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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; VIIe-XVIe</title>
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		<title>Wimpfeling, l&#8217;humaniste pédagogue</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2020 09:29:13 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[ Le Sélestadien Jacques Wimpfeling (1450-1528) figure au panthéon des humanistes alsaciens à côté de Geiler de Kaysersberg, Sébastien Brant et Beatus Rhenanus. Excellent pédagogue, au tempérament querelleur, il résume assez bien la grandeur et les limites de l’humanisme alsacien de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/wimpfeling-lhumaniste-pedagogue/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i> </i></b><em style="text-align: justify;">Le Sélestadien Jacques Wimpfeling (1450-1528) figure au panthéon des humanistes alsaciens à côté de Geiler de Kaysersberg, Sébastien Brant et Beatus Rhenanus. Excellent pédagogue, au tempérament querelleur, il résume assez bien la grandeur et les limites de l’humanisme alsacien de la première génération : celle des Frühumanisten.  Des intuitifs qui ont souvent vu juste sans aller au bout de leurs idées. Avec, pour Wimpfeling, une tendance prononcée pour l’aigreur et l’échec.</em></p>
<p style="text-align: justify;"> Il fut un de nos grands humanistes. De la génération des pionniers, celle de Geiler de Kaysersberg <a href="http://www.histoires-alsace.com/wimpfeling-lhumaniste-pedagogue/images-6/" rel="attachment wp-att-808"><img class="alignleft size-full wp-image-808" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/05/images.jpg" width="199" height="253" /></a>de Sébastien Brant. Sélestadien comme son cadet Beatus Rhenanus. Né dans notre ville en 1450, il y décède, à l’âge de 78 ans, en 1528. Il avait été l’élève de Louis Dringenberg à l’Ecole latine avant de faire ses études universitaires à Fribourg-en-Brisgau, puis à Erfurt, et enfin à Heidelberg où il obtint le titre de maître ès arts en 1471. Wimpfeling y fit une belle carrière. Enseignant la littérature latine, il devint successivement doyen de la faculté des arts, recteur et vice-chancelier de l’université, en 1482, tout en poursuivant des études de théologie (il avait été ordonné prêtre) couronnées par une licence en 1484. Celle-ci lui ouvrit la voie de prédicateur à la cathédrale de Spire, à l’appel de l’évêque. N’eut-il pas l’honneur, dans cette nouvelle fonction, de guider l’empereur Maximilien lors de sa visite du sanctuaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’enseignement était cependant sa vocation. Il revint à la faculté des arts de Heidelberg en 1498, où il expliqua s. Jérôme et Prudence, avant de s’installer à Strasbourg en 1501. Il y retrouva Geiler de Kayserberg, le très persuasif prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, et le prévôt de l’église Saint-Thomas, Christophe d’Utenheim. Tous les trois rêvaient de changer de vie en fondant une communauté érémitique en Forêt-Noire. L’affaire capota. Christophe d’Utenheim devint évêque de Bâle en décembre 1502. C’en était fini de leur rêve de solitude à trois. Wimpfeling, à la demande de son ami Geiler et de Sébastien Brant, resta finalement à Strasbourg. Il logea chez dans le couvent des Guillelmites (dont il reste l’église Saint-Guillaume) et s’adonna à un travail intellectuel et pédagogique soutenu. Ce fut une période féconde de sa vie. Il y prépara son <i>Catalogue des évêques de Strasbourg </i>qui fut publié en 1508, continua de publier ses ouvrages pédagogiques, s’occupa, entre autres, de l’éducation du jeune Jacques Sturm, futur stettmeister (premier magistrat de religion réformée de Strasbourg, multiplia les querelles littéraires et historiques notamment avec le franciscain Thomas Murner, et créa, en 1508/1510, la Société littéraire de Strasbourg où l’on retrouve les élites humanistes locales. Il y accueillit Érasme en 1514.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce grand théoricien de la pédagogie s’était vu décerner le titre de <i>Praeceptor Germaniae</i> (« Précepteur de l’Allemagne »)<i>. </i>Les questions relatives à l’éducation le passionnaient. L’<i>Isidoneus germanicus (Introduction pour la jeunesse allemande</i>),en1497, un traité de grammaire latine, l’avait révélé ; <i>l’Adolescentia</i> (<i>La Jeunesse</i>)<i>,</i> une compilation des règles de conduite, avait confirmé son orientation ; le <i>De Integritate </i>(<i>Sur L’Intégrité </i>[<i>de la vie religieuse</i>]), en 1505, un guide moral pour les jeunes prêtres, illustrait son désir de réformer l’Église, en crise, par une meilleure formation du clergé, alors que sa <i>Diatriba de proba puerorum institutione </i>(<i>Discussion sur la bonne éducation à donner aux enfants</i>…) en 1514 constituait un recueil de conseils pour les enseignants. Dans son esprit, seule l’éducation pouvait sauver l’Église et la société de l’effondrement. On pouvait recourir aux auteurs de l’Antiquité à condition qu’ils fussent moralement irréprochables. Il préférait la lecture des Pères de l’Église ou celle des humanistes chrétiens contemporains, tel l’Italien Baptiste de Mantoue. Wimpfeling avait également conçu l’idée d’un Gymnase/gymnase, préparatoire aux études universitaires, qui se déroulaient alors à Bâle, Fribourg, Heidelberg, Mayence et Cologne. En vain. L’idée fut reprise, en 1538, avec la création du Gymnase de Strasbourg par Jean Sturm. L’histoire fut l’autre grande affaire de sa vie. Hormis sa <i>Germania</i> (1501) qui tient davantage du pamphlet, son <i>Epitome rerum germanicarum</i> (<i>Abrégé de l’histoire de l’Allemagne</i>, en 1505) est un des premiers essais de synthèse de l’histoire de l’Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Malade, il s’était retiré dans sa ville natale, auprès de sa sœur Madeleine, à partir de 1515. Il y fonda la Société littéraire locale. Hostile à la Réforme qui progressa rapidement en Alsace après 1518, séduisant nombre de ses amis et anciens élèves strasbourgeois, il resta fidèle à l’Église romaine et fut enterré, en 1528, dans l’église Saint-Georges, où il avait été baptisé.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Les emportements de Wimpfeling</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Wimpfeling avait-il du caractère ? Un mauvais caractère probablement. Prompt à la colère, ses indignations étaient nombreuses. Elles l’emportaient parfois loin, trop loin. Quelques-unes de ses querelles sont restées célèbres. Celle avec le franciscain natif d’Obernai, Thomas Murner, autre caractère mal embouché, par exemple. Le point de départ en fut la <i>Germania,</i> publiée en 1501, où, à travers un pamphlet de circonstance, Wimpfeling demande à ses compatriotes de faire preuve de plus de patriotisme à l’égard du Saint-Empire auquel ils appartiennent. Très<i> nationalbewusst</i>, comme d’autres humanistes allemands, il soutient, entre autres, que les Allemands avaient toujours occupé la rive gauche du Rhin, que les prétentions françaises sur cette zone étaient sans fondement et que, par conséquent, Charlemagne ne pouvait être qu’Allemand. Thomas Murner le cueillit, un an après, dans la <i>Germania Nova</i> (<i>Nouvelle</i> <i>Germanie</i>), en prétendant exactement le contraire. Nous sommes au début du XVI<sup>e</sup> siècle, le différend au sujet des frontières entre la Gaule et la Germanie était lancé. Ils avaient beau être prêtres tous les deux, l’échange fut rude, peu charitable et d’une rare</p>
<p style="text-align: justify;">On connaît moins sa diatribe contre Jacques Locher, enseignant à l’Université d’Ingolstadt, qui avait traduit en latin le <i>Narrenschiff </i>(<i>Nef des fous</i>) à la demande de son auteur, Sébastien Brant. Poète brillant, surnommé Philomusus, « Ami des Muses », ses cours sur la poésie et la rhétorique attiraient une foule d’étudiants. Il avait suscité la jalousie d’un confrère, plus âgé, professeur de théologie, Georges Zingel, qui attaqua son jeune collègue en traitant ses Muses de mules stériles, lui reprochant de « de faire l’apologie de la poésie antique dépravée et contraire à la religion chrétienne ». Locher répliqua, s’en prit à la théologie scolastique enseignée par son aîné, qui ne « donnait que les excréments pieusement recueillis par les théologastres ». En 1510, Wimpfeling (tout comme Brant) prit fait et cause pour Zingel et démontra, avec sa fougue habituelle, que la poésie, bonne pour les enfants dans leur apprentissage du latin, était féminine, alors que la prose, seule, était virile, capable de révéler la vérité chrétienne. En fait, la querelle opposait les théologiens conservateurs aux humanistes, lecteurs des œuvres païennes de l’Antiquité.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1505 déjà, lors d’un séjour auprès de son ami Christophe d’Utenheim devenu évêque de Bâle, Wimpfeling n’avait rien trouvé de mieux que d’exhorter les Bâlois à dénoncer l’alliance conclue en 1501 avec la Confédération helvétique. Le Conseil de la ville entama une procédure à son encontre. Il s’enfuit piteusement et regagna Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Reflet de son temps</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Wimpfeling est un personnage passionnant à défaut d’être attachant. Il n’a ni la maîtrise ni le brillant de Beatus Rhenanus dont il est l’aîné. Il n’en a pas l’aisance matérielle non plus. Il passa l’essentiel de sa vie … à tirer le diable par la queue. Il vécut cependant assez longtemps pour être le parfait témoin d’une période qui connut l’avènement et la réussite de l’humanisme et son effacement devant la Réforme. Ce grand aigri, nerveusement fragile, était un homme honnête et probe. Parfait représentant de son siècle, en réalité à cheval sur deux siècles. Homme du Moyen Age et du début de la Renaissance. Homme davantage ou essentiellement du Moyen Age par ses idées. Pourfendeur violent des abus de l’Église et malgré tout fidèle à l’institution. Visionnaire fréquemment, déçu toujours. Contrarié le plus souvent. Profondément conscient qu’il fallait réformer l’Église, les prêtres comme les ouailles, mais incapable de suivre ni même de concevoir une réforme radicale comme celle qui advint. Confiant dans les vertus de l’éducation, chagriné cependant de ne pas voir ses idées appliquées. Jean Sturm reprit une partie de ses idées en créant le Gymnase en 1538 dans Strasbourg passée à la Réforme. Aurait-il apprécié ? Il avait formé son homonyme Jacques Sturm, remarquable politique, excellent diplomate, humaniste cultivé et protestant ardent. Il en fut marri. Il avait eu la tentation de se retirer dans le désert, en l’occurrence dans la solitude de la Forêt-Noire pour vivre en ermite, il resta à Strasbourg où il s’abîma dans le travail et s’épuisa dans quelques querelles stériles. Cet humaniste se méfiait des auteurs anciens parce que païens. A trop les fréquenter, on risquait d’y perdre son âme de chrétien, à défaut de son latin. Obsédé, comme beaucoup de ses contemporains, par le péché et la formule <i>Noli peccare, deus videt</i> (« Ne pêche pas, Dieu te regarde »), il partagea les préjugés et les rejets de son temps. Son anti- judaïsme fut violent. En 1501, dans la <i>Germania</i>, faisant l’Éloge de Strasbourg, il cite sur le même plan : « Des bibliothèques, de doctes savants, des écoles de frères mendiants, des architectes, l’expulsion des juifs, de magnifiques maisons, de belles rues et places. » Ou l’art de faire du renvoi des juifs un monument parmi d’autres… Il a aussi raté sa sortie. Son épitaphe à l’église Saint-Georges, où il fut enterré, fut emportée par la Révolution. Il s’est, dans sa ville natale, effacé devant Beatus Rhenanus qui a raflé la mise. Connu des érudits, il a disparu de la mémoire des gens. Je l’imagine, là où il est, râler encore.</p>
<p><b><i> </i></b></p>
<p><b><i>Pour en savoir plus :</i></b></p>
<p>Hubert Meyer, « Jacob Wimpfeling », dans <i>Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne</i>.</p>
<p>Francis Rapp, <i>Réformes et Réformation à Strasbourg. Eglise et Société dans le diocèse de Strasbourg (1450-1525)</i>, Strasbourg, 1974.</p>
<p>Gabriel Braeuner, <i>Au cœur de l’Europe Humaniste, Le génie fécond de Sélestat</i>, Editions du Tourneciel, 2018.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Gabriel Braeuner,</strong> DNA 17 mai 2020, Ces femmes et ces hommes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat( 13/24)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Sainte Odile et Sélestat</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Apr 2020 09:49:39 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La sainte la plus vénérée d’Alsace est particulièrement présente à Sélestat. Elle apparaît sur les vitraux de deux de nos églises, Sainte -Foy et Saint-Georges. Une statue en pleine ville de même que le nom d’une rue lui sont consacrés. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La sainte la plus vénérée d’Alsace est particulièrement présente à Sélestat. Elle apparaît sur les vitraux de deux de nos églises, Sainte -Foy et Saint-Georges. Une statue en pleine ville de même que le nom d’une rue lui sont consacrés. Sa vie comme sa légende s’inscrivent dans les balbutiements de l’histoire de notre province. Elle qui vécut au temps lointain des mérovingiens, n’a rien perdu de sa popularité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Sainte Odile , patronne de l’Alsace </i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> <a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/download-6/" rel="attachment wp-att-798"><img class="alignleft size-full wp-image-798" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download3.jpg" width="180" height="280" /></a>Elle notre sainte la plus connue. Canonisée par Léon IX, notre seul pape alsacien, qui occupa le trône pontifical de 1048 à 1054. Qui ne connaît Odile en Alsace dont elle est devenue la sainte patronne depuis … 1946 ! Présente depuis longtemps et particulièrement persévérante. En réalité, on sait très peu de choses sur sa vie. La légende ou les histoires arrangées la concernant sont plus importantes que sa biographie. Notre Alsacienne à vécu à l’époque mérovingienne. Elle est la fille du duc Etichon ou Adalric qui gouverna l’Alsace. Née vers 660, elle mourut en 720. Elle fut l’abbesse du couvent de Hohenburg que son père avait fondé. Le reste n’est que littérature ou récit hagiographique. D’ailleurs, sa vie ne fut écrite que 200 ans après sa mort. On eut le temps de l’embellir. Nous avons tous entendu parler de la noire colère de son père qui attendait de son épouse Bereswinde, un héritier mâle, quand Odile vint au monde. Quand il apprit, en outre qu’elle était aveugle, il se sentit humilié et chercha à la tuer. Sa mère réussit à préserver sa vie en l’éloignant. Elle fut élevée au monastère de Palme qu’on identifie parfois avec Baume-les-Dames. Elle recouvra la vue : Odile ne signifie-t-il pas «  fille de la lumière »? Elle finit par se réconcilier avec son père qu’il lui confia son château transformé en monastère. Mais la Hohenburg était difficilement accessible aux fidèles et pèlerins. L’abbesse Odile fit construire un second établissement un peu plus loin, le monastère d’en bas, appelé « Niedermünster.»</p>
<p style="text-align: justify;"> Difficile de démêler l’écheveau de la légende de celle de l’histoire. Mais le fait est que sa mémoire fut préservée. Le Mont-Saint-Odile est connu bien au delà nos frontières. C’est un peu notre montagne sacrée, un lieu ou souffle l’esprit. Toutes les aspirations politiques, culturelles et religieuse de la province se sont focalisées sur lui. Avant Odile, le mur païen déjà. Depuis Odile, des communautés de moniales attentives à l’accueil des pèlerins et des déshérités. Aujourd’hui encore, on s’y relaie pour la <i>laus perennis</i>, cette prière qui jamais ne cesse. Pendant la première guerre mondiale, on publia même un texte latin apocryphe connu sous le nom de <i>La prophétie de sainte Odile</i>. On le réemploya durant la seconde guerre. Il avait le bon goût d’annoncer, à chaque fois, la chute de la belliqueuse Allemagne. Odile avait toujours protégé l’Alsace. Et en parfait petit soldat, elle servit encore.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Sainte Odile à Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/images-5/" rel="attachment wp-att-799"><img class="alignleft size-full wp-image-799" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/images2.jpg" width="194" height="259" /></a> Odile n’a pas de lien étroit avec notre ville. Elle n’en est pas moins présente. Il est vrai qu’en tant que sainte patronne de l’Alsace pour les catholiques, Sélestat fait également  partie… de son diocèse. Une rue importante, une des plus longues de la ville, lui est consacrée depuis les années trente. Un axe nord-sud qui longe  approximativement la ligne du chemin de fer.</p>
<p style="text-align: justify;"> Vous l’avez tous vu,  au moins une fois, sur la place du Marché Vert à l’angle d’un édifice commercial. Elle semble veiller sur nous sans que nous la voyons immédiatement. Nous avons oublié de lever les yeux. Elle porte les siens sur un livre ouvert.C’est comme cela que nous la reconnaissons. C’est sa marque identitaire, son attribut de sainteté. Née aveugle, elle  a retrouvé la foi par le baptême.</p>
<p style="text-align: justify;"> C’est avec les mêmes attributs qu’elle figure sur le vitrail du croisillon nord de l’église Sainte Foy. Elle se trouve à côté de saint Léon IX, celui la même qui la canonisa dans son court pontificat. Léon, en réalité Bruno d’Eguisheim qui avait été évêque de Toul et qui fut  l’oncle de Hildegard de Buren, avait vécu au XIe siècle. Odile, trois siècles plutôt. Entre les lieux une belle filiation qui narre les balbutiements de l’histoire de l’église d’Alsace. Qu’ils soient réunis tous deux dans une église à Sélestat est naturel</p>
<p style="text-align: justify;"> Nous présentons  par ailleurs  le beau vitrail contemporain dédié à la vie de sainte Odile  dans le choeur de l’église Saint-Georges.  Sait-on  qu’on la retrouve enfin, indirectement, à travers la mention en latin  de ses parents, Adalric et Bereswinde, sur le portail officiel, rue du Sel, de l’hôtel d’Ebersmünster.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Le vitrail d&rsquo;Odile </strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/img_7444/" rel="attachment wp-att-800"><img class="alignleft size-full wp-image-800" alt="IMG_7444" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG_7444.jpeg" width="322" height="640" /></a> Dans le vaste choeur de l’église Saint-Georges, Odile a trouvé sa place. Tout un vitrail lui est consacré. Elle se retrouve en bonne compagnie, à coté de Notre Dame, à qui le sanctuaire autrefois fut consacré, sainte Catherine, saint Georges et saint Michel, sainte Hélène et sainte Agnès. Elle n’y figurait pas au Moyen-Age et n’est pas recensée parmi les vitraux du XVe siècle aujourd’hui conservés ( 55 panneaux sur 288). Elle est arrivée plus récemment, en même temps que Michel et Georges. Elle fait partie des petits derniers. Elle n’est cependant pas la moindre. Son géniteur, si l’on peut dire, est le grand maître-verrier Max Ingrand (1908-1969) qui restaura, après-guerre, les vitraux de la fin du Moyen Age, et remplaça les panneaux manquants par des nouveaux qui ne déparèrent pas. Au contraire, le miracle des vitraux du chœur de l’église Saint-Georges réside dans la complémentarité et l’harmonie des verrières historiques et des contemporaines. Du grand art pour tous les spécialistes. A première vue d’ailleurs, avant que le regard ne s’habitue, on a même du mal à les dissocier. C’est en 1967, que Sélestat retrouva, en quelque sorte, sa « sainte chapelle ».</p>
<p style="text-align: justify;"> La première des sept fenêtres du chœur est consacrée à la vie légendaire de sainte Odile. Quatorze panneaux narrent son extraordinaire aventure : la naissance de l’enfant aveugle, le secret de son éducation, le baptême qui la guérit de la cécité, la première réconciliation avec son père, sa charité envers les pauvres, son refus de se marier malgré les menaces de son père, son nouvel exil, sa vie errante de mendiante, sa réconciliation définitive avec son père, la fondation d’une communauté religieuse, la retraite des parents d’Odile auprès de leur fille devenue abbesse, ses oeuvres de charité, sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tout se déroule dans une architecture adaptée qui sert de cadre et fait se côtoyer une riche gamme de couleurs qui laissent passer la lumière et concourent ainsi à faire du chœur de l’église cette anticipation du Royaume auquel aspirent les enfants de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Pour en savoir plus :</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Thérèse Fischer, La vie de sainte Odile et les textes postérieurs, Strasbourg, Editions du signe, 2006</p>
<p style="text-align: justify;"> René Bornert, Notice Odile (sainte), Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne, p. 2893-2896.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, DNA  Sélestat, 13 juillet 2019, Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Saint Georges et Sélestat</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Apr 2020 13:37:08 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#160; Il a pignon sur rue, à Sélestat, « notre » saint Georges.  Il est même devenu le patron de l’école paroissiale au cours du XVe siècle. Personnage historique autant que légendaire, il fait partie des saints particulièrement vénérés au Moyen Age. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il a pignon sur rue, à Sélestat, « notre » saint Georges.  Il est même devenu le patron de l’école paroissiale au cours du XVe siècle. Personnage historique autant que légendaire, il fait partie des saints particulièrement vénérés au Moyen Age. Comme saint michel, l’archange, il terrassa un dragon, incarnation absolue du mal et du péché. L’église Saint-Georges possède en son coeur un admirable vitrail contemporain réalisé par le très talentueux maitre verrier  Max Ingrand à la fin des années 60. A voir  ou à redécouvrir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/saint_george_and_the_dragon_by_paolo_uccello_paris_01/" rel="attachment wp-att-784"><img class="alignleft size-medium wp-image-784" alt="Saint_George_and_the_Dragon_by_Paolo_Uccello_(Paris)_01" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/Saint_George_and_the_Dragon_by_Paolo_Uccello_Paris_01-300x169.jpg" width="300" height="169" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>saint Georges à Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Georges est un saint étonnant. On le connaît un peu par l’histoire, on le connaît davantage par sa légende. Il est l’un de nos saints les plus vénérés, à l’égal de saint Martin qui cumule, en Europe, le patronage des églises. On sait qu’il fut valeureux. On n’est pas pour rien le patron des chevaliers. Brave oui, mais téméraire au point de détrôner la Vierge Souveraine à Sélestat, on ne s’y attendait pas. On dira que c’est osé. Pendant des siècles, l’église paroissiale de Sélestat était dédiée à Notre Dame. Puis à la fin du Moyen Age, au XVe siècle, sans doute, sans qu’on sache vraiment ni quand ni pourquoi, elle fut dessaisie au profit du preux chevalier  dont on raconte qu’il terrassa un jour un épouvantable dragon, qui ressemblait probablement  à celui que chevauche Daenerys Targaryen dans Game of Thrones.</p>
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<p style="text-align: justify;">Pourquoi à Sélestat préféra-t-on la mâle attitude d’un chevalier à la rassurante présence protectrice de la mère du Christ ? On remit cela un siècle plus tard quand fut édifiée la belle chaire dont la cuve est portée par Sansom, autre mâle puissant avant que Dalila se décidât à lui couper les cheveux. Au moment du « putsch », le reine des cieux ne donna guère l’impression de s’accrocher à son siège. Elle acquiesça et consentit à s’effacer. Il est vrai qu’elle avait l’habitude de ces intrusions violentes. L’archange Gabriel, jadis déja&#8230; Mais qu’on se rassure, Marie a du souffle , c’est une coureuse de fond, elle reviendra.</p>
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<p style="text-align: justify;">Mais qui est ce Georges qui apparaît sur la scène locale? Pour l’histoire, il est né en Cappadoce vers 275-80 et mourut martyr, le 23 avril 303, sous l’empereur Dioclétien. Son père était un noble arménien, sa mère était originaire de Palestine. Quand son père mourut, sa mère revint en Judée, dans la région de Lydda ( Lod, en Israel ). A quinze ans, il entre dans l’armée romaine, est remarqué par Dioclétien qui le fait chevalier et même chef de sa garde personnelle. Grâce à ses aptitudes militaires et à ses origines, il obtint le commandement des régions sensibles comme la Syrie, la Palestine, l’Egypte et la Libye. Il fut même élevé au rang de préfet. Quand l’empereur reprit la persécution des chrétiens, en 303, Georges s’opposa à lui, démissionna de son poste, entra en dissidence à côté des chrétiens avant d’être arrêté pour avoir, à Nicodémie, détruit une tablette sur laquelle figurait l’édit obligeant la population à s’adonner au culte d’ Apollon.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Arrêté, il est soumis à une série de supplices dont il survit miraculeusement avant d’être décapité. Il est enterré à Lydda « où il avait vaincu le dragon ».  Son culte se répandit dans tout le Proche Orient puis, plus tard, dans l’Europe chrétienne. Le roi Clovis le promut, les croisades le rendirent populaire, il devint le patron de l’ordre du temple, de l’ordre teutonique, de l’ordre de la Jarretière également appelé ordre de Saint-Georges. <i>La Légende dorée (</i>XIIIe s.) qui raconte, en l’embellissant, la vie d’environ 150 saints, du dominicain Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, assure sa gloire et sa légende dont les artistes s’emparent. Au XIIIe siècle, il rejoint la cohorte des Saints Auxiliaires qu’on invoque lors des grandes épidémies. Son audience s’élargit encore. Nos voisins de Fribourg en Brisgau en font leur saint patron, tout comme le Royaume Uni ou plus récemment les scouts&#8230; L’armée l’a récupéré depuis longtemps. « <i>Et par saint Georges » </i>est la devise de l’armée blindée et de la cavalerie française. Il en va de même chez nos voisins suisses.</p>
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<p style="text-align: justify;">Finalement, il ne dépare pas dans la bonne ville de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/images-4/" rel="attachment wp-att-785"><img class="alignleft size-full wp-image-785" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/images.png" width="201" height="250" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"><b><i>Le dragon de saint Georges</i></b></p>
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<p style="text-align: justify;">Il a beau être martyr, ses attributs le désignent non pas par la palme et le supplice du martyr, mais juché sur un cheval et terrassant un dragon. Cette image est quasi figée depuis le XIIIe siècle quand fut rédigée la <i>Légende dorée</i>. Georges de Lydda, officier de l’armée romaine, traversa un jour la ville de Silène, en proie à la terreur. Elle était persécutée par un dragon qui non seulement dévorait tous les animaux de la contrée mais exigeait qu’on lui livrât chaque jour, deux jeunes gens tirés au sort. Celui-ci tomba sur la fille du roi, le jour où Georges entra en ville. Il promit de la délivrer et engagea un féroce combat avec le monstre qu’il transperça d’un coup de lance avec l’aide du Christ et après un signe de croix. La princesse fut délivrée et le dragon amadoué la suivit comme un chien fidèle. La foule resta cependant tétanisée à la vue du dragon que Georges finit par occire par l’épée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La légende a fini par l’emporter sur l’histoire. Le dragon était probablement un brigand de grand chemin qui terrorisait et rançonnait les habitants de Lydda. On connaît même son nom : <i>Naphr</i> ! Mais que pèse l&rsquo;histoire face à l’impact de la légende ? Dans l&rsquo;édification du chrétien,  elle est autrement plus efficace : le dragon est une allégorie de Satan, autrement dit du Mal. Dans son imaginaire, enfin, il est suffisamment monstrueux pour nourrir les angoisses du pécheur  face à son salut.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Petite indication à ceux qui auraient tendance, devant une statue ou une peinture, à confondre saint Georges et saint Michel, qui lui aussi terrassa un dragon : Michel n’a pas de monture, il porte des ailes !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le vitrail de Max ingrand </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/img_7443-2/" rel="attachment wp-att-786"><img class="alignleft size-full wp-image-786" alt="IMG_7443 2" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG_7443-2.jpeg" width="302" height="617" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le très beau jeu des vitraux  de l’église paroissiale réalisé par Max Ingrand dans les années soixante, qui complète les vitraux d’origine du XVe siècle, saint Georges a trouvé sa place et il est à sa place. Soit à la droite de la Vierge (à gauche dans le choeur) et en face de saint Michel, autrement dit du coté nord du choeur dont le vitrail principal, celui du chevet, est entièrement consacré à la Vierge. Comme quoi tout est rentré dans l’ordre. Marie a retrouvé sa primauté et la hiérarchie a repris ses droits.<br />
Le cycle de saint-Georges est un vitrail contemporain. Il s’inspire de la <i>Légende dorée</i> et, en seize panneaux, narre l’essentiel de la vie de saint Georges enrichie par la légende : Il apparaît sous les traits d’un chevalier. Un dragon ravage les alentours de la ville de Silène, la fille du roi est désignée pour servir de prochaine victime de la bête,  elle croise le chevalier qui s’engage à la sauver, celui-ci blesse le dragon, la jeune femme passe sa ceinture autour de son cou avant que Georges achève la bête. Le chevalier convertit le roi, se dépouille de ses armes pour vêtir  le manteau des chrétiens. Il refuse d’adorer les dieux païens, on le soumet au supplice, Dieu lui apparaît dans le cachot où il a été jeté. Georges échappe au poison du magicien, survit à la chaudière de plomb fondu et renverse les idoles du temple avant d’être décapité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La qualité esthétique du travail réalisé par le maitre verrier Max Ingrand est, comme nous l’avons déjà souligné dans une précédente chronique, tout à fait admirable. Il est à la fois fidèle à la tradition et moderne dans son expression. Le panneau consacré à la vie de saint Georges le confirme une fois encore</p>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Pour en savoir plus :</strong></p>
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<p style="text-align: justify;"><i>La Légende dorée</i> de Jacques de Voragine, 2t., Flammarion 1999</p>
<p style="text-align: justify;">Georges Daix,<i> Dictionnaire des saints</i>, Lattès, 1996</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Reclams Lexikon der heiligen und der biblischen Gestalten</i>, Stuttgart, 1984</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Biographisch-bibliographisches Kirchenlexikon</i>(BBKL). Band 2, Bautz, Hamm 1990,</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Sept siècles de vitraux, Eglise Saint-Georges de Sélestat</i>, Sélestat 2010</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Gabriel Braeuner</em></strong>, DNA  Sélestat, 12 octobre 2019, extrait de la rubrique  Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Les imprimeurs sélestadiens de l&#8217;Humanisme et de la Réforme</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Apr 2020 10:04:21 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La genèse de l’imprimerie en Alsace est incontestablement marquée par la contribution des imprimeurs sélestadiens. A côté de Jean Mentelin, le premier grand imprimeur alsacien à Strasbourg, nous comptons avec Matthias et Lazare Schürer, puis Crato Mylius, trois autres imprimeurs de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/les-imprimeurs-selestadiens-de-lhumanisme-et-de-la-reforme/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La genèse de l’imprimerie en Alsace est incontestablement marquée par la contribution des imprimeurs sélestadiens. A côté de Jean Mentelin, le premier grand imprimeur alsacien à Strasbourg, nous comptons avec Matthias et Lazare Schürer, puis Crato Mylius, trois autres imprimeurs de qualité, qui avec des fortunes diverses ont fortement contribué au rayonnement de cette industrie nouvelle</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-imprimeurs-selestadiens-de-lhumanisme-et-de-la-reforme/buchdrucker-1568/" rel="attachment wp-att-779"><img class="alignleft size-medium wp-image-779" alt="Buchdrucker-1568" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/Buchdrucker-1568-256x300.png" width="256" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Matthias Schürer, au service de la République des Lettres </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Les imprimeurs sélestadiens jouèrent, comme on le sait,  un rôle essentiel  dans le développement de l’imprimerie. L ’apport de notre concitoyen Jean Mentelin fut déterminant à Strasbourg tout de suite après le passage de Gutenberg. La contribution de notre ville ne s’arrêta pas là. Deux de ses enfants, Matthias et Lazare Schürer, l’oncle et le neveu, prirent le relais peu de temps après. En s’inscrivant tout à fait dans une époque marquée par le mouvement humaniste et l’avènement de la Réforme protestante.</p>
<p style="text-align: justify;">Matthias est le plus connu. Né vers 1470 à Sélestat, il avait été élève de l’École latine. Puis avait poursuivi ses études supérieures à l’Université de Cracovie avant de venir à Strasbourg auprès de son cousin Martin Flach et de son oncle Jean Knobloch qui l’initièrent au métier d’imprimeur. Il finit par s’installer à son compte, dans la ville libre d’Empire, à partir de 1508. Il allait faire de la publication des livres de l’antiquité latine et des écrits d’humanistes sa spécialité. Dans sa courte mais féconde carrière &#8211; il mourut en 1519 &#8211; il publia plus de 270 titres, presque exclusivement en latin,  pour au moins 120 auteurs. Fidèle en l’occurrence à cette profession de foi datée de 1506, quand il était encore en apprentissage, où il proclamait : « Je m’efforcerai dans la mesure de mes forces d’aider et de faire croître, grâce à nos caractères d’imprimerie, la République des Lettres, en imprimant tous les livres les plus savants des hommes les plus savants. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il tint parole. Son catalogue était vaste. Érasme y figure en bonne place : quarante-deux publications dont la première édition datée de « L’Éloge de la Folie » en 1511, immédiatement après celle non datée de Paris. Érasme apprécia la qualité de son travail. Il le rencontra en 1514 et lui confia, en novembre, l’édition de la version définitive de son chef d’œuvre. Le grand humaniste confessait « qu’il aimait Matthias de toutes ses forces ». Et il n’oublia pas de le citer dans son « Éloge de Sélestat » daté de 1515. Les écrivains de l’antiquité classique dont les humanistes étaient les spécialistes ne manquaient évidemment pas dans l’officine de Matthias Schürer. Cicéron, Virgile, Horace, Ovide, Plaute et Térence mais aussi Valère Maxime et Aulu-Gelle furent offerts à la curiosité des  « studieux des bonnes lettres ». Et cela, grâce à l’un de ses conseillers éditoriaux, Nicolas Gerbel</p>
<p style="text-align: justify;">Son atelier est également représentatif des préoccupations pédagogiques et spirituelles de son temps. « L&rsquo;homme ne naît pas homme, il le devient » avait fort justement proclamé Érasme. C’est par l’éducation qu’il le devenait. Voilà pourquoi notre imprimeur réserva une place de choix aux ouvrages à vocation pédagogique. Ouvrages sur la langue latine, parmi lesquels une version courte des <i>Adages</i> d’Érasme. <i>Fables</i> d’Ésope et les <i>Préceptes moraux</i> de Caton pour le plus jeunes ; biographies de philosophes ou compilations de doctrine philosophique dues à  Philostrate, Plutarque et Apulée pour les aînés.</p>
<p style="text-align: justify;">Les auteurs contemporains n’étaient pas oubliés. Beatus Rhenanus, qui travailla pour Schürer dès 1508, proposa la publication d’auteurs italiens, parmi lesquels Michel Marulle, qui inspira tant notre Ronsard. D’autres Sélestadiens, Kierher, Spiegel ou leurs amis, lui donnèrent des textes d’Italiens à imprimer. Jacques Wimpfeling n’est pas étranger à l’édition des sermons de Geiler de Kaysersberg, en allemand ou traduits en latin. Les libraires Alantsee de Vienne lui confièrent, entre autres, l’édition de poèmes de l’humaniste allemand Conrad Celtis.</p>
<p style="text-align: justify;">Wimpfeling n’hésitait pas à l’appeler « son compatriote bien aimé, vénérable non seulement par sa science mais aussi par son honnêteté et sa sincérité. » L’hommage était mérité. Ses éditions avaient la réputation d’être exemptes de fautes typographiques. Les humanistes étaient ses amis. Il les servait avec ferveur.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Lazare Schürer, imprimeur engagé</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Lazare, son neveu, était devenu l’associé de son oncle peu de temps avant son décès. De retour à Sélestat fin 1519, il s’installa dans la maison de sa mère, non loin de l’église Sainte-Foy dans la maison « Zum grossen Greifen ». Sur place il trouva la Société littéraire que Wimpfeling avait créée en 1515. Il publia plusieurs ouvrages de ses membres : une lettre de soutien à Luther de Wimpfeling, les <i>É</i><i>pigrammes</i> de Sapidus et un pamphlet antipapal du curé de Saint-Georges Paul Phrygio. Un <i>Commentaire</i> sur une œuvre de Prudence due à Spiegel, juriste et secrétaire des empereurs Maximilien I<sup>er</sup> et Charles Quint.</p>
<p style="text-align: justify;">Si sa production n’atteignit pas l’ampleur de celle de son oncle, Lazare Schürer n’en produisit pas moins une cinquantaine de publications dont la moitié porte sur la défense de Luther, les dérives de l’Église, les relations entre Rome et l’Empire. Des textes satiriques qui s’en prennent aux adversaires de Luther et d’Érasme, avant leur rupture, ou de Reuchlin, le vieil humaniste de Pforzheim, menacé par l’Inquisition pour avoir voulu sauver les ouvrage juifs des flammes et de la destruction. L’imprimerie de Lazare Schürer participe ainsi à la guerre des pamphlets avec quelques signatures qui font autorité : Ulrich von Hütten, Philipp Melanchthon, Otto Brunfels, Willibald Pirckheimer, Conrad Nesen ou Juan Luis Vives. On y défend fortement les bonnes lettres menacées par  la scolastique, philosophie et théologie enseignées au Moyen Age, qui fit la part belle au formalisme et à la dialectique aux dépens de la rhétorique .</p>
<p style="text-align: justify;">Son catalogue témoigne de l’effervescence intellectuelle et spirituelle de son temps. La belle unité intellectuelle dont faisaient preuve tous ces humanistes va voler en éclat. Le mouvement de la Réforme, qui partout progresse, va provoquer des dissensions entre les amis d’autrefois. Sapidus et Phrygio, ont choisi leur camp. Ils quitteront la ville au lendemain de la Guerre des Paysans, en 1525. Sélestat demeura fidèle à Rome. Beatus  suivit Érasme qui avait rompu avec Luther. Lazare Schürer fut suspecté de faire partie des Luthériens de la cité. On l’accusa de tenir des réunions secrètes dans la maison de sa mère. Le magistrat lui interdit « de prêcher et de lire aux laïques ». Criblé de dettes, fragilisé par des procès à répétition, il se battit comme un beau diable pour laver son honneur et rester à Sélestat. Il se maintint et devint même le directeur de l’école latine en 1526. Il était trop tard. L’école avait perdu sa réputation, ses enseignants et ses élèves. Elle n’avait plus rien à voir avec celle de Sapidus. En pleine régression, elle ne put être sauvée par Schürer. Il ne se remit jamais de ses déboires successifs et mourut en octobre 1528.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Crato, l’homme de liaison</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Il passe presque inaperçu à côté des Schürer.  Pourtant Kraft Müller (Crato Mylius), né vers 1503 à Sélestat, avait aussi été imprimeur à Strasbourg, où, en 1536, il acheta l’officine de Georges Ulricher. Gagné à la Réforme, il y édita une centaine de livres, essentiellement en latin. Ce sont principalement des écrits humanistes (des commentaires d’auteurs anciens, dont les deux premiers livres de <i>L’Iliade</i>, en grec) et théologiques (des commentaires de textes bibliques et des textes en allemand de Luther ou, en 1546, de Martin Bucer) mais aussi de l’histoire et du droit. Il publia également une des premières pièces bibliques en latin, « L’Anabion », écrite par Jean Sapidus qui avait été le dernier grand directeur de l’école latine de Sélestat avant de prendre le parti des protestants et de devoir quitter Sélestat pour Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la petite histoire, Kraft Müller était le demi-frère de Lazare Schürer et avait fait ses études à l’École latine de Sélestat. Il fréquenta par la suite l’Université de Wittenberg et suivit les cours de Melanchthon dont il devint l’ami et dont il publia régulièrement les ouvrages. Il mourut  à la bataille de Mühlberg,au service de la ville de Strasbourg,  quand l’empereur Charles Quint vainquit les princes protestants et la ligue de Smalkalde en 1547. Sa veuve, Margaretha reprit l’officine.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :</p>
<p style="text-align: justify;">François Ritter, <i>Histoire de l’imprimerie alsacienne aux XVe et XVIe siècles</i> (Publication de l’Institut des Hautes Etudes Alsaciennes, t. XIV), Strasbourg-Paris, Éditions F.-X. Le Roux, 1955.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Odile Burckel, « Les imprimeurs Matthias et Lazare Schürer et les écrits en faveur d’une réforme, notamment de 1518 à 1522 », dans <i>Beatus Rhenanus de Sélestat (1485-1547) et une réforme de l’Église : engagement et changement, Actes du colloque international tenu à Strasbourg et Sélestat du 5 au 6 juin 2015</i>, édités par James Hirstein, Turnhout, Brepols, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Odile Burckel, « Humanisme et imprimerie, l’exemple de deux imprimeurs sélestadiens Matthias et Lazare Schürer », dans <i>Humanistes et humanisme à Sélestat aux XVe et XVIe siècles, Actes du colloque tenu le 21 octobre 2017 à Sélestat</i>,  Les Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Gabriel Braeune</em>r, avril 2020</p>
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		<title>A l&#8217;origine de l&#8217;école latine, Jean de Westhuss et Louis Dringenberg</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Apr 2020 16:25:09 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[  Il sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/unnamed-2/" rel="attachment wp-att-772"> </a></p>
<p style="text-align: justify;">Il sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui en fit un établissement de premier plan où l’on tenta de (bien) former d’excellents chrétiens. Fidèle à l’exemple des Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne qui prônait la pauvreté, à l’image de celle du Christ, et les bienfaits de l’éducation.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Jean de Westhuss, le curé visionnaire</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/unnamed-2/" rel="attachment wp-att-772"><img class="alignleft size-full wp-image-772" alt="unnamed" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/unnamed.jpg" width="300" height="512" /></a></em></p>
<p style="text-align: justify;"> <em><strong>H</strong></em>ormis les spécialistes, qui connaît Jean de Westhuss ?Il avait été curé de Sélestat de 1423 à 1452, date de sa mort. Issu de la famille de Westhausen qui  possédait des terres à Sélestat, rien ne le destinait à la célébrité. Il aurait pu, comme beaucoup de ses pairs, s’acquitter mollement  de sa charge pastorale dans une Église en crise qui avait, depuis 1431, réuni  à quelques lieues de là  un nouveau concile.  Dans un climat délétère où les pères du concile s’étaient longtemps opposés au pape. Pendant ce concile interminable qui dura dix ans et se transporta successivement de Bâle à Lausanne, puis à Ferrare et enfin à Rome, Jean de Westhuss vivait la crise de l’Église  sur le terrain. Où les prêtres étaient mal formés, les ouailles ignares, les écoles médiocres et les maîtres mal payés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le curé de Sélestat était convaincu que seul un enseignement de qualité était capable de faire progresser les chrétiens sur le chemin de la foi et de la pratique. Son école paroissiale ne brillait guère par l’esprit. Il s’en émut, s’en ouvrit à ses proches et se mit en quête de trouver  un pédagogue digne de ce nom. Capable de transmettre un savoir solide pour faire de ses élèves de bons chrétiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Des jeunes Sélestadiens  qui fréquentaient l’Université de Heidelberg lui recommandèrent  l’un de leurs aînés, un certain Louis Dringenberg, originaire de Westphalie. Il fit l’affaire, prit la direction de l’école à partir de 1441 et débuta cette merveilleuse et grande aventure  humaniste qui fit et fait encore la réputation de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean de Westhuss ne s’arrêta pas la. Il installa l’école paroissiale dans les bâtiments de l’ancienne Oeuvre Notre Dame à proximité de Saint-Georges. A sa mort, en 1452, Il légua l’ensemble de sa bibliothèque à la fabrique de l’église. Par ce geste, il donna une impulsion décisive  à la constitution d’une bibliothèque paroissiale, celle de l’école latine, l’autre pilier, à côté de celle de Beatus Rhenanus, de notre Bibliothèque Humaniste. Son exemple fit des émules, d’autres bienfaiteurs suivirent son exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">On estime sa donation à une trentaine de volumes au contenu essentiellement  religieux. Il était prêtre après tout. Un prêtre resté exemplaire dans une Église tourmentée.  Ce qui est tout à son honneur.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Louis Dringenberg, « l’apôtre de la jeunesse »</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/image/" rel="attachment wp-att-774"><img class="alignleft size-full wp-image-774" alt="image" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/image.jpg" width="417" height="578" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il fut le premier maître de l’école paroissiale qui acquit la notoriété. Né dans le diocèse de Paderborn vers 1410, il aurait fréquenté l’école du Mont Sainte-Agnès , près de Zwolle au Pays-Bas. Celle-ci avait été fondée par les Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne du Nord de l’Europe. C’est à Heidelberg qu’il poursuivit ses études à partir de 1430. En 1432, il est bachelier. Deux ans plus tard, il obtient le grade de maître ès art.  On suppose qu’il étudia la théologie par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’il apparaît à Sélestat en 1441 pour prendre le poste de maître d’école à la demande du curé Jean de Westhuss. Le poste était devenu vacant. Son prédécesseur venait d’être renvoyé pour s’être battu, à coups de hache, avec un tailleur de pierre véhément nommé Jean de Spire…</p>
<p style="text-align: justify;">Quand il vint à Sélestat, il ne s’attendait pas à y rester 36 ans, de 1441 à 1477. Jean de Westhuss l’installe dans le locaux de l’oeuvre Notre Dame et lui confie non seulement les élèves de l’école mais aussi la direction du chant sacré lors des offices dominicaux et des jours de fête.  Dringenberg est un excellent pédagogue mais également un  chrétien fervent ! Il disposait des qualités requises pour aider à « réformer » par l’enseignement. En bon humaniste, il cultivait l’amour des belles lettres et le retour aux sources antiques sans que sa foi ne fût prise en défaut. Il n’omit pas d’enseigner aussi les pères de l’église. Rappelons que l ’humanisme de cette époque est un humanisme chrétien. Celui qu’embrassera le grand Érasme de Rotterdam ( 1469-1536) un peu plus tard. Avec des préoccupations identiques : Former les chrétiens par l’éducation selon sa belle formule « L’ homme ne naît pas homme, il le devient ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est exactement ce que tenta Louis Dringenberg. Avec succès ! L’illustre Jacques Wimpfeling, sélestadien d’origine et pédagogue de renom, que nous présenterons ultérieurement, lui rendit   un bel hommage « L’éducation fut la passion de cet apôtre de la jeunesse et l’Alsace lui est redevable  d’une partie non négligeable de sa culture… Tous ont été remarquablement instruits  dans les connaissances élémentaires de la grammaire sans qu’on leur ait ingurgité les gloses et les commentaires de Donat et d’Alexandre. De ses livres, Dringenberg ne prenait que ce qui était utile et nécessaire  à l’enseignement de ses élèves ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il était resté fidèle aux préceptes des frères des la vie commune qui condamnait la science vaine, celle qui gonfle l’esprit sans la fortifier.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :</p>
<p style="text-align: justify;"> Paul Adam,<em> L’humanisme à Sélestat. L’école, Les Humanistes, La Bibliothèque.</em> Sélestat, 1962-2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Paul Adam, <em>Il y a cinq siècles, en 1477, mourut à Sélestat Louis Dringenberg, père de l’humanisme alsacien,</em> Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, <em>Au coeur de l’Europe humaniste, le génie fécond de Sélestat</em>, Editions du Tourneciel, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Francis Rapp, l<em>’École humaniste de Sélest</em>at, Saisons d’Alsace, 1975</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, DNA de Sélestat du 11 janvier 2020,</strong> </em>Extrait de la rubrique &nbsp;&raquo; ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Hans von Schlettstadt , un peintre mythique ?</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Apr 2020 15:29:43 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"> <a style="text-align: justify;" href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;">A en croire de nombreux historiens et historiens de l’art, il fut un de nos plus grands peintres.  L’équivalent du colmarien Martin Schongauer, mais pour la première moitié du XVe siècle. Probablement originaire de Sélestat. Il est peut être même né, juste à côté, à Dieffenthal. Il apparait à Bâle sous le nom de Hans Tieffenthal à partir de 1418. Pour compliquer le tout, des historiens l’appellent Hans Tieffenthal von Schlettstadt ou simplement Hans von Schlettstadt. Selon l’humeur ou leur embarras. </span></a></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;"><img class="alignleft size-full wp-image-755" alt="308px-Meister_des_Frankfurter_Paradiesgärtleins_001" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/308px-Meister_des_Frankfurter_Paradiesgärtleins_001.jpg" width="308" height="240" /></span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;"> </span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;">Essayons de le cerner sans décrocher en cours de route  Il y a un Hans Moler qui apparaît dans les document de Sélestat comme propriétaire en 1391. Est-ce le même? Celui de Bâle, qui vient  effectivement de Sélestat, obtient un contrat en 1418 de la part de la grande cité rhénane pour réaliser le décor de la chapelle de l’<i>Elend Kreuz,</i> à <i>Klein Base</i>l sur la rive droite du Rhin. On lui demande de s’inspirer du plafond, un ciel étoilé, de l’église des Chartreux de Champmol en Bourgogne. On sait que la Bourgogne est un foyer artistique important à l’époque. Faire ses classes dans la région est un bagage pour l’avenir. Les Bâlois, qui sont des gens de goût, connaissent les bonnes adresses. Ils utilisent également les bons peintres et Hans von Schlettstadt l’est incontestablement. On le tient en haute estime. La ville le charge alors de refaire le grand tableau surmontant l’entrée de la cité  par le pont du Rhin. Travail qui lui vaut le droit de Bourgeoisie à titre gracieux. </span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;"> </span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;">Même dans la grande ville de Bâle, un Sélestadien reste un Sélestadien. La <i>Heimweh </i>le fait revenir dans sa ville natale. Il vend sa maison de Bâle en 1423 et revient au bercail. L’année suivante, il construit une maison au <i>Wafflerhof</i> face à l’hôtel de ville de Sélestat. Dix ans plus tard, Hans von Schlettstatt entame une carrière strasbourgeoise, autre tentation sélestadienne récurrente. En 1433, il habite une maison dite du<i> Kirschbaum</i>, rue des orfèvres à Strasbourg, tout près de la cathédrale, enfin en voie d’achèvement. Il deviendra même membre du conseil de la ville en 1444. En sa qualité de maître, il dirige un atelier et emploie des collaborateurs dont le futur peintre Jost Haller. Mais au fait, est ce toujours le même Hans von Schlettstatt ? Un fils, de même nom, ne se serait-il pas glissé dans cette édifiante histoire? Au même moment, dans les documents strasbourgeois apparaît, en outre, un Hans von Schlettstatt, orfèvre de son état, qui se rend à Metz. C’est qui lui ? Le même ? Après tout, Schongauer, un peu plus tard était lui  aussi issu d’un milieu d’orfèvres. On finit par perdre sa trace. Heureusement d’ailleurs, sinon Schongauer aurait pu craindre la concurrence.</span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>On ne prête qu’aux riches </i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Hans von Schlettsadt, à la biographie incertaine, laisse une oeuvre considérable. D’autant plus importante qu’aucune ne peut lui être attribuée de façon … certaine ! L’oeuvre bâloise, seule, est incontestable. Et c’est elle qui est à l’origine des toutes les attributions ultérieures. Car ce voyage en Bourgogne interroge. Il confère à l’intéressé une aura artistique. Ses pérégrinations sélestadienne et strasbourgeoise, par la suite, en font un propagateur artistique idéal. En Alsace d’abord, mais bien plus loin, dans le Rhin supérieur, notre <i>Oberrhein</i> qui produira une foule d’artistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Goûtons notre plaisir. On lui attribua le fameux <i>Paradisgaertlein</i>, vers 1420, aujourd’hui conservé à Francfort (voir la vignette introductive). Un peinture délicate et fondatrice « Dans un jardin clos d’un muret crénelé, la Vierge est assise lisant tandis que l’enfant Jésus s’essaye au jeu du psaltérion et qu’un ange s’entretient avec deux jouvenceaux parmi des arbres, de oiseaux et des fleurs aux significations symboliques » (Victor Beyer). Les historiens de l’art, s’appuyant sur des considérations stylistiques objectives, ont été frappé par le caractère alsacien voire strasbourgeois de cette peinture. L’intimité poétique se mêlant au détail prosaïque, dans la droite ligne d’une inspiration mystique bien rhénane.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà que dans la foulée, le tout aussi charmant tableau de la « Vierge au fraisier » de Soleure pourrait également lui être attribué et, pour faire bonne mesure, les panneaux du couvent de Saint-Marc à Strasbourg, dépôt des Hospices Civils au musée de l’oeuvre Notre Dame de Strasbourg : « le doute de Joseph et « le bain de l’enfant » On y décèle même des influences françaises et italiennes, de l’école de Sienne notamment. Et pour que notre joie sélestadienne soit complète, on en fait également l’auteur de certains vitraux du choeur de l’église paroissiale Saint-Georges ; celles toujours existantes, illustrant la légende de sainte Catherine et l’histoire de l’empereur Constantin et de sa mère Hélène. On en profite également pour lui attribuer la paternité de  quelques vitraux de la collégiale de Thann.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel beau destin que celui de Hans von Schlettstadt qui continue de nous interpeller et qui fut fort utile aux historiens de l’art, il n’y a pas si longtemps Aujourd’hui, on aurait tendance, à la suite de Philippe Lorentz qui enseigne à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, de penser  que « le » Hans Tieffenthal que l’on fait travailler successivement à Bâle, Sélestat et Strasbourg a été forgé par l’historiographie du XIX e siècle en quête d’un artiste susceptible d’égaler la grandeur d’un  Schongauer pendant la première moitié du XVIe siècle ». Une petite rivalité avec Colmar ? On se disait bien…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Pour en savoir plus :</em></strong></p>
<p>Dictionnaire historique Suisse : Notice Hans Heinrich Tieffenthal.<br />
Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne : notice Hans von Schlettstadt.<br />
Victor Beyer, 2000 ans d’art en Alsace, Oberlin, 1999.<br />
Philippe Lorentz, Strasbourg 1400, un foyer d’art dans l’Europe gothique, catalogue de l’exposition tenue à l’ouvre Notre Dame du 28 mars au 8 juillet 2008, Strasbourg, 2008.<br />
Philippe Lorentz, Histoire de l’art du Moyen-Age occidental, Annuaire de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, 140, 2009.</p>
<p><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, DNA Sélestat, 14 décembre 2019, Hans von Schlettstadt, rubrique  :Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Les origines de la communauté juive de Sélestat</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Apr 2020 16:31:25 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-origines-de-la-communaute-juive-de-selestat/222005778_1/" rel="attachment wp-att-749"><img class="alignleft size-full wp-image-749" alt="222005778_1" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/222005778_1.jpg" width="800" height="600" /></a><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-origines-de-la-communaute-juive-de-selestat/222005778_1/" rel="attachment wp-att-749"><br />
</a></p>
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<p>La présence juive à Sélestat est consécutive à la fondation de la ville sous le règne de Frédéric II de Hohenstaufen au début du XIIIe siècle. La date du  milieu du XIIIe siècle est aujourd’hui communément admise par les historiens. La jeune ville était alors nantie de fortifications, cette marque de distinction qui caractérise les villes à l’opposé des villages qui n’en  bénéficient pas. Comme à  Colmar, sa voisine, également fondée à la même période,  de nombreux réfugiés juifs venus de France, victimes des persécutions du roi Philippe le Beau à partir de 1306 grossissent le nombre de la communauté d’origine.  Cette dernière était surtout issue de la région du Rhin. Les villes de Mayence, Spire et Worms constituaient, en ce temps-là, un lieu important de présence et de diffusion de la culture et de la spiritualité juives. Avec les centre français de Narbonne et de Champagne, la Rhénanie avait contribué à la réputation de savoir et de piété du judaïsme en Europe et fait du Talmud une oeuvre largement occidentale. Il est intéressant de constater que les quelques rares noms juifs recensés au XIVe siècle à Sélestat se partagent entre des patronymes à consonance latine et germanique. Les familles juives, présentes dans la ville, s’étaient regroupés autour d’une première synagogue dont la construction était datée du début du XIVe siècle. Elle se trouvait  dans une ruelle entre la rue des Clefs et la rue Sainte-Barbe.</p>
<p style="text-align: justify;">La communauté juive de Sélestat est moins connue que celle des villes voisines dont elle partage pourtant le destin chaotique et fragile, menacé perpétuellement, au cours du XIVe siècle, dans son  intégrité physique et économique. On  ne sait si elle fut touchée par la furie des  bandes d’Armleder qui s’en prit surtout au juifs de Haute Alsace en  1338. Par contre, elle subit des violences en 1347 et n’échappa pas au terrible massacre de 1349 consécutif à la peste qui submergea l’Occident alors et pour laquelle il fallut trouver  un bouc émissaire : les juifs !</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux de Sélestat, comme les membres des communautés voisines de Strasbourg, Fribourg, Breisach furent accusées d’avoir empoisonné l’eau des puits. Les pogroms qui s’en suivirent anéantirent la plupart des communautés locales, y compris celle Sélestat, à l’exception d’un pauvre malheureux qui se fit baptiser. L’ensemble de la fortune des familles juives fut spoliée sans que l’empereur, en l’occurence Charles IV, ne levât le petit doigt pour condamner les villes et  les auteurs de l’effroyable méfait.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin des années 1360, une nouvelle communauté s’était reconstituée à Sélestat. Cette seconde communauté survécut vaillamment mais difficilement jusqu’à l’expulsion définitive des Juifs des principales villes d’Alsace en 1519.</p>
<p>Pour en savoir plus:</p>
<p>Gerd MENTGEN, Geschichte der Juden in der mittelalterlichen Reichstadt Schlettstadt, <i>Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat</i>, 1990.</p>
<p>Claude GENSBOURGER, Un coup d’oeil rétrospectif : la communauté israélite de Sélestat, ses origines, ses synagogues in : <i>Cérémonie de consécration  de la synagogue  restaurée de Sélestat, 11 septembre 1960.</i></p>
<p><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, <em>Samuel Schlettstadt</em>, extrait de l&rsquo;article DNA Sélestat du 9 novembre 2019 : Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Samuel Schlettstadt&#8230;jusqu&#8217;au Moyen-Orient !</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Apr 2020 16:12:43 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i><a href="http://www.histoires-alsace.com/samuel-schlettstadt-jusquau-moyen-orient/download-5/" rel="attachment wp-att-743"><img class="alignleft size-full wp-image-743" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download2.jpg" width="264" height="191" /></a></i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Son nom suggère son origine. Il reste l’un de nos « illustres » inconnus. Rabbin à Strasbourg sans qu’il apparaisse dans l’<i>Urkundenbuch</i> de la ville. Un rabbin érudit auteur d’un abrégé du <i>Mordhekai</i>, vaste commentaire du Talmud, qu’au XIIIe siècle avait entrepris Rabbi Mordekhay ben Hillel de Nuremberg.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’essentiel du travail de Samuel, qui serait né vers 1309,  avait été rédigé, au XIVe siècle au château du Hohlandsbourg non loin de Colmar. Que diable notre Sélestadien allait-il faire dans cet imposant château de Haute-Alsace ? S’y réfugier pour fuir Strasbourg où il avait quelques ennuis. Un tribunal, qu’il avait présidé, avait condamné à mort deux coreligionnaires délateurs au service de chevaliers bandits qui dépouillaient, entre autres, des marchands juifs. En exécution de la sentence, l’un des traîtres fut noyé. Les sires d’Andlau, car c’étaient eux les pillards, n’apprécièrent guère. Il décidèrent de s’en prendre à Samuel Schlettstadt.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Celui fut menacé puis poursuivi. Il quitta l’Alsace pour trouver refuge auprès de ses coreligionnaires de Spire, Worms et Mayence. Il poussa même jusqu’ à Erfurt. En vain! La lassitude le gagna. Il songea à retourner à Strasbourg. N’était il pas innocent ? N’avait-il pas  fait son devoir en tentant de protéger les siens ? Mais Strasbourg, où il avait officié, par crainte de représailles ne voulut pas de lui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors il s’en fut, loin, très loin. Pour laver son honneur, il quitta l’Europe et se rendit à Bagdad, oui Bagdad , l’ancienne capitale des Abbassides, sur les bords du Tigre. Pourquoi si loin ? Parce que y vivaient le plus hautes autorités de la communauté juive de l’exil : Les <i>exilarques </i>ou chefs des exilés. Longtemps à Babylone, à Bagdad ensuite. Il faut s’imaginer ce que fut le périple de Samuel. Il s’y rendit au péril de sa vie. Convainquit les autorités de sa communauté de son innocence. Il en revint, échappant maintes fois aux vols, violences et à la mort. Il n’avait eu cesse de laver son honneur. Muni d’un sésame, établi par ses frères de Bagdad, qui vouait à la malédiction ceux qui s’opposaient à son retour.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est ce document qu’il voulait rapporter à Strasbourg. Aussi courageux qu’indigné, il débarqua  dans la ville où il fut rabbin autrefois. S’il réussit à laver son honneur, le malheur ne l’épargna pas. Son fils, qui était allé à sa rencontre, se noya dans le Rhin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Telle est l’histoire de Samuel Schlettstadt, homme de loi et de lettres. Originaire de notre ville où la communauté juive était présente depuis quelques temps avant les  horribles persécutions de 1349. Les épisodes relatant sa vie se trouvent dans un manuscrit londonien , le <i>Montefiore 130</i>, qui fut, un temps, la propriété de Josselmann de Rosheim, l’avocat de juifs dans l’Europe de Charles-Quint, au XVIe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quel destin que celui de Samuel Schlettstadt. Grâce à lui, le nom de Sélestat a été porté jusqu’au Moyen-Orient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus:</p>
<p style="text-align: justify;">Gerd MENTGEN, Geschichte der Juden in der mittelalterlichen Reichstadt Schlettstadt, <i>Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat</i>, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">Claude GENSBOURGER, Un coup d’oeil rétrospectif : la communauté israélite de Sélestat, ses origines, ses synagogues in : <i>Cérémonie de consécration  de la synagogue  restaurée de Sélestat, 11 septembre 1960.</i></p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel BRAEUNER, Sélestat, <i>Éloge de la belle inconnue</i>, Editions du Tourneciel, 2016.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, extrait des DNA 9 novembre 2019, rubrique<em> Ces Hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Mentelin, notre Gutenberg</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Apr 2020 09:44:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[  Jean Mentel, ou Mentelin, est un de nos grands imprimeurs. Sélestadien comme il se doit. Ce quasi contemporain de Gutenberg est le premier grand imprimeur… strasbourgeois. On lui doit notamment, dès 1460, aux balbutiement de cet art nouveau qu’est &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"> <a href="http://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/download-1-3/" rel="attachment wp-att-736"><img class="alignleft size-full wp-image-736" alt="download-1" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download-11.jpg" width="275" height="183" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Jean Mentel, ou Mentelin, est un de nos grands imprimeurs. Sélestadien comme il se doit. Ce quasi contemporain de Gutenberg est le premier grand imprimeur… strasbourgeois. On lui doit notamment, dès 1460, aux balbutiement de cet art nouveau qu’est l’imprimerie, l’impression d’une Bible en latin et surtout, en 1466, la première Bible en langue allemande, bien avant celle de Luther (1522).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il était né dans notre ville vers 1410. Nous sommes très mal renseignés sur sa jeunesse. Mais on l’identifie à Strasbourg en 1447 quand il obtient le droit de bourgeoisie de la cité. Il est inscrit à la corporation des peintres puisqu’il exerce d’abord le métier d’enlumineur,(« Goldschreiber »). Sa polyvalence étonne. Il est en même temps notaire épiscopal. Ses connaissances de la langue latine l’ont fait remarquer par l’évêque de Strasbourg. Devenu familier de l’art typographique, il va ouvrir un atelier en ville. Rue de l’Épine probablement. Il y fera fortune. Il créera même une dynastie d’imprimeurs en mariant ses deux filles à deux remarquables techniciens Adolph Rusch et Martin Schott qui prolongeront son oeuvre et son entreprise . Il connaîtra la gloire aussi. Sa première Bible en langue allemande lui vaut d’être anobli par l’empereur Frédéric III. A noter qu’il obtint l’autorisation de porter dans ses armoiries, le lion de la sa ville natale. On a beau s’exiler, on reste Sélestadien pour toujours. Quand il mourut, le 12 décembre 1478, il fut enterré au cimetière de la chapelle Saint-Martin de la cathédrale. On raconta même qu’il fut enterré à l’intérieur de celle-ci. On ne prête qu’aux riches !</p>
<p style="text-align: justify;">
Il doit sa notoriété à son art. Son officine strasbourgeois fut fort actif. On le crédite de l’impression de 45 publications. Outres les deux Bibles précitées qui ont fait sa gloire, son catalogue couvre la champ de la pastorale religieuse, de la théologie, du droit et de la littérature. Il a même édité un <i>Parzifal </i>! Son atelier est plus qu’un atelier. C’est une entreprise. Il ne se contente pas d’imprimer, mais il va à la rencontre de ses clients et lecteurs. Il a organisé le métier. N’a-t-il pas publié, à partir de 1469, les premiers prospectus publicitaires pour annoncer ses nouveautés ? Sa gloire fut durable. Son petit-fils, Jean Schott, avait réussi un joli coup promotionnel en proclamant, pour d’évidentes raisons commerciales, que son grand-père avait tout bonnement été l’inventeur de l’imprimerie. Sa légende était née. Pour autant, il fut un artisan d’art de talent. Le grand humaniste Jacques Wimpfeling, autre Sélestadien de renom s’extasiait  en 1505  encore sur la qualité de ses « nombreux volumes marqués par la pureté et la finition »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les deux B<a href="http://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/download-4/" rel="attachment wp-att-737"><img class="alignleft size-full wp-image-737" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download1.jpg" width="288" height="175" /></a>ibles de Mentelin</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Notre sélestadien imprima le premier libre imprimé en Alsace ( !) en 1460. Soit cinq ans après la Bible à 42 lignes de Gutenberg (1455). La sienne possède 49 lignes et peut être considérée comme un vrai chef d’oeuvre comme toutes ses productions d’ailleurs. Mentelin  apporte un soin particulier à ses productions. A cette époque, il n’y a que trois villes qui disposent de presses au sein de l’Empire germanique: Mayence, Bamberg et Strasbourg. Pour l’admirer aujourd’hui, il faut se rendre à Colmar, où elle sera un joyau du futur musée des Dominicains,  à la Bibliothèque nationale et au musée Condé de Chantilly. Les volumes sont richement illustrés. Les initiales peintes sont nombreuses. Un décor floral, rehaussé d’or encadre les feuillets illustrés. Le décor peint provient probablement du groupe de scribe d’ Henri de Villencus, moine chartreux que l’on sait actif à Bâle au milieu du XVe siècle. Un beau livre donc qui n’étonne pas quand on connait un peu l’exigence de qualité et les talents de calligraphe du Goldschreiber qu’était Mentelin quand il apprit le métier.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Six ans plus tard, sort des atelier de sa presse, une monumentale Bible, en langue allemande, la première au sein du Saint-Empire romain germanique. Plusieurs versions manuscrites en usage au Moyen Âge ont servi de modèle. Pendant soixante ans, elle va connaitre la notoriété avant que la Bible de Luther ne la supplante. Ce qui n’enlève rien ni à la précocité ni à la qualité de la Bible de Mentelin. Le texte imprimé est rehaussé d’initiales à la plume en bleu, vert et vermillon. La qualité « mentelienne » toujours et encore. Elle aussi sera visible à Colmar qui en conserve deux exemplaires. La Bibliothèque nationale en conserve une autre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Résumons, nous devons au Sélestadien le premier livre imprimé en Alsace et la première Bible  en langue allemande … d’Allemagne. De quoi figurer en bonne place dans le panthéon prestigieux de Sélestat et de l’Alsace.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La légende de  Mentelin</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/download-2-2/" rel="attachment wp-att-738"><img class="alignleft size-full wp-image-738" alt="download-2" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download-2.jpg" width="192" height="263" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Strasbourg et Mayence, on le sait, se disputent depuis longtemps l’insigne privilège d’avoir été</p>
<p style="text-align: justify;">le berceau de l’imprimerie. Est-ce à Strasbourg où dans sa ville natale que Gutenberg devint le génial inventeur de cette technique qui révolutionna le monde ? L’affaire est tranchée depuis le  XVIIIe siècle mais elle continua d’ occuper les esprit ; Elle rebondit au rythme des conflits qui opposèrent la France et l’Allemagne.On en vint même à contester que ce fut Gutenberg. On lui substitua un Sélestadien, rien que cela ! L’illustre Jean Mentel ou Mentelin qui fut un des pionniers de l’imprimerie à Strasbourg comme on vient de le voir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Promenez-vous à l’intérieur de la Bibliothèque Humaniste. Que peut-on lire sur cette statue en albâtre, datée du XIXe siècle, où le couple de sculpteurs, Sichler-Majastre, le représente en buste sinon que Jean Mentelin est bien l’inventeur de l’imprimerie. La statue vous accueillait naguère encore à l’entrée de la bibliothèque de Beatus Rhenanus. Aujourd’hui, elle se fait plus discrète, un peu à l’écart, juste derrière l’installation où les visiteurs s’épuisent avec entrain à imprimer leur nom selon la technique de Gutenberg.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est qu’en réalité, il existe une belle légende concernant et Gutenberg et Mentelin. On la racontait encore au siècle dernier. La voici :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> « Jean Mentel, libraire à l’enseigne de la Ménagerie au Fronhof à Strasbourg, inventa en 1440 l’art d’imprimer. Les résultats obtenus par le natif de Sélestat furent si extraordinaires que les gens de métier, les scribes exprimèrent leur incrédulité. Il leur était impossible de faire la différence entre imprimés et manuscrits, tant les premiers ressemblaient à s’y méprendre aux seconds. Un de ces scribes se fit alors engager chez Mentel pour s’approprier la nouvelle technique. Quand il en sut assez, il disparut pour s’établir à Mayence chez un dénommé Gutenberg auquel il confia le secret de l’invention. Un jour, un Strasbourgeois, qui séjournait à Mayence, reconnut le scribe et s’en alla raconter à l’honnête et naïf Gutenberg, l’histoire véritable de l’invention de l’imprimerie. Gutenberg, qui était un honnête homme, fut outré par le comportement indélicat du scribe et le chassa. Il s’en voulut de s’être ainsi fait posséder et tenta de réparer la faute en décidant de se rendre à Strasbourg pour y rencontrer Mentelin et faire amende honorable.  Arrivé sur place, il trouva la maison de Mentel close et s’enquit auprès des voisins du lieu où il pouvait trouver son illustre devancier. On lui indiqua la cathédrale toute proche. Il interrogea le bedeau qui lui fit comprendre que si le sieur Mentelin est ici, il est mort de douleur  parce que sa découverte a été volée » Effondré, Gutenberg se rendit chez Conrad Sasbach afin qu’il lui fabriquât une presse semblable à celle de Mentel. Il s’établit à Strasbourg et « produisit ses plus belles oeuvres à qui il devait gloire et richesse. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’histoire est exquise. Fausse, bien entendu, mais qui nous empêchera de continuer à y croire ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, DNA, </strong></em>extrait de la rubrique Ces femmes et ces hommes qui ont fait l&rsquo;histoire de la ville, 8 février 2020</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Des réformes avant la Réforme</title>
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		<pubDate>Sun, 05 Apr 2020 08:11:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Des Cités et des Hommes]]></category>
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				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><b> </b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/des-reformes-avant-la-reforme/e6/" rel="attachment wp-att-728"><img class="alignleft size-full wp-image-728" alt="e6" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/e6.jpg" width="578" height="325" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
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<p style="text-align: justify;">Il a beau avoir obtenu un succès d’édition large et peut-être inattendu pour son auteur, la <i>Nef des Fous</i> de Sébastien Brant, publiée en 1494, exprime une inquiétude, sinon une angoisse forte devant l’effondrement de la foi et la folie qui s’était emparée d’une société déboussolée. Des larmes d’amertume remplissent les yeux de l’humaniste strasbourgeois « à voir la foi chrétienne décliner dans la honte ». « Nous ressentons hélas aujourd’hui nettement, écrit-il dans son quatre-vingt-dix-neuvième tableau intitulé « Du déclin de la Foi », l’instable situation et la dégradation de jour en jour plus grande de la foi des chrétiens ». Rome et son église ne cessent d’aller vers leur déclin « tout comme fait la lune vers son dernier quartier ». La situation est grave et grand est le danger. Il semble déjà qu’il soit tard, trop tard même.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>« Si le Christ lui-même ne monte à la vigie… »</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Toutes les tentatives de réformer l’Église auraient donc été vaines ? En cette fin du XVe siècle, le bateau penche de plus en plus, il risque de disparaître dans les flots. Les hommes d’Église comme les gens de bonne volonté ont apparemment échoué. Seul le Christ encore peut les sauver : « Si Jésus-Christ lui-même ne monte à la vigie nous nous enfoncerons bientôt dans les ténèbres ». Le temps presse et, aux autorités qui ont en main les leviers de commande, Brant enjoint : « Faites ce qui convient — et chacun à sa place — afin que les ravages ne soient plus grands encore et que soleil et lune ne perdent leur éclat, que la tête et les membres ne périssent ensemble ! »</p>
<p style="text-align: justify;">Ce constat d’échec, ce pessimisme sans illusion fait écho à l’exhortation tardive datée de 1508, tout aussi désespérée, de l’aîné des <i>Frühhumanisten</i> alsaciens, Geiler de Kaysersberg, le tonitruant prédicateur de la cathédrale de Strasbourg qui pendant plus de trente ans vitupéra contre les « abus » de ses contemporains : « Ce qu’il y a de mieux à faire, c’est de se tenir en son coin et se fourrer la tête dans un trou, en s’attachant à suivre les commandements de Dieu et à pratiquer le bien pour gagner le salut éternel. »</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de la parole ou écrivain, chacun à sa manière avait essayé de retarder l’inéluctable. Sans doute avaient-ils longtemps cru que la victoire était possible. Ils n’avaient pas ménagé leur peine et ils n’avaient pas été les seuls engagés dans le combat. À Strasbourg, Wimpfeling, le Sélestadien, et ses amis humanistes, souvent chanoines, acquis plus ou moins profondément aux doctrines humanistes, avaient partagé le même souci de réformer ce qui devait l’être : le cœur de chacun et l’institution qui les réunissait tous, à savoir l’Église, en dehors de laquelle il n’y avait pas de salut.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Des réformes à la pelle</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant l’Église, à travers le Moyen Âge, n’avait pas été épargnée par les crises. Elle s’en était toujours sortie à son avantage, même dans les pires moments de sa déjà longue histoire. Les réformes avaient succédé aux réformes. La réforme clunisienne qui avait montré la voie au XIe siècle, celle qui fit éclore les ordres mendiants au début du XIIIe siècle, autour des franciscains et des dominicains, était arrivée à son heure pour tenter de restaurer l’image d’une église enrichie, éloignée de l’esprit de pauvreté de l’Église primitive et en butte aux hérésies qu’il convenait d’extirper. Les malheurs du temps au XIVe siècle (guerres, famines et épidémies dont l’horrible peste de 1349) avaient non seulement contribué à l’insécurité physique mais aussi à l’angoisse existentielle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces peurs ne furent pas sans effet sur la piété populaire. Superstition et magie se nourrissaient de l’angoisse du péché et du salut. La Vierge surtout, ou Anne sa mère, invoquée plus souvent que Jésus, étaient l’objet de dévotions assidues de même que les saints auxiliaires au nombre de quatorze, appelés à guérir maladies et épidémies. Même les animaux avaient leurs saints. Le culte des reliques fut pratiqué avec une ferveur nouvelle, les chemins des pèlerinages furent rarement aussi encombrés. Les indulgences se vendaient bien. Moyennant finances, on pouvait assurer peu ou prou son salut. Ce dernier passait désormais par des voies individuelles qui faisaient volontiers l’économie des clercs.</p>
<p style="text-align: justify;">Le pape, quant à lui, se comportait comme n’importe quel suzerain temporel, se battant contre ses pairs. Il lui arrivait même d’être multiple, en tout cas trois comme la Trinité, au début du XIVe siècle. Il fallut les déposer d’un coup au concile de Constance (1414-1418) pour revenir à la normale, soit un pape à la fois. Des nouveaux papes aux caractéristiques contrastées : immobile comme Eugène IV, mondain comme Nicolas V, concupiscent et belliqueux comme Alexandre VI. Le concile de Bâle, de 1431 à 1449, avait eu des velléités de réforme, on en resta aux intentions. Tout comme à Constance deux décennies plus tôt, quand on choisit de sanctionner plutôt que réformer. On brûla Jean Hus en 1415 et on déclara hérétique les thèses du théologien anglais John Wyclif, mort depuis 1384. Le premier revendiquait, entre autres, une Église dont la tête ne pouvait être que le Christ, le second était convaincu que seules les Saintes Ecritures étaient importantes. Tous deux avaient prôné l’abandon de la confession individuelle et s’étaient élevés contre la sécularisation progressive de l’Église.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dernière utilisait volontiers l’excommunication et le bûcher pour toute réponse. En 1498 encore, quand à Florence le très exalté prédicateur Savonarole brûla dans les flammes après avoir appelé la population et le clergé à se repentir, stigmatisé l’Église pour son faste et sa frénésie à s’enrichir, et dénoncé l’incapacité du clergé d’annoncer sans la fausser la parole de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Un fort appétit du divin</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">L’Alsace s’était pleinement inscrite dans ce mouvement chaotique où l’espérance et le découragement se succédaient à intervalles réguliers. Elle ne fut épargnée ni par les malheurs du temps, ni par les crises de croissance et les catastrophes naturelles. Elle connut, elle aussi, la peste et son hideux cortège de morts et de désespérés. Elle vécut les dégâts annexes de la guerre de Cent Ans et fut traversée par des hordes de soldats mercenaires, Grandes Compagnies, écorcheurs au nombre de 40 000 qui envahissent l’Alsace en 1444-1445. Les Bourguignons ne l’épargnèrent pas davantage. Sa proximité géographique avec le duché de Bourgogne l’exposa directement. Charles le Téméraire n’était-il pas entré en possession des territoires des Habsbourg en Haute Alsace en 1469 ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le plan religieux, elle avait participé au prodigieux essor des ordres mendiants dans la première moitié du XIIIe siècle. Dominicains et franciscains s’étaient installés dans la plupart des cités. Les premiers avaient fortement contribué au développement de la mystique rhénane à la suite de Maître Eckart et de Jean Tauler, traduisant ainsi un fort appétit du divin et une dévotion exigeante, intérieure et personnelle, qui ne pouvait qu’éloigner ses plus fervents adeptes de la pratique usuelle, collective et mécanique. La singulière aventure de Rulman Merswin à Strasbourg, à la fin du XIVe, et les interrogations autour de l’auteur des écrits attribués au mystérieux Ami de Dieu de l’Oberland, montrent que l’avenir du christianisme passait également par l’engagement de laïcs qui n’étaient pas tous savants. Avec le risque d’égarement, voire d’hérésie si l’on n’y prenait garde.</p>
<p style="text-align: justify;">Les « mendiants » eux-mêmes cessèrent d’être exemplaires. Il fallut les réformer et les ramener à une plus stricte observance. Le mouvement, pour les dominicains de toute la province de Teutonie, partit de Colmar lorsqu’en 1389 le dominicain Conrad de Prusse transforma le couvent local en tête de pont d’une réforme destinée à s’étendre dans une grande partie de l’Allemagne. Le couvent des dominicaines de Schoensteinbach, non loin de Guebwiller, qu’il avait également relevé, fit de même pour les couvents des prêcheresses. Tous, y compris en Alsace, ne le suivirent pas. Coexistaient désormais les observants et ceux qui n’éprouvaient aucun désir d’observer strictement.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Un retour aux sources ?</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Ouverte depuis toujours au foisonnement spirituel qui est une des caractéristiques de l’espace rhénan, L’Alsace emprunta une autre voie, venue du nord, celle de la <i>devotio moderna</i>, initiée par les frères et sœurs de la Vie commune, qui rassembla à Deventer, autour de Gérard Groote, des chanoines et chanoinesses de la congrégation de Windesheim dans la deuxième moitié du XIVe siècle. L’ouvrage de référence produit en son sein est la fameuse <i>Imitation de Jésus-Christ</i>, probablement rédigée par Thomas a Kempis vers 1427. Méfiants à l’égard de l’Église en tant qu’institution, volontiers assimilée à « une bergerie gardée par des loups », les dévots étaient à la recherche d’une vie spirituelle libre, personnelle, dépouillée et vraie, axée sur l’exigence intérieure. Le mouvement fit son nid au couvent de Truttenhausen en 1454 et accompagna fortement l’aventure de l’École latine de Sélestat, « réformée » par le Westphalien Louis Dringenberg à partir de 1441, et qui sera pendant plus de 75 ans un éminent foyer de rayonnement de la pensée humaniste.</p>
<p style="text-align: justify;">Le retour aux sources – <i>reditus ad fontes</i> — grecques et latines, aux Belles lettres et à l’éloquence antique s’accompagnait, en même temps, d’un sincère désir de revenir aux sources de l’Église primitive que l’on supposait pure, non encore souillée par le poison de la sécularisation, de l’avidité et du péché. Les maîtres de l’école latine de Sélestat, les successeurs de Dringenberg, les Craton Hoffmann, Jérôme Guebwiller, Oswald Baer étaient autant préoccupés de développer la connaissance de l’antiquité classique que de raffermir la croyance et les mœurs chrétiennes. Le dernier d’entre eux, Hans Sapidus, l’était tout autant. Mais pour lui le temps était venu : il embrassa la Réforme luthérienne et dut quitter Sélestat en 1525.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Consciencieux et même parfois vertueux</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">En Alsace, comme ailleurs, c’étaient pourtant bien les clercs qui avaient essayé de réformer l’Église de l’intérieur, rencontrant parfois l’oreille plus velléitaire que volontaire d’évêques consciencieux, et même parfois vertueux, comme Robert de Bavière (1440-1478), Albert de Bavière (1478-1506) et surtout Guillaume de Honstein (1506-1541) qui avaient succédé, sur le trône épiscopal strasbourgeois, aux calamiteux Frédéric de Blankenheim et Guillaume de Dietz. Parmi ces clercs lucides, actifs et parfois prophétiques, le précurseur avait été Jean Kreutzer, originaire de Guebwiller (1424/1428-1466), ascète habité, orateur rare, ancien curé de Saint-Laurent de la cathédrale de Strasbourg, laquelle finit par le bannir tant il avait malmené les religieux et les curés de la ville, et le <i>Doktor im Münster</i>, Jean Geiler de Kaysersberg (1445-1510), autre Haut-rhinois engagé qui ne cessa, du haut de la belle chaire que Strasbourg lui offrit, de fustiger sans ménagements les travers des clercs, conventuels et laïcs, ses contemporains.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais sous les mots les plus véhéments se cachait en réalité un conservateur, disciple du théologien et prédicateur français Jean Gerson, proposant plus de restaurations que d’innovations, et ne contestant pas fondamentalement l’organisation ecclésiale, convaincu que la réforme de l’Église passait par l’exemplarité des évêques invités à recourir aux écoles, aux synodes et aux visites pastorales pour restaurer le clergé dans sa ferveur et pureté d’autrefois. Un clergé exemplaire et bien formé constituait, dans l’esprit de Geiler, l’ingrédient nécessaire à la réussite de la réforme dans l’Église. Ce dont était aussi convaincu l’humaniste et pédagogue Wimpfeling, qui mettait davantage l’accent sur le rôle privilégié que devait jouer l’instruction.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>« Convertissez-vous ! » </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Était-ce assez ? Ils avaient été, pour la plupart, témoins de la haine dont le clergé faisait désormais l’objet. Le <i>Pfaffenhass </i>auxquels ils avaient indirectement contribué par leurs écrits et sermons, était une attitude largement répandue au sein d’une population convaincue que « les curés sont débauchés et cupides, les nonnes vicieuses et méchantes ». Le divorce entre les clercs et la majorité des fidèles était devenu effectif. Leurs routes divergeaient désormais. Les uns vaquaient à leurs occupations et prébendes, les autres couraient les saints et Notre-Dame pour des dévotions sincères, illustrées par l’impressionnant succès de la confrérie du Rosaire à la fin du XVe siècle. Probablement n’avaient-ils plus grand-chose à se dire.</p>
<p style="text-align: justify;">Précurseurs parfois prophètes, prédicateurs souvent, mais aussi écrivains, les « réformateurs » échouèrent finalement. La véhémence de leurs diatribes ne mit pas fondamentalement en cause les piliers de l’institution. Leur réforme avait du mal à produire des effets spectaculaires, car elle était basée sur le redressement moral, par définition fragile et imparfait. Impossible de faire de chaque clerc, et davantage encore de chaque fidèle, un saint. L’héroïsme est une vertu rare et rarement partagée. Le « Convertissez-vous ! » obsédant du prédicateur se perdit sous la voûte de la cathédrale. Chacun en avait sa propre interprétation. Le prophète qui en appelait au cœur des clercs et de ses ouailles était-il plus vertueux que l’administrateur de l’évêché, qui parlait aux bourses et consciencieusement s’employait à faire rentrer de l’argent ? Il fallait bien que la boutique continuât de tourner…</p>
<p style="text-align: justify;">Restait l’espérance dernière, qui résonnait comme un constat d’échec : que Jésus-Christ lui-même monte à la vigie… Ils attendaient miraculeusement le Sauveur, et c’est un moine augustin qui vint à leur rencontre.</p>
<p style="text-align: justify;"> Sources :</p>
<p style="text-align: justify;">Sébastien Brant,<i> La nef des fous</i>, traduit de l’allemand par Madeleine Horst, Strasbourg, La Nuée Bleue, 2005.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean Chélimi, <i>Histoire religieuse de l’Occident médiéval,</i> Paris, Hachette, 1991.</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Lexikon der Reformationszeit</i>, Freiburg, Herder, 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">Georges Perrin, <i>Histoire du Moyen Âge</i>, Paris, Perrin, 2014.</p>
<p style="text-align: justify;">Klaus Pfitzer, <i>Reformation, Humanismus, Renaissance,</i> Stuttgart, 2015.</p>
<p style="text-align: justify;">Francis Rapp, <i>Reformes et Réformation à Strasbourg. Eglise et société dans le diocèse de Strasbourg (1450-1525)</i>, Paris 1974</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel  Braeuner</strong></em>, <em>Revue Alsacienne de littérature</em>, n°127, 1er semestre 2017</p>
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