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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; Sélestat</title>
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	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
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		<title>Wimpfeling, l&#8217;humaniste pédagogue</title>
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		<pubDate>Fri, 22 May 2020 09:29:13 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[ Le Sélestadien Jacques Wimpfeling (1450-1528) figure au panthéon des humanistes alsaciens à côté de Geiler de Kaysersberg, Sébastien Brant et Beatus Rhenanus. Excellent pédagogue, au tempérament querelleur, il résume assez bien la grandeur et les limites de l’humanisme alsacien de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/wimpfeling-lhumaniste-pedagogue/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i> </i></b><em style="text-align: justify;">Le Sélestadien Jacques Wimpfeling (1450-1528) figure au panthéon des humanistes alsaciens à côté de Geiler de Kaysersberg, Sébastien Brant et Beatus Rhenanus. Excellent pédagogue, au tempérament querelleur, il résume assez bien la grandeur et les limites de l’humanisme alsacien de la première génération : celle des Frühumanisten.  Des intuitifs qui ont souvent vu juste sans aller au bout de leurs idées. Avec, pour Wimpfeling, une tendance prononcée pour l’aigreur et l’échec.</em></p>
<p style="text-align: justify;"> Il fut un de nos grands humanistes. De la génération des pionniers, celle de Geiler de Kaysersberg <a href="http://www.histoires-alsace.com/wimpfeling-lhumaniste-pedagogue/images-6/" rel="attachment wp-att-808"><img class="alignleft size-full wp-image-808" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/05/images.jpg" width="199" height="253" /></a>de Sébastien Brant. Sélestadien comme son cadet Beatus Rhenanus. Né dans notre ville en 1450, il y décède, à l’âge de 78 ans, en 1528. Il avait été l’élève de Louis Dringenberg à l’Ecole latine avant de faire ses études universitaires à Fribourg-en-Brisgau, puis à Erfurt, et enfin à Heidelberg où il obtint le titre de maître ès arts en 1471. Wimpfeling y fit une belle carrière. Enseignant la littérature latine, il devint successivement doyen de la faculté des arts, recteur et vice-chancelier de l’université, en 1482, tout en poursuivant des études de théologie (il avait été ordonné prêtre) couronnées par une licence en 1484. Celle-ci lui ouvrit la voie de prédicateur à la cathédrale de Spire, à l’appel de l’évêque. N’eut-il pas l’honneur, dans cette nouvelle fonction, de guider l’empereur Maximilien lors de sa visite du sanctuaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">L’enseignement était cependant sa vocation. Il revint à la faculté des arts de Heidelberg en 1498, où il expliqua s. Jérôme et Prudence, avant de s’installer à Strasbourg en 1501. Il y retrouva Geiler de Kayserberg, le très persuasif prédicateur de la cathédrale de Strasbourg, et le prévôt de l’église Saint-Thomas, Christophe d’Utenheim. Tous les trois rêvaient de changer de vie en fondant une communauté érémitique en Forêt-Noire. L’affaire capota. Christophe d’Utenheim devint évêque de Bâle en décembre 1502. C’en était fini de leur rêve de solitude à trois. Wimpfeling, à la demande de son ami Geiler et de Sébastien Brant, resta finalement à Strasbourg. Il logea chez dans le couvent des Guillelmites (dont il reste l’église Saint-Guillaume) et s’adonna à un travail intellectuel et pédagogique soutenu. Ce fut une période féconde de sa vie. Il y prépara son <i>Catalogue des évêques de Strasbourg </i>qui fut publié en 1508, continua de publier ses ouvrages pédagogiques, s’occupa, entre autres, de l’éducation du jeune Jacques Sturm, futur stettmeister (premier magistrat de religion réformée de Strasbourg, multiplia les querelles littéraires et historiques notamment avec le franciscain Thomas Murner, et créa, en 1508/1510, la Société littéraire de Strasbourg où l’on retrouve les élites humanistes locales. Il y accueillit Érasme en 1514.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce grand théoricien de la pédagogie s’était vu décerner le titre de <i>Praeceptor Germaniae</i> (« Précepteur de l’Allemagne »)<i>. </i>Les questions relatives à l’éducation le passionnaient. L’<i>Isidoneus germanicus (Introduction pour la jeunesse allemande</i>),en1497, un traité de grammaire latine, l’avait révélé ; <i>l’Adolescentia</i> (<i>La Jeunesse</i>)<i>,</i> une compilation des règles de conduite, avait confirmé son orientation ; le <i>De Integritate </i>(<i>Sur L’Intégrité </i>[<i>de la vie religieuse</i>]), en 1505, un guide moral pour les jeunes prêtres, illustrait son désir de réformer l’Église, en crise, par une meilleure formation du clergé, alors que sa <i>Diatriba de proba puerorum institutione </i>(<i>Discussion sur la bonne éducation à donner aux enfants</i>…) en 1514 constituait un recueil de conseils pour les enseignants. Dans son esprit, seule l’éducation pouvait sauver l’Église et la société de l’effondrement. On pouvait recourir aux auteurs de l’Antiquité à condition qu’ils fussent moralement irréprochables. Il préférait la lecture des Pères de l’Église ou celle des humanistes chrétiens contemporains, tel l’Italien Baptiste de Mantoue. Wimpfeling avait également conçu l’idée d’un Gymnase/gymnase, préparatoire aux études universitaires, qui se déroulaient alors à Bâle, Fribourg, Heidelberg, Mayence et Cologne. En vain. L’idée fut reprise, en 1538, avec la création du Gymnase de Strasbourg par Jean Sturm. L’histoire fut l’autre grande affaire de sa vie. Hormis sa <i>Germania</i> (1501) qui tient davantage du pamphlet, son <i>Epitome rerum germanicarum</i> (<i>Abrégé de l’histoire de l’Allemagne</i>, en 1505) est un des premiers essais de synthèse de l’histoire de l’Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Malade, il s’était retiré dans sa ville natale, auprès de sa sœur Madeleine, à partir de 1515. Il y fonda la Société littéraire locale. Hostile à la Réforme qui progressa rapidement en Alsace après 1518, séduisant nombre de ses amis et anciens élèves strasbourgeois, il resta fidèle à l’Église romaine et fut enterré, en 1528, dans l’église Saint-Georges, où il avait été baptisé.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Les emportements de Wimpfeling</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Wimpfeling avait-il du caractère ? Un mauvais caractère probablement. Prompt à la colère, ses indignations étaient nombreuses. Elles l’emportaient parfois loin, trop loin. Quelques-unes de ses querelles sont restées célèbres. Celle avec le franciscain natif d’Obernai, Thomas Murner, autre caractère mal embouché, par exemple. Le point de départ en fut la <i>Germania,</i> publiée en 1501, où, à travers un pamphlet de circonstance, Wimpfeling demande à ses compatriotes de faire preuve de plus de patriotisme à l’égard du Saint-Empire auquel ils appartiennent. Très<i> nationalbewusst</i>, comme d’autres humanistes allemands, il soutient, entre autres, que les Allemands avaient toujours occupé la rive gauche du Rhin, que les prétentions françaises sur cette zone étaient sans fondement et que, par conséquent, Charlemagne ne pouvait être qu’Allemand. Thomas Murner le cueillit, un an après, dans la <i>Germania Nova</i> (<i>Nouvelle</i> <i>Germanie</i>), en prétendant exactement le contraire. Nous sommes au début du XVI<sup>e</sup> siècle, le différend au sujet des frontières entre la Gaule et la Germanie était lancé. Ils avaient beau être prêtres tous les deux, l’échange fut rude, peu charitable et d’une rare</p>
<p style="text-align: justify;">On connaît moins sa diatribe contre Jacques Locher, enseignant à l’Université d’Ingolstadt, qui avait traduit en latin le <i>Narrenschiff </i>(<i>Nef des fous</i>) à la demande de son auteur, Sébastien Brant. Poète brillant, surnommé Philomusus, « Ami des Muses », ses cours sur la poésie et la rhétorique attiraient une foule d’étudiants. Il avait suscité la jalousie d’un confrère, plus âgé, professeur de théologie, Georges Zingel, qui attaqua son jeune collègue en traitant ses Muses de mules stériles, lui reprochant de « de faire l’apologie de la poésie antique dépravée et contraire à la religion chrétienne ». Locher répliqua, s’en prit à la théologie scolastique enseignée par son aîné, qui ne « donnait que les excréments pieusement recueillis par les théologastres ». En 1510, Wimpfeling (tout comme Brant) prit fait et cause pour Zingel et démontra, avec sa fougue habituelle, que la poésie, bonne pour les enfants dans leur apprentissage du latin, était féminine, alors que la prose, seule, était virile, capable de révéler la vérité chrétienne. En fait, la querelle opposait les théologiens conservateurs aux humanistes, lecteurs des œuvres païennes de l’Antiquité.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1505 déjà, lors d’un séjour auprès de son ami Christophe d’Utenheim devenu évêque de Bâle, Wimpfeling n’avait rien trouvé de mieux que d’exhorter les Bâlois à dénoncer l’alliance conclue en 1501 avec la Confédération helvétique. Le Conseil de la ville entama une procédure à son encontre. Il s’enfuit piteusement et regagna Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Reflet de son temps</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Wimpfeling est un personnage passionnant à défaut d’être attachant. Il n’a ni la maîtrise ni le brillant de Beatus Rhenanus dont il est l’aîné. Il n’en a pas l’aisance matérielle non plus. Il passa l’essentiel de sa vie … à tirer le diable par la queue. Il vécut cependant assez longtemps pour être le parfait témoin d’une période qui connut l’avènement et la réussite de l’humanisme et son effacement devant la Réforme. Ce grand aigri, nerveusement fragile, était un homme honnête et probe. Parfait représentant de son siècle, en réalité à cheval sur deux siècles. Homme du Moyen Age et du début de la Renaissance. Homme davantage ou essentiellement du Moyen Age par ses idées. Pourfendeur violent des abus de l’Église et malgré tout fidèle à l’institution. Visionnaire fréquemment, déçu toujours. Contrarié le plus souvent. Profondément conscient qu’il fallait réformer l’Église, les prêtres comme les ouailles, mais incapable de suivre ni même de concevoir une réforme radicale comme celle qui advint. Confiant dans les vertus de l’éducation, chagriné cependant de ne pas voir ses idées appliquées. Jean Sturm reprit une partie de ses idées en créant le Gymnase en 1538 dans Strasbourg passée à la Réforme. Aurait-il apprécié ? Il avait formé son homonyme Jacques Sturm, remarquable politique, excellent diplomate, humaniste cultivé et protestant ardent. Il en fut marri. Il avait eu la tentation de se retirer dans le désert, en l’occurrence dans la solitude de la Forêt-Noire pour vivre en ermite, il resta à Strasbourg où il s’abîma dans le travail et s’épuisa dans quelques querelles stériles. Cet humaniste se méfiait des auteurs anciens parce que païens. A trop les fréquenter, on risquait d’y perdre son âme de chrétien, à défaut de son latin. Obsédé, comme beaucoup de ses contemporains, par le péché et la formule <i>Noli peccare, deus videt</i> (« Ne pêche pas, Dieu te regarde »), il partagea les préjugés et les rejets de son temps. Son anti- judaïsme fut violent. En 1501, dans la <i>Germania</i>, faisant l’Éloge de Strasbourg, il cite sur le même plan : « Des bibliothèques, de doctes savants, des écoles de frères mendiants, des architectes, l’expulsion des juifs, de magnifiques maisons, de belles rues et places. » Ou l’art de faire du renvoi des juifs un monument parmi d’autres… Il a aussi raté sa sortie. Son épitaphe à l’église Saint-Georges, où il fut enterré, fut emportée par la Révolution. Il s’est, dans sa ville natale, effacé devant Beatus Rhenanus qui a raflé la mise. Connu des érudits, il a disparu de la mémoire des gens. Je l’imagine, là où il est, râler encore.</p>
<p><b><i> </i></b></p>
<p><b><i>Pour en savoir plus :</i></b></p>
<p>Hubert Meyer, « Jacob Wimpfeling », dans <i>Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne</i>.</p>
<p>Francis Rapp, <i>Réformes et Réformation à Strasbourg. Eglise et Société dans le diocèse de Strasbourg (1450-1525)</i>, Strasbourg, 1974.</p>
<p>Gabriel Braeuner, <i>Au cœur de l’Europe Humaniste, Le génie fécond de Sélestat</i>, Editions du Tourneciel, 2018.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Gabriel Braeuner,</strong> DNA 17 mai 2020, Ces femmes et ces hommes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat( 13/24)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Sainte Odile et Sélestat</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Apr 2020 09:49:39 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La sainte la plus vénérée d’Alsace est particulièrement présente à Sélestat. Elle apparaît sur les vitraux de deux de nos églises, Sainte -Foy et Saint-Georges. Une statue en pleine ville de même que le nom d’une rue lui sont consacrés. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">La sainte la plus vénérée d’Alsace est particulièrement présente à Sélestat. Elle apparaît sur les vitraux de deux de nos églises, Sainte -Foy et Saint-Georges. Une statue en pleine ville de même que le nom d’une rue lui sont consacrés. Sa vie comme sa légende s’inscrivent dans les balbutiements de l’histoire de notre province. Elle qui vécut au temps lointain des mérovingiens, n’a rien perdu de sa popularité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Sainte Odile , patronne de l’Alsace </i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> <a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/download-6/" rel="attachment wp-att-798"><img class="alignleft size-full wp-image-798" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download3.jpg" width="180" height="280" /></a>Elle notre sainte la plus connue. Canonisée par Léon IX, notre seul pape alsacien, qui occupa le trône pontifical de 1048 à 1054. Qui ne connaît Odile en Alsace dont elle est devenue la sainte patronne depuis … 1946 ! Présente depuis longtemps et particulièrement persévérante. En réalité, on sait très peu de choses sur sa vie. La légende ou les histoires arrangées la concernant sont plus importantes que sa biographie. Notre Alsacienne à vécu à l’époque mérovingienne. Elle est la fille du duc Etichon ou Adalric qui gouverna l’Alsace. Née vers 660, elle mourut en 720. Elle fut l’abbesse du couvent de Hohenburg que son père avait fondé. Le reste n’est que littérature ou récit hagiographique. D’ailleurs, sa vie ne fut écrite que 200 ans après sa mort. On eut le temps de l’embellir. Nous avons tous entendu parler de la noire colère de son père qui attendait de son épouse Bereswinde, un héritier mâle, quand Odile vint au monde. Quand il apprit, en outre qu’elle était aveugle, il se sentit humilié et chercha à la tuer. Sa mère réussit à préserver sa vie en l’éloignant. Elle fut élevée au monastère de Palme qu’on identifie parfois avec Baume-les-Dames. Elle recouvra la vue : Odile ne signifie-t-il pas «  fille de la lumière »? Elle finit par se réconcilier avec son père qu’il lui confia son château transformé en monastère. Mais la Hohenburg était difficilement accessible aux fidèles et pèlerins. L’abbesse Odile fit construire un second établissement un peu plus loin, le monastère d’en bas, appelé « Niedermünster.»</p>
<p style="text-align: justify;"> Difficile de démêler l’écheveau de la légende de celle de l’histoire. Mais le fait est que sa mémoire fut préservée. Le Mont-Saint-Odile est connu bien au delà nos frontières. C’est un peu notre montagne sacrée, un lieu ou souffle l’esprit. Toutes les aspirations politiques, culturelles et religieuse de la province se sont focalisées sur lui. Avant Odile, le mur païen déjà. Depuis Odile, des communautés de moniales attentives à l’accueil des pèlerins et des déshérités. Aujourd’hui encore, on s’y relaie pour la <i>laus perennis</i>, cette prière qui jamais ne cesse. Pendant la première guerre mondiale, on publia même un texte latin apocryphe connu sous le nom de <i>La prophétie de sainte Odile</i>. On le réemploya durant la seconde guerre. Il avait le bon goût d’annoncer, à chaque fois, la chute de la belliqueuse Allemagne. Odile avait toujours protégé l’Alsace. Et en parfait petit soldat, elle servit encore.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><b><i>Sainte Odile à Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/images-5/" rel="attachment wp-att-799"><img class="alignleft size-full wp-image-799" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/images2.jpg" width="194" height="259" /></a> Odile n’a pas de lien étroit avec notre ville. Elle n’en est pas moins présente. Il est vrai qu’en tant que sainte patronne de l’Alsace pour les catholiques, Sélestat fait également  partie… de son diocèse. Une rue importante, une des plus longues de la ville, lui est consacrée depuis les années trente. Un axe nord-sud qui longe  approximativement la ligne du chemin de fer.</p>
<p style="text-align: justify;"> Vous l’avez tous vu,  au moins une fois, sur la place du Marché Vert à l’angle d’un édifice commercial. Elle semble veiller sur nous sans que nous la voyons immédiatement. Nous avons oublié de lever les yeux. Elle porte les siens sur un livre ouvert.C’est comme cela que nous la reconnaissons. C’est sa marque identitaire, son attribut de sainteté. Née aveugle, elle  a retrouvé la foi par le baptême.</p>
<p style="text-align: justify;"> C’est avec les mêmes attributs qu’elle figure sur le vitrail du croisillon nord de l’église Sainte Foy. Elle se trouve à côté de saint Léon IX, celui la même qui la canonisa dans son court pontificat. Léon, en réalité Bruno d’Eguisheim qui avait été évêque de Toul et qui fut  l’oncle de Hildegard de Buren, avait vécu au XIe siècle. Odile, trois siècles plutôt. Entre les lieux une belle filiation qui narre les balbutiements de l’histoire de l’église d’Alsace. Qu’ils soient réunis tous deux dans une église à Sélestat est naturel</p>
<p style="text-align: justify;"> Nous présentons  par ailleurs  le beau vitrail contemporain dédié à la vie de sainte Odile  dans le choeur de l’église Saint-Georges.  Sait-on  qu’on la retrouve enfin, indirectement, à travers la mention en latin  de ses parents, Adalric et Bereswinde, sur le portail officiel, rue du Sel, de l’hôtel d’Ebersmünster.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Le vitrail d&rsquo;Odile </strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/sainte-odile-et-selestat/img_7444/" rel="attachment wp-att-800"><img class="alignleft size-full wp-image-800" alt="IMG_7444" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG_7444.jpeg" width="322" height="640" /></a> Dans le vaste choeur de l’église Saint-Georges, Odile a trouvé sa place. Tout un vitrail lui est consacré. Elle se retrouve en bonne compagnie, à coté de Notre Dame, à qui le sanctuaire autrefois fut consacré, sainte Catherine, saint Georges et saint Michel, sainte Hélène et sainte Agnès. Elle n’y figurait pas au Moyen-Age et n’est pas recensée parmi les vitraux du XVe siècle aujourd’hui conservés ( 55 panneaux sur 288). Elle est arrivée plus récemment, en même temps que Michel et Georges. Elle fait partie des petits derniers. Elle n’est cependant pas la moindre. Son géniteur, si l’on peut dire, est le grand maître-verrier Max Ingrand (1908-1969) qui restaura, après-guerre, les vitraux de la fin du Moyen Age, et remplaça les panneaux manquants par des nouveaux qui ne déparèrent pas. Au contraire, le miracle des vitraux du chœur de l’église Saint-Georges réside dans la complémentarité et l’harmonie des verrières historiques et des contemporaines. Du grand art pour tous les spécialistes. A première vue d’ailleurs, avant que le regard ne s’habitue, on a même du mal à les dissocier. C’est en 1967, que Sélestat retrouva, en quelque sorte, sa « sainte chapelle ».</p>
<p style="text-align: justify;"> La première des sept fenêtres du chœur est consacrée à la vie légendaire de sainte Odile. Quatorze panneaux narrent son extraordinaire aventure : la naissance de l’enfant aveugle, le secret de son éducation, le baptême qui la guérit de la cécité, la première réconciliation avec son père, sa charité envers les pauvres, son refus de se marier malgré les menaces de son père, son nouvel exil, sa vie errante de mendiante, sa réconciliation définitive avec son père, la fondation d’une communauté religieuse, la retraite des parents d’Odile auprès de leur fille devenue abbesse, ses oeuvres de charité, sa mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Le tout se déroule dans une architecture adaptée qui sert de cadre et fait se côtoyer une riche gamme de couleurs qui laissent passer la lumière et concourent ainsi à faire du chœur de l’église cette anticipation du Royaume auquel aspirent les enfants de Dieu.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Pour en savoir plus :</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Thérèse Fischer, La vie de sainte Odile et les textes postérieurs, Strasbourg, Editions du signe, 2006</p>
<p style="text-align: justify;"> René Bornert, Notice Odile (sainte), Nouveau Dictionnaire de Biographie Alsacienne, p. 2893-2896.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, DNA  Sélestat, 13 juillet 2019, Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Saint Georges et Sélestat</title>
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		<pubDate>Sun, 12 Apr 2020 13:37:08 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#160; Il a pignon sur rue, à Sélestat, « notre » saint Georges.  Il est même devenu le patron de l’école paroissiale au cours du XVe siècle. Personnage historique autant que légendaire, il fait partie des saints particulièrement vénérés au Moyen Age. &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;">Il a pignon sur rue, à Sélestat, « notre » saint Georges.  Il est même devenu le patron de l’école paroissiale au cours du XVe siècle. Personnage historique autant que légendaire, il fait partie des saints particulièrement vénérés au Moyen Age. Comme saint michel, l’archange, il terrassa un dragon, incarnation absolue du mal et du péché. L’église Saint-Georges possède en son coeur un admirable vitrail contemporain réalisé par le très talentueux maitre verrier  Max Ingrand à la fin des années 60. A voir  ou à redécouvrir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/saint_george_and_the_dragon_by_paolo_uccello_paris_01/" rel="attachment wp-att-784"><img class="alignleft size-medium wp-image-784" alt="Saint_George_and_the_Dragon_by_Paolo_Uccello_(Paris)_01" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/Saint_George_and_the_Dragon_by_Paolo_Uccello_Paris_01-300x169.jpg" width="300" height="169" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>saint Georges à Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Saint Georges est un saint étonnant. On le connaît un peu par l’histoire, on le connaît davantage par sa légende. Il est l’un de nos saints les plus vénérés, à l’égal de saint Martin qui cumule, en Europe, le patronage des églises. On sait qu’il fut valeureux. On n’est pas pour rien le patron des chevaliers. Brave oui, mais téméraire au point de détrôner la Vierge Souveraine à Sélestat, on ne s’y attendait pas. On dira que c’est osé. Pendant des siècles, l’église paroissiale de Sélestat était dédiée à Notre Dame. Puis à la fin du Moyen Age, au XVe siècle, sans doute, sans qu’on sache vraiment ni quand ni pourquoi, elle fut dessaisie au profit du preux chevalier  dont on raconte qu’il terrassa un jour un épouvantable dragon, qui ressemblait probablement  à celui que chevauche Daenerys Targaryen dans Game of Thrones.</p>
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<p style="text-align: justify;">Pourquoi à Sélestat préféra-t-on la mâle attitude d’un chevalier à la rassurante présence protectrice de la mère du Christ ? On remit cela un siècle plus tard quand fut édifiée la belle chaire dont la cuve est portée par Sansom, autre mâle puissant avant que Dalila se décidât à lui couper les cheveux. Au moment du « putsch », le reine des cieux ne donna guère l’impression de s’accrocher à son siège. Elle acquiesça et consentit à s’effacer. Il est vrai qu’elle avait l’habitude de ces intrusions violentes. L’archange Gabriel, jadis déja&#8230; Mais qu’on se rassure, Marie a du souffle , c’est une coureuse de fond, elle reviendra.</p>
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<p style="text-align: justify;">Mais qui est ce Georges qui apparaît sur la scène locale? Pour l’histoire, il est né en Cappadoce vers 275-80 et mourut martyr, le 23 avril 303, sous l’empereur Dioclétien. Son père était un noble arménien, sa mère était originaire de Palestine. Quand son père mourut, sa mère revint en Judée, dans la région de Lydda ( Lod, en Israel ). A quinze ans, il entre dans l’armée romaine, est remarqué par Dioclétien qui le fait chevalier et même chef de sa garde personnelle. Grâce à ses aptitudes militaires et à ses origines, il obtint le commandement des régions sensibles comme la Syrie, la Palestine, l’Egypte et la Libye. Il fut même élevé au rang de préfet. Quand l’empereur reprit la persécution des chrétiens, en 303, Georges s’opposa à lui, démissionna de son poste, entra en dissidence à côté des chrétiens avant d’être arrêté pour avoir, à Nicodémie, détruit une tablette sur laquelle figurait l’édit obligeant la population à s’adonner au culte d’ Apollon.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Arrêté, il est soumis à une série de supplices dont il survit miraculeusement avant d’être décapité. Il est enterré à Lydda « où il avait vaincu le dragon ».  Son culte se répandit dans tout le Proche Orient puis, plus tard, dans l’Europe chrétienne. Le roi Clovis le promut, les croisades le rendirent populaire, il devint le patron de l’ordre du temple, de l’ordre teutonique, de l’ordre de la Jarretière également appelé ordre de Saint-Georges. <i>La Légende dorée (</i>XIIIe s.) qui raconte, en l’embellissant, la vie d’environ 150 saints, du dominicain Jacques de Voragine, archevêque de Gênes, assure sa gloire et sa légende dont les artistes s’emparent. Au XIIIe siècle, il rejoint la cohorte des Saints Auxiliaires qu’on invoque lors des grandes épidémies. Son audience s’élargit encore. Nos voisins de Fribourg en Brisgau en font leur saint patron, tout comme le Royaume Uni ou plus récemment les scouts&#8230; L’armée l’a récupéré depuis longtemps. « <i>Et par saint Georges » </i>est la devise de l’armée blindée et de la cavalerie française. Il en va de même chez nos voisins suisses.</p>
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<p style="text-align: justify;">Finalement, il ne dépare pas dans la bonne ville de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/images-4/" rel="attachment wp-att-785"><img class="alignleft size-full wp-image-785" alt="images" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/images.png" width="201" height="250" /></a></p>
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<p style="text-align: justify;"><b><i>Le dragon de saint Georges</i></b></p>
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<p style="text-align: justify;">Il a beau être martyr, ses attributs le désignent non pas par la palme et le supplice du martyr, mais juché sur un cheval et terrassant un dragon. Cette image est quasi figée depuis le XIIIe siècle quand fut rédigée la <i>Légende dorée</i>. Georges de Lydda, officier de l’armée romaine, traversa un jour la ville de Silène, en proie à la terreur. Elle était persécutée par un dragon qui non seulement dévorait tous les animaux de la contrée mais exigeait qu’on lui livrât chaque jour, deux jeunes gens tirés au sort. Celui-ci tomba sur la fille du roi, le jour où Georges entra en ville. Il promit de la délivrer et engagea un féroce combat avec le monstre qu’il transperça d’un coup de lance avec l’aide du Christ et après un signe de croix. La princesse fut délivrée et le dragon amadoué la suivit comme un chien fidèle. La foule resta cependant tétanisée à la vue du dragon que Georges finit par occire par l’épée.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La légende a fini par l’emporter sur l’histoire. Le dragon était probablement un brigand de grand chemin qui terrorisait et rançonnait les habitants de Lydda. On connaît même son nom : <i>Naphr</i> ! Mais que pèse l&rsquo;histoire face à l’impact de la légende ? Dans l&rsquo;édification du chrétien,  elle est autrement plus efficace : le dragon est une allégorie de Satan, autrement dit du Mal. Dans son imaginaire, enfin, il est suffisamment monstrueux pour nourrir les angoisses du pécheur  face à son salut.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Petite indication à ceux qui auraient tendance, devant une statue ou une peinture, à confondre saint Georges et saint Michel, qui lui aussi terrassa un dragon : Michel n’a pas de monture, il porte des ailes !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le vitrail de Max ingrand </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/saint-georges-et-selestat/img_7443-2/" rel="attachment wp-att-786"><img class="alignleft size-full wp-image-786" alt="IMG_7443 2" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/IMG_7443-2.jpeg" width="302" height="617" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le très beau jeu des vitraux  de l’église paroissiale réalisé par Max Ingrand dans les années soixante, qui complète les vitraux d’origine du XVe siècle, saint Georges a trouvé sa place et il est à sa place. Soit à la droite de la Vierge (à gauche dans le choeur) et en face de saint Michel, autrement dit du coté nord du choeur dont le vitrail principal, celui du chevet, est entièrement consacré à la Vierge. Comme quoi tout est rentré dans l’ordre. Marie a retrouvé sa primauté et la hiérarchie a repris ses droits.<br />
Le cycle de saint-Georges est un vitrail contemporain. Il s’inspire de la <i>Légende dorée</i> et, en seize panneaux, narre l’essentiel de la vie de saint Georges enrichie par la légende : Il apparaît sous les traits d’un chevalier. Un dragon ravage les alentours de la ville de Silène, la fille du roi est désignée pour servir de prochaine victime de la bête,  elle croise le chevalier qui s’engage à la sauver, celui-ci blesse le dragon, la jeune femme passe sa ceinture autour de son cou avant que Georges achève la bête. Le chevalier convertit le roi, se dépouille de ses armes pour vêtir  le manteau des chrétiens. Il refuse d’adorer les dieux païens, on le soumet au supplice, Dieu lui apparaît dans le cachot où il a été jeté. Georges échappe au poison du magicien, survit à la chaudière de plomb fondu et renverse les idoles du temple avant d’être décapité.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">La qualité esthétique du travail réalisé par le maitre verrier Max Ingrand est, comme nous l’avons déjà souligné dans une précédente chronique, tout à fait admirable. Il est à la fois fidèle à la tradition et moderne dans son expression. Le panneau consacré à la vie de saint Georges le confirme une fois encore</p>
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<p style="text-align: justify;"><strong>Pour en savoir plus :</strong></p>
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<p style="text-align: justify;"><i>La Légende dorée</i> de Jacques de Voragine, 2t., Flammarion 1999</p>
<p style="text-align: justify;">Georges Daix,<i> Dictionnaire des saints</i>, Lattès, 1996</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Reclams Lexikon der heiligen und der biblischen Gestalten</i>, Stuttgart, 1984</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Biographisch-bibliographisches Kirchenlexikon</i>(BBKL). Band 2, Bautz, Hamm 1990,</p>
<p style="text-align: justify;"><i>Sept siècles de vitraux, Eglise Saint-Georges de Sélestat</i>, Sélestat 2010</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Gabriel Braeuner</em></strong>, DNA  Sélestat, 12 octobre 2019, extrait de la rubrique  Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Les imprimeurs sélestadiens de l&#8217;Humanisme et de la Réforme</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Apr 2020 10:04:21 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[La genèse de l’imprimerie en Alsace est incontestablement marquée par la contribution des imprimeurs sélestadiens. A côté de Jean Mentelin, le premier grand imprimeur alsacien à Strasbourg, nous comptons avec Matthias et Lazare Schürer, puis Crato Mylius, trois autres imprimeurs de &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/les-imprimeurs-selestadiens-de-lhumanisme-et-de-la-reforme/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p>La genèse de l’imprimerie en Alsace est incontestablement marquée par la contribution des imprimeurs sélestadiens. A côté de Jean Mentelin, le premier grand imprimeur alsacien à Strasbourg, nous comptons avec Matthias et Lazare Schürer, puis Crato Mylius, trois autres imprimeurs de qualité, qui avec des fortunes diverses ont fortement contribué au rayonnement de cette industrie nouvelle</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-imprimeurs-selestadiens-de-lhumanisme-et-de-la-reforme/buchdrucker-1568/" rel="attachment wp-att-779"><img class="alignleft size-medium wp-image-779" alt="Buchdrucker-1568" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/Buchdrucker-1568-256x300.png" width="256" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Matthias Schürer, au service de la République des Lettres </i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Les imprimeurs sélestadiens jouèrent, comme on le sait,  un rôle essentiel  dans le développement de l’imprimerie. L ’apport de notre concitoyen Jean Mentelin fut déterminant à Strasbourg tout de suite après le passage de Gutenberg. La contribution de notre ville ne s’arrêta pas là. Deux de ses enfants, Matthias et Lazare Schürer, l’oncle et le neveu, prirent le relais peu de temps après. En s’inscrivant tout à fait dans une époque marquée par le mouvement humaniste et l’avènement de la Réforme protestante.</p>
<p style="text-align: justify;">Matthias est le plus connu. Né vers 1470 à Sélestat, il avait été élève de l’École latine. Puis avait poursuivi ses études supérieures à l’Université de Cracovie avant de venir à Strasbourg auprès de son cousin Martin Flach et de son oncle Jean Knobloch qui l’initièrent au métier d’imprimeur. Il finit par s’installer à son compte, dans la ville libre d’Empire, à partir de 1508. Il allait faire de la publication des livres de l’antiquité latine et des écrits d’humanistes sa spécialité. Dans sa courte mais féconde carrière &#8211; il mourut en 1519 &#8211; il publia plus de 270 titres, presque exclusivement en latin,  pour au moins 120 auteurs. Fidèle en l’occurrence à cette profession de foi datée de 1506, quand il était encore en apprentissage, où il proclamait : « Je m’efforcerai dans la mesure de mes forces d’aider et de faire croître, grâce à nos caractères d’imprimerie, la République des Lettres, en imprimant tous les livres les plus savants des hommes les plus savants. »</p>
<p style="text-align: justify;">Il tint parole. Son catalogue était vaste. Érasme y figure en bonne place : quarante-deux publications dont la première édition datée de « L’Éloge de la Folie » en 1511, immédiatement après celle non datée de Paris. Érasme apprécia la qualité de son travail. Il le rencontra en 1514 et lui confia, en novembre, l’édition de la version définitive de son chef d’œuvre. Le grand humaniste confessait « qu’il aimait Matthias de toutes ses forces ». Et il n’oublia pas de le citer dans son « Éloge de Sélestat » daté de 1515. Les écrivains de l’antiquité classique dont les humanistes étaient les spécialistes ne manquaient évidemment pas dans l’officine de Matthias Schürer. Cicéron, Virgile, Horace, Ovide, Plaute et Térence mais aussi Valère Maxime et Aulu-Gelle furent offerts à la curiosité des  « studieux des bonnes lettres ». Et cela, grâce à l’un de ses conseillers éditoriaux, Nicolas Gerbel</p>
<p style="text-align: justify;">Son atelier est également représentatif des préoccupations pédagogiques et spirituelles de son temps. « L&rsquo;homme ne naît pas homme, il le devient » avait fort justement proclamé Érasme. C’est par l’éducation qu’il le devenait. Voilà pourquoi notre imprimeur réserva une place de choix aux ouvrages à vocation pédagogique. Ouvrages sur la langue latine, parmi lesquels une version courte des <i>Adages</i> d’Érasme. <i>Fables</i> d’Ésope et les <i>Préceptes moraux</i> de Caton pour le plus jeunes ; biographies de philosophes ou compilations de doctrine philosophique dues à  Philostrate, Plutarque et Apulée pour les aînés.</p>
<p style="text-align: justify;">Les auteurs contemporains n’étaient pas oubliés. Beatus Rhenanus, qui travailla pour Schürer dès 1508, proposa la publication d’auteurs italiens, parmi lesquels Michel Marulle, qui inspira tant notre Ronsard. D’autres Sélestadiens, Kierher, Spiegel ou leurs amis, lui donnèrent des textes d’Italiens à imprimer. Jacques Wimpfeling n’est pas étranger à l’édition des sermons de Geiler de Kaysersberg, en allemand ou traduits en latin. Les libraires Alantsee de Vienne lui confièrent, entre autres, l’édition de poèmes de l’humaniste allemand Conrad Celtis.</p>
<p style="text-align: justify;">Wimpfeling n’hésitait pas à l’appeler « son compatriote bien aimé, vénérable non seulement par sa science mais aussi par son honnêteté et sa sincérité. » L’hommage était mérité. Ses éditions avaient la réputation d’être exemptes de fautes typographiques. Les humanistes étaient ses amis. Il les servait avec ferveur.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Lazare Schürer, imprimeur engagé</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Lazare, son neveu, était devenu l’associé de son oncle peu de temps avant son décès. De retour à Sélestat fin 1519, il s’installa dans la maison de sa mère, non loin de l’église Sainte-Foy dans la maison « Zum grossen Greifen ». Sur place il trouva la Société littéraire que Wimpfeling avait créée en 1515. Il publia plusieurs ouvrages de ses membres : une lettre de soutien à Luther de Wimpfeling, les <i>É</i><i>pigrammes</i> de Sapidus et un pamphlet antipapal du curé de Saint-Georges Paul Phrygio. Un <i>Commentaire</i> sur une œuvre de Prudence due à Spiegel, juriste et secrétaire des empereurs Maximilien I<sup>er</sup> et Charles Quint.</p>
<p style="text-align: justify;">Si sa production n’atteignit pas l’ampleur de celle de son oncle, Lazare Schürer n’en produisit pas moins une cinquantaine de publications dont la moitié porte sur la défense de Luther, les dérives de l’Église, les relations entre Rome et l’Empire. Des textes satiriques qui s’en prennent aux adversaires de Luther et d’Érasme, avant leur rupture, ou de Reuchlin, le vieil humaniste de Pforzheim, menacé par l’Inquisition pour avoir voulu sauver les ouvrage juifs des flammes et de la destruction. L’imprimerie de Lazare Schürer participe ainsi à la guerre des pamphlets avec quelques signatures qui font autorité : Ulrich von Hütten, Philipp Melanchthon, Otto Brunfels, Willibald Pirckheimer, Conrad Nesen ou Juan Luis Vives. On y défend fortement les bonnes lettres menacées par  la scolastique, philosophie et théologie enseignées au Moyen Age, qui fit la part belle au formalisme et à la dialectique aux dépens de la rhétorique .</p>
<p style="text-align: justify;">Son catalogue témoigne de l’effervescence intellectuelle et spirituelle de son temps. La belle unité intellectuelle dont faisaient preuve tous ces humanistes va voler en éclat. Le mouvement de la Réforme, qui partout progresse, va provoquer des dissensions entre les amis d’autrefois. Sapidus et Phrygio, ont choisi leur camp. Ils quitteront la ville au lendemain de la Guerre des Paysans, en 1525. Sélestat demeura fidèle à Rome. Beatus  suivit Érasme qui avait rompu avec Luther. Lazare Schürer fut suspecté de faire partie des Luthériens de la cité. On l’accusa de tenir des réunions secrètes dans la maison de sa mère. Le magistrat lui interdit « de prêcher et de lire aux laïques ». Criblé de dettes, fragilisé par des procès à répétition, il se battit comme un beau diable pour laver son honneur et rester à Sélestat. Il se maintint et devint même le directeur de l’école latine en 1526. Il était trop tard. L’école avait perdu sa réputation, ses enseignants et ses élèves. Elle n’avait plus rien à voir avec celle de Sapidus. En pleine régression, elle ne put être sauvée par Schürer. Il ne se remit jamais de ses déboires successifs et mourut en octobre 1528.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Crato, l’homme de liaison</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Il passe presque inaperçu à côté des Schürer.  Pourtant Kraft Müller (Crato Mylius), né vers 1503 à Sélestat, avait aussi été imprimeur à Strasbourg, où, en 1536, il acheta l’officine de Georges Ulricher. Gagné à la Réforme, il y édita une centaine de livres, essentiellement en latin. Ce sont principalement des écrits humanistes (des commentaires d’auteurs anciens, dont les deux premiers livres de <i>L’Iliade</i>, en grec) et théologiques (des commentaires de textes bibliques et des textes en allemand de Luther ou, en 1546, de Martin Bucer) mais aussi de l’histoire et du droit. Il publia également une des premières pièces bibliques en latin, « L’Anabion », écrite par Jean Sapidus qui avait été le dernier grand directeur de l’école latine de Sélestat avant de prendre le parti des protestants et de devoir quitter Sélestat pour Strasbourg.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la petite histoire, Kraft Müller était le demi-frère de Lazare Schürer et avait fait ses études à l’École latine de Sélestat. Il fréquenta par la suite l’Université de Wittenberg et suivit les cours de Melanchthon dont il devint l’ami et dont il publia régulièrement les ouvrages. Il mourut  à la bataille de Mühlberg,au service de la ville de Strasbourg,  quand l’empereur Charles Quint vainquit les princes protestants et la ligue de Smalkalde en 1547. Sa veuve, Margaretha reprit l’officine.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :</p>
<p style="text-align: justify;">François Ritter, <i>Histoire de l’imprimerie alsacienne aux XVe et XVIe siècles</i> (Publication de l’Institut des Hautes Etudes Alsaciennes, t. XIV), Strasbourg-Paris, Éditions F.-X. Le Roux, 1955.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Odile Burckel, « Les imprimeurs Matthias et Lazare Schürer et les écrits en faveur d’une réforme, notamment de 1518 à 1522 », dans <i>Beatus Rhenanus de Sélestat (1485-1547) et une réforme de l’Église : engagement et changement, Actes du colloque international tenu à Strasbourg et Sélestat du 5 au 6 juin 2015</i>, édités par James Hirstein, Turnhout, Brepols, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Odile Burckel, « Humanisme et imprimerie, l’exemple de deux imprimeurs sélestadiens Matthias et Lazare Schürer », dans <i>Humanistes et humanisme à Sélestat aux XVe et XVIe siècles, Actes du colloque tenu le 21 octobre 2017 à Sélestat</i>,  Les Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Gabriel Braeune</em>r, avril 2020</p>
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		<title>A l&#8217;origine de l&#8217;école latine, Jean de Westhuss et Louis Dringenberg</title>
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		<pubDate>Thu, 09 Apr 2020 16:25:09 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[  Il sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/unnamed-2/" rel="attachment wp-att-772"> </a></p>
<p style="text-align: justify;">Il sont deux à se partager la paternité de l’extraordinaire aventure humaniste qui eut Sélestat pour cadre au XVe siècle : Jean de Weshuss, curé de la paroisse de Sélestat et Louis Dringenberg, le maître de l’école latine, qui en fit un établissement de premier plan où l’on tenta de (bien) former d’excellents chrétiens. Fidèle à l’exemple des Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne qui prônait la pauvreté, à l’image de celle du Christ, et les bienfaits de l’éducation.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Jean de Westhuss, le curé visionnaire</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/unnamed-2/" rel="attachment wp-att-772"><img class="alignleft size-full wp-image-772" alt="unnamed" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/unnamed.jpg" width="300" height="512" /></a></em></p>
<p style="text-align: justify;"> <em><strong>H</strong></em>ormis les spécialistes, qui connaît Jean de Westhuss ?Il avait été curé de Sélestat de 1423 à 1452, date de sa mort. Issu de la famille de Westhausen qui  possédait des terres à Sélestat, rien ne le destinait à la célébrité. Il aurait pu, comme beaucoup de ses pairs, s’acquitter mollement  de sa charge pastorale dans une Église en crise qui avait, depuis 1431, réuni  à quelques lieues de là  un nouveau concile.  Dans un climat délétère où les pères du concile s’étaient longtemps opposés au pape. Pendant ce concile interminable qui dura dix ans et se transporta successivement de Bâle à Lausanne, puis à Ferrare et enfin à Rome, Jean de Westhuss vivait la crise de l’Église  sur le terrain. Où les prêtres étaient mal formés, les ouailles ignares, les écoles médiocres et les maîtres mal payés.</p>
<p style="text-align: justify;">Le curé de Sélestat était convaincu que seul un enseignement de qualité était capable de faire progresser les chrétiens sur le chemin de la foi et de la pratique. Son école paroissiale ne brillait guère par l’esprit. Il s’en émut, s’en ouvrit à ses proches et se mit en quête de trouver  un pédagogue digne de ce nom. Capable de transmettre un savoir solide pour faire de ses élèves de bons chrétiens.</p>
<p style="text-align: justify;">Des jeunes Sélestadiens  qui fréquentaient l’Université de Heidelberg lui recommandèrent  l’un de leurs aînés, un certain Louis Dringenberg, originaire de Westphalie. Il fit l’affaire, prit la direction de l’école à partir de 1441 et débuta cette merveilleuse et grande aventure  humaniste qui fit et fait encore la réputation de Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">Jean de Westhuss ne s’arrêta pas la. Il installa l’école paroissiale dans les bâtiments de l’ancienne Oeuvre Notre Dame à proximité de Saint-Georges. A sa mort, en 1452, Il légua l’ensemble de sa bibliothèque à la fabrique de l’église. Par ce geste, il donna une impulsion décisive  à la constitution d’une bibliothèque paroissiale, celle de l’école latine, l’autre pilier, à côté de celle de Beatus Rhenanus, de notre Bibliothèque Humaniste. Son exemple fit des émules, d’autres bienfaiteurs suivirent son exemple.</p>
<p style="text-align: justify;">On estime sa donation à une trentaine de volumes au contenu essentiellement  religieux. Il était prêtre après tout. Un prêtre resté exemplaire dans une Église tourmentée.  Ce qui est tout à son honneur.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Louis Dringenberg, « l’apôtre de la jeunesse »</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-lorigine-de-lecole-latine-jean-de-westhuss-et-louis-dringenberg/image/" rel="attachment wp-att-774"><img class="alignleft size-full wp-image-774" alt="image" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/image.jpg" width="417" height="578" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Il fut le premier maître de l’école paroissiale qui acquit la notoriété. Né dans le diocèse de Paderborn vers 1410, il aurait fréquenté l’école du Mont Sainte-Agnès , près de Zwolle au Pays-Bas. Celle-ci avait été fondée par les Frères de la vie commune de Deventer, un foyer ardent de spiritualité chrétienne du Nord de l’Europe. C’est à Heidelberg qu’il poursuivit ses études à partir de 1430. En 1432, il est bachelier. Deux ans plus tard, il obtient le grade de maître ès art.  On suppose qu’il étudia la théologie par la suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est-il qu’il apparaît à Sélestat en 1441 pour prendre le poste de maître d’école à la demande du curé Jean de Westhuss. Le poste était devenu vacant. Son prédécesseur venait d’être renvoyé pour s’être battu, à coups de hache, avec un tailleur de pierre véhément nommé Jean de Spire…</p>
<p style="text-align: justify;">Quand il vint à Sélestat, il ne s’attendait pas à y rester 36 ans, de 1441 à 1477. Jean de Westhuss l’installe dans le locaux de l’oeuvre Notre Dame et lui confie non seulement les élèves de l’école mais aussi la direction du chant sacré lors des offices dominicaux et des jours de fête.  Dringenberg est un excellent pédagogue mais également un  chrétien fervent ! Il disposait des qualités requises pour aider à « réformer » par l’enseignement. En bon humaniste, il cultivait l’amour des belles lettres et le retour aux sources antiques sans que sa foi ne fût prise en défaut. Il n’omit pas d’enseigner aussi les pères de l’église. Rappelons que l ’humanisme de cette époque est un humanisme chrétien. Celui qu’embrassera le grand Érasme de Rotterdam ( 1469-1536) un peu plus tard. Avec des préoccupations identiques : Former les chrétiens par l’éducation selon sa belle formule « L’ homme ne naît pas homme, il le devient ».</p>
<p style="text-align: justify;">C’est exactement ce que tenta Louis Dringenberg. Avec succès ! L’illustre Jacques Wimpfeling, sélestadien d’origine et pédagogue de renom, que nous présenterons ultérieurement, lui rendit   un bel hommage « L’éducation fut la passion de cet apôtre de la jeunesse et l’Alsace lui est redevable  d’une partie non négligeable de sa culture… Tous ont été remarquablement instruits  dans les connaissances élémentaires de la grammaire sans qu’on leur ait ingurgité les gloses et les commentaires de Donat et d’Alexandre. De ses livres, Dringenberg ne prenait que ce qui était utile et nécessaire  à l’enseignement de ses élèves ».</p>
<p style="text-align: justify;">Il était resté fidèle aux préceptes des frères des la vie commune qui condamnait la science vaine, celle qui gonfle l’esprit sans la fortifier.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :</p>
<p style="text-align: justify;"> Paul Adam,<em> L’humanisme à Sélestat. L’école, Les Humanistes, La Bibliothèque.</em> Sélestat, 1962-2001.</p>
<p style="text-align: justify;">Paul Adam, <em>Il y a cinq siècles, en 1477, mourut à Sélestat Louis Dringenberg, père de l’humanisme alsacien,</em> Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, <em>Au coeur de l’Europe humaniste, le génie fécond de Sélestat</em>, Editions du Tourneciel, 2018.</p>
<p style="text-align: justify;">Francis Rapp, l<em>’École humaniste de Sélest</em>at, Saisons d’Alsace, 1975</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, DNA de Sélestat du 11 janvier 2020,</strong> </em>Extrait de la rubrique &nbsp;&raquo; ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Hans von Schlettstadt , un peintre mythique ?</title>
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		<pubDate>Wed, 08 Apr 2020 15:29:43 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"> <a style="text-align: justify;" href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;">A en croire de nombreux historiens et historiens de l’art, il fut un de nos plus grands peintres.  L’équivalent du colmarien Martin Schongauer, mais pour la première moitié du XVe siècle. Probablement originaire de Sélestat. Il est peut être même né, juste à côté, à Dieffenthal. Il apparait à Bâle sous le nom de Hans Tieffenthal à partir de 1418. Pour compliquer le tout, des historiens l’appellent Hans Tieffenthal von Schlettstadt ou simplement Hans von Schlettstadt. Selon l’humeur ou leur embarras. </span></a></span></p>
<p><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;"><img class="alignleft size-full wp-image-755" alt="308px-Meister_des_Frankfurter_Paradiesgärtleins_001" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/308px-Meister_des_Frankfurter_Paradiesgärtleins_001.jpg" width="308" height="240" /></span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;"> </span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;">Essayons de le cerner sans décrocher en cours de route  Il y a un Hans Moler qui apparaît dans les document de Sélestat comme propriétaire en 1391. Est-ce le même? Celui de Bâle, qui vient  effectivement de Sélestat, obtient un contrat en 1418 de la part de la grande cité rhénane pour réaliser le décor de la chapelle de l’<i>Elend Kreuz,</i> à <i>Klein Base</i>l sur la rive droite du Rhin. On lui demande de s’inspirer du plafond, un ciel étoilé, de l’église des Chartreux de Champmol en Bourgogne. On sait que la Bourgogne est un foyer artistique important à l’époque. Faire ses classes dans la région est un bagage pour l’avenir. Les Bâlois, qui sont des gens de goût, connaissent les bonnes adresses. Ils utilisent également les bons peintres et Hans von Schlettstadt l’est incontestablement. On le tient en haute estime. La ville le charge alors de refaire le grand tableau surmontant l’entrée de la cité  par le pont du Rhin. Travail qui lui vaut le droit de Bourgeoisie à titre gracieux. </span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;"> </span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="color: #000000;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/hans-von-schlettstadt-un-peintre-mythique/308px-meister_des_frankfurter_paradiesgartleins_001/" rel="attachment wp-att-755"><span style="color: #000000;">Même dans la grande ville de Bâle, un Sélestadien reste un Sélestadien. La <i>Heimweh </i>le fait revenir dans sa ville natale. Il vend sa maison de Bâle en 1423 et revient au bercail. L’année suivante, il construit une maison au <i>Wafflerhof</i> face à l’hôtel de ville de Sélestat. Dix ans plus tard, Hans von Schlettstatt entame une carrière strasbourgeoise, autre tentation sélestadienne récurrente. En 1433, il habite une maison dite du<i> Kirschbaum</i>, rue des orfèvres à Strasbourg, tout près de la cathédrale, enfin en voie d’achèvement. Il deviendra même membre du conseil de la ville en 1444. En sa qualité de maître, il dirige un atelier et emploie des collaborateurs dont le futur peintre Jost Haller. Mais au fait, est ce toujours le même Hans von Schlettstatt ? Un fils, de même nom, ne se serait-il pas glissé dans cette édifiante histoire? Au même moment, dans les documents strasbourgeois apparaît, en outre, un Hans von Schlettstatt, orfèvre de son état, qui se rend à Metz. C’est qui lui ? Le même ? Après tout, Schongauer, un peu plus tard était lui  aussi issu d’un milieu d’orfèvres. On finit par perdre sa trace. Heureusement d’ailleurs, sinon Schongauer aurait pu craindre la concurrence.</span></a></span></p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>On ne prête qu’aux riches </i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Hans von Schlettsadt, à la biographie incertaine, laisse une oeuvre considérable. D’autant plus importante qu’aucune ne peut lui être attribuée de façon … certaine ! L’oeuvre bâloise, seule, est incontestable. Et c’est elle qui est à l’origine des toutes les attributions ultérieures. Car ce voyage en Bourgogne interroge. Il confère à l’intéressé une aura artistique. Ses pérégrinations sélestadienne et strasbourgeoise, par la suite, en font un propagateur artistique idéal. En Alsace d’abord, mais bien plus loin, dans le Rhin supérieur, notre <i>Oberrhein</i> qui produira une foule d’artistes.</p>
<p style="text-align: justify;">Goûtons notre plaisir. On lui attribua le fameux <i>Paradisgaertlein</i>, vers 1420, aujourd’hui conservé à Francfort (voir la vignette introductive). Un peinture délicate et fondatrice « Dans un jardin clos d’un muret crénelé, la Vierge est assise lisant tandis que l’enfant Jésus s’essaye au jeu du psaltérion et qu’un ange s’entretient avec deux jouvenceaux parmi des arbres, de oiseaux et des fleurs aux significations symboliques » (Victor Beyer). Les historiens de l’art, s’appuyant sur des considérations stylistiques objectives, ont été frappé par le caractère alsacien voire strasbourgeois de cette peinture. L’intimité poétique se mêlant au détail prosaïque, dans la droite ligne d’une inspiration mystique bien rhénane.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà que dans la foulée, le tout aussi charmant tableau de la « Vierge au fraisier » de Soleure pourrait également lui être attribué et, pour faire bonne mesure, les panneaux du couvent de Saint-Marc à Strasbourg, dépôt des Hospices Civils au musée de l’oeuvre Notre Dame de Strasbourg : « le doute de Joseph et « le bain de l’enfant » On y décèle même des influences françaises et italiennes, de l’école de Sienne notamment. Et pour que notre joie sélestadienne soit complète, on en fait également l’auteur de certains vitraux du choeur de l’église paroissiale Saint-Georges ; celles toujours existantes, illustrant la légende de sainte Catherine et l’histoire de l’empereur Constantin et de sa mère Hélène. On en profite également pour lui attribuer la paternité de  quelques vitraux de la collégiale de Thann.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel beau destin que celui de Hans von Schlettstadt qui continue de nous interpeller et qui fut fort utile aux historiens de l’art, il n’y a pas si longtemps Aujourd’hui, on aurait tendance, à la suite de Philippe Lorentz qui enseigne à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, de penser  que « le » Hans Tieffenthal que l’on fait travailler successivement à Bâle, Sélestat et Strasbourg a été forgé par l’historiographie du XIX e siècle en quête d’un artiste susceptible d’égaler la grandeur d’un  Schongauer pendant la première moitié du XVIe siècle ». Une petite rivalité avec Colmar ? On se disait bien…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Pour en savoir plus :</em></strong></p>
<p>Dictionnaire historique Suisse : Notice Hans Heinrich Tieffenthal.<br />
Nouveau Dictionnaire de Biographie alsacienne : notice Hans von Schlettstadt.<br />
Victor Beyer, 2000 ans d’art en Alsace, Oberlin, 1999.<br />
Philippe Lorentz, Strasbourg 1400, un foyer d’art dans l’Europe gothique, catalogue de l’exposition tenue à l’ouvre Notre Dame du 28 mars au 8 juillet 2008, Strasbourg, 2008.<br />
Philippe Lorentz, Histoire de l’art du Moyen-Age occidental, Annuaire de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, 140, 2009.</p>
<p><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, DNA Sélestat, 14 décembre 2019, Hans von Schlettstadt, rubrique  :Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Les origines de la communauté juive de Sélestat</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Apr 2020 16:31:25 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-origines-de-la-communaute-juive-de-selestat/222005778_1/" rel="attachment wp-att-749"><img class="alignleft size-full wp-image-749" alt="222005778_1" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/222005778_1.jpg" width="800" height="600" /></a><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-origines-de-la-communaute-juive-de-selestat/222005778_1/" rel="attachment wp-att-749"><br />
</a></p>
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<p>La présence juive à Sélestat est consécutive à la fondation de la ville sous le règne de Frédéric II de Hohenstaufen au début du XIIIe siècle. La date du  milieu du XIIIe siècle est aujourd’hui communément admise par les historiens. La jeune ville était alors nantie de fortifications, cette marque de distinction qui caractérise les villes à l’opposé des villages qui n’en  bénéficient pas. Comme à  Colmar, sa voisine, également fondée à la même période,  de nombreux réfugiés juifs venus de France, victimes des persécutions du roi Philippe le Beau à partir de 1306 grossissent le nombre de la communauté d’origine.  Cette dernière était surtout issue de la région du Rhin. Les villes de Mayence, Spire et Worms constituaient, en ce temps-là, un lieu important de présence et de diffusion de la culture et de la spiritualité juives. Avec les centre français de Narbonne et de Champagne, la Rhénanie avait contribué à la réputation de savoir et de piété du judaïsme en Europe et fait du Talmud une oeuvre largement occidentale. Il est intéressant de constater que les quelques rares noms juifs recensés au XIVe siècle à Sélestat se partagent entre des patronymes à consonance latine et germanique. Les familles juives, présentes dans la ville, s’étaient regroupés autour d’une première synagogue dont la construction était datée du début du XIVe siècle. Elle se trouvait  dans une ruelle entre la rue des Clefs et la rue Sainte-Barbe.</p>
<p style="text-align: justify;">La communauté juive de Sélestat est moins connue que celle des villes voisines dont elle partage pourtant le destin chaotique et fragile, menacé perpétuellement, au cours du XIVe siècle, dans son  intégrité physique et économique. On  ne sait si elle fut touchée par la furie des  bandes d’Armleder qui s’en prit surtout au juifs de Haute Alsace en  1338. Par contre, elle subit des violences en 1347 et n’échappa pas au terrible massacre de 1349 consécutif à la peste qui submergea l’Occident alors et pour laquelle il fallut trouver  un bouc émissaire : les juifs !</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux de Sélestat, comme les membres des communautés voisines de Strasbourg, Fribourg, Breisach furent accusées d’avoir empoisonné l’eau des puits. Les pogroms qui s’en suivirent anéantirent la plupart des communautés locales, y compris celle Sélestat, à l’exception d’un pauvre malheureux qui se fit baptiser. L’ensemble de la fortune des familles juives fut spoliée sans que l’empereur, en l’occurence Charles IV, ne levât le petit doigt pour condamner les villes et  les auteurs de l’effroyable méfait.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fin des années 1360, une nouvelle communauté s’était reconstituée à Sélestat. Cette seconde communauté survécut vaillamment mais difficilement jusqu’à l’expulsion définitive des Juifs des principales villes d’Alsace en 1519.</p>
<p>Pour en savoir plus:</p>
<p>Gerd MENTGEN, Geschichte der Juden in der mittelalterlichen Reichstadt Schlettstadt, <i>Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat</i>, 1990.</p>
<p>Claude GENSBOURGER, Un coup d’oeil rétrospectif : la communauté israélite de Sélestat, ses origines, ses synagogues in : <i>Cérémonie de consécration  de la synagogue  restaurée de Sélestat, 11 septembre 1960.</i></p>
<p><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, <em>Samuel Schlettstadt</em>, extrait de l&rsquo;article DNA Sélestat du 9 novembre 2019 : Ces hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat</p>
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		<title>Samuel Schlettstadt&#8230;jusqu&#8217;au Moyen-Orient !</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Apr 2020 16:12:43 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i><a href="http://www.histoires-alsace.com/samuel-schlettstadt-jusquau-moyen-orient/download-5/" rel="attachment wp-att-743"><img class="alignleft size-full wp-image-743" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download2.jpg" width="264" height="191" /></a></i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Son nom suggère son origine. Il reste l’un de nos « illustres » inconnus. Rabbin à Strasbourg sans qu’il apparaisse dans l’<i>Urkundenbuch</i> de la ville. Un rabbin érudit auteur d’un abrégé du <i>Mordhekai</i>, vaste commentaire du Talmud, qu’au XIIIe siècle avait entrepris Rabbi Mordekhay ben Hillel de Nuremberg.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’essentiel du travail de Samuel, qui serait né vers 1309,  avait été rédigé, au XIVe siècle au château du Hohlandsbourg non loin de Colmar. Que diable notre Sélestadien allait-il faire dans cet imposant château de Haute-Alsace ? S’y réfugier pour fuir Strasbourg où il avait quelques ennuis. Un tribunal, qu’il avait présidé, avait condamné à mort deux coreligionnaires délateurs au service de chevaliers bandits qui dépouillaient, entre autres, des marchands juifs. En exécution de la sentence, l’un des traîtres fut noyé. Les sires d’Andlau, car c’étaient eux les pillards, n’apprécièrent guère. Il décidèrent de s’en prendre à Samuel Schlettstadt.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Celui fut menacé puis poursuivi. Il quitta l’Alsace pour trouver refuge auprès de ses coreligionnaires de Spire, Worms et Mayence. Il poussa même jusqu’ à Erfurt. En vain! La lassitude le gagna. Il songea à retourner à Strasbourg. N’était il pas innocent ? N’avait-il pas  fait son devoir en tentant de protéger les siens ? Mais Strasbourg, où il avait officié, par crainte de représailles ne voulut pas de lui.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Alors il s’en fut, loin, très loin. Pour laver son honneur, il quitta l’Europe et se rendit à Bagdad, oui Bagdad , l’ancienne capitale des Abbassides, sur les bords du Tigre. Pourquoi si loin ? Parce que y vivaient le plus hautes autorités de la communauté juive de l’exil : Les <i>exilarques </i>ou chefs des exilés. Longtemps à Babylone, à Bagdad ensuite. Il faut s’imaginer ce que fut le périple de Samuel. Il s’y rendit au péril de sa vie. Convainquit les autorités de sa communauté de son innocence. Il en revint, échappant maintes fois aux vols, violences et à la mort. Il n’avait eu cesse de laver son honneur. Muni d’un sésame, établi par ses frères de Bagdad, qui vouait à la malédiction ceux qui s’opposaient à son retour.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est ce document qu’il voulait rapporter à Strasbourg. Aussi courageux qu’indigné, il débarqua  dans la ville où il fut rabbin autrefois. S’il réussit à laver son honneur, le malheur ne l’épargna pas. Son fils, qui était allé à sa rencontre, se noya dans le Rhin.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Telle est l’histoire de Samuel Schlettstadt, homme de loi et de lettres. Originaire de notre ville où la communauté juive était présente depuis quelques temps avant les  horribles persécutions de 1349. Les épisodes relatant sa vie se trouvent dans un manuscrit londonien , le <i>Montefiore 130</i>, qui fut, un temps, la propriété de Josselmann de Rosheim, l’avocat de juifs dans l’Europe de Charles-Quint, au XVIe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Quel destin que celui de Samuel Schlettstadt. Grâce à lui, le nom de Sélestat a été porté jusqu’au Moyen-Orient.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus:</p>
<p style="text-align: justify;">Gerd MENTGEN, Geschichte der Juden in der mittelalterlichen Reichstadt Schlettstadt, <i>Annuaire des Amis de la Bibliothèque Humaniste de Sélestat</i>, 1990.</p>
<p style="text-align: justify;">Claude GENSBOURGER, Un coup d’oeil rétrospectif : la communauté israélite de Sélestat, ses origines, ses synagogues in : <i>Cérémonie de consécration  de la synagogue  restaurée de Sélestat, 11 septembre 1960.</i></p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel BRAEUNER, Sélestat, <i>Éloge de la belle inconnue</i>, Editions du Tourneciel, 2016.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner</strong></em>, extrait des DNA 9 novembre 2019, rubrique<em> Ces Hommes et ces femmes qui ont fait l&rsquo;histoire de Sélestat.</em></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Mentelin, notre Gutenberg</title>
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		<pubDate>Mon, 06 Apr 2020 09:44:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[  Jean Mentel, ou Mentelin, est un de nos grands imprimeurs. Sélestadien comme il se doit. Ce quasi contemporain de Gutenberg est le premier grand imprimeur… strasbourgeois. On lui doit notamment, dès 1460, aux balbutiement de cet art nouveau qu’est &#8230; <a href="https://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"> <a href="http://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/download-1-3/" rel="attachment wp-att-736"><img class="alignleft size-full wp-image-736" alt="download-1" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download-11.jpg" width="275" height="183" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Jean Mentel, ou Mentelin, est un de nos grands imprimeurs. Sélestadien comme il se doit. Ce quasi contemporain de Gutenberg est le premier grand imprimeur… strasbourgeois. On lui doit notamment, dès 1460, aux balbutiement de cet art nouveau qu’est l’imprimerie, l’impression d’une Bible en latin et surtout, en 1466, la première Bible en langue allemande, bien avant celle de Luther (1522).</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Il était né dans notre ville vers 1410. Nous sommes très mal renseignés sur sa jeunesse. Mais on l’identifie à Strasbourg en 1447 quand il obtient le droit de bourgeoisie de la cité. Il est inscrit à la corporation des peintres puisqu’il exerce d’abord le métier d’enlumineur,(« Goldschreiber »). Sa polyvalence étonne. Il est en même temps notaire épiscopal. Ses connaissances de la langue latine l’ont fait remarquer par l’évêque de Strasbourg. Devenu familier de l’art typographique, il va ouvrir un atelier en ville. Rue de l’Épine probablement. Il y fera fortune. Il créera même une dynastie d’imprimeurs en mariant ses deux filles à deux remarquables techniciens Adolph Rusch et Martin Schott qui prolongeront son oeuvre et son entreprise . Il connaîtra la gloire aussi. Sa première Bible en langue allemande lui vaut d’être anobli par l’empereur Frédéric III. A noter qu’il obtint l’autorisation de porter dans ses armoiries, le lion de la sa ville natale. On a beau s’exiler, on reste Sélestadien pour toujours. Quand il mourut, le 12 décembre 1478, il fut enterré au cimetière de la chapelle Saint-Martin de la cathédrale. On raconta même qu’il fut enterré à l’intérieur de celle-ci. On ne prête qu’aux riches !</p>
<p style="text-align: justify;">
Il doit sa notoriété à son art. Son officine strasbourgeois fut fort actif. On le crédite de l’impression de 45 publications. Outres les deux Bibles précitées qui ont fait sa gloire, son catalogue couvre la champ de la pastorale religieuse, de la théologie, du droit et de la littérature. Il a même édité un <i>Parzifal </i>! Son atelier est plus qu’un atelier. C’est une entreprise. Il ne se contente pas d’imprimer, mais il va à la rencontre de ses clients et lecteurs. Il a organisé le métier. N’a-t-il pas publié, à partir de 1469, les premiers prospectus publicitaires pour annoncer ses nouveautés ? Sa gloire fut durable. Son petit-fils, Jean Schott, avait réussi un joli coup promotionnel en proclamant, pour d’évidentes raisons commerciales, que son grand-père avait tout bonnement été l’inventeur de l’imprimerie. Sa légende était née. Pour autant, il fut un artisan d’art de talent. Le grand humaniste Jacques Wimpfeling, autre Sélestadien de renom s’extasiait  en 1505  encore sur la qualité de ses « nombreux volumes marqués par la pureté et la finition »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les deux B<a href="http://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/download-4/" rel="attachment wp-att-737"><img class="alignleft size-full wp-image-737" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download1.jpg" width="288" height="175" /></a>ibles de Mentelin</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Notre sélestadien imprima le premier libre imprimé en Alsace ( !) en 1460. Soit cinq ans après la Bible à 42 lignes de Gutenberg (1455). La sienne possède 49 lignes et peut être considérée comme un vrai chef d’oeuvre comme toutes ses productions d’ailleurs. Mentelin  apporte un soin particulier à ses productions. A cette époque, il n’y a que trois villes qui disposent de presses au sein de l’Empire germanique: Mayence, Bamberg et Strasbourg. Pour l’admirer aujourd’hui, il faut se rendre à Colmar, où elle sera un joyau du futur musée des Dominicains,  à la Bibliothèque nationale et au musée Condé de Chantilly. Les volumes sont richement illustrés. Les initiales peintes sont nombreuses. Un décor floral, rehaussé d’or encadre les feuillets illustrés. Le décor peint provient probablement du groupe de scribe d’ Henri de Villencus, moine chartreux que l’on sait actif à Bâle au milieu du XVe siècle. Un beau livre donc qui n’étonne pas quand on connait un peu l’exigence de qualité et les talents de calligraphe du Goldschreiber qu’était Mentelin quand il apprit le métier.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Six ans plus tard, sort des atelier de sa presse, une monumentale Bible, en langue allemande, la première au sein du Saint-Empire romain germanique. Plusieurs versions manuscrites en usage au Moyen Âge ont servi de modèle. Pendant soixante ans, elle va connaitre la notoriété avant que la Bible de Luther ne la supplante. Ce qui n’enlève rien ni à la précocité ni à la qualité de la Bible de Mentelin. Le texte imprimé est rehaussé d’initiales à la plume en bleu, vert et vermillon. La qualité « mentelienne » toujours et encore. Elle aussi sera visible à Colmar qui en conserve deux exemplaires. La Bibliothèque nationale en conserve une autre.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Résumons, nous devons au Sélestadien le premier livre imprimé en Alsace et la première Bible  en langue allemande … d’Allemagne. De quoi figurer en bonne place dans le panthéon prestigieux de Sélestat et de l’Alsace.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La légende de  Mentelin</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/mentelin-notre-gutenberg/download-2-2/" rel="attachment wp-att-738"><img class="alignleft size-full wp-image-738" alt="download-2" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download-2.jpg" width="192" height="263" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Strasbourg et Mayence, on le sait, se disputent depuis longtemps l’insigne privilège d’avoir été</p>
<p style="text-align: justify;">le berceau de l’imprimerie. Est-ce à Strasbourg où dans sa ville natale que Gutenberg devint le génial inventeur de cette technique qui révolutionna le monde ? L’affaire est tranchée depuis le  XVIIIe siècle mais elle continua d’ occuper les esprit ; Elle rebondit au rythme des conflits qui opposèrent la France et l’Allemagne.On en vint même à contester que ce fut Gutenberg. On lui substitua un Sélestadien, rien que cela ! L’illustre Jean Mentel ou Mentelin qui fut un des pionniers de l’imprimerie à Strasbourg comme on vient de le voir.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Promenez-vous à l’intérieur de la Bibliothèque Humaniste. Que peut-on lire sur cette statue en albâtre, datée du XIXe siècle, où le couple de sculpteurs, Sichler-Majastre, le représente en buste sinon que Jean Mentelin est bien l’inventeur de l’imprimerie. La statue vous accueillait naguère encore à l’entrée de la bibliothèque de Beatus Rhenanus. Aujourd’hui, elle se fait plus discrète, un peu à l’écart, juste derrière l’installation où les visiteurs s’épuisent avec entrain à imprimer leur nom selon la technique de Gutenberg.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">C’est qu’en réalité, il existe une belle légende concernant et Gutenberg et Mentelin. On la racontait encore au siècle dernier. La voici :</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> « Jean Mentel, libraire à l’enseigne de la Ménagerie au Fronhof à Strasbourg, inventa en 1440 l’art d’imprimer. Les résultats obtenus par le natif de Sélestat furent si extraordinaires que les gens de métier, les scribes exprimèrent leur incrédulité. Il leur était impossible de faire la différence entre imprimés et manuscrits, tant les premiers ressemblaient à s’y méprendre aux seconds. Un de ces scribes se fit alors engager chez Mentel pour s’approprier la nouvelle technique. Quand il en sut assez, il disparut pour s’établir à Mayence chez un dénommé Gutenberg auquel il confia le secret de l’invention. Un jour, un Strasbourgeois, qui séjournait à Mayence, reconnut le scribe et s’en alla raconter à l’honnête et naïf Gutenberg, l’histoire véritable de l’invention de l’imprimerie. Gutenberg, qui était un honnête homme, fut outré par le comportement indélicat du scribe et le chassa. Il s’en voulut de s’être ainsi fait posséder et tenta de réparer la faute en décidant de se rendre à Strasbourg pour y rencontrer Mentelin et faire amende honorable.  Arrivé sur place, il trouva la maison de Mentel close et s’enquit auprès des voisins du lieu où il pouvait trouver son illustre devancier. On lui indiqua la cathédrale toute proche. Il interrogea le bedeau qui lui fit comprendre que si le sieur Mentelin est ici, il est mort de douleur  parce que sa découverte a été volée » Effondré, Gutenberg se rendit chez Conrad Sasbach afin qu’il lui fabriquât une presse semblable à celle de Mentel. Il s’établit à Strasbourg et « produisit ses plus belles oeuvres à qui il devait gloire et richesse. »</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">L’histoire est exquise. Fausse, bien entendu, mais qui nous empêchera de continuer à y croire ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, DNA, </strong></em>extrait de la rubrique Ces femmes et ces hommes qui ont fait l&rsquo;histoire de la ville, 8 février 2020</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Beatus Rhenanus et Erasme de Rotterdam : Une amitié rhénane</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Apr 2020 10:29:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignleft size-full wp-image-722" style="caret-color: #000000; color: #000000;" alt="erasmus-e14632523121681" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/erasmus-e14632523121681.jpg" width="724" height="409" /></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/beatus-rhenanus-et-erasme-de-rotterdam-une-amitie-rhenane/download-1-2/" rel="attachment wp-att-721"><img class="alignleft size-full wp-image-721" alt="download-1" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/04/download-1.jpg" width="259" height="194" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Le réformateur Martin Bucer (1491-1551) et l’humaniste Beatus Rhenanus (1485-1547) sont des enfants de Sélestat. Ils furent contemporains tous deux et fréquentèrent vraisemblablement, tous deux aussi, l’École latine qui pendant un siècle fit la gloire de la cité centrale de la Décapole . Quand Rhenanus mourut, Bucer était à son chevet. Le premier n’avait pourtant pas fait le saut vers la Réforme protestante, le second en fut l’un de ses promoteurs les plus efficaces. Mais l’amitié, en l’occurrence, se montra capable de dépasser les clivages religieux.</p>
<p style="text-align: justify;"> <b><i>Tous Érasmiens ?</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> L’un et l’autre furent Érasmiens. Bucer au moins jusqu’à sa rencontre avec Luther en 1518, Rhenanus jusqu’au bout. Il fut l’ami d’Érasme de Rotterdam (1466/69-1536), le collaborateur, l’éditeur de ses œuvres et même son premier biographe. On sait que celui que plus tard on appellera le prince des humanistes voire le précepteur de l’Europe avait, après avoir parcouru une partie de l’Europe intellectuelle, trouvé dans notre région entre Strasbourg, Fribourg et Bâle son port d’attache au point de s’y établir principalement et d’y mourir. Qui ne connaît, en la cathédrale de Bâle où il repose, l’épitaphe le concernant ?</p>
<p style="text-align: justify;">Érasme et Beatus sont particulièrement prisés à Sélestat. Le second parce qu’il eut l’idée de léguer à sa ville natale sa riche bibliothèque personnelle juste avant de décéder. Celle-ci est inscrite, depuis 2011, au <i>Registre Mémoire du monde</i> de l’Unesco. C’est dire son importance. Au premier, la ville de Sélestat voue une reconnaissance éternelle depuis qu’en 1515 il eut la délicatesse de l’honorer d’un éloge à faire rougir de jalousie toutes les villes du Rhin supérieur. Il est vrai que maîtres et élèves de l’École latine avaient depuis 1441 contribué à la réputation d’une institution et d’une pédagogie uniques en Alsace, creuset de l’humanisme alsacien voire rhénan, formateur des élites régionales que fréquentèrent, parmi d’autres, le pédagogue Wimpfeling, par ailleurs enfant de Sélestat, lui aussi, les trois fils de l’imprimeur bâlois Jean Ammerbach, et Thomas Platter, le Valaisan, enfant pauvre et étudiant ardent, plus tard imprimeur, pédagogue talentueux et helléniste reconnu.</p>
<p style="text-align: justify;">Au mois d’août 1515, Érasme, qui fréquente assidûment la région, attiré par la qualité des imprimeurs strasbourgeois et bâlois, susceptibles de publier son œuvre de plus en plus abondante, séduit par les élites intellectuelles locales rend un hommage dithyrambique aux Sélestadiens dans un texte publié chez son imprimeur bâlois Froben dont le présent extrait résume l’esprit : « <i>Le privilège qui n’est qu’à toi, c’est que seule, toi si petite, tu donnas le jour à autant d’hommes distingués par les mérites de l’esprit. </i> » Malgré l’emphase, conforme à l’air du temps, le compliment est mérité. Dans son histoire, jamais Sélestat ne produisit autant de talents.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le panthéon sélestadien évoqué par Érasme, Beatus Rhenanus occupe déjà une place à part : « <i>Qu’est-il besoin de rappeler les autres, Beatus Rhenanus ne suffisait-il pas à ta gloire ?</i> » s’interroge Érasme. C’est qu’ils se connaissent depuis peu, inaugurant ainsi une collaboration et une amitié qui s’étendront sur plus de deux décennies. Manifestement Beatus a attiré l’attention d’Érasme.</p>
<p style="text-align: justify;">En été 1514, Érasme quitte l’Angleterre pour Bâle afin d’éditer un certain nombre de ses oeuvres chez l’imprimeur Froben avec qui il entretient une correspondance depuis plus d’un an. Il passe par Strasbourg et Bâle où il reçoit à chaque fois un accueil chaleureux. Wimpfeling, en contact avec Érasme, lui recommande plus particulièrement son concitoyen Beatus Rhenanus qu’il présente comme un de ses admirateurs. Ils ne se connaissent pas encore mais déjà Beatus Rhenanus s’inscrit dans le cercle des sympathisants de l’humaniste hollandais dont la notoriété est européenne depuis qu’il a publié l’<i>Éloge de la folie,</i> en 1511, et ses <i>Adages, </i>ces petits monuments d’érudition dont se délectent de nombreux lecteurs. Beatus Rhenanus est Érasmien bien avant d’avoir rencontré Érasme. Lui qui a fait des études à Paris, entre 1503 et 1507, ne fait-il pas éditer, peu de temps après son retour en Alsace les <i>Adages </i>chez l’imprimeur strasbourgeois Mathias Schurer, lui aussi originaire de Sélestat ? Il participe à l’engouement pour Érasme, il pleure même sa mort, victime, comme tant d’autres, d’une vilaine et sotte rumeur en août 1514</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Beatus Rhenanus de Sélestat</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Singulier destin que celui de Batt Bild, pardon Beatus Rhenanus. Son père était boucher, comme son grand-père. Originaire de Rhinau, situé le long du Rhin, plus proche de Sélestat que de Strasbourg. Antoine le père, le Rhinower, (celui qui est originaire de Rhinau), fit fortune à Sélestat, et mena une petite carrière municipale qui en fit un échevin et même un des bourgmestres de la cité en 1499. Il avait épousé une fille du cru, jeune veuve du nom de Barbara Kegel, qui lui donna trois enfants, dont le dernier seul survécut : Beat qui naquit le 22 août 1485 ! Il n’avait que deux ans quand sa mère décéda, atteinte de phtisie. Le père ne se remaria pas, et c’est aidé par une vieille servante qu’il éleva son enfant.</p>
<p style="text-align: justify;">L’école latine ou paroissiale que Beatus fréquenta jusqu’à l’âge de 18 ans, la quittant en 1503, fut un premier tremplin. Dirigée par le successeur de Louis Dringenberg, Kraft (Craton) Hoffmann depuis 1477, puis par Jérôme Gebwiller, à partir de 1501, elle avait acquis une belle et grande réputation grâce au talent de ses maîtres et à la qualité de maints élèves qui purent s’y épanouir. Beatus fut de ceux-là. Ces années sélestadiennes l’ont incontestablement marqué, nous y reviendrons. L’école fut sa « première mère intellectuelle ». Il y trouva une formation humaniste et chrétienne à la fois, un vrai et solide viatique pour l’avenir. Élève brillant, il fut remarqué par ses maîtres. Malgré son jeune âge, il devint même moniteur d’élèves plus jeunes, dont Sapidus, son cadet de cinq ans.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est à Paris qu’on le retrouve comme jeune étudiant en 1503. Il aurait pu choisir les universités plus proches de Heidelberg et surtout de Fribourg et de Bâle. C’est dans la capitale du Royaume de France qu’il se retrouva, probablement conseillé par Jérôme Gebwiller qui y avait étudié et d’où il avait rapporté les œuvres de l’humaniste Lefèvre d’Étaples, dont notamment ses introductions aux œuvres d’Aristote, Éthique, Physique, Logique. Lefèvre d’Étaples en était le spécialiste. Beatus, qui loge au Collège du Cardinal-Lemoine, s’y nourrit à son tour. Tout comme il s’initia à l’imprimerie durant sa période parisienne auprès d’Henri Estienne. Il y travailla comme correcteur. À côté de la philosophie, il apprit, apparemment de façon insatisfaisante, le grec auprès de Hermonyme de Sparte, et se perfectionna en poésie latine chez Faustus Andrelinus, à l’excellente réputation pédagogique. Il accomplit son cursus universitaire en trois ans : bachelier, licencié, maître ès arts. Beatus, à Paris aussi, fut un grand « bûcheur ».</p>
<p style="text-align: justify;">Paris, ce fut davantage encore ! Un premier contact avec les œuvres d’Érasme, les Adages et l’Enchiridion, des amitiés solides avec quelques « pays » comme Michel Hummelberg de Ravensbourg, les anciens condisciples de l’école latine, Bruno et Basile Amerbach, son compatriote Beatus Arnoald, futur secrétaire impérial, Mathias Ringmann dont le nom est associé à celui de l’Amérique qu’il contribua à baptiser en 1507. Il resta proche de ses maîtres en philosophie, de Josse Clitowe, Docteur en Sorbonne, surtout, qui connaissait et expliquait mieux que personne la pensée et les livres de son maître Lefèvre d’Étaples. Ce dernier, qui se consacrait, à partir de 1507, à l’étude de l’Écriture Sainte, publia en 1512 ses Commentaires sur les Épîtres de Paul. Il y écrivit notamment que l’Écriture est la source et la règle du vrai christianisme et que les œuvres étaient insuffisantes pour assurer le salut. Tiens, tiens… À Paris enfin, il se constitua les bases d’une belle bibliothèque qui allait assurer sa réputation par-delà les siècles.</p>
<p style="text-align: justify;">Retour en Alsace à partir de l’automne 1517. Il va éditer pendant trois ans à Strasbourg chez son compatriote l’imprimeur Mathias Schurer des écrivains néo-latins, surtout italiens, dont son ancien maître Faustus Andrelinus, en les préfaçant par des épîtres dédicatoires en latin. Il fréquente le milieu des humanistes strasbourgeois qui se retrouvent au sein de la Société littéraire (Sodalitas litteraria) locale fondée par Wimpfeling vers 1507. Un voyage à Mayence en 1509, où il découvre les vestiges romains de la région, l’initie à l’histoire dont il fera une passion. N’est-il pas l’auteur dès 1510, d’une biographie du prédicateur Geiler qui paraît également chez Schurer ? La triade strasbourgeoise, Geiler, Brant et Wimpfeling, le rend critique à l’égard de l’Église. Il n’a pas oublié ce qu’en disait son premier-maître parisien Lefèvre d’Étaples.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais c’est à Bâle, où il arrive en 1511, à l’âge de 26 ans, qu’il va pleinement se réaliser. Il y était d’abord allé pour se perfectionner en grec auprès de l’helléniste Jean Kuhn (Conon). Il va fréquenter les ateliers d’Amerbach et de Froben et travailler à l’édition commentée des Pères de l’Église et des grands auteurs latins dont les premiers sont Pline le Jeune et Suétone. À Bâle, il rencontre Érasme.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>« Parce que c’était lui, parce que c’était moi… »</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Ils deviennent amis, dès les premières rencontres. L’édition des textes les réunit, une même formation intellectuelle et morale les rapproche. La Dévotion moderne des Frères de la vie commune de Deventer est leur bien commun. Érasme avait été l’élève des frères, l’École latine de Sélestat continuait d’être marquée par le mouvement. Louis Dringenberg en fut proche tout comme son successeur Craton Hoffmann, le maître d’école du jeune Beatus.</p>
<p style="text-align: justify;">Érasme éprouve pour son jeune collaborateur une réelle tendresse et n’est pas avare d’éloges à son endroit. Il en fera même un ami très cher, « <i>un ami vraiment pythagoricien, je veux dire une seule âme</i> ». On croirait entendre Montaigne parler de La Boétie. Ce qu’il apprécie particulièrement c’est à la fois sa culture et la maturité de son jugement. Sa loyauté et même son sourire permanent : «<i> Quand Beatus n’a-t-il point la mine riante </i>? » Cela nous change de l’image compassée de l’érudit asséché à laquelle trop souvent on rattache nos humanistes. Ses qualités professionnelles sont souvent soulignées, son acribie, autrement dit sa rigueur, remarquée. C’est qu’ils travaillent côte à côte dans l’atelier de Froben à Bâle. La critique des textes, le retour aux sources, ce patient et minutieux travail de philologue qui les caractérisent tous deux supposent évidemment que l’on cultive l’exactitude, la précision et la minutie. Ils y excellent tous deux.</p>
<p style="text-align: justify;">Beatus n’est pas en reste. Son admiration pour Érasme est éperdue, son dévouement est total, son respect lui est assuré à vie. La confiance entre eux est totale. Voilà ce que Beatus Rhenanus, momentanément séparé d’Érasme à cause  de la peste qui l’a fait fuir de Bâle en 1519 écrit  à un de ses amis resté avec Érasme :</p>
<p style="text-align: justify;">«  <i>Je te pense doublement heureux très cher Nesen , d’habiter avec  Érasme… Qu’est-ce en effet d’habiter avec Érasme sinon vivre au milieu des muses elles-mêmes ? Qu’est ce que s’asseoir à la même table que lui, sinon participer à un festin  céleste ( …) Mais qu’est-ce donc qu’Érasme sinon une hôtellerie de tous les arts. Chacun excelle parfois dans un art, mais lui, il tient le premier rang en tous.  Combien de fois j’imagine les les propos que vous tenez  sur la restauration des bonnes études, sur la morale, sur la Religion ! Qui ne préférerait y assister que participer aux festins des dieux. »</i></p>
<p style="text-align: justify;"> Souvent, quand Érasme s’absente de Bâle, c’est Beatus qui porte la responsabilité de ses éditions, se consacrant « <i>tous les jours et la plupart des autres à Érasme</i> ». Quand le maître est absent, c’est Rhenanus qui est l’âme du « cercle érasmien de Bâle », où l’on ne se contente pas seulement de deviser mais de ripailler aussi dans une atmosphère on ne peut plus conviviale et amicale.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>La tentation Luther</i></b></p>
<p style="text-align: justify;"> Si on se fréquente à Bâle, on se reçoit parfois à Sélestat, ou on voyage conjointement à Constance. Cela tisse des liens et permet de se laisser aller à des confidences. De quoi parle-t-on sinon d’édition mais aussi de la philosophie du Christ, ce thème cher à Érasme qui englobe tout son humanisme évangélique, à la fois projet théologique et mode d’action du chrétien . Et probablement parle-t-on aussi de ce Luther dont parle tout le monde. On le découvre et on l’apprécie assez. On aurait même tendance à en faire un disciple ou un émule de l’humaniste de Rotterdam. On éprouve manifestement de la sympathie pour ce moine augustin qui vient de ruer dans les brancards en affichant ses 95 thèses consacrées aux indulgences sur la porte de l’église paroissiale de Wittenberg en Saxe.</p>
<p style="text-align: justify;"> Luther, dès 1518, était devenu familier à Beatus, grâce à son compatriote Martin Bucer, qui avait rencontré le moine augustin cette année-là, à Heidelberg. Dans une longue lettre, datée du 1er mai, celui-ci avait fait part de son enthousiasme à Beatus. Durant la même période, Rhenanus correspondait avec le jeune Zwingli de Zürich, tout aussi désireux de la réforme de l&rsquo;Église et prompt à s&rsquo;enthousiasmer pour tous ceux qui poussaient dans cette direction. Érasme notamment ! Voilà comment, nos jeunes amis poussèrent à la diffusion des écrits d&rsquo;Érasme et de Luther. Ils les placèrent alors sur le même plan. Beatus Rhenanus fut pendant quelque temps, un ardent diffuseur des œuvres de Luther, en particulier de son <i>Explication de l&rsquo;oraison dominicale à l&rsquo;intention des laïcs</i>, et de ses <i>Commentaires sur les psaumes sapientaux</i>. Il n&rsquo;oublia pas pour autant, durant la même période, d&rsquo;être le parfait auxiliaire, voire le disciple, d&rsquo;Érasme</p>
<p style="text-align: justify;">Mais l’idylle fut de courte durée. Tout oppose Luther et Érasme. Le premier échoue dans sa tentative de rallier le second sous sa bannière. Les événements sociaux imprévisibles et violents que déclenche l’attitude et les écrits de Luther ne sont pas du goût d’Érasme qui reste attaché à l’ordre établi. Réformer l’église oui, bousculer le confort, les habitudes et la paresse intellectuelle sinon l’ignorance des clercs, bien entendu. L<i>’Éloge</i> <i>de la Folie</i> n’a-t-il pas pourfendu ces criardes insuffisances ? Réformer toujours et encore, mettre inlassablement l’ouvrage sur le métier, assurément, mais rompre avec l’Église, certainement pas. On réformera l’église de l’intérieur, il n’y a pas d’autre voie.</p>
<p style="text-align: justify;">Les troubles de Zwickau et de Wittenberg, en 1520-21, la Guerre des Paysans, en 1525 où s’exprime toute la violence d’une population qui a perdu ses repères, furent autant de signaux qui éloignèrent les uns des autres. Mais le divorce n’est pas que circonstanciel ou méthodologique, il porte sur les options fondamentales de la théologie. En 1524, Érasme dans son essai sur le libre arbitre -<i>De libero arbitrio</i>- pourfend les thèses de Luther en défendant la possibilité pour l’homme de collaborer avec Dieu dans son propre salut sans opposer la foi et les oeuvres. Ce qui lui vaut, en 1525, une réponse cinglante de Luther, le <i>De servo arbitrio</i>, essai sur le serf arbitre, qui lui oppose la thèse de la totale passivité de l’homme dans les mains de Dieu, seul dispensateur de la grâce. Qu’importent les oeuvres, la foi seule nous sauvera !</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Réformer sans rompre !</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Érasme a choisi son camp. De même que Beatus Rhenanus, fidèle et loyal, qui suit son glorieux aîné. « Le petit homme frêle, ergotant et propret » (Lucien Fèvre) n’a rien perdu de son ascendant intellectuel sur la plupart de ses contemporains. Si tous ne passèrent pas à la Réforme c’est en grande partie à cause de l’humaniste de Rotterdam. Son corps chétif qu’il appelle corpuscule a beau le faire souffrir, en faisant de lui un homme fragile, sa remarquable intelligence et son savoir universel, son éloquence et sa virtuosité littéraire, sa puissance de travail et son engagement personnel, sa pédagogie et son pacifisme militant ont contribué à en faire un phare. Érasme c’est l’autre voie. John Collet ne s’était pas trompé quand au temps du séjour anglais d’Érasme, il avait prédit : « Le nom d’Érasme ne périra jamais».</p>
<p style="text-align: justify;">Beatus comme Erasme, comme Wimpfeling et d’autres encore, comme le juriste Zazius restaient attachés à l’ordre établi et commençaient à entrevoir les conséquences  politiques et sociales de la doctrine luthérienne. La violence les insupporta, le tumulte les dérangea, l&rsquo;anarchie les révulsa, eux, les aristocrates de l&rsquo;esprit, partisans de la concorde. Beatus n&rsquo;avait-il pas rédigé en 1523, un solennel appel aux habitants de Sélestat pour les exhorter à la concorde ?</p>
<p style="text-align: justify;">Beatus ne se retrouvait en aucune façon dans la violence des injures qu’en 1522 Luther proféra à l’encontre du roi d’Angleterre. Il fut choqué par les troubles à Wittenberg, durant l’hiver 1522-23 quand les églises furent saccagées par les partisans de Thomas Munzer. Les troubles avaient gagné la ville natale de Beatus, d’où son appel à la concorde, et reprendront de plus belle, au printemps 1525 avec la guerre des Paysans, ses saccages et son tragique dénouement. Impossible de ne pas réagir quand les fondements de la foi, de la société et même du pays apparaissent menacés. « <i>Trop d’hommes ont perdu le bon sens, écrit-il, ils s’en vont répétant qu’il faut suivre l’Esprit et ils exècrent la sagesse humaine, trop d’imposteurs se couvrent de l’Évangile. </i>» Il en veut à ces prêtres égarés qui ont pris fait et cause pour les paysans révoltés, « <i>ils méritent d’être déportés au loin dans une île déserte </i>» proclame-t-il dans une lettre du 1er septembre 1525 à son ami Michel Hummelberg. Quand ce dernier, quelques mois plus tard, évoque la présence réelle du Christ dans l’eucharistie, citant Érasme, il ne peut qu’y souscrire et constater que d’autres s’éloignent dangereusement de la tradition. Zwingli, son ami, il y a peu encore, vient d’abolir la messe à Zürich, et l’a remplacé par une cène célébrée trois à quatre fois par an. Il s’éloigne de Zwingli comme il va s’éloigner de Bucer qui a rejoint le camp de Luther. Leurs correspondances s’espaceront, réduites à la portion congrue, où il n’est plus question de religion, à peine  d’amitié.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne sera pas inactif durant les vingt ans qui lui restent à vivre, fidèle à Érasme, son seul maître et véritable ami. Il ne s’est pas retiré sur l’Aventin mais n’est plus sur le front du débat religieux. L’humaniste historien a encore quelques pages à publier et à écrire. Le chrétien n’a pas perdu la foi ni le désir de voir son Église s’amender et les prêtres fuir le luxe et l’orgueil pour embrasser la frugalité et la sobriété. Par contre, la réforme de son Église, il ne la voyait pas comme cela, en dehors de la paix sociale et religieuse. Il n’a pas de mots assez durs pour condamner les anabaptistes et leurs chefs après leur exécution en 1536.</p>
<p style="text-align: justify;">Les troubles de la Réforme eurent cependant une conséquence inattendue sur les relations entre Beatus et Érasme. Ils se virent moins, puis plus du tout. Bâle qui les avait réunis devint incertaine et dangereuse. L’introduction de la Réforme y fut violente. La brutalité, c’est ce que tous deux exécraient. L’atmosphère bâloise n’incitait plus guère au recueillement et à la concentration si nécessaires au travail patient et minutieux de nos humanistes. En septembre 1528, Beatus s’en retourna chez lui à Sélestat, Érasme se fixa à Fribourg en avril 1529. Tous deux avaient choisi des villes catholiques rétives aux idées réformatrices. Ils avaient une fois encore fait la même analyse de la situation et tiré les mêmes conclusions. Ils restèrent en contact épistolaire, se tenant au courant de leurs activités réciproques.</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Au-delà de la mort</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Même la mort ne les sépara pas. Érasme décéda à Bâle dans la nuit du 11 au 12 juillet 1536. Il y était revenu à la fin du mois de juin 1535 pour achever son impression de <i>l’Ecclésiaste</i> quand sa santé déclina à l’automne. Dans ses dernières volontés, il légua à son ami une cuillère et une fourchette en or et, surtout, le chargea d’éditer ses oeuvres complètes. Ce à quoi s’attela Beatus avec détermination. Imprimées de 1536 à 1540, chez Froben, l’imprimeur de toujours, elles paraissent en 9 volumes à Bâle en 1540. La préface est signée par Beatus. Dédiée à l’Empereur Charles Quint, elle contient une biographie détaillée d’Érasme rédigée par son ami Beatus Rhenanus.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce dernier avait toutes les qualités pour écrire cette biographie. Historien reconnu, au sens critique aiguisé ainsi que l’atteste son <i>Histoire de l’Allemagne en trois livres </i>de 1531, sa proximité avec le grand humaniste lui valut des confidences qu’il avait recueillies directement de la bouche d’Érasme. Il avait à la fois la distance nécessaire et la proximité requise pour évoquer la puissante figure et le prestige intellectuel de son ami. Raison de plus pour exprimer son indignation quand, le 19 janvier 1543, les oeuvres d’Érasme furent brûlées en place publique à Milan sur l’ordre d’un représentant de l’Archiduc Ferdinand. Il fut accompagné dans cette infamie par les écrits de Luther qui connurent le même sort. Beatus reprit la plume et remua ciel et terre pour faire réparer cette « injustice qui a été commise à l’égard des écrits du meilleur des hommes ». Quatre ans plus tard, le 18 mai 1547, Beatus Rhenanus disparaissait à son tour. Ainsi s’acheva une amitié vieille de 22 ans. À son début, en 1515, Érasme en avait pressenti la richesse et les contours. Une amitié pour la vie, une amitié pour l’éternité. N’avait-il-pas alors souhaité pour tous deux de mériter un jour « de jouïr ensemble de la participation éternelle et véritable ? »</p>
<p style="text-align: justify;"><b><i>Ni soumission, ni effacement</i></b></p>
<p style="text-align: justify;">Amitié ne veut pas dire soumission ni effacement. On aurait tort de penser que Beatus, écrasé par l’intelligence, la personnalité et le rayonnement de la pensée de l’illustre Érasme, n’avait été qu’un pâle comparse qui se serait contenté, toute sa vie, de mettre ses pas dans les pas glorieux de son aîné. Il eut une vie en dehors de lui. Avant leur rencontre et après celle-ci. Ils ne se voyaient pas tout le temps. Érasme voyageait beaucoup, Beatus beaucoup moins. Quand ils quittèrent Bâle, tous deux, en 1528 et 1529, ce fut vers des destinations différentes, à savoir Sélestat et Fribourg. Villes proches dirions-nous aujourd’hui, suffisamment lointaines pourtant alors pour marquer l’éloignement. S’ils ne se revirent pas, ils restèrent en contact épistolaire. L’édition de textes les rapprochait, mais chacun avait sa propre carrière et ses productions à assurer. On connaît l’abondante production érasmienne, on connaît moins celle de Beatus Rhenanus.</p>
<p style="text-align: justify;">On lui doit l’édition préfacée de 35 humanistes dont, entre autres, Faustus Andrelinus qui lui avait appris la poésie à Paris, Theodore Gaza, Michel Marulle, Janus Pannonius, Thomas More sans oublier, bien sûr, Érasme. Il fut un éditeur actif de cinq pères de l’Église : saint Grégoire de Nysse, saint Basile, Tertullien, Eusèbe et saint Jean Chrysostome. Il consacra toute son énergie et sa science aux classiques anciens, préfaçant Pline le Jeune et Suétone et commentant Sénèque, Quinte-Curce, Velleus Paterculus, Pline l’Ancien, Tacite et Tite Live. Historien exigeant et rigoureux, trente ans avant sa biographie d’Érasme, il avait écrit celle de Geiler de Kaysersberg, l’aîné des humanistes alsaciens, en 1510. Entre-temps, en 1531, il avait fait montre d’une remarquable maîtrise de la science historique, qui privilégie la recherche et la critique des sources, en publiant une <i>Histoire de l’Allemagne en trois livres</i> qui fit autorité comme nous l’avons vu.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans sa construction intellectuelle et spirituelle, il est redevable à Érasme, certes mais aussi à Léfèvre d’Étaples et même à Luther. Il s’est formé au contact  de quelques maîtres et bâti une oeuvre,  notamment celle d’historien, exigeante et critique qui ne doit  rien à personne, sinon à lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;"> <b>La matrice rhénane</b></p>
<p style="text-align: justify;"> Revenons pour conclure à l’amitié qui lia Beatus à Érasme. Nous l’avons qualifiée de rhénane à dessein pour insister sur la fécondité culturelle et spirituelle de ce fleuve qui traverse une partie de l’Europe du sud au nord, de la terre de Beatus Rhenanus, le bien nommé, à celle des Pays-Bas où naquit et grandit Érasme de Rotterdam. Ces deux-là étaient faits pour se rencontrer et pour devenir ami. Ce Rhin, ce fut celui qui vit éclore l’imprimerie sur ses rives, comme il avait assisté, quelques siècles auparavant, à la naissance de quelques somptueuses cathédrales et d’actifs lieux de pèlerinage. La <i>Pfaffengasse</i> était en quête perpétuelle de ressources et de réformes spirituelles. La mystique dite rhénane avait ouvert la voie à la suite de Maître Eckart et de Jean Tauler. La <i>devotio moderna</i> l’avait poursuivie. <i>L’imitation de Jésus-Chris</i>t, probablement rédigée par Thomas a Kempis, vers 1427, avait servi d’aiguillon et de référence. Le mouvement, méfiant à l’égard de l’institution ecclésiastique, prônait une vie spirituelle libre, personnelle, dépouillée et vraie, axée sur l’exigence intérieure. Descendu du Nord, il avait fini par faire son nid à l’École latine de Sélestat et au couvent de Truttenhausen au milieu du XVe siècle. On était prêt à réformer avant la Réforme. La boucle était bouclée : Beatus ne pouvait rater Érasme !</p>
<p style="text-align: justify;">Ils se sont pas ratés. Ils ont partagé jusqu’au bout l’espoir immense,  et pourtant insensé, d’une réconciliation entre protestants et catholiques. Quand meurt Beatus  Rhenanus en 1547, fidèle à la foi catholique, il est entouré, à son chevet,  du Réformateur Martin Bucer et de deux pasteurs strasbourgeois. Quelques années auparavant, son vieux complice Érasme, resté lui aussi irréductiblement catholique, avait été enterré, dans la cathédrale protestante de Bâle. ils avaient, à leur corps défendant probablement, au début , mais de là où ils étaient avec leur assentiment, depuis lors, vérifié tous deux qu’il y avait bien plusieurs demeures  dans la maison du Père.</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, <em>Au coeur de l&rsquo;Europe humaniste, le génie fécond de Sélestat</em>, Editions du Tourneciel , 2018 ( avec bibliographie complète)</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Gabriel Braeuner, texte de conférence,  2018</strong></em></p>
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