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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; occupation nazie</title>
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	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
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		<title>Laudatio Nicolas Mengus à l&#8217;Académie d&#8217;Alsace (  17 octobre 2015)</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Oct 2015 08:42:54 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.histoires-alsace.com/laudatio-nicolas-mengus-a-lacademie-dalsace-17-octobre-2015/mengus/" rel="attachment wp-att-583"><img class="alignleft size-full wp-image-583" alt="mengus" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2015/10/mengus.jpg" width="540" height="381" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Si Nicolas Mengus était un numéro, ce qu’à Dieu ne plaise, il serait pour un temps furtif le numéro 426, soit le nombre de ses écrits depuis 1989 où il dessinait pour l’Inquisiteur qu’éditait alors l’association des étudiants en histoire de l’université de Strasbourg. Mais au moment où je rédige ce texte, il aura certainement déjà changé de numéro. Il suffit, semaine après semaine, de le suivre dans l’Ami Hebdo dont il est le collaborateur depuis 2002 et le très fécond journaliste depuis lors, spécialiste reconnu, non seulement des châteaux-forts mais aussi des Malgré-Nous et de toutes les questions relatives à l’incorporation de force et des drames qu’elle entraina.<br />
Ce brillant médiéviste avait soutenu une thèse d’histoire en 1998 sur les sires d’Andlau au Moyen Age et était devenu très tôt un de nos excellents spécialistes  des châteaux forts, publiant dès 1994, entre autres, un article avec Jean-Michel  Rudrauf sur le château d’Andlau  -c’est-dire si ces deux se connaissent ! Qui ne se souvient parmi les historiens du très compétent et efficace secrétaire correcteur de la Fédération des Sociétés d’histoire pour le N.D.B.A  de 1994 à 2002 ? L’Ami hebdo lui confia en 2002 un dossier sur les Malgré-Nous, soit un domaine radicalement différent de celui dans lequel il excellait jusque-là. Le dossier fut excellent, l’Ami hebdo sut le retenir, il y est toujours. Ce journal est devenu, grâce à Nicolas,  incontournable sur cette page douloureuse de notre histoire. Lui-même s’est fait un nom sur le sujet. Nous connaissons le site qu’il anime sur ce thème, son dossier magazine en 2005 intitulé Comprendre … l’incorporation de force (magazine plus cd rom), les ouvrages publiés avec André Hugel, en 2007 et 2008 sur Les incorporés Alsaciens dans la  Waffen SS , et en 2010 ce livre connu de tous : Malgré nous ! Les Alsaciens et les Mosellans dans l’enfer de l’incorporation de force. Ce second pole d’intérêt n’a pas effacé le premier. Nicolas est toujours l’un de nos meilleurs spécialistes des châteaux forts en Alsace. L’Académie d’Alsace ne lui a-t-elle pas remis, ainsi qu’à son alter ego Rudrauf, le prix de la décapole, pour leur ouvrage à deux mains, sur les châteaux forts en Alsace en 2014 ?<br />
Mais bon sang ne sautait mentir, Nicolas est aussi un illustrateur, reprenant ainsi un flambeau familial où les artistes dessinateurs et peintres sont nombreux. Est-ce pour cela que nous l’avons vu collaborer, il y a quelques années, sur le château du Haut Koenigsbourg,  avec l’illustre Jacques Martin, l’équivalent d’Hergé et d’Edgar P. Jacobs, le père d’Alix et de Lefrang, celui de la Grande Menace, et de l’élégante mais inquiétante figure du mal, Axel Borg, suédois d’origine, surgi un jour de 1952, d’un manoir proche du Haut-Koenigsbourg, que Georges Bischoff et moi-même continuons, depuis des décennies de vénérer avec un zèle constant. Qui veut d’ailleurs saisir l’histoire antique et médiévale trouvera dans le dessin précis et surtout documenté de Jacques Martin un guide précieux et fiable. D’ailleurs, je vois apparaître de plus en plus d’articles signés Nicolas Mengus sur l’antiquité.  Il s’est placé sous de favorables auspices. Cette amplitude large dans laquelle il installe ses recherches, de l’antiquité à nos jours en passant par un vivant Moyen Age, ne pouvait échapper à notre académie. Il était temps qu’il nous rejoignît, bouclant ainsi une boucle, entamée il y a quelques années déjà, en 2000, quand sa thèse, sous la direction de Francis Rapp et de Georges Bischoff, Les sires d’Andlau au Moyen-Age fut publiée par la Société savante d’Alsace et primée par notre belle académie. Cher Nicolas Mengus, vous êtes ici chez vous !</p>
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		<title>La langue des nazis</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jan 2013 17:17:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Viktor Klemperer]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour eux, c&#8217;est à dire nos parents et grands-parents, ce n&#8217;étaient pas les mêmes. Sen d&#8217;namlige nem disaient-ils. Rien à voir avec les Allemands d&#8217;avant : unsiri Schwowe, ceux de Wilhelm, le premier et le second du nom, et du &#8230; <a href="http://www.histoires-alsace.com/la-langue-des-nazis/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/la-langue-des-nazis/radio-nazi-copie-1/" rel="attachment wp-att-270"><img class="alignleft size-full wp-image-270" alt="radio-nazi-copie-1" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/01/radio-nazi-copie-1.jpg" width="420" height="600" /></a>Pour eux, c&rsquo;est à dire nos parents et grands-parents, ce n&rsquo;étaient pas les mêmes. <em>Sen d&rsquo;namlige nem</em> disaient-ils. Rien à voir avec les Allemands d&rsquo;avant : <em>unsiri Schwowe</em>, ceux de Wilhelm, le premier et le second du nom, et du <em>Kaisereich</em> auquel ils avaient appartenu. Et leur langue, non plus, n&rsquo;avait plus rien à voir avec celle d&rsquo;avant. Celle qu&rsquo;ils avaient apprise à l&rsquo;école, celle de Goethe. Et même s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas fait d&rsquo;études, ils pouvaient réciter, et ne s&rsquo;en privaient pas, <em>Roeslein auf der Heide</em>, et se souvenaient de <em>Willkommen und Abschied</em> en mémoire de Frédérique Brion, le premier amour de Goethe, vite expédié, et quand ils susurraient <em>Kennst du das Land wo die Zitronen blühen</em>, c&rsquo;était quelques chose, le comble du raffinement : une invitation au voyage pour eux qui ne voyageaient pas&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Non, ils ne la reconnaissaient pas cette langue qui de leur temps, même s&rsquo;ils parlaient le dialecte, était une vraie langue qui servait à la raison et au sentiment, à la communication, à la conservation, et à la prière, surtout à la prière. Là, elle ne servait plus qu&rsquo;à l&rsquo;invocation (<em>Die Beschwörung</em>). Elle n&rsquo;était plus une langue de culture, d&rsquo;histoire, de patrimoine et de poésie. Elle était devenue une langue de force, d&rsquo;autorité, d&rsquo;ordre, d&rsquo;intimidation et d&rsquo;insulte. Quand ils l&rsquo;entendaient, elle les brutalisait, quand ils la lisaient, elle les agressait. Dans les deux cas, elle les indisposait.</p>
<p style="text-align: justify;">Oh, ils n&rsquo;étaient pas philologues comme Viktor Klemperer  1qui, contraint et forcé, avait pu observer, étudier et graver dans la mémoire sa transformation, son dévoiement, sa confiscation. Il ne fallait pas être grand clerc -et ils ne l&rsquo;étaient pas- pour constater au quotidien, à la lecture d&rsquo;un journal ou à l&rsquo;écoute d&rsquo;un discours, que la langue allemande avait été contaminée d&rsquo;abord par l&rsquo;emphase. La moindre manifestation, la moindre offensive, le moindre jour de bataille était affublé de l&rsquo;adjectif « grand » : <em>Grosskundgebung, Grossoffensive, Grosskampftag</em>. Le moindre événement devenait historique (<em>historisch</em>).+ Une victoire sur le champ de bataille, -il y en eut de nombreuses- était aussitôt transformée en la plus grande bataille de l&rsquo;histoire de l&rsquo;humanité : <em>die grösste Schlacht der Weltgeschichte</em>. L&rsquo;audience ne pouvait être que mondiale quand le Führer faisait un discours : <em>die Welt hört mit</em>. Sa rencontre avec le Duce faisait partie des riches heures de l&rsquo;humanité (<em>Welthistoriche Stunde)</em> et les ennemis juifs et bolchéviques n&rsquo;étaient rien moins que les ennemis du monde  (<em>Weltfeinde)</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">En écho au superlatif voici l&rsquo;abréviation qui leur occasionne autant de maux de tête.  Sont ils suffisamment <em>AEG ( Alle echte Germanen)</em>? En tout cas assez pour se retrouver  dans la <em>HJ (Hitler Jugend</em>, Jeunesses hitlériennes) ou chez les <em>BDM (Bund Deutscher Mädel</em>, Association des jeunes filles allemandes), dans le <em>EHD ( Elsässicher Hilfsdienst</em>, Service alsacien d&rsquo;entraide) ou, plus tard, au <em>RAD (Reichsarbeitsdienst</em>, Service national du travail) dans le <em>DAF (Deutscher Arbeitsfron</em>t, front allemand du travail) ou le <em>WHW ( Winterhilfswerk</em>, secours d&rsquo;hiver).</p>
<p style="text-align: justify;">Elle sont légions les abréviations qui les enserrent désormais comme un filet, les éloignant encore davantage d&rsquo;une langue qu&rsquo;ils croyaient connaître. Ils ne se rendaient pas compte que ces sigles constituaient une accélération de la langue voulue par les autorités. Qu&rsquo;ils exprimaient la vitesse, donc la modernité, qu&rsquo;ils s&rsquo;imposaient là où la technicité et l&rsquo;organisation s&rsquo;imposaient. S&rsquo;ils étaient sportifs, ils ne pouvaient manquer d&rsquo;être frappés par le recours incessant au vocabulaire de l&rsquo;action et à la métaphore sportive ou guerrière : les deux étaient liées. Assaut (<em>Sturm</em>) est un de ces termes  d&rsquo;action dont se repaissait le régime. Des sections d&rsquo;assaut(<em>Sturm Abteilung</em>) arrogantes du début au famélique <em>Volksturm</em> (levée en masse) de la fin, en passant par le <em>Stürmer</em> journal antisémite à qui fait écho <em> l&rsquo;Angriff</em> (l&rsquo;attaque) de Goebbels.</p>
<p style="text-align: justify;">Le mouvement donc, et la mécanisation ensuite.  Qui n&rsquo;a alors entendu parler de ce mot magique gleichschalten, qui se traduit autant par mise au pas que par synchronisation et dont remarquait Klemperer « on peut entendre le déclic du bouton sur lequel on appuie pour donner à des êtres humains, une attitude, un mouvement, uniformes et automatiques ». Afin que tout baigne dans la même sauce brune ( in derselben braunen Sosse). Cette sauce là, c&rsquo;était ce qui rassemble et qui exclut. Rassemblement dans le <em>Volk</em> (le peuple comme communauté de sang et de race), aux déclinaisons vertigineuses : <em>Völkisch</em>, (national au sens communautaire et racial) Volksbewegung (mouvement du peuple), <em>Volksboden</em> (terre allemande) <em>Volsksdeutch,</em> <em>Volskdeutscher</em> (allemand de souche, quelque soit sa nationalité), <em>Volksempfänger</em> (poste de radio), <em>gesundes Volksempfinden</em> (interprétation normalisée et conforme), <em>Volksgemeinschaft</em> ( communauté du peuple), <em>Volksgenosse</em> (membre de la communauté du peuple), <em>Volksgerichthof</em> (Tribunal du peuple), <em>Volkskanzler </em>(Hitler, comme Chancelier du peuple), <em>Volkskörper</em> (le peuple comme unité raciale et biologique) , <em>Volksturm</em> ( organisation des 16-60 ans, créée en septembre 1944, pour aider la Wehrmacht à défendre le sol allemand) <em>Volkstum </em> (Nationalité dans sa spécificité du sang et de  la terre ) , <em>Volkswohlfahrt</em>&#8230; (ligue nazie pour le bien-être du peuple chargée des oeuvres d&rsquo;assistance).</p>
<p style="text-align: justify;">En dehors du <em>Volk</em> point de salut, on pouvait être <em>Volkschädling</em> (nocif au peuple), voire <em>Volksfremd </em> ou <em>Volksfremder</em> (étranger au peuple). Et une fois qu&rsquo;on était <em>fremd</em> (étranger) on entrait en enfer, avec soyons équitable, le choix entre fremdblütig (de sang non allemand), <em>fremdrassig</em> (de race étrangère), <em>fremdstämmig</em> et f<em>remdvölkisch </em> (étranger au peuple allemand). Ce qui était juif, et la communauté juive avait alors quitté l&rsquo;Alsace, contrainte et forcée, devait être « arianisé »  <em>(arisiert</em>) dans le cadre d&rsquo;une déjudaïsation radicale (<em>Entjudung)</em>. Ils étaient définitivement<em> artfremd</em> (en contradiction absolue avec l&rsquo;essence de la race allemande)&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi allait ce qui autrefois s&rsquo;appelait, dans leur esprit, la langue de Goethe. Cette langue était devenue une langue carcérale avec ses surveillants et ses victimes. Elle n&rsquo;était plus  qu&rsquo;« une entreprise langagière » qui était en train de pourrir, voire de détruire une culture. D&rsquo;une effroyable homogénéité, elle se révélait simplificatrice à outrance, ne laissant aucune espace à la subtilité d&rsquo;une interprétation mais tranchant dans le vif pour imposer sa vérité qui devenait norme. Ne dissimulant rien, même les pensées les plus horribles : le contraire de la langue de bois.  Elle avait, nous l&rsquo;avons vu, le sens de la démesure et de la mise en scène. Elle donnait autant à voir qu&rsquo;à entendre, les discours du Führer surtout. Sa parole possédait le rôle archaïque de l&rsquo;enivrement et la répétition exacerbée des mêmes thèmes et des mêmes mots constituaient une forme d&rsquo;envoûtement. Hystérique, elle passait du silence au vacarme, de la crispation muette du visage à l&rsquo;explosion grimaçante de la rage folle.</p>
<p style="text-align: justify;">La force de la langue nazie résida dans les mots. Rien que dans les mots, dans leur extraordinaire simplicité et dans leur extrême brutalité. Ils ne faisaient pas appel à une construction logique, mais à une pensée intuitive, fortement psychologique. Ils visaient les automatismes de l&rsquo;âme collective, servaient de balises, étaient chargés d&rsquo;émotion. La passion et les sentiments remplacèrent la pensée et la raison.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette langue horrible n&rsquo;était plus leur langue. Majoritairement dialectophones alors, ils se réfugièrent dans leur langue à eux, nullement contaminée, qui continuait à dire les choses simples de la vie quotidienne. Nullement suspecte non plus. On leur avait interdit le français, ils pouvaient continuer à se parler en dialecte, il était germanique après tout.  Et prier dans les deux langues. Le Vater unser en allemand, et le « Che » vous salue Marie, (quand ils étaient catholiques) en français. Mais souvent dans leur tête trottaient les deux vers du juif Heine :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Ich weiss nicht was es bedeuten soll</em><br />
<em>dass ich so traurig bin&#8230;.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Sources:<br />
Viktor Klemperer, <em>LTI, Notizbuch eines Philologen</em>, Stuttgart, 2007, 22e édition.<br />
Cornelia Schmitz-Berning, <em>Vokabular des National-Sozialismus</em>,  Berlin 2000.<br />
Alexandre Dorna, La lingua horribilis du IIIe Reich : l&rsquo;apport de Victor Klemperer à la compréhension du nazisme,<em> Cahier de psychologie politique </em> n°7, juillet 2005.<br />
<em>Exposition Victor Klemperer, La langue confisquée, illustration Edouard Steegmann</em>, présentée du 26 avril au 26 septembre 2009 au Struthof puis à la Bibliothèque nationale Universitaire de Strasbourg ( B. N. U).  Exposition réalisée par le Centre européen du résistant déporté et la B. N.U.</p>
<p style="text-align: justify;">GB , 2010,  <em>Saisons d&rsquo;Alsace</em> 44, juin 2010</p>
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		<title>Marie-Joseph  Bopp ( 1893-1972), l&#8217;intellectuel vigilant</title>
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		<pubDate>Wed, 26 Dec 2012 19:47:29 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><strong>Une image romantique<a href="http://www.histoires-alsace.com/marie-joseph-bopp-1893-1972-lintellectuel-vigilant/bopp/" rel="attachment wp-att-206"><img class="alignleft size-full wp-image-206" alt="Bopp" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2012/12/Bopp.jpg" width="179" height="281" /></a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Joseph Bopp, c&rsquo;est d&rsquo;abord une silhouette. Qui vous marque, ne l&rsquo;auriez vous croisé qu&rsquo;une seule fois. Grand et solide, exprimant une forme d&rsquo;élégance qu&rsquo;on prêtait autrefois aux artistes ou aux intellectuels. Il portait les cheveux longs bien avant que cela ne fût une mode. Déjà jeune professeur au lycée Bartholdi, quand ses pairs affichaient tous les stéréotypes de l&rsquo;uniformité  grisâtre et compassée des notables bourgeois de nos villes provinciales. Il y a du Rimbaud, avec la chevelure en plus, sur cette photo de 1922, où il nous fait face. Le masque volontaire, la moue légèrement boudeuse, il a 29 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes en 1936, il s&rsquo;est un peu épaissi. Il pose au milieu des élèves de sixième. Ceux qui quelques années plus tard, gamins encore, payeront un lourd tribut au nazisme. En costume trois pièces, il tranche toujours autant parmi ses collègues enseignants.  Ils sont trois, mais on ne voit que lui. Il est facile à reconnaître. Aucun élève n&rsquo;a les cheveux aussi longs que lui. Des professeurs, présents sur la photo, n&rsquo;en parlons pas.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est à la fin de années soixante, Bopp pose devant sa bibliothèque. Il sourit. La chevelure a blanchi mais elle est toujours aussi abondante. Il porte le noeud papillon, il est toujours aussi élégant. C&rsquo;est un  « monsieur » comme diraient ce qui le voient passer en ville avec son chapeau noir et sa chevelure « romantique ». Même si on ne sait pas vraiment à quoi ressemblait le romantisme on n&rsquo;a aucune peine à imaginer que si ce courant était un homme, il ressemblerait au « professeur Bopp ».</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;image est restée. Chez ceux qui l&rsquo;ont connu et fréquenté, chez ceux qui l&rsquo;ont croisé sans le connaître, et chez tous ceux qui ne l&rsquo;ayant connu en ont entendu parler. L&rsquo;image est tenace et l&rsquo;on connaît son pouvoir. Elle est capable de vous figer pour l&rsquo;éternité. Alors, pour définitivement rompre avec l&rsquo;image, considérons celle, peu après la Seconde Guerre, où assis sur l&rsquo;herbe, un appareil photo à la main, il nous contemple, chemise ouverte et une cigarette au bec. La chevelure n&rsquo;a pas changé, mais monsieur le professeur s&rsquo;est lâché.</p>
<p style="text-align: justify;">Car Bopp n&rsquo;est pas une icône et n&rsquo;a jamais aspiré à l&rsquo;être. Il ne porte pas sur ses solides épaules le poids d&rsquo;une dynastie distinguée et cultivée mais l&rsquo;héritage d&rsquo;une extraction modeste et laborieuse qui connaît le prix du labeur et des épreuves. Il est né à Sélestat, le 2 janvier 1893, dans l&rsquo;Alsace allemande du <em>Kaiserreich</em>. Son père, Jean, est paysan et marchand de fromage. Il trime. Son épouse Marie-Antoinette Uffler, lui a donné huit enfants. Il faut les nourrir. Affiner des fromages n&rsquo;est pas une sinécure. Cela se pratique dans des caves froides et humides. Il convient de disposer d&rsquo;une bonne santé, ce que Bopp père n&rsquo;a pas. La maladie l&rsquo;emporte en 1904. Marie-Joseph a onze ans. Sa mère, devenue aveugle, n&rsquo;est guère valide.</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;école sera la chance de Marie-Joseph Bopp. Il s&rsquo;y révèle, il ne la quittera plus. L&rsquo;élève est doué. Au<em> Gymnasium</em> de Sélestat, il est repéré par Henri Adrian, excellent germaniste et poète distingué. Celui-ci le prend sous sa coupe et le guide. Le voilà parti pour l&rsquo;Université de Strasbourg, où il étudie la philologie et se passionne pour le sanskrit et l&rsquo;hébreu.  Faut-il préciser qu&rsquo;il maîtrise le grec et le latin ?</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;armée n&rsquo;en veut pas. Il passera quelques jours à Berlin, avant d&rsquo;être déclaré inapte. Il saisit sa chance et achève, boulimique, ses études de façon brillante. Nous sommes en 1916, il a 23 ans. Il réussit le <em>Staatsexamen</em> haut la main et, six mois plus tard -événement rare dans les annales universitaires-, obtient son doctorat avec une thèse consacrée au poète et pédagogue colmarien Pfeffel dont il devient le grand spécialiste.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Attentes alsaciennes et réalités françaises</strong></p>
<p style="text-align: justify;">La même année, Bopp entre comme professeur stagiaire au <em>Gymnasium</em> de Colmar, bientôt lycée Bartholdi, où il fait toute sa carrière jusqu&rsquo;en 1960. Il participe à l&rsquo;effusion tricolore de 1918 comme tous les Alsaciens  élevés dans le culte du souvenir. Et, comme la plupart d&rsquo;entre eux, connaît  une vive déception quand la mariée se révèle moins belle que prévue, voire tout à fait stupide à ses heures&#8230; administratives. C&rsquo;est ainsi que Marie-Joseph se retrouve en 1919 avec une carte B, attribuée aux Alsaciens-Lorrains dont un des parents était d&rsquo;origine étrangère.</p>
<p style="text-align: justify;">Quel crime avait donc commis la famille Bopp pour mériter pareille infamie ? En 1872, Jean, son père, plutôt que de revêtir l&rsquo;uniforme allemand avait gagné la France pour effectuer son service militaire. Il avait servi durant cinq ans l&rsquo;armée française à Constantine. Le mal du pays l&rsquo;avait fait revenir en Alsace. Pour échapper aux peines qui frappaient  les réfractaires, il avait été obligé de se faire naturaliser allemand.</p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est donc d&rsquo;une façon singulière, et pour tout dire humiliante, que Marie-Joseph intègre un pays tellement rêvé qu&rsquo;il en était devenu irréel, bien éloigné, en tout cas, de l&rsquo;image idyllique qu&rsquo;il pouvait se faire dans le cercle familial où l&rsquo;on lisait « Mon journal » et « Lecture pour tous ».  Il a quelque mal à digérer l&rsquo;affront. Pour se venger ou se calmer, il écrit une pièce en dialecte intitulée <em>Zwesche Fihr un Liecht </em> (Entre feu et lumière) où il s&rsquo;en prend à tous ces notables zélés qui, pour faire passer leur compromission au temps du Reich, président désormais, avec un zèle de néo-convertis, les fameuses commissions de triage destinées à séparer, au sein de la population alsacienne, le bon grain français de l&rsquo;ivraie teutonne. Prévue d&rsquo;être jouée au courant de l&rsquo;année 1922, la pièce est interdite par la censure peu avant le lever de rideau.</p>
<p style="text-align: justify;">Il en faut plus pour décourager le jeune enseignant qui s&rsquo;est marié entre temps, en mars 1921, avec une jeune fille colmarienne, Emma Meta Biehly. Cette dernière l&rsquo;accompagne à Saint-Omer, pendant l&rsquo;année scolaire 1922-23, pour effectuer le fameux stage « à l&rsquo;intérieur » auquel sont soumis tous les enseignants alsaciens pour se familiariser avec la langue et la pédagogie nationale. Si ce séjour est fatal à beaucoup d&rsquo;enseignants locaux, qui s&rsquo;isolent et perdent toute autorité sur leurs élèves par leur maîtrise insuffisante de la langue française, elle est une réussite pour Bopp. Naturellement doué pour les langues, ouvert, curieux et sociable, il noue quelques solides amitiés qui agrémentent le séjour. Il n&rsquo;éprouve pas un seul instant le douloureux  sentiment de l&rsquo;exil.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pédagogue d’abord</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il retrouve cependant très vite Bartholdi et ses chers élèves. Son rayonnement pédagogique, parmi ses derniers, est grand. L&rsquo;historien et archiviste Christian Wildsorf, qui fut son élève avant la guerre, se souvient : «  Ses principes pédagogiques peuvent se résumer dans un passage d&rsquo;un traité antique sur l&rsquo;éducation attribué autrefois à Plutarque qu&rsquo;il paraphrasait ainsi : « L&rsquo;âme d&rsquo;un enfant n&rsquo;est pas un vase à remplir mais un foyer à allumer ». Avec quel entrain les « cinquièmes » scandaient en choeur , sous sa direction la belle élégie de Tibulle ( « <em>de agri lustratione</em> ») : «  <em>Bache veni, dulcisque tuis e cornibus uva &#8230; </em>» A tout instant, des digressions ouvraient aux élèves émerveillés – j&rsquo;ai eu le privilège d&rsquo;en être- de vastes horizons sur le monde ».</p>
<p style="text-align: justify;">L&rsquo;enseignant est aussi chercheur. Dans le prolongement de ses études sur Pfeffel, Bopp devient un excellent, sinon un des meilleurs spécialistes de l&rsquo;histoire littéraire et sociale de l&rsquo;Alsace. Il s&rsquo;intéresse aussi au Théâtre Alsacien de Colmar dont il narre l&rsquo;histoire de ses origines, de 1899 à 1924.  La plume le démange.  A côté de sa pièce consacrée aux excès des commissions de tri, il adapte en alsacien le « Malade imaginaire de Molière » en 1922 (<em>D&rsquo;r igabeld Krank</em>), puis Georges Dandin, en 1924. Mais le chercheur reste pédagogue. N&rsquo;est-il pas l&rsquo;auteur, en 1923, d&rsquo;une grammaire allemande (<em>Deutsche Grammatik der deutschen Sprache, besonders für die höheren Schulsysteme im Elsass und Lothringen</em>) qui fait autorité;?</p>
<p style="text-align: justify;">A l&rsquo;instar des intellectuels alsaciens de son temps, il continue d&rsquo; utiliser l&rsquo;allemand pour ses écrits scientifiques. Comme Schweitzer et bien d&rsquo;autres. L&rsquo;allemand reste la langue de la culture, celle qui a ouvert sa génération, née dans le Reichsland, au monde des idées et des arts. Celle qui lui a conféré ses diplômes universitaires. Il n&rsquo;y a aucune posture militante dans cette attitude, sinon une sorte de reconnaissance pour la grandeur et l&rsquo;apport d&rsquo;une des grandes  cultures européennes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Attentif à la marche du monde</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant, Bopp ne se désintéresse pas de la situation politique en Alsace. Comme beaucoup de ses contemporains, il assiste à la difficile intégration de la province retrouvée au sein de la République française. Comme eux, il observe, agacé,  les  tentatives brutales et expéditives de Paris d&rsquo;assimiler, pour ne pas dire, digérer l&rsquo;Alsace, riche de son histoire et de ses particularismes, dans le creuset réducteur  de l&rsquo;égalitarisme républicain. La déclaration d&rsquo;Herriot et la volonté d&rsquo;introduire en Alsace toutes les lois de la République, sans délai et sans nuance, en 1924, l&rsquo;horripile. Il sympathise avec le mouvement autonomiste clérical. Sa ville d&rsquo;adoption, Colmar, est, dans ce domaine,  particulièrement active : autour de l&rsquo;abbé Haegy, des éditions <em>Alsatia</em> et du journal l<em>&lsquo;Elsässerkurier</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Attentif et curieux, il demeure cependant à la lisière. Il reste un témoin plus qu&rsquo;un acteur. Sa position est celle de l&rsquo;intellectuel dont l&rsquo;action citoyenne consiste à observer, à attirer l&rsquo;attention, à dénoncer s&rsquo;il le faut, mais pas à s&rsquo; encarter, encore moins à défiler. La prise de pouvoir d&rsquo;Hitler l&rsquo;intrigue et, à travers le peu qu&rsquo;il en sait, l&rsquo;inquiète. Raison de plus d&rsquo;aller sur place pour se faire une idée. Accompagné de son épouse, il entreprend  un grand voyage en Allemagne, en 1936, «  pour juger de la situation ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le périple les mène à Francfort, Berlin, Hambourg, Weimar, Dresde et Bayreuth. Il y rencontre d&rsquo;anciens professeurs et des camarades d&rsquo;études. Le résultat est à la hauteur de ses craintes. La situation en Allemagne est préoccupante pour l&rsquo;Europe. Il revient avec la certitude de l&rsquo;imminence de la guerre et … de la défaite de la France, compte- tenu des errements de la politique française. Il vit alors, selon ses propres confidences, «  les années les plus malheureuses de (sa) vie  toujours sous l&rsquo;impression de l&rsquo;affreuse guerre en perspective ». Devant ses élèves, il prophétise, en 1938, qu&rsquo;Hitler attaquera dans les deux années à venir. A chacun d&rsquo;eux, en octobre 1939, il donne l&rsquo;inattendu et utile conseil de tenir leur journal.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Témoigner</strong>&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Ce conseil, il le prodigue d&rsquo;abord pour lui. Il rendra compte fidèlement de ce qu&rsquo;il aura vu, de ce qu&rsquo;il aura entendu. Il s&rsquo;est juré de la faire dès le début, ce 14 juin 1940,  après une journée pénible et angoissante, où il ne trouve pas le sommeil, où il a la prescience  des malheurs qui vont s&rsquo;abattre sur l&rsquo;Alsace.</p>
<p style="text-align: justify;">« Je ne sais pas ce que l&rsquo;avenir me réservera &#8211; écrit-il- mais je prends la résolution, autant que les circonstances me le permettront, de contribuer au rétablissement de la vérité historique et cela par deux moyens : en premier lieu, je collectionnerai soigneusement tous les documents officiels que je pourrai me procurer, concernant l&rsquo;occupation de notre Alsace, mettant ainsi à la disposition des historiens futurs une documentation irréfutable. En même temps, je commencerai la rédaction d&rsquo;un journal de guerre qui, pendant toute la durée de la guerre et de l&rsquo;occupation, sera mon confident amical&#8230; »</p>
<p style="text-align: justify;">Le journal, dont un exemplaire est déposé aux Archives départementales du Haut-Rhin, en 1974, connaît une singulière notoriété quand, en 2004, il est publié par les éditions de la Nuée bleue sous le titre Ma ville à l&rsquo;heure nazie, Colmar 1940-1945. Il est un incontestable succès de librairie. A travers la chronique d&rsquo;un quotidien minutieusement rapporté, où sont consignés les informations de première main comme les rumeurs les plus farfelues, les faits comme les représentations, l&rsquo;essentiel comme l&rsquo;accessoire, il nous donne à voir, comme jamais on ne l&rsquo;avait fait avant lui, la « banale » réalité de l&rsquo;occupation.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette banalité se résume en une équation très simple : une nazification brutale d&rsquo;un côté, une compromission collective de l&rsquo;autre. Un pays nazifié en surface et résistant au fond. Non pas une résistance héroïque et spectaculaire mais une résistance civique, frondeuse, qui sait, à défaut des armes, parfois manier l&rsquo;humour avec une redoutable efficacité, et excelle dans l&rsquo;art de s&rsquo;adapter aux circonstances, à trouver des accommodements, à plier sans rompre. Des collaborateurs, il y en a eu, souvent issus de la mouvance autonomiste d&rsquo;avant guerre, des héros de la résistance, aussi. Mais ils sont minoritaires. La grande majorité de la population fait le dos rond en attendant que cela passe. Et cela passe, effectivement mais difficilement.</p>
<p style="text-align: justify;">Bopp a tenu parole. Il a témoigné et livré aux historiens un matériau rare, de toute première main. Il n&rsquo;a pas travesti la réalité, il l&rsquo;a simplement décrite. Il ne s&rsquo;est pas donné le beau rôle. Il a agi comme la majorité de la population. Il a été l&rsquo;un d&rsquo;entre eux. Ni meilleur, ni pire. Ni « collabo », ni héros. Parfois courageux, rarement téméraire, jamais vraiment lâche, pas vraiment héroïque. Encore que&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>&#8230;Aux heures sombres</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Il avait songé, juste avant le conflit, d&rsquo;acheter une maison Outre-Vosges pour s&rsquo;y réfugie  en cas de nécessité. Il reste finalement en Alsace et trouve à Wasserbourg, dans sa résidence secondaire, un refuge bienvenu. Il continue d&rsquo;enseigner à Colmar, au lycée Bartholdi devenu<em> Mathias Grunewald Gymnasium</em>. Et pour conserver son poste, il est, lui aussi, un nazi d&rsquo;apparence et de circonstance, prêtant, comme tout fonctionnaire, serment d&rsquo;allégeance au Führer, faisant le salut hitlérien, pavoisant sa maison aux couleurs nazies, adhérant à l&rsquo;<em>Opferring</em>, acceptant même le poste de <em>Blockleiter</em>. Nazi en surface mais résistant en souterrain, il écrit consciencieusement et méthodiquement, pendant soixante mois, chaque jour, une chronique résolument anti-nazie.</p>
<p style="text-align: justify;">Il donne le change et joue parfois avec le feu. Les nazis ont, en pure perte, essayé de le récupérer. Ils finissent par s&rsquo;en méfier, lassés de son peu d&rsquo;empressement à leur égard. Ils ont longtemps rêvé de le gagner à leur cause. N&rsquo;est-il pas le meilleur connaisseur de la vie intellectuelle d&rsquo;expression allemande et alsacienne dans l&rsquo;Alsace moderne et contemporaine ? Il devient suspect. A partir du printemps 1944, la Gestapo vient à maintes reprises perquisitionner la maison de Wasserbourg. Elle n&rsquo;y trouve jamais rien de compromettant. Elle n&rsquo;y trouve pas Bopp non plus. Quand Mme Bopp ouvre la porte, son mari, prétendu absent, sort par la fenêtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Durant l&rsquo;hiver 1944-1945, le vent tourne. Une parole malencontreuse, tenue devant l<em>&lsquo;Ortsgruppenleiter</em> de Wasserbourg, faillit lui être fatale. Il émet des doutes sur la nécessité de creuser des tranchées et des fossés anti-chars, par les jeunes gens, garçons et filles, puisque la guerre touche à sa fin. Le propos défaitiste déplait. Il est  menacé.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 26 janvier 1945, il est arrêté par la <em>Feldgendarmerie</em>. Sa maison est perquisitionnée. Sans résultat. Son épouse avait caché le volumineux journal, peu avant,  dans une boîte de fer, enterrée dans le jardin. Les feuillets de la semaine traînent cependant encore sur le rebord d&rsquo;une fenêtre. Une parente a le réflexe de poser une grosse poupée sur l&rsquo;amas de papiers&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Amené à Guebwiller, Bopp est traduit devant un tribunal militaire sommaire ( <em>Schnellkriegsgericht</em>). On l&rsquo;inculpe d&rsquo;aide aux maquisards du Petit-Ballon. Le 2 février 1945, jour de la libération de Colmar, il passe en jugement. L&rsquo;accusation réclame la peine de mort. Une lettre-talisman va lui sauver la vie. Il porte sur lui depuis quelque temps, convaincu qu&rsquo;il sera arrêté tôt ou tard, un document qui vante ses mérites dans l&rsquo;étude de l&rsquo;Alsace allemande. C&rsquo;est son vieil ami et aîné, le Dr Wentzke, directeur du célèbre Institut scientifique d&rsquo;Alsace-Lorraine de Francfort, qu&rsquo;il a connu à  l&rsquo;Université de Strasbourg, qui a établi la lettre. Bopp l&rsquo;exhibe. Miracle, l&rsquo;officier chargé de le juger connaît Wentzke. Cependant méfiant, il tente de le confondre en lui demandant le nom de la femme de Wentzke.  La réponse instantanée de Bopp lui fait entendre raison. Il est persuadé de sa bonne foi, lui tend une cigarette et le déclare acquitté, faute de preuves. Deux jours plus tard, Guebwiller est libéré.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Revivre pour témoigner encore</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Joseph Bopp retrouve son lycée et ses élèves. Il en a cependant pas tout à fait terminé avec la guerre. Il hésite. Va-t-il publier son journal pour livrer aux historiens, comme il l&rsquo;a annoncé, le matériau dont ils ont besoin ? Le sujet n&rsquo;est il pas trop étriqué, réduit à la seule ville de Colmar et à son environnement immédiat ? Une publication «  brute », compte tenu du nombre des mis en cause dans le manuscrit et des jugements parfois tranchés de l&rsquo;auteur sur leurs actions, n&rsquo;est-elle pas prématurée dans un pays condamné à la reconstruction et, malgré l&rsquo;épuration, à une ébauche de réconciliation ? Dans l&rsquo;immédiat, les polémiques et les actions judiciaires prévisibles ne nuiraient-elles pas à « la tranquillité d&rsquo;âme », cette vertu antique, nécessaire à l&rsquo;enseignant pour transmettre son savoir et pour s&rsquo;adonner à ses recherches scientifiques ? Un jour, peut-être,  mais plus tard&#8230;  Il se ravise et entreprend sans tarder une Histoire de l&rsquo;Alsace sous l&rsquo;occupation allemande, rédigée en quelques mois, qui est publiée, en septembre 1945, chez un éditeur alsacien, Mappus, réfugié au Puy. L&rsquo;ouvrage est couronné, l&rsquo;année suivante, par l&rsquo;Académie française qui lui décerne le Prix de la pensée française.</p>
<p style="text-align: justify;">A « Bartho », la vie reprend.  Bopp met tout son poids pédagogique et son enthousiasme à former une nouvelle génération d&rsquo;élèves dans laquelle on place désormais tous les espoirs. Une génération qui connaitrait la paix, fort de la tragique expérience de deux guerres mondiales, qui reconstruirait l&rsquo;Europe et qui n&rsquo;oublierait pas la mémoire de tous ceux qui, par le sacrifice de leur vie, ont contribué à redonner l&rsquo;espérance. Ce lundi matin, 12 novembre 1945, il est au côté du proviseur Louis Charollais, pour évoquer les élèves et anciens du lycée qui ont laissé leur vie sur les champs de bataille et les camps d&rsquo;extermination. Il sont plus d&rsquo;une centaine à n&rsquo;être pas revenus. Parmi eux, beaucoup ont été ses élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">Marie-Joseph Bopp peut à nouveau s&rsquo;adonner à ses recherches historiques sur la littérature et la société. Son épouse Méta à qui l&rsquo;unit une grande complicité intellectuelle l&rsquo;aide beaucoup. Il multiplie les articles dans les publications de la Société savante d&rsquo;Alsace des régions de l&rsquo;Est. Les revues scientifiques le sollicitent, les magazines populaires lui ouvrent leurs portes. Car ce savant est aussi un parfait vulgarisateur, pédagogue toujours et encore, capable de publier autant dans les « Actes des congrès nationaux des Sociétés savantes, Sections d&rsquo;histoire moderne et contemporaine » et dans la « Revue d&rsquo;Alsace » que dans le  très familial «  Chez-Soi » .</p>
<p style="text-align: justify;">Les professionnels de l&rsquo;histoire lui sont à jamais reconnaissants d&rsquo;avoir mis à leur disposition deux outils de recherche exceptionnels : <em>Die evangelischen Geistlichen und Theologen  von Elsass-Lothringen von der Reformation  bis zur  Gegenwart</em>, publié en 1959, dictionnaire infiniment précieux des pasteurs luthériens et réformés des trois départements de l&rsquo;Est, et <em>Die evangelischen Gemeinden und Hohen Schulen im Elsass und Lothringen von der Reformation bis zur Gegenwart</em>, publié en 1963, qui présente chaque paroisse protestante avec la liste de ses pasteurs. On les désigne aujourd&rsquo;hui sous un terme générique  « Le Bopp », comme on parle du « Schoepflin » ou du « Sitzmann », preuve de la gratitude de la communauté des chercheurs à l&rsquo;un des plus illustres d&rsquo;entre eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Témoin de l&rsquo;histoire douloureuse de l&rsquo; Alsace, pendant la guerre, il n&rsquo;a cesse, depuis lors, de mettre en oeuvre, ce que nous appelons à présent le devoir de mémoire. Correspondant départemental de la Commission d&rsquo;histoire de l&rsquo;occupation et de la libération de la France, il obtient, début des années 1950, pour 182 communes haut-rhinoises la rédaction d&rsquo;un exposé détaillé sur l&rsquo;histoire de la localité durant la Seconde Guerre Mondiale.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Mémorialiste de son temps</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Infatigable, Marie-Joseph Bopp envisage de se pencher sur l&rsquo;histoire de l&rsquo;ancienne Université de Strasbourg. Mais sa santé décline. Il meurt, à Colmar, le 7 décembre 1972. Cela fait bientôt quarante ans. Ses contemporains se font rares. Qui se souvient de lui? Il a été davantage qu&rsquo;un historien local. Ses contributions à l&rsquo;histoire régionale méritent d&rsquo;être rappelées. Son ouverture d&rsquo;esprit et son éclectisme, au sens noble du terme, continuent d&rsquo;impressionner tous ceux qui, un jour ou l&rsquo;autre, ont croisé sa route. Il n&rsquo;est pas banal de voir quelqu&rsquo;un traiter avec une égale rigueur l&rsquo;idée européenne de l&rsquo;Alsace de 1871 à 1900, l&rsquo;établissement des colons alsaciens en Algérie et la franc-maçonnerie.  Sans oublier Pfeffel, bien sûr. Le champ de ses curiosités intellectuelles est large.  Tout l&rsquo;intéresse. N-a-t-il pas fréquenté, avant-guerre, le sexologue Magnus Hirschfeld (1898-1935),   pionnier  du mouvement  homosexuel et théoricien « du troisième sexe ». Il a été, en outre, l&rsquo;ami du médiéviste Johannes Spörl (1904-1977) qui appartient au cercle de Fribourg, milieu d&rsquo;intellectuels catholiques allemands, influencés, entre autres, par le  théologien Romano Guardini. Il est vrai qu&rsquo;il est formé pour appréhender les grandes questions du siècle, nourri d&rsquo;un double héritage intellectuel auquel il puise sans cesse : celui de l&rsquo;antiquité gréco-latine et celui du christianisme. Il incarne avec éloquence l&rsquo;esprit humaniste qui, quelques siècles avant, avait éclos dans sa ville natale, Sélestat.</p>
<p style="text-align: justify;">A la fois témoin et historien, comptable de ce qu&rsquo;il avait vu et vécu, Bopp est devenu ce qu&rsquo;il avait ardemment désiré : être le mémorialiste de son temps. Son journal comme son histoire de l&rsquo;Alsace sous l&rsquo;occupation l&rsquo;attestent. Cette qualité fait que l&rsquo;on a parfois eu la tentation de le comparer à Charles Spindler, auteur d&rsquo;un imposant Journal sur l&rsquo;Alsace pendant la Grande Guerre, qui demeure un témoignage exceptionnel, riche de 2600 feuillets manuscrits. Bopp lui a emboîté le pas, quelques décennies plus tard. Il en est le digne héritier même si les circonstances ne sont plus les mêmes.  Les risques avaient augmenté entre temps. Tous deux dont été des intellectuels nourris de culture allemande, amoureux de l&rsquo;Alsace et de son passé. Mais vingt-huit ans les séparent.  Un monde aux yeux de l&rsquo;histoire du XXe siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le poids de son témoignage et la singulière gestation de son journal sur la deuxième guerre mondiale font davantage penser à celui de Victor Klemperer, philologue allemand juif (1881-1960) qui, destitué de l&rsquo;université, se consacre dans la clandestinité à l&rsquo;étude de la langue allemande dévoyée par le nazisme. Il en tire un livre majeur : <em>LTI, Lingua tertii Imperi</em>, la langue du troisième Reich, qui est devenu un bestseller. Comme la montré l&rsquo;historienne Marie-Claire Vitoux, il y a un troublant parallélisme entre les deux : enseignants, ils ont choisi les mots pour résister moralement et intellectuellement. Ils ont tous deux illustré la <em>Resistenz</em>, ce concept cher aux historiens allemands qui s&rsquo;oppose au <em>Widerstand</em> : à la résistance active et armée, la plupart du temps. Non, la leur a été culturelle et morale. Ils ont choisi, hommes mûrs déjà, la seule arme dont ils disposaient : celle de l&rsquo;intelligence. N&rsquo;est-elle pas niée par l&rsquo;idéologie nazie ? C&rsquo;est donc par leur intelligence qu&rsquo;ils vont résister au projet totalitaire. Même si leur situation et leur statut ne sont pas comparables, force est de constater qu&rsquo;ils ont réussi tous les deux.
</p>
<p style="text-align: justify;"> (Extrait de  Marie-Joseph Bopp, <em>Histoire de l&rsquo;Alsace sous l&rsquo;occupation allemande</em>. Réédition. Introduction et commentaires de Gabriel Braeuner, éditions Place Stanislas, 2011.)</p>
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		<title>Adolf Hitlerstrasse et autres</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Dec 2012 23:01:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le changement du nom des rues dans les villes fut une des mesures les plus rapides et les plus spectaculaires pour frapper les esprits, éradiquer tout ce qui rappelait la France et signifier l’appartenance définitive de l’Alsace au Grand Reich. &#8230; <a href="http://www.histoires-alsace.com/adolf-hitlerstrasse-et-autres/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/adolf-hitlerstrasse-et-autres/adolf-hitler-strasse/" rel="attachment wp-att-35"><img class="size-full wp-image-35 alignleft" alt="" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2012/12/Adolf-Hitler-Strasse.jpg" width="225" height="224" /></a>Le changement du nom des rues dans les villes fut une des mesures les plus rapides et les plus spectaculaires pour frapper les esprits, éradiquer tout ce qui rappelait la France et signifier l’appartenance définitive de l’Alsace au Grand Reich. L’exemple de Colmar est très représentatif de la démarche entreprise et des résultats obtenus. Le changement du nom des rues ne concerna pourtant que le cinquième d’entre elles. La majorité ne posait aucun problème aux nazis. Il est vrai que le <em>Kaiserreich</em>, entre 1870 et 1918 avait déjà procédé à un premier et vigoureux toilettage.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils sont arrivés à Colmar le 17 juin 1940, ont pris possession de la ville au nom du Führer, ont arraché le drapeau tricolore du balcon de l’Hôtel de Ville et l’ont remplacé par un drapeau à croix gammée. L’<em>Oberst</em> Koch, <em>kommandierender des Sturmtruppenregiments Adolf Hitler</em> (Colonel, commandant le régiment d’assaut A.H.) et ses hommes ont accompli le premier acte : changer le drapeau. Colmar n‘est plus une ville française. L’ordre nazi y règne désormais. Détournant l’image de la fameuse affiche de Hansi de 1918, apparaissent  quelques jours plus tard de nouveaux placards avec l’arrogant et revanchard slogan : <em>Hinaus mit dem welschen Plunder </em> ! (Dehors le fourbi français).</p>
<p style="text-align: justify;">En l’espace de quelques jours, Colmar devient Kolmar. Le « C » latin du Columbarium carolingien, qui évoquait de bien pacifiques colombes, est remplacé par un grand « K » allemand et noueux : « <em>ein grosses deutsches knorriges K</em> », comme le remarque un collaborateur zélé.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces noms de rue qu’on ne saurait voir</p>
<p style="text-align: justify;">La question de la dénomination des rues est posée d’emblée. Puisqu’il faut supprimer ce qui peu ou prou rappelait la culture française, autant démarrer par les signes visibles que sont les adresses et plus prosaïquement les plaques des rues. Ici comme ailleurs, elles puisent leurs sujets dans les pages glorieuses de l’histoire dont on magnifie les riches heures, les batailles victorieuses &#8211; elles sont toujours victorieuses les batailles qu’on célèbre &#8211; et leurs héros.</p>
<p style="text-align: justify;">Le retour à la France, en novembre 1918, avait multiplié les références à l’épopée de la première guerre mondiale. La dénomination des rues s’était enrichie d’une nouvelle mythologie tricolore. L’occupant nazi ne pouvait que l’exécrer. Il dut reconnaitre  cependant que la dénomination des rues colmariennes -la remarque est vraie pour la majorité des communes alsaciennes- s’était aussi tournée vers une page plus ancienne de l’histoire régionale : celle d’avant 1648. L’Alsace, Pays d’Empire  <em>(Reichsland</em>) entre 1870 et 1918, avait déjà déblayé le terrain.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès juillet, un groupe de travail se met en place à la mairie de Colmar. Il est présidé par le <em>Stadtkommissar</em> Hellstern et animé par Albert Schmitt, bibliothécaire de la ville depuis 1924, excellent spécialiste de l’histoire de Colmar, dont les sympathies pour le régime national -socialiste vont être révélées au grand jour : sous le nom de Morand Claden, il publie, au mois d’août dans les <em>Strassburger Monatshefte</em> de Friedrich Spieser une ode au Führer. Se réunissant régulièrement, le groupe bénéficie des préconisations faites par le <em>Generalreferen</em>t Robert Ernst à l’ensemble des communes d’Alsace, le 12 juillet, leur recommandant de puiser dans le très riche patrimoine du Moyen-Age et de la Renaissance.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 17 septembre la liste est prête.    Les nouvelles dénominations sont les suivantes :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Adolf Hitler-Str / avenue de la République</em><br />
<em>Ahnenplatz / place Scheurer Kestner</em><br />
<em>Alemanenstr. / rue de Munster</em><br />
<em>Badener Str . / rue Vauban</em><br />
<em>Barbarossastr. / rue Casterlnau</em><br />
<em>Beethovenstr. / rue Kléber</em><br />
<em>Belchenstr/ rue Camille Mequillet, rue Gambetta, rue Wilson</em><br />
<em>Bonerstr /rue Grandidier</em><br />
<em>Brückleweg/rue Aristide Briand</em><br />
<em>Bundschuhstr. /rue de la Concorde</em><br />
<em>Burgunden platz/ place de la Franche Comté</em><br />
<em>Dr.Haegy str./ rue Franklin Roosewelt</em><br />
<em>Duellstr./ rue  Edouard Daladier</em><br />
<em>Eduard Reuss Str. / rue des Vosges</em><br />
<em>Elsässerstrasse/ rue de Peyerimhoff</em><br />
<em>Ettichostrasse/ rue Erckmann-Chatrian</em><br />
<em>Feldbergstr./rue Nefftzer</em><br />
<em>Freiburgerstr/ rue du cardinal Mercier</em><br />
<em>Friedrich Lienhardstr./ rue Gustave Umbdenstock</em><br />
<em>Goetheplatz/place de la Victoire</em><br />
<em>Hans Jakob str./ rue de l’abbé Lemire</em><br />
<em>Harthgasse/rue Nesslé</em><br />
<em>Haydnstr./ rue Corberon</em><br />
<em>Hebelstr. /  rue Camille  Sée</em><br />
<em>Herderstr. / rue J.J. Rousseau</em><br />
<em>Hermann Goeringstr./ rue Stanislas</em><br />
<em>Herrad str./ rue de Reims</em><br />
<em>Hindenburgstr./ avenue </em><em>Foch</em><br />
<em>Hohlanddsbergwall/ avenue Clemenceau-Poincaré</em><br />
<em>Hohrappolsteinstr. / rue du Florimont</em><br />
<em>Hunklerstr./ rue Ampère</em><br />
<em>Ichtersheimerstr/ rue du savon</em><br />
<em>Joseph Simonstr./ rue des Juifs</em><br />
<em>Kaiserstuhlstr./ rue Joseph Wagner</em><br />
<em>Kapuzinergass/ rue Rapp.</em><br />
<em>Karl-Roos-Platz/ place Desportes</em><br />
<em>Kasernenstr/ rue des Poilus</em><br />
<em>Kornlaubgasse/ rue Reiset</em><br />
<em>Krautenau/ rue Turenne-Krutenau</em><br />
<em>Kürschnersrainstr. </em><em>/ rue Messimy</em><br />
<em>Lazarettstr./rue Edourd Benes</em><br />
<em>Lersestr. /rue Voltaire</em><br />
<em>Limburgstr./rue Voulminot</em><br />
<em>Marchbachstr. </em><em>rue du Hohlandsbourg</em><br />
<em>Marsfeld / Champ de Mars, place Rapp</em><br />
<em>Marsfeldallee  / avenue de la Marne</em><br />
<em>Marsfeldwall/ bld. du Champ de Mars</em><br />
<em>Merianplatz/ Place du chanoine Boxler</em><br />
<em>Mozartstr./ rue  d’Arras</em><br />
<em>Mündelplatz/ place Billing (dont le nom de rue est maintenu)</em><br />
<em>Münsterstr./ rue Jaques Preiss</em><br />
<em>Murrhostr./ ru</em><em>e Morel</em><br />
<em>Oberhofstr./ rue Neville Chamberlain (rue de Montbéliard)</em><br />
<em>Ricklinstr./ rue Reubell</em><br />
<em>Richard Wagner str./ rue Bruat</em><br />
<em>Riegertstr./ rue Daniel Blumenthal</em><br />
<em>Robert-Koch-str./ rue Pasteur</em><br />
<em>Scherlenstr./ rue Frédéric Kühlmann</em><br />
<em>Schillerstr./ rue Victor Hugo</em><br />
<em>Schlüsselplatz/ place Jeanne d’Arc</em><br />
<em>Schreinergasse/rue Vernier</em><br />
<em>Schubertstr./ rue Charle</em><em>s Grad</em><br />
<em>Schwarzwaldstr./ rue  de Verdun</em><br />
<em>Spitzharthstr./rue des Belges</em><br />
<em>Sponeckstr./rue de la Solidarité</em><br />
<em>Strasse des 17 JunI/ avenue de la Liberté</em><br />
<em>Studentenstr/ avenue Pétain</em><br />
<em>Thannerstr./rue de Bruxelles</em><br />
<em>Talbahnstr./ rue Gustave Adolphe</em><br />
<em>Tännchelweg/ Judenlochweg</em><br />
<em>Theaterplatz/ place du 18 novembre</em><br />
<em>Waldnerstr/ rue Golbéry</em><br />
<em>Wasserturmallee/avenue Joffre</em><br />
<em>Weiddling gässlein/ </em><br />
<em>Wilhelm Heinrich Riehl str./ rue Georges Risler</em><br />
<em>Würtzstr./ rue Jean Jaurès</em></p>
<p style="text-align: justify;">Un cinquième finalement !</p>
<p style="text-align: justify;">Sur 340 noms de rues, places ou lieux-dits, 76 furent changés soit 22,3 %. En gros, un cinquième des noms n’étaient pas acceptables pour les nazis. Ce qui revient à conclure que les quatre cinquièmes l’étaient. Les peintres Isenmann, Schongauer et Grünewald ne pouvaient choquer. Ni les humanistes Wimpheling, Fischart ou Murner. Encore moins Gutenberg en tant  qu’inventeur  allemand  de l’imprimerie ou Wickram, considéré comme le père du roman allemand. Pfeffel, le plus grand fabuliste de langue allemande au XVIIIe siècle, pas davantage. Ni Lazare de Schwendi, général de Charles-Quint qui se battit contre les Turcs en Hongrie pour sauver le Saint-Empire. Tous appartenaient à l’histoire de l’Allemagne.</p>
<p style="text-align: justify;">Les nouvelles dénominations répondaient finalement assez fidèlement aux recommandations faites Robert Ernst. On ne se priva pas à Colmar de puiser dans l’histoire régionale et dans la géographie locale. Le recours à la toponymie locale était bien commode. Remplacer le général Rapp par la<em> Kapuzinergasse</em> ne mangeait pas de pain. Le couvent des capucins s’était bien trouvé dans le secteur de la rue Rapp. On se débarrassa tout aussi facilement de Camille Méquillet, Gambetta et Wilson en les englobant dans une <em>Belchenstrasse</em>(rue des Ballons) bien montagnarde. Aristide Briand fut réduit à un petit pont du quartier des maraîchers : le <em>Brücklewe</em>g. La rue du général Reiset mua en <em>Kornlaubgasse</em> (rue de la halle au blé) et la rue du lieutenant Nesslé, qui s’était illustré à la bataille de Magenta en 1859, s’effaça au profit de la rue de la Harth. Quant au cardinal Mercier, il fut tout bonnement remplacé par une ville toute entière : <em>Freiburg im Breisgau</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Les rapprochements littéraires étaient plus élaborés. Substituer Schiller à Victor Hugo était de bonne guerre, si on peut dire. Ils étaient <em>ebenbürtig</em>. Remplacer Voltaire par le brave Lersé, ami de Goethe et associé à Pfeffel dans la direction de l’école militaire était déjà plus surprenant. Herder était plus coté. Il eut l’honneur de prendre la suite de Jean-Jacques Rousseau. L’écrivain alsacien de langue allemande, Friedrich Lienhard, décédé en 1929, chantre du <em>Deutschtum</em>, fut choisi en lieu et place de l’architecte Gustave Umbdenstock dont le patriotisme français était connu. On n’opposa pas d’écrivain au tandem Erckmann-Chatrian mais Ettichon ou Attich, Duc d’Alsace et père de… sainte Odile !</p>
<p style="text-align: justify;">Certains Heimatrechtler trouvèrent enfin chaussure à leur pied. C’était une occasion de rendre hommage à quelques autonomistes, dont le « martyr » Karl Roos, à qui on attribua finalement la place Desportes, du nom d’un (grand) préfet napoléonien. Qui connaissait Eugene Würtz qui l’emporta sur Jean Jaurès ? L’abbé Haegy (rue Franklin Roosewelt) et Eugène Ricklin (rue Reubell) bénéficiaient d’une plus grande notoriété. Ils avaient joué un rôle important dans l’histoire de l’autonomisme en Alsace.</p>
<p style="text-align: justify;">Les militaires allemands sont quasi absents sur la liste. Seul le maréchal Hindenburg a droit de cité. Il remplace le maréchal Foch. L’équilibre est parfait. Reconnaissons à cette liste le fait d’avoir davantage prisé les gloires culturelles  que les héros militaires. Les musiciens furent utilisés avec parcimonie. Outre Richard Wagner1, Beethoven intervint pour le général Kléber, Schubert pour Charles Grad et Haydn pour les Corberon, famille de magistrats et de premiers présidents du Conseil Souverain. C’est enfin un professeur de musique de Colmar, Joseph Simon, compositeur local, décédé peu avant l’entrée des Allemands à Colmar, en juin 1940, qui donna son nom à la rue des Juifs. Il passait, aux yeux des autorités, pour un <em>heimattreuer Elsässer</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">La liste colmarienne était au bout du compte fidèle à ce qui était attendu. Elle s’était largement penchée sur le passé régional et local. Elle n’oublia pas d’instiller un zeste d’histoire contemporaine (rue Adolphe Hitler, Goering et du 17 juin, date de l’entrée des Allemands  à Colmar). L’autorité n’en attendait pas moins. Elle était aussi le reflet des travaux de la commission des « experts » dont certains étaient de parfaits érudits, ce qui ne les empêchait pas d’être de fieffés nazis. Le groupe ne résista pas toujours à la tentation du pédantisme. On transforma ainsi l’impasse de la Niederau, dont le nom ne posait aucun problème en <em>Weidlinggässlein</em> du nom des barques qu’utilisaient autrefois les maraîchers sur la Lauch. Appellation dont plus personnes ne se souvenait. On eut aussi recours à l’abbesse Herrade de Landsberg, auteur au XIIIe siècle du fameux <em>hortus deliciarum</em> pour effacer le souvenir de la ville de Reims. On remontait loin pour extirper de la mémoire locale la blessure vivace de la première guerre mondiale. On avait feint d’oublier que si la magnifique œuvre de l’abbesse de Hohenburg avait été détruite, c’était par l’entremise des Allemands lors des bombardements de Strasbourg en 1870.</p>
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