convaincre lui-même, son attitude si enthousiaste au début et si critique par la suite. S&rsquo;y exprime aussi sa foi religieuse, élément pérenne et constitutif de sa personnalité dont nous ne pouvons faire l&rsquo;économie si nous voulons dresser un portrait fidèle du poète et pédagogue colmarien.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa foi résume selon la définition qu&rsquo;il en donna, dans un traité rédigé en 1779, à « Dieu, la vertu et l&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme ». Il avait horreur des églises officielles et se méfiait autant de Wittenberg que de Rome et de Genève. Il n&rsquo;en épousa pas pour autant quelques tendances du siècle et ne devint ni déiste encore moins athée. Son christianisme allait à l&rsquo;essentiel. Il avait foi dans l&rsquo;authenticité et la vérité des évangiles  et trouvait  dans le Christ le modèle parfait de la morale et de la vertu qu&rsquo;il ne cessait de revendiquer et d&rsquo;enseigner. La religion pour lui était simple : « Pas de dogmes, pas de mystère, les vertus seules constitueront le poids que Dieu mettra dans  la balance de sa justice divine et cette pensée noble place ma religion -écrit-il- au dessus du doute et des ruminations théologiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pfeffel ne transigea jamais sur les articles de sa foi. Pour le reste, il était bien un représentant de son époque cultivant quelques beaux paradoxes. N&rsquo;avait-il pas été un écrivain français de langue allemande ? Un rationaliste tenté par Cagliostro ? Le chantre de la liberté qui se fit traiter d&rsquo;aristocrate des 1790 ? Le pourfendeur de privilèges qui accueillit avec révérence la pension que lui octroya Napoléon ? Un homme de caractère et de passion dont on fit un doux poète aveugle ? Le directeur d&rsquo;une mâle école militaire qui avait un lectorat surtout féminin ? Un homme discret qui draina à Colmar des milliers de visiteurs? L&rsquo;homme des Lumières qui rendit l&rsquo;Aufklärung responsable de la dépravation morale et rejeta  Kant, le Sturm und Drang et Goethe? Un homme qui fuyait les honneurs  et un notable qui, sous l&rsquo;Empire, fut à la fois vice président de la Société d&rsquo;émulation du Haut-Rhin à la demande du préfet qui l&rsquo;employait par ailleurs comme secrétaire interprète, président du Consistoire protestant de Colmar et membre du Directoire chargé de l&rsquo;administration de l&rsquo;Eglise de la Confession d&rsquo;Augsbourg, et enfin le très respecté et distingué membre honoraire de l&rsquo;Académie royale des sciences à Munich, peu de temps avant sa disparition ? Il illustrait, en outre, un paradoxe bien alsacien : méconnu sur le plan intellectuel en France, il avait trouvé en Allemagne son lieu et son mode d&rsquo;expression ; étranger à la réalité politique de l&rsquo;Allemagne, il avait trouvé en France le lieu de sa réflexion et de son action publique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GB  2009</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, <em>Pfeffel l&rsquo;Européen,  Esprit français et culture allemande en Alsace au siècle des Lumières,</em> Strasbourg, Nuée bleue, 1996.</p>
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