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	<title>HISTOIRES D&#039;ALSACE &#187; Ancien Régime</title>
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	<description>Blog de Gabriel BRAEUNER, historien</description>
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		<title>Strasbourg au temps de Goethe</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Mar 2020 08:59:32 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p><b><i><a href="http://www.histoires-alsace.com/strasbourg-au-temps-de-goethe/download-2/" rel="attachment wp-att-683"><img class="alignleft size-full wp-image-683" alt="download" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2020/03/download1.jpg" width="250" height="201" /></a></i></b></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’ancienne ville libre d’Empire est devenue ville libre du Royaume de France. Cela fait presque un siècle que l’Alsace a changé de nationalité et de statut, de langue et de culture aussi. La liberté de l’ancienne République urbaine avait été rognée. La monarchie française était une et centralisée. Strasbourg n’avait cependant pas vraiment perdu au change. Elle était devenue naturellement la capitale de la province Alsace. La province Alsace ? Cela faisait bien longtemps que cette région n’avait plus été unie. Depuis le duché d’Alsace des Mérovingiens. Dire que c’est à Louis XIV que nous devons l’invention de l’Alsace. Qui l’eût cru ?</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Et Strasbourg, cette ville essentielle de la Réforme germanique qui résista jusqu’en 1681 avant de capituler, était devenue autant fer de lance que bouclier. Les services du roi y avaient pris leurs aise. L’intendant d’Alsace, ce préfet avant la lettre, s’y était installé tout comme le gouverneur militaire et les représentants des grandes institutions de la monarchie. Sauf la judiciaire, qui résidait à Colmar parmi les gens de Robes du Conseil souverain, la plus haute juridiction du Royaume dans cette province, <i>à l’instar de l’étranger effectif</i>, qui faisait fonction de parlement régional. Strasbourg, donc, était (presque) la capitale de l’Alsace. Son évêque était revenu après un exil auquel la Réforme protestante l’avait contraint au début du XVIe s.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>La ville, depuis lors, n’avait pas fondamentalement changé. Sa cathédrale continuait de la dominer. Ses rues s’enlaçaient autour du sanctuaire comme elles le faisaient depuis le Moyen-Âge. Esthétiquement, elle était restée germanique. La monarchie et ses serviteurs avaient certes songé à un nouvel urbanisme. Mais en vain, l’argent fit défaut. Et l’architecte Blondel rangea ses plans. L’agrandissement de Strasbourg ce sera pour plus tard. Un siècle plus tard et, curieux paradoxe, quand l’Alsace redevint une terre d’Empire… germanique !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce qui n’avait pu être réalisé à grande échelle, le fut par instillations successives: Palais épiscopal, hôtel du gouverneur militaire, du préteur royal hôtel de familles nobles, patriciennes et bourgeoises, un collège : celui des Jésuites. Promenez-vous dans Strasbourg, du coté de la rue Brûlée, qu’il s’agisse de l’actuel Hotel de ville, de la résidence du gouverneur militaire, du siège de l’évêché, de la préfecture un peu plus loin, tous ces édifices sont dûment estampillés XVIIIe siècle.</p>
<p>Tout comme l’aubette, la place du marché Gayot, celle du marché neuf. Ce n’est pas encore une révolution urbanistique, mais c’est déjà un changement de style. Strasbourg comme Paris a ses embarras. Avec La noblesse, le clergé, l’encadrement militaire &#8211; Strasbourg est une ville de garnison- ce sont quantité de carrosses de  véhicules de passagers, de carioles  de charrettes, de chaises porteuses qui envahissent les rues étroites de la ville. Ah si Blondel avait pu décongestionner le centre urbain !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On a quand même pu réaliser une promenade ou les belles strasbourgeoises qui ne portent pas toutes l’immense chapeau de Larguillère, se laissent  admirer. Elles sont toujours aussi coquettes. Elles ont fait jadis le désespoir du magistrat protestant de la ville, elle ne succombent pas davantage aujourd’hui à la séduction française. Elles continuent à n’en faire qu’à leur tête. Elles ont longtemps porté des étoffes lourdes et des couleurs sombres avant de s’abandonner à des soies claires garnies de fleurs ou de rayures.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Strasbourg et les Strasbourgeois aiment donner le change. Ils cultivent une forme d’austérité protestante mais inclinent vers les plaisirs champêtres. S’étourdissent à danser malgré les récriminations des pasteurs et des curés. Bref, ils aiment faire la fête. Celle à l’occasion de la visite de Louis XV en 1744 est restée dans les mémoires. Veis en fit un dessin puis une gravure. On s’apprête, en cette année 1771, à recevoir la dauphine et future reine, Marie Antoinette. Mais plus généralement, tout au long de l’année, on trouve matière a danser, à jouer, à célébrer. L’intendant La Grange, dès 1697, avait noté, surpris, dans son rapport sur l’Alsace et Strasbourg que<i> la nature de ce peuple est à la joie. </i>Dans les milieux plus huppés, on sait cultiver les muses. On relaie les pièces du théâtre français de Corneille à Voltaire, on écoute de la musique de chambre, d’église et de cour. On se délecte de <i>Te Deum.</i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>On sait travailler aussi. La céramique des Hannong, la ferronnerie qui orne les palais et les nobles demeures, l’étain et l’orfèvrerie. Les négociants strasbourgeois sont toujours très actifs dans les villes rhénanes de Bâle à Rotterdam. Cette ville frontière attire du monde. En un siècle, elle va doubler sa population. Ils étaient 22 000 en 1681, ils frôlent désormais les 50 000 habitants. La <i>pax gallica,</i> qui a accompagné le rattachement à la France, a favorisé l’essor démographique et renforcé l’attractivité de la cité. L’immigration y est forte, venant de l’Allemagne rhénane, des Alpes et de Lorraine. La présence militaire, frontière sur le Rhin oblige, est dense : 8000 soldats à l’époque !</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>L’université est redevenue prospère. La catholique a été rapatriée en ville. Elle est le centre culturel du diocèse et du renouveau religieux. Elle forme les séminaristes dans le loyalisme à la  France et dans le respect des prérogatives du pape.  La protestante n’a pas perdu son lustre. Elle connait son apogée entre 1730 et 1790. En 1763, le J<i>ournal des Savants </i>estime que les thèses soutenues à Strasbourg sont meilleures qu’à Paris. Trois facultés , la médecine, le droit et l’histoire connaissent une réputation européenne. On vient des pays protestants du nord, de Russie et bien sûr d’Allemagne. 48% de ses étudiants  viennent d’Allemagne, 15% de Suisse. Les Alsaciens  représentent à peine un quart des effectifs.  La Faculté de médecine brille de mille feux. Goethe viendra y faire un tour à l’écoute de maitres tels que Spielmann et Lobstein, ce dernier ayant préféré Strasbourg et sa patrie aux sollicitations de Göttingen et de Berlin. La Faculté de droit enseigne le droit romain modernisé et intègre dans ses programmes  le droit germanique à côté du droit français.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Les étude juridiques, historiques, de sciences politiques connaissent un nouvel engouement autour de la forte et riche personnalité de Jean Daniel Schoepflin, l’heureux auteur de l<i>’Alsatia Illustrata</i> et de <i>l’Alsatia diplomatica,</i> qui disparait l’année où arrive Goethe à Strasbourg. Ce dernier le révérait. Schoeplin est à l’image de Strasbourg. A la fois <i>Tür und Brücke</i>, porte et pont, trait d’union entre la culture française et allemande, Badois de naissance et historiographe du roi, protestant envoyé par le roi très catholique en mission diplomatique, qui a ses entrées à Versailles comme à Vienne, professeur d’éloquence et d’histoire. Gustave Koch reprendra le flambeau de même que J. M Lorentz qui publie une <i>Histoire d’Allemagne </i>en 1771 avant de nous enrichir d’une <i>Histoire universelle, </i>l’année suivante.</p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Ce dialogue français et allemand ne pouvait avoir lieu qu’à Strasbourg, ouverte sur l’Europe, passage obligé de monarques, parfois incognito ( Louis XV,  Frédéric II, Joseph II ) de philosophes( Voltaire, Rousseau), ville de tolérance relative où le protestantisme n’a pas connu la révocation de l’édit de Nantes,   où le catholicisme a fait l’économie du jansénisme et du gallicanisme. Une ville  prédestinée qui « <i>parait désignée par sa position à être l’entrepôt de la France et, ne se trouvant séparée de l’Allemagne que par le Rhin, ce fleuve lui ouvre  une communication facile avec la Suisse et la Hollande et la met à portée de s’approprier les richesses littéraires de tout le Nord » </i>écrit le strasbourgeois  Frédéric Rodolphe Saltzmann, contemporain et ami de Goethe<i>. </i></p>
<p>&nbsp;</p>
<p>Qu’offre Strasbourg au jeune Goethe sinon le syncrétisme de ce qu’il y a de meilleur dans le mouvement des idées alors en Europe :</p>
<p>De l’esprit des <i>Lumières françaises, </i>la curiosité universelle sinon encyclopédique, le sens de l’humain et la recherche du progrès, l’appel à la raison et, partant, la construction du bonheur.<br />
De l<i>’Aufklärung </i>allemande, qu’elle soit protestante ou catholique, la compréhension et le goût du fait religieux, le coeur, compagnon légitime de l’esprit, le sens du devoir, la préhension de l’utile.</p>
<p>De la propre tradition strasbourgeoise et alsacienne, enfin : le sens de la tolérance … après deux siècles de luttes religieuses, un respect de l’autorité</p>
<p>et « en même temps » un sens très vif de la démocratie  qui « s<i>’affirme dans le respect des formes, des formules et des rites</i> ». ( G. Livet)</p>
<p><em><strong></p>
<p>Gabriel Braeuner, Café de l&rsquo;humanisme de  Sélestat, 30 janvier 2020</strong></em></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>Chrétien Frédéric Pfeffel , le diplomate</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jan 2013 18:20:10 +0000</pubDate>
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				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/chretien-frederic-pfeffel-le-diplomate/pfeffel-diplomate/" rel="attachment wp-att-293"><img class="alignleft size-full wp-image-293" alt="Pfeffel diplomate" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/01/Pfeffel-diplomate.jpg" width="220" height="277" /></a>Chrétien Frédéric Pfeffel, était né en 1726 et avait dix ans de plus que Théophile Conrad, le futur poète dont il fut le seul frère, aîné et aimé. Comme son père, Jean Conrad (1682-1738) il fut jurisconsulte et diplomate. Comme son frère, il taquina la plume. Ce juriste se révéla être un excellent historien.<br />
Dans sa jeunesse, alors qu’il faisait des études de droit à l’Université de Strasbourg, il avait secondé son maître Jean Daniel Schoepflin dans la rédaction de l’<em>Alsatia Illustrata</em>. Plus tard, en 1754, alors qu’il avait choisi la carrière diplomatique, il avait achevé un Abrégé chronologique de l’histoire et du droit public en Allemagne. L’ouvrage fit autorité et connut quelques rééditions. Il venait à son heure et avait l’immense mérite de « débrouiller le chaos d’une législation extrêmement compliquée ».<br />
Il contribua dans son domaine à mieux faire connaître l’Allemagne. Tout comme son cadet, il fut un médiateur entre deux cultures et deux systèmes juridiques et politiques. Ce citoyen du royaume de France avait servi le roi et quelques cours étrangères. Un diplomate français pouvait alors servir l’étranger à condition qu’il ne fût pas en guerre contre la France. Il avait pu ainsi entrer au service de la cour de Saxe et, plus tard, du duché de Deux-Ponts. On le retrouvait périodiquement à Versailles, où il avait fini par s’établir en 1772.<br />
Chrétien Frédéric y avait été appelé dès 1768 comme jurisconsulte du roi par Choiseul pour étudier les droits de la France sur Avignon. En 1774, il fut nommé principal commis aux Affaires étrangères. Il multiplia les missions franco-allemandes jusqu’à la chute de la royauté.<br />
On le revit alors auprès du duc de Deux-Ponts qui lui avait octroyé le fief de Weidenthal. Il figura sur la liste des émigrés et perdit ses propriétés en Alsace, à Fortschwihr et à Andolsheim. Retiré à Mannheim, il ne rentra en France qu’en 1801, grâce à son frère et au baron de Gérando, le mari d’Annette de Rathsamhausen, pour reprendre du service auprès de Talleyrand. En 1803, Napoléon lui confia une dernière mission relative au règlement de l’octroi de la navigation rhénane. Il s’en acquitta avec zèle jusqu’à sa mort à Paris, le 21 mars 1807.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GB 2006</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Braeuner (Gabriel), N.D.B.A., p.2982-2983.<br />
Braeuner (Gabriel), <em>Pfeffel l’Européen</em>, Strasbourg, 1994.<br />
Henri-Robert (Jacques), Chrétien Frédéric Pfeffel, Stettmeistre de Colmar, jurisconsulte et diplomate de Louis XV à Napoléon, <em>Annuaire de Colmar</em>, 1978, p. 69-74.</p>
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		<title>Entre le cœur et la raison Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809), poète et pédagogue</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jan 2013 18:01:29 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Le 1er mai 1809, mourait à Colmar, Théophile Conrad Pfeffel. Écrivain et pédagogue, médiateur entre la culture française et allemande. Entre les Lumières et l’Aufklärung, un Européen avant la lettre et un personnage plus complexe qu&#8217;il n&#8217;y paraît. Qui se &#8230; <a href="http://www.histoires-alsace.com/entre-le-coeur-et-la-raison-theophile-conrad-pfeffel-1736-1809-poete-et-pedagogue/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/entre-le-coeur-et-la-raison-theophile-conrad-pfeffel-1736-1809-poete-et-pedagogue/pfeffel-poete/" rel="attachment wp-att-286"><img class="alignleft size-full wp-image-286" alt="Pfeffel Poète" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/01/Pfeffel-Poète.jpg" width="250" height="301" /></a>Le 1er mai 1809, mourait à Colmar, Théophile Conrad Pfeffel. Écrivain et pédagogue, médiateur entre la culture française et allemande. Entre les Lumières et l’Aufklärung, un Européen avant la lettre et un personnage plus complexe qu&rsquo;il n&rsquo;y paraît.</p>
<p style="text-align: justify;">Qui se souvient encore de Théophile Conrad Pfeffel (1736-1809) aujourd&rsquo;hui? Il fut pourtant considéré comme le plus grand écrivain alsacien du XVIII e siècle. Les mauvaises langues vous diront qu&rsquo;alors la concurrence n&rsquo;était pas rude. On lui donna du « La Fontaine alsacien » parce qu&rsquo;il était un auteur de fables alors qu&rsquo;il fut fort peu influencé par l&rsquo;illustre Jean. On le chercherait vainement dans un dictionnaire de littérature française. Il est vrai qu&rsquo;il fut un auteur de langue allemande quoique citoyen français. On le trouve effectivement dans les encyclopédies et dictionnaires de la littérature allemande&#8230; comme un écrivain de second rang. On daigne lui reconnaître, 0utre-Rhin, qu&rsquo;il fut le premier représentant sinon l&rsquo;inventeur de la fable politique en Allemagne avant la Révolution française. Quelques historiens de feu la République démocratique allemande en firent même un précurseur intellectuel de la Révolution française. C&rsquo;est vrai que dans ses fables, il fit un sort à quelques despotes non éclairés et à autant de moines paillards mais c&rsquo;est insuffisant pour en faire un agitateur politique. On ne le connaît pas en Vieille France et on ne le lit plus guère en Allemagne. Est-ce parce qu&rsquo;il est inconnu en France, et Alsacien, qu&rsquo;on se souvient encore (un peu) de lui en Allemagne? Quelques articles par ci, quelques colloques universitaires par là. A Colmar, heureusement, on le connaît encore même si on le commémore peu. Rien pour le deux centième anniversaire de sa mort! Mais il possède sa statue dans un petit square, à côté de l&rsquo;ancien Palais du Conseil souverain. On trouve une plaque sur sa maison natale, Grand&rsquo;rue, et une autre, sur la maison qui abrita son Ecole militaire, rue Chauffour. La rue qui relie celle qui l&rsquo;a vu naître et celle où il a vécu et enseigné porte son nom, de même qu&rsquo;un collège de la ville, en hommage à son engagement pédagogique. Un restaurant, situé tout à côté du musée d&rsquo;Unterlinden, s&rsquo;est également emparé de son patronyme. Quant au musée, il conserve quelques menus objets lui ayant appartenu dont un buste. Sa tombe est encore visible au cimetière du Ladhof et mériterait un vigoureux rafraîchissement. Quelques personnes vous rappelleront qu&rsquo;il fut aveugle. On trouve parfois, en chinant, de vieux manuels scolaires de l&rsquo;Alsace allemande qui renferment sa fable la plus connue la Tabakspfeife, charmante histoire d&rsquo;une pipe qui passe de mains en mains et qui débutait ainsi : « <em>Gott grüss euch Alter! Schmeckt das Pfeifchen?</em> &#8230; » Ainsi va la gloire de Pfeffel aujourd&rsquo;hui!</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les tréteaux de sa vie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« J&rsquo;ai préféré passer en cachette sur les tréteaux de la vie » a-t-il écrit un jour. La formule est heureuse et pas tout à fait fausse. Une extrême simplicité, une très grande linéarité caractérisent, en effet, le scénario de sa vie. Ce qui frappe d&rsquo;abord c&rsquo;est l&rsquo;unité de lieu et d&rsquo;action qui fut la sienne : Colmar! Il y est né, le 28 juin 1736 ; il y meurt, le 1er mai 1809. Une fois ses études universitaires à Halle interrompues à cause de son infirmité oculaire, en 1753, il s&rsquo;installe à Colmar définitivement. Ses voyages ont été rares, ses déplacements furent des déplacements de proximité. Il a fait de Colmar le théâtre de sa vie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pfeffel y passe son enfance, dans les jupes d&rsquo;une mère autoritaire, Anne Catherine Weber, veuve depuis 1738 de Jean Conrad Pfeffel (1682-1738), originaire du margraviat de Bade et jurisconsulte du roi de France. Il jouit de l&rsquo;affection d&rsquo;un frère Chrétien Frédéric (1726-1807), de dix ans son aîné, qui fera, à la suite de son père, une brillante carrière de diplomate et d&rsquo;historien. A quatorze ans, le voilà accueilli, pour un an, par le pasteur Nicolas Christian Sander (1722-1794) à Köndringen, non loin d&rsquo;Emmendingen, un ami de la famille qui « lui enseigna l&rsquo;art de penser, et l&rsquo;art de vivre encore plus difficile ».</p>
<p style="text-align: justify;">A 15 ans, la chose n&rsquo;est pas inhabituelle pour l&rsquo;époque, Pfeffel s&rsquo;inscrit à l&rsquo;université de Halle pour y suivre des cours de droit. Son frère le destinait à la carrière diplomatique. Il suit ceux de Christian Wolff (1679-1754), dont les idées philosophiques fondent, entre autres, l&rsquo;Auflklärung allemande. Il se frotte aussi aux écrits du théologien Johann Joachim Spalding (1714-1804) dont il traduit en français un essai consacré à la destination de l&rsquo;homme (<em>Gedanken über die Bestimmung des Menschen</em>). Atteint d&rsquo;une ophtalmie rapide, Pfeffel est obligé d&rsquo;interrompre ses études. Il revient en Alsace, après un court séjour à Dresde et à Leipzig, où il rencontre le fabuliste Christian Gellert (1715-1814).</p>
<p style="text-align: justify;">En 1748, Théophile Conrad devient aveugle à la suite d&rsquo;une opération ratée. Ce qui ne l&rsquo;empêche pas de se marier avec Marguerite Cleophée Divoux (1738-1809), fille d&rsquo;un négociant strasbourgeois, originaire de Colmar. Elle lui donnera treize enfants dont sept survécurent Le couple est installé à Colmar. Pfeffel, dès 1760, y fonde une Société de lecture réservée à des érudits protestants et démarre sa carrière littéraire consacrée à la poésie et à la pédagogie. En 1770, il rencontre brièvement Goethe, fraîchement inscrit à l&rsquo;université de Strasbourg. Le jeune allemand l&rsquo;insupporte. Cette même année, il perd son fils aîné Chrétien-Frédéric, « Christel »âgé de 10 ans, qui serait à l&rsquo;origine de sa vocation pédagogique. Le fait est qu&rsquo;il ouvre son école militaire en 1773, sur laquelle nous reviendrons, et qu&rsquo;il dirigera jusqu&rsquo;à sa fermeture en 1792. C&rsquo;est elle qui lui assure son gagne-pain.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1782, l&rsquo;école devient Académie militaire sans changer d&rsquo;objet. Pfeffel a élargi son réseau de relations. En 1776, il devient membre de la Société helvétique grâce à Isaak Iselin (1728-1782), grande figure de la Société philanthropique de Bâle. Il se lie d&rsquo;une amitié durable, que seule la mort interrompra, avec le fabricant bâlois Jakob Sarasin (1742-1802) et avec Johann Georg Schlosser (1739-1799), beau frère de Goethe, qui réside à Emmendingen où il occupe une fonction d&rsquo;administrateur au service du margrave de Bade. Tous deux auront une grande influence intellectuelle sur Pfeffel.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est resté poète. Ses essais poétiques (Poetische Versuche) sont publiés en 1789 chez Haas à Bâle. Il est resté curieux et ouvert au débat d&rsquo;idées. Il se sent à l&rsquo;étroit dans la Société de lecture exclusivement protestante et crée, en 1785, la Tabagie littéraire, lieu de rencontre convivial des élites intellectuelles et des élites politiques et industrielles par delà les clivages confessionnaux. Belle illustration des Lumières à Colmar !</p>
<p style="text-align: justify;">En 1788, à l&rsquo;initiative de son amie, la femme écrivain Sophie von la Roche, il entreprend un de ses rares voyages à l&rsquo;étranger qui le mène à Karlsruhe, Mannheim, Francfort et Offenbach. Il devient, cette année là, membre de l&rsquo;Académie royale de Prusse des beaux arts et des sciences mécaniques de Berlin.</p>
<p style="text-align: justify;">La Révolution le voit ardent et actif. Il la célèbre avec enthousiasme. L&rsquo;exécution du roi l&rsquo;ébranle et la Terreur le fait définitivement basculer dans le camp des déçus et des opposants. Pfeffel vit très mal cette période. Son école est fermée en 1792, la politique des assignats le ruine. Il survit. Difficilement. Il écrit, écrit jusqu&rsquo;à épuisement, livre une foule d&rsquo;articles à des almanachs et à des revues,dont «<em> Flora</em> », destinée à l&rsquo;éducation des jeunes filles, qu&rsquo;édite Johann Friedrich Cotta à Tübingen. Il demeure pédagogue et participe, en 1796, à l&rsquo;organisation de l&rsquo;Ecole centrale du Haut-Rhin (1796-1803), première école secondaire à vocation technique et scientifique du département. Mais la littérature hier comme aujourd&rsquo;hui ne le fait pas vivre.</p>
<p style="text-align: justify;">Le préfet Noël le recrute comme secrétaire interprète à la préfecture en 1801. iI peut chichement assurer sa vie. Il a 65 ans et croule sous le travail. Chez Cotta, à Tübingen, paraît en 1802 la quatrième édition de son œuvre poétique, édition définitive qui se poursuivra jusqu&rsquo;en 1810. Le Consulat et l&rsquo;Empire savent l&rsquo;utiliser. Ne devient-il pas, dès 1801, vice-président de la Société d&rsquo;émulation du Haut-Rhin qui vise à faire « communiquer les savants, les littérateurs, les artistes pour l&rsquo;intérêt de la société en général » ? Vaste programme, dans lequel il se lance avec son enthousiasme coutumier. Le Concordat étant intervenu, il faut réorganiser l&rsquo;église luthérienne à la quelle il appartient malgré ses nombreuses critiques à son égard. Le voilà successivement président du Consistoire protestant de Colmar, en 1803, et membre du Directoire chargé de l&rsquo;administration de l&rsquo;église de la Confession d&rsquo;Augsbourg en 1806.</p>
<p style="text-align: justify;">Napoléon lui accorde cette année là une pension annuelle de 1200 francs. La reconnaissance est tardive mais bienvenue. Pfeffel continue de travailler. Insomniaque depuis sa jeunesse, il souffre de plus en plus de rhumatismes. Ses amis disparaissent les uns après les autres. Son frère Chrétien Frédéric, qui veilla toujours sur lui, meurt en 1807. Pfeffel alors sait qu&rsquo;il va bientôt le rejoindre et le rejoint deux ans après, le 1er mai 1809. Quelques mois plus tard, Marguerite Cléophée, son épouse dévouée qui l&rsquo;assista avec sa fille Frédérique, sa préférée, meurt à son tour.</p>
<p style="text-align: justify;">Un an avant sa mort, Pfeffel était devenu membre honoraire de l&rsquo;Académie royale des Sciences de Munich. En 1810, Cotta publiait à Tübingen ses essais en prose (Prosaische Versuche) en 10 volumes. Le 5 juin 1859, la statue de Pfeffel, réalisée par le sculpteur André Friedrich, était érigée devant le musée d&rsquo;Unterlinden.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La gaieté pour compagne</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les statues font rarement les portraits. Les attitudes y sont la plupart du temps convenues et figées. Il en va de même des gravures que nous avons de Pfeffel. Il prend la pose comme pour un portrait officiel.  Il faut chercher ailleurs pour pouvoir dresser son portrait. Il faut se défier des images dernières du brave poète entouré des siens, choyé parce qu&rsquo;infirme, vénéré parce que vieux, sage pour les mêmes raisons, attendant sereinement la mort parce que chrétien.</p>
<p style="text-align: justify;">Tous ses visiteurs avaient de lui une image préconçue. Celle d&rsquo;avant la rencontre. On le savait aveugle, on se préparait ainsi à rencontrer un infirme en se promettant de le ménager et de lui tenir des propos de circonstances. Les universitaires allemands  Wilhelm von Humboldt et Friedrich Nicolaï qui l&rsquo;ont rencontré, comme des centaines d&rsquo;autres, ont rapidement révisé leur jugement. L&rsquo;un le voyait doux, lent et enclin à une certaine sensiblerie et fut frappé par sa brusquerie, sa rapidité, son autorité. L&rsquo;autre le pressentait fragile et inquiet, fermé dans son monde d&rsquo;aveugle, il le découvre fort, curieux et ouvert. Et étonnement comédien, « bluffeur », dirions nous aujourd&rsquo;hui. Ne le prend-il pas par le bras pour lui montrer les Vosges au loin et une multitude de détails comme s&rsquo;il les voyait vraiment?</p>
<p style="text-align: justify;">A l&rsquo;entendre, il reçut  la gaieté au berceau qui « souvent allégea son fardeau ». C&rsquo;est vrai pour l&rsquo;essentiel, ce qui ne l&rsquo;empêcha pas de tomber dans des abattements réguliers où il n&rsquo;aspirait qu&rsquo;à rejoindre la cohorte impressionnante de tous ceux qui l&rsquo;avaient quitté dès son plus jeune âge. Cet optimiste était parfois mélancolique. Ce doux et humble de cœur savait entrer dans de belles colères quand on touchait aux articles de sa foi et de ses convictions les plus intimes. Les représentants du Sturm und Drang, Goethe le premier, essuyèrent souvent ses emportements la plupart du temps épistolaires. La sympathie était sa lubie préférée, sa marotte avait-il écrit un jour. D&rsquo;où des coups de cœur et des enthousiasmes qui se terminèrent parfois  par d&rsquo;amères désillusions : ainsi sa relation à la Révolution française qu&rsquo;il salua avec ferveur et rejeta par la suite avec acrimonie. En parfait représentant des Lumières, il proclama sa foi en la raison et prit souvent allègrement son contre pied en se laissant aller à l&rsquo;épanchement  du cœur qu&rsquo;il avait gros  et généreux. Sa sympathie prolongée et mollement critique pour Cagliostro n&rsquo;est pas le moindre de ses paradoxes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Hofrat Pfeffer »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est en tant que poète que nous le connaissons d&rsquo;abord. Ses essais poétiques – Poetische Versuche- ainsi appelait-il son œuvre versifiée comptent environ 1100 pièces. Elles couvent un champ large allant des épigrammes aux fables en passant par les romances, ballades,  et autres récits en vers. Ce sont les fables surtout qui ont assis sa réputation. Fables politiques, rédigées en langue allemande, lues et diffusées en Allemagne alors que leur auteur vivait et habitait la France. Il y fait preuve d&rsquo;une verve satirique incisive au point qu&rsquo;il hérita du surnom de Hofrat Pfeffer (Conseiller Poivre). Mais les flèches qu&rsquo;il utilisait égratignaient plus qu&rsquo;elles ne blessaient. A l&rsquo;exception notoire cependant  de ses réactions vives lors de la Révolution où un violent rejet succéda à un enthousiasme lyrique.</p>
<p style="text-align: justify;">Le « La Fontaine alsacien » n&rsquo;avait pourtant rien à voir avec le modèle qu&rsquo;on lui prête à tort. Il ne s&rsquo;en inspira nullement. Il préféra puiser dans d&rsquo;autres sources françaises, notamment du côté de chez Florian, le petit neveu de Voltaire et chez d&rsquo;autres encore comme La Motte, Aubert, Vitalis, Imbert et Dorat. Il ne se contenta pas de les traduire et d&rsquo;en faire des copies serviles. Au contraire, il en fit d&rsquo;authentiques et le plus souvent talentueuses recréations. Les fables ont incontestablement fait sa  gloire littéraire, du moins du temps de son vivant, et probablement plus avant la Révolution, qu’après.</p>
<p style="text-align: justify;">Son œuvre en prose tout aussi abondante est aujourd&rsquo;hui totalement oubliée. Il collabora, entre autres,  à la revue féminine Flora, éditée par Johann Friedrich Cottal à Tübingen qui publiera aussi l&rsquo;œuvre poétique et en prose de Pfeffel. De 1793 à 1801, il en fut un pourvoyeur quasi exclusif. L&rsquo;éducation des jeunes filles le passionnait comme toutes les questions pédagogiques. Il s&rsquo;employa à éduquer leur cœur et leur raison à travers des récits d&rsquo;aventure à forte teneur moralisatrice qui les fit peut-être rêver à défaut de les convaincre. Ces écrits, comme nous le savons, étaient aussi alimentaires : la Révolution l&rsquo;avait mis sur la paille.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>« Deviens un ami des enfants »</strong></p>
<p style="text-align: justify;">C&rsquo;est peu dire que la pédagogie fut la grande affaire de sa vie. Son fils  « Christel », décédé à l&rsquo;âge de 10 ans en 1770, serait à l&rsquo;origine de sa vocation. C&rsquo;est Pfeffel lui-même qui, dans « l&rsquo;Epître à la postérité », en 1800, rapporte cette charmante histoire probablement enjolivée par les soins du poète. Il lui serait apparu en songe en lui demandant de cesser de pleurnicher sur son sort et de devenir «  l&rsquo;ami des enfants ».</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, sa vocation est plus ancienne. Aussi ancienne que son goût pour la poésie. Le pasteur Sander, lors du séjour de Pfeffel à Köndringen, à l’âge de 14 ans, avait  dû semer la bonne graine. La fréquentation du philosophe Christian Wolff à Halle l&rsquo;avait conforté dans cette voie. Dès 1764, son ouvrage l<em>&lsquo;Allgemeinen Bibliothek des Schönen und Guten</em>  (Bibliothèque du beau et du bon) a l&rsquo;éducation pour objet ; de même, la même année, le « Magazin historique pour l&rsquo;esprit et le cœur », publié à Strasbourg, qui est un manuel  pédagogique et un livre de lecture dont les textes puisent dans l&rsquo;héritage littéraire français. Huit ans plus tard, dans ses<em> Dramatische Kinderspiele</em> (Jeux dramatiques pour enfants), il  plonge  dans le répertoire du théâtre pour enseigner les enfants.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela l&rsquo;encouragea à ouvrir, en 1773, une Ecole militaire, qui deviendra Académie militaire  dix ans plus tard. De quoi s&rsquo;agissait-il? D&rsquo;une sorte de petit lycée à l&rsquo;usage de jeunes protestants susceptibles un jour de se destiner à la carrière des armes. L&rsquo;école,  à dire vrai, n&rsquo;avait de militaire que le nom et quelques fantaisies formelles comme les uniformes et l&rsquo;organisation du cursus des élèves. On y entrait à dix ans, on y sortait à quatorze. L&rsquo;établissement était selon la belle définition de son créateur « une maison convenable à tous les états dont l&rsquo;enseignement était fondé sur la raison et le cœur ». Elle accueillit, pendant vingt ans, 300 élèves, dont une majorité de Suisses et d&rsquo;Allemands. On s&rsquo;y nourrissait des principes pédagogiques de l&rsquo;allemand Basedow, qui lui même avait puisé aux sources de Rousseau et de Pestalozzi, soit l&rsquo;excellence pédagogique même. On vint des quatre coins de l&rsquo;Europe pour la voir fonctionner. 2200 visiteurs, issus du monde politique, nobiliaire, universitaire et littéraire –dûment enregistrés dans le Fremdenbuch de Pfeffel- firent ainsi le voyage de Colmar, conférant, du jour au lendemain, à Colmar une réputation intellectuelle qu&rsquo;elle n&rsquo;avait jamais eue jusque là.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand l&rsquo;école ferma ses portes, contrainte et forcée par les événements révolutionnaires, Pfeffel, malheureux, n&rsquo;en perdit pas pour autant la main. On le retrouve comme spiritus rector des demoiselles de Berckheim et de leur cousine Annette de Rathsamhausen. Il s&rsquo;implique fortement dans l&rsquo;expérience pédagogique de l&rsquo;Ecole centrale du Haut-Rhin, créée en 1796, première école technique d&rsquo;enseignement secondaire qui visait à diffuser les bienfaits d&rsquo;un enseignement « analytique, expérimental et vraiment scientifique ». Preuve d’une belle ouverture d&rsquo;esprit d&rsquo;un homme qui faisait profession de poète.</p>
<p style="text-align: justify;">Que dire sur la pédagogie de Pfeffel ? Elle repose sur quelques principes simples et la recherche d&rsquo;un perpétuel équilibre entre le cœur et la raison. Pfeffel ne s&rsquo;y montre guère dogmatique. Son enseignement est pragmatique, plein de bon sens et de savoir faire. Il repose sur l&rsquo;amour des enfants. Si la religion et la morale en fournissent le support, l&rsquo;éducation de l&rsquo;honnête homme, plus que des élites, en est l&rsquo;objectif.</p>
<p style="text-align: justify;">Homme de réseau et médiateur</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, tout poète et tout pédagogue est avant tout un intermédiaire. Mais le poète souvent est solitaire et le pédagogue ne vit que par ses élèves. Pfeffel, par contre, disposa d&rsquo;un réseau d&rsquo;amis et de relation tout à fait impressionnant qu&rsquo;il sut avec un rare talent entretenir et fructifier. Ce réseau touchait par extensions successives en France, Allemagne et Suisse, le monde littéraire, le monde politique, les sociétés philosophiques et savantes, le monde protestant et celui de l&rsquo;industrie, le monde de l&rsquo;éducation et celui des ministères, les notabilités bourgeoises et le monde nobiliaire, la finance et&#8230;la poésie. Pfeffel en était le pivot, recevait à Colmar et relançait  par écrit – insomniaque il a dicté des milliers de lettres- ses relations disséminées dans toute l&rsquo;Europe.</p>
<p style="text-align: justify;">Il a su utiliser avec efficacité toutes les opportunités qui s&rsquo;offraient à lui. Son frère lui a ouvert le monde de la diplomatie et  lui assura une bienveillante neutralité des agents du gouvernement du royaume ; Schlosser, le beau-frère de Goethe, l&rsquo;initia au monde culturel allemand, philosophique et littéraire; Iselin et Sarasin de Bâle l&rsquo;ont introduit  dans la Société helvétique et les cercles philanthropiques ; les demoiselles de Berkheim et Annette de Rathsamhausen, dont il fut le mentor, ont, une fois mariées, fait bénéficier Pfeffel des réseaux de leurs époux respectifs. Ainsi, Le baron de Gérando, mari d&rsquo;Annette,  qui fit une grande carrière dans l&rsquo;administration impériale joua un rôle déterminant dans le retour en France, du frère de Pfeffel, Chrétien Frédéric, en le faisant rayer de la liste des émigrés. Il ne fut pas étranger, non plus, à l&rsquo;octroi, par Napoléon, d&rsquo;une rente annuelle de 1200 francs pour le poète, en 1806.</p>
<p style="text-align: justify;">Si son père et son frère furent diplomates, au service du roi de France, en tant que familiers des questions politiques et juridiques allemandes, Pfeffel reprit en quelque sorte le flambeau en devenant un médiateur zélé entre la culture française et la culture allemande. Il le fut dans son travail de traducteur, de la Géographie de Busching aux <em>Theatralische Belustigungen nach französischen Mustern</em> (Divertissements théâtraux d&rsquo;après des modèles français, 1764-1774)) où il fit connaître le répertoire du théâtre français en Allemagne. Il le fut constamment dans sa réflexion, son inspiration et ses écrits pédagogiques, dans le fonctionnement de son école, dans son œuvre en prose comme dans ses fables, dans les curiosités intellectuelles, les lectures et les exposés de la Société de lecture, dans les préoccupations idéologiques de la Tabagie littéraire, dans le terreau expérimental de l&rsquo;Ecole centrale du Haut-Rhin, dans ses lectures personnelles, dans ses amitiés et sa correspondance. Pfeffel n&rsquo;a cessé d&rsquo;être à la fois « <em>Tür und Brück</em>e », porte et pont, qui permettent  de passer d&rsquo;une culture à l&rsquo;autre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Les paradoxes de Pfeffel</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Ai-je rempli ma tâche et pris le bon chemin? » s&rsquo;interroge Pfeffel en 1800 dans « l&rsquo;Epître à la postérité ». Singulier texte que cette épître versifiée qui s&rsquo;apparente à une forme de bilan testament au soir d&rsquo;une vie que l&rsquo;auteur estimait toucher à son terme et qui dura encore presque une décennie. On apprend à mieux le cerner encore. En quelques 280 lignes, il nous apparaît tel que son œuvre et ses engagements le révèlent : fort de quelques certitudes et remplis d&rsquo;autant de doutes. Tantôt enthousiaste, tantôt abattu et définitivement perplexe sur la Révolution français  quand  il tente de  justifier, et peut-être de se convaincre lui-même, son attitude si enthousiaste au début et si critique par la suite. S&rsquo;y exprime aussi sa foi religieuse, élément pérenne et constitutif de sa personnalité dont nous ne pouvons faire l&rsquo;économie si nous voulons dresser un portrait fidèle du poète et pédagogue colmarien.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa foi résume selon la définition qu&rsquo;il en donna, dans un traité rédigé en 1779, à « Dieu, la vertu et l&rsquo;immortalité de l&rsquo;âme ». Il avait horreur des églises officielles et se méfiait autant de Wittenberg que de Rome et de Genève. Il n&rsquo;en épousa pas pour autant quelques tendances du siècle et ne devint ni déiste encore moins athée. Son christianisme allait à l&rsquo;essentiel. Il avait foi dans l&rsquo;authenticité et la vérité des évangiles  et trouvait  dans le Christ le modèle parfait de la morale et de la vertu qu&rsquo;il ne cessait de revendiquer et d&rsquo;enseigner. La religion pour lui était simple : « Pas de dogmes, pas de mystère, les vertus seules constitueront le poids que Dieu mettra dans  la balance de sa justice divine et cette pensée noble place ma religion -écrit-il- au dessus du doute et des ruminations théologiques ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pfeffel ne transigea jamais sur les articles de sa foi. Pour le reste, il était bien un représentant de son époque cultivant quelques beaux paradoxes. N&rsquo;avait-il pas été un écrivain français de langue allemande ? Un rationaliste tenté par Cagliostro ? Le chantre de la liberté qui se fit traiter d&rsquo;aristocrate des 1790 ? Le pourfendeur de privilèges qui accueillit avec révérence la pension que lui octroya Napoléon ? Un homme de caractère et de passion dont on fit un doux poète aveugle ? Le directeur d&rsquo;une mâle école militaire qui avait un lectorat surtout féminin ? Un homme discret qui draina à Colmar des milliers de visiteurs? L&rsquo;homme des Lumières qui rendit l&rsquo;Aufklärung responsable de la dépravation morale et rejeta  Kant, le Sturm und Drang et Goethe? Un homme qui fuyait les honneurs  et un notable qui, sous l&rsquo;Empire, fut à la fois vice président de la Société d&rsquo;émulation du Haut-Rhin à la demande du préfet qui l&rsquo;employait par ailleurs comme secrétaire interprète, président du Consistoire protestant de Colmar et membre du Directoire chargé de l&rsquo;administration de l&rsquo;Eglise de la Confession d&rsquo;Augsbourg, et enfin le très respecté et distingué membre honoraire de l&rsquo;Académie royale des sciences à Munich, peu de temps avant sa disparition ? Il illustrait, en outre, un paradoxe bien alsacien : méconnu sur le plan intellectuel en France, il avait trouvé en Allemagne son lieu et son mode d&rsquo;expression ; étranger à la réalité politique de l&rsquo;Allemagne, il avait trouvé en France le lieu de sa réflexion et de son action publique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GB  2009</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus</p>
<p style="text-align: justify;">Gabriel Braeuner, <em>Pfeffel l&rsquo;Européen,  Esprit français et culture allemande en Alsace au siècle des Lumières,</em> Strasbourg, Nuée bleue, 1996.</p>
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		<title>A la rencontre d&#8217;une inconnue : Frédérique la fille du poète Pfeffel</title>
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		<pubDate>Sat, 12 Jan 2013 17:45:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
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				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/a-la-rencontre-dune-inconnue-frederique-la-fille-du-poete-pfeffel/pfeffel-frederique/" rel="attachment wp-att-280"><img class="alignleft size-full wp-image-280" alt="Pfeffel frédérique" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2013/01/Pfeffel-frédérique.jpg" width="249" height="297" /></a>On dit qu’elle fut la préférée du poète. Mais qui connaît vraiment Frédérique Pfeffel, née en 1773, l’année même de l’ouverture de l’Ecole militaire qui allait faire la gloire pédagogique de son père ? Les enfants des hommes illustres connaissent rarement la notoriété. Ils seraient plutôt écrasés par celle de leurs géniteurs. Ils héritent rarement de leurs dispositions, à quelques rares exceptions près. Pourtant Frédérique, « Rike » pour son père, aurait pu être cette exception-là. Ses qualités intellectuelles et morales la rapprochent beaucoup du poète et pédagogue Théophile Conrad Pfeffel (1773-1809).  Le destin en décida autrement. En l’occurrence, le destin a bon dos. Et si Frédérique l’avait tout simplement infléchi comme elle l’entendait, forte de ses convictions intimes, philosophiques, morales et religieuses ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Au temps insouciant de Schoppenwihr</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Rike » est la troisième des cinq filles de Pfeffel et de son épouse Marguerite-Cléophée  Divoux.  Elle appartient à la génération des demoiselles de Berckheim et de leur amie, Annette de Rathsamhausen, avec qui elle partage l’insouciance d’une jeunesse heureuse qui a Schoppenwihr pour cadre, où réside la famille de Berckheim. Nous sommes pourtant dans une période trouble, celle de la Révolution, et le pauvre Pfeffel, ruiné par la politique des assignats et la fermeture de son école, a du temps libre pour se consacrer à l’éducation de ces jeunes filles. Ce dont il s’acquitte avec zèle et constance. Elles lui en furent redevables toute leur vie. Vint le jour où les unes après les autres, elles quittent l’écrin familial pour se marier. La plupart en dehors de l’Alsace comme leur amie Annette de Rathsamhausen qui s’établit à Paris après avoir épousé Georges Marie Gérando, futur pair de France et bientôt baron. Seule Frédérique est restée. Elle aussi avait été amoureuse et pourtant&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bel et douloureux amour</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle s’était éprise d’un jeune Allemand, Johann Friedrich Butenschoen, que son père avait recueilli à Colmar au moment de la Terreur. L’imprudent jeune homme avait échappé de peu à l’échafaud après avoir collaboré avec le redoutable Euloge Schneider qui finira guillotiné.  Pfeffel va l’employer à l’Académie militaire jusqu’à sa fermeture et à l’Ecole centrale du Haut-Rhin à partir de 1796. Durant son long séjour colmarien, une idylle naît entre les deux jeunes gens. Mais Butenschoen, lors de son séjour strasbourgeois, a promis le mariage à la demoiselle Catherine Elisabeth Nagel. Il ne peut se résoudre à trahir sa promesse. Frédérique consent à le perdre.</p>
<p style="text-align: justify;">Il aura été, hormis son père, son seul amour. Ses convictions morales et religieuses l’ont conduite à prendre cette douloureuse décision. Ils s’aiment tous les deux. Cela ne fait aucun doute. Annette éclairera ainsi son amie Amélie de Berckheim : « La reconnaissance l’attache à cette jeune personne ; l’amour n’y entre pour rien parce que le coeur ne se commande pas, à ce qu’il dit. Il ne sera pas heureux mais tranquille et content de faire le bonheur d’une personne à laquelle il devra tout, et qui ne peut en avoir sans lui. Frédérique lui conviendrait bien mieux mais il ne se sent pas digne d’elle ».<br />
« Rike » écrira, elle aussi, à Amélie : « Tu me comprendras quand je te dirai que c’est une tâche bien difficile que celle de vouloir être heureuse, privée de tout ce qui était pour moi source de bonheur. Mais je n’ai pas le choix. Il faut vaincre ou mourir. Aussi mon stoïcisme n’est-il pas méritoire et si je suis courageuse, c’est parce que j’ai éprouvé souvent que l’on souffre plus en traînant sa chaîne qu’en la portant ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le 26 septembre 1797, Butenschoen épouse sa promise. Frédérique ne le reverra plus jamais. Il fera carrière dans l’enseignement en Allemagne comme recteur de l’Académie  de Mayence puis comme conseiller d’Etat et d’Université pour le district de la Bavière rhénane. Elle ne l’oubliera pas. Vingt ans après, la douleur reste vive. Annette de Gérando l’a revue à Paris. Elle évoque leur rencontre dans une lettre à Amélie de Berckheim, devenue l’épouse de Frédéric, baron de Dietrich : « J’ai vu toute la beauté de son coeur dans le redoublement de son amitié pour une autre personne qu’elle savait mieux aimée qu’elle et dans les voeux qu’elle faisait pour l’union de ceux au bonheur desquelles elle s’est sacrifiée ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Femme de devoir ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Frédérique a renoncé à son bonheur par amour pour Butenschoen et par amour pour son père. Elle est restée auprès de lui jusqu’à sa mort en 1809. Secrétaire du poète, elle partage chaque nuit ses insomnies. Elle lui fait la lecture et écrit les lettres, qu’aveugle, il lui dicte. Elle met en forme ses poèmes et les traduit. Frédérique recueille ses confidences. Elle lui est indispensable.</p>
<p style="text-align: justify;">Désormais, plus rien ne la retient à Colmar. Tous ceux qu’elle a aimés sont loin ou ont disparu. Alors, elle quitte l’Alsace à son tour et se met au service d’Octavie de Berckheim, femme de l’industriel Augustin Périer. Le couple réside au château de Vizille, près de Grenoble. Elle s’occupe de l’éducation de leurs enfants et consacre ses loisirs à traduire les poèmes de son père en français. Elle possède toutes les qualités pour cela, maitrise parfaitement l’allemand et le français, pratique l’italien. Belle plume, elle continue d’entretenir une correspondance régulière avec ses amies d’enfance.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1825, le château de Vizille est la proie des flammes. L’incendie détruit tous ses papiers. Elle est amputée d’une part d’elle-même. Frédérique suit les Périer à Paris puis, à 60 ans, se retire à Strasbourg. Elle est seule désormais et vit dans un petit logement Grand’ rue où elle décède le 18 octobre 1840.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>L’héritière spirituelle</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Elle avait écrit un jour à Amélie, l’amie de toujours : « On est fort lorsqu’on peut dire avec vérité j’ai fait ce que je croyais pour le mieux. Et que la conscience devient une colonne inébranlable contre laquelle nous nous appuyons quand nous nous sentons abattus et que nous voulons résister aux attaques qui nous assaillent. J’ai un immense besoin de sentir cette colonne en moi. Il n’y a point de milieu.  La vertu ou la prévention de tout bonheur ! Et la vertu ne se trouve que là ou règne l’harmonie, l’ accomplissement de tous les devoirs et l’ordre en toute chose ».</p>
<p style="text-align: justify;">On croirait lire du Pfeffel. Et c’est du Pfeffel ! Mais l’auteur n’est pas Théophile mais Frédérique, sa fille.  Il n’aurait pas fait mieux. Elle n’a pas fait moins bien. Elle est sa fille et son héritière spirituelle. Elle le prolonge et le justifie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GB, 2012, Programme du Théatre Alsacien de Colmar, été 2012</strong></p>
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		<title>Les amours de Vittorio Alfieri et de la belle Louise de Stollberg, comtesse d&#8217;Albany</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Dec 2012 17:30:52 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[« Le 17 août 1784, à huit heures du matin, à Colmar aux Deux Clefs, je la revis et restai muet à l’excès de ma joie. » De source littéraire connue, il s’agit là de la plus belle déclaration d’amour ayant Colmar &#8230; <a href="http://www.histoires-alsace.com/les-amours-de-vittorio-alfieri-et-de-la-belle-louise-de-stollberg-comtesse-dallbany/">Continuer la lecture <span class="meta-nav">&#8594;</span></a>]]></description>
				<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;">« <em>Le 17 août 1784, à huit heures du matin, à Colmar aux Deux Clefs, je la revis et restai muet à l’excès de ma joie.</em> »</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.histoires-alsace.com/les-amours-de-vittorio-alfieri-et-de-la-belle-louise-de-stollberg-comtesse-dalbany/alfieri/" rel="attachment wp-att-47"><img class="alignleft size-full wp-image-47" alt=" VittorioAlfieri" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2012/12/Alfieri.jpg" width="160" height="211" /></a><br />
<a href="http://www.histoires-alsace.com/les-amours-de-vittorio-alfieri-et-de-la-belle-louise-de-stollberg-comtesse-dalbany/albany-louise/" rel="attachment wp-att-48"><img class="alignleft size-full wp-image-48" alt="" src="http://www.histoires-alsace.com/wp-content/uploads/2012/12/Albany-Louise-.jpg" width="220" height="280" /></a>De source littéraire connue, il s’agit là de la plus belle déclaration d’amour ayant Colmar pour cadre. L’auteur est un homme de théâtre. Et pas n’importe lequel : il s’agit de Vittorio Alfieri, le plus grand dramaturge italien de la fin du XVIIIe siècle. Celle qu’il revoit est la belle Louise de Stollberg, comtesse d’Albany, qui vit séparée de son mari, Charles Edouard Stuart, prétendant au trône d’Angleterre. Le lieu enfin de ces retrouvailles passionnées est un hôtel connu de la place, celui des Deux Clefs, proche de l’ancienne église des Franciscains, au cœur de Colmar. L’hostellerie des Deux Clefs est, avec celle du Schwarzenberg, tout à côté de l’église des jésuites, le lieu d’hébergement préféré des voyageurs qui séjournent à Colmar.<br />
La déclaration assurément est belle. Elle eût pu figurer dans une pièce de théâtre. Tout dans cette histoire fait d’ailleurs référence à l’ordonnancement dramatique. Les protagonistes sont amants. Leur lieu de rencontre est un… hôtel ! A croire que leur histoire a été écrite. Lui est une espèce de Don Juan italien, ou, mieux, un Casanova qui est son contemporain. Ecrivain à succès, il a parcouru l’Europe, multipliant les expériences et les conquêtes. Paris, La Haye, Vienne, Berlin, Saint-Pétersbourg, Londres et Lisbonne ont ouvert son esprit au mouvement des Lumières. Ces villes lui ont fait découvrir en même temps ce qui sera le ressort essentiel de son œuvre : la haine de la tyrannie sous toutes ses formes et le culte de la liberté intellectuelle.<br />
Louise est un personnage de roman. Son infortune a fait le tour de l’Europe. Mal et trop jeune mariée à un homme de trente ans son aîné, qui, aigri, s’adonnait à l’alcool et la maltraitait, elle a enfin réussi à s’en séparer. Elle semble avoir bénéficié de la complicité du pape et de l’un de ses proches collaborateurs, le cardinal d’York, qui est son beau-frère. Lors d’un bal à Rome, elle a croisé la route du poète et dramaturge Alfieri. Il a trente six ans, elle en a vingt cinq, ils tombent amoureux l’un de l’autre.<br />
Alfieri est alors plongé dans les études et « <em>la mélancolie, sauvage et fantasque de sa nature</em> ». Elle lui apparaît comme une «<em> étrangère de haute distinction</em> ». « <em>Il n’était guère possible,</em> écrit-il dans ses mémoires<em>, de ne la point voir et de ne pas la remarquer, plus impossible encore, une fois vue et remarquée, de ne pas lui trouver un charme infin</em>i ».<br />
Il s’enflamme pour elle. Elle devient « <em>sa dame</em> ». Louise n’est pas un obstacle à sa gloire littéraire, mais «<em> l’aiguillon, l’encouragement et un exemple pour tout ce qui est bien</em> ».<br />
Pour sauver les apparences sociales et vivre leur passion, ils décident de quitter l’Italie. Ils vont trouver refuge dans la propriété de la baronne Catherine de Maltzen qui avait été la dame de compagnie de Louise. Catherine dispose d’une charmante propriété, un petit château à Wettolsheim, à quelques lieues de Colmar. Ce castel, appelé la Martinsbourg, a fière allure. Un parc et un jardin «<em> situé en amphithéâtre et disposé en labyrinthe</em> » l’agrémentent. Les Truchsess de Rheinfelden, les Link de Thurnebourg l’avaient occupé jadis. Une famille de Walcourt, au service du Roi de France, en avait hérité au XVIIe siècle. La chanoinesse et baronne Catherine de Maltzen était apparentée aux Walcourt.<br />
L’endroit a toutes les qualités pour abriter les amours du couple errant. Ils y séjourneront trois ans, interrompus par quelques voyages ou affaires personnelles. Le site inspire l’écrivain; « <em>Représente toi, </em>écrit-il à l’un de ses amis,<em> une plaine immense, semblable à celle de Pise et qui s’étend du sud au nord. Dans toute sa longueur, un fleuve magnifique la traverse, le Rhin, auquel l’Arbia, fût-elle six fois plus grande ne pourrait se comparer jamais. Les montagnes de la frontière ouest, au pied desquelles je me trouve, se dressent majestueuses. Leurs flancs, jusqu’à mi-hauteur, sont recouverts de vignes, pour se garnir plus haut de sapins et de châtaigniers. A l’endroit de la plaine le plus étroit de tous, celle-ci n’en est pas moins large de dix milles, de sorte que les montagnes qui nous font face et se dressent sur la rive droite du fleuve, plus hautes et plus imposantes que celles de la rive gauche, sont un point de repos pour le regard qui se perd au-delà de la plaine, car la distance empêche que ne vous accable le spectacle de leur sauvage grandeur. La Martinsbourg s’élève sur une éminence, qui me permet d’embrasser tout ce tableau d’un coup d’œil et j’aperçois Vieux-Brisach, comme du Monte Chiaro on aperçoit Siona, alors que la distance se trouve être de quinze milles au moins</em> ».<br />
Le dramaturge est un peu géographe. Ses nombreux voyages ont exercé l’œil. L’impression restera forte. «<em> L’Alsace fut notre paradis </em>» écrira-t-il quand, au soir de sa vie, il entre dans « <em>les tristes saisons du désenchantement</em> ».<br />
Le lieu l’enchante. Le géographe se fait poète. Il fait part de son enthousiasme pour le lieu à un ami de Sienne, ce 29 novembre 1785 : « <em>La vue dont on jouit est admirable; de la terrasse et surtout des fenêtres du premier étage, on domine toute l’immense plaine traversée par le Rhin. Au pied du château, adossé à la montagne, s’étend le modeste mais riant village, dont la vue ne fatigue pas l’œil, tandis que de l’autre côté, imposants jusque dans leurs ruines, s’élèvent les trois châteaux d’Eguisheim, l’antique résidence des dynastes dont descendit le pape Léon IX. Quand le temps est clair et que les glaciers de la Suisse apparaissent, dentelant le ciel à l’horizon, il serait difficile de rêver une plus grande variété d’aspects, une plus magique profusion de couleurs</em> ».<br />
Le couple s’installe. Il prend ses dispositions pour un séjour prolongé. L’écrivain fait venir d’Italie ses papiers, les titres de sa fortune, sa bibliothèque et surtout sa cavalerie. Alfieri a la passion des chevaux. Celle-ci l’a consolé jusqu’à présent de bien de déceptions. En 1781, il avait fait venir d’Angleterre quatorze chevaux en souvenir des quatorze tragédies qu’il avait composée jusque là. Parmi eux, « <em>son beau fauve, son Fido, le même qui dans Rome avait reçu plusieurs fois le fardeau de sa bien aimée</em> ».<br />
Havre de paix et nid douillet, la Martinsbourg se révèle féconde. Tous deux sont infatigablement occupés l’un et l’autre de l’étude des lettres. Il écrit, elle lit. Louise possède très bien l’allemand et l’anglais. Elle est également bien instruite dans l’italien et le français. Elle connaît, au grand bonheur de son ami, parfaitement la littérature de ces quatre nations. Possédant quatre langues, elle accède aux trésors de l’antiquité dont les traductions « <em>lui ont appris tout ce qu’il faut savoir</em> ». Elle est la compagne, la muse et la première lectrice, le premier public aussi des tragédies qui progressivement se mettent en scène.<br />
« <em>Figurez vous, écrit Annette de Rathsamhausen, épouse du baron de Gérando et grande amie de Pfeffel, de ses filles ainsi que des demoiselles de Berckheim, un vaste sofa de damas jaune, surmonté d’un dais pareil. Sur ce sofa était étendu le comte Alfieri, enveloppé de pelisses, même au gros de l’été. La comtesse Albany et quelques dames de ses amies étaient assises à l’entour pendant qu’Alfieri lui déclamait avec une fureur poétique des passages de ses tragédies</em> ».<br />
Alfieri est heureux. Il a trouvé la compagne idéale : « <em>Je pouvais donc m’entretenir de tout avec elle et, le cœur et l’esprit également satisfait, jamais je ne me sentais plus heureux que quand il nous fallait vivre, loin des soucis de l’humanité </em>». Non, Louise n’est pas un obstacle à sa gloire littéraire. Elle fait tout pour l’enrichir. Même ses absences sont bénéfiques au dramaturge. Il se lance alors avec frénésie dans le travail. Le matin, à peine éveillé, il écrit aussitôt cinq à six pages à son amie. Puis il travaille à ses tragédies jusqu’à trois heures de l’après midi. Pour se changer les idées, il monte à cheval pendant une couple d’heures. Mais il ne trouve guère le repos. Il se languit de Louise. Ses créations dramatiques l’obsèdent : « <em>Je ne cesse de penser, écrit-il, soit à tel vers, soit à tel personnage, soit à tout autre chose, je fatiguais ma tête sans la reposer</em> ».<br />
Il achève trois tragédies, Agis, Le Sophoniste et Myrrha. Il écrit le dialogue de la vertu méconnue, compose son drame de la trémologédie d’Abel et conçoit deux autres tragédies sur Brutus. Son activité littéraire ne connaît aucun répit. A croire qu’il voulait profiter intensément de son séjour en Alsace et de la paix qu’il lui procurait. Tôt ou tard, il reprendrait avec Louise sa vie d’errance. Ils avaient tous deux rejoint Paris pour sept mois à la fin de l’année 1785. Alfieri en avait profité pour surveiller l’impression de ses œuvres dramatiques. Ils étaient revenus en Alsace. Heureux et soulagés : c’est ici dans le calme, au milieux des livres, des chevaux qu’ils se sentaient bien.<br />
Louise danse, chante, joue de la harpe et du clavecin. Elle monte même à cheval. Elle est une amazone remarquable selon le témoignage d’un contemporain. Alfieri lui a transmis sa passion. La lecture reste cependant son occupation favorite. Elle suit pas à pas la production de Vittorio. Elle partage avec lui les enthousiasmes et les affres de la création littéraire. Elle entre passionnément dans son théâtre de terreur et de passion. Elle fait sienne la lutte du héros contre le tyran, l’exaltation des vertus héroïques de l’individu contre toutes les formes d’oppression.<br />
Louise assiste à la naissance de Myrrha qui est peut-être l’œuvre la plus accomplie de son ami. Le tourment intérieur remplace ici l’affrontement manichéen du héros et du tyran. Elle découvre dans ce sujet emprunté à Ovide, et que Vittorio a retravaillé, la révélation progressive de l’amour de la jeune Myrrha pour son père Cynire et son suicide, sous ses yeux, quand elle prend conscience de sa passion incestueuse. Jamais une oeuvre de Vittorio Alfieri n’a recelé une telle tension dramatique. Pudique et barbare à la fois, elle enthousiasme Louise, comme elle enthousiasmera plus tard Byron.<br />
La retraite de la Martinsbourg n’est pas un ermitage. Il <em>coppia singulare</em>, le couple singulier, reçoit aussi quelques amis chers. Le savant abbé Tomaso Valperga di Caluso, professeur de littérature grecque et orientale à l’Université de Turin passe l’été 1787 à la Martinsbourg. On retrouve même les deux amoureux à Colmar, rendant visite au poète aveugle Pfeffel et à son Académie militaire qui accueille des jeunes gens venant de toute l’Europe. Ils s’enregistrent dans le <em>Fremdenbuch</em> du pédagogue colmarien, à la fin de l’année 1786. Leur visite a fait forte impression à Pfeffel. Il s’empresse d’en informer son ami Jakob Sarasin de Bâle. Louise est déjà venue à plusieurs reprises. Il la trouve séduisante et cultivée. Quant à Alfieri, qu’il présente comme étant le <em>Oberhofmeister</em> de la princesse de Stollberg &#8211; il n’est pas dupe de la nature de leur relation-, il lui trouve l’âme d’un Romain de la période consulaire… !<br />
Mais très vite, ils reviennent dans leur chère Martinsbourg. Ils y sont simplement heureux, se nourrissant l’un de l’autre. Vittorio n’a jamais été aussi inspiré, Louise n’a jamais été aussi belle. M. de Lassberg, parent de Mme de Maltzen, qui leur a rendu visite, dresse, dans une lettre à un ami, le portrait suivant de la comtesse d’Albany :<br />
«<em> La comtesse se trouvait encore dans tout l’éclat de sa beauté. De taille légèrement supérieure à la moyenne, elle était, quoique sans excès, de forte sature. Il y avait dans ses mouvements autant de mesure que de grâce. Sa chevelure abondante et d’un beau brun doré, croulait presque jusqu’à terre. Ses yeux bleus exprimaient l’amour et la douceur, et ses lèvres au pur dessin découvraient des dents parfaites et du plus bel ivoire. Sur la peau fine et douce de ses joues et de son visage, les malheurs endurés avaient ôté jusqu’au moindre soupçon de rose. Ses mains et ses pieds étaient bien conformés. Son port et sa démarche avaient de la grâce et de la majesté… </em>».<br />
Toutes les belles histoires ont hélas une fin. A l’enchanteur séjour alsacien succéda un séjour parisien bien détestable. La Révolution fut pour Alfieri une grande désillusion. Le couple s’en revint en Italie. Vittorio Alfieri mourut à Florence en 1803. Il fut enterré en l’église de Santa Croce entre Michel Ange et Machiavel. Louise lui fit ériger un digne monument par Canova. Elle le rejoint en 1824 non sans avoir encore suscité l’amitié amoureuse du peintre François-Xavier Fabre à qui elle légua sa célèbre collection de tableaux, aujourd’hui conservée au musée de Montpellier. Fabre, à son tour, avait succombé au charme de Louise dont le sire de Lassberg avait fort adroitement écrit qu’« <em>elle était aimable à l’égard de chacun, généreuse et charitable aux pauvres. Il fallait la connaître pour apprendre à l’aimer, mais on lui devenait alors à jamais dévoué</em> ».<br />
La Martinsbourg qui abrita les amours de Louise et de Vittorio disparut, il y a un peu plus de quarante ans. La Ville de Colmar, qui en avait hérité, ne sut qu’en faire. Le problème crucial du logement la hantait. Elle rêvait d’une ZUP, pas d’un castel en ruine. Quand le conseil municipal prit la funeste décision, nul ne protesta. Pas un conseiller pour se souvenir de la belle histoire de Louise et de Vittorio. Nous étions en 1960 et Colmar avait définitivement renoncé à la vie de château.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour en savoir plus :<br />
Reumont , Afredo di, Vittorio Alfieri in Alsazia, Firenze, 1882.<br />
Kloeckler von Veldegg-Muenchenstein, K., Alfieri en Alsace d’après un nouveau mémoire de M. Alfred de Reumont, La Revue nouvelle d’Alsace-Lorraine, Colmar, Decker, 1883 n°1.<br />
Doellinger H.A, l’Alsace qui fut notre paradis, Vie en Alsace, 1931, pp. 97-101.<br />
Knittel Pierre, le séjour de la comtesse d’Albany et du comte Alfieri, Bulletin officiel cantonal de Wintzenheim, n°6, 1985.<br />
Kubler L., la Martinsbourg, Annuaire de la Société historique et littéraire de Colmar, 1961, pp. 129-132.<br />
Sitzmann E., Le château de la Martinsbourg à Wettolsheim, Revue catholique d’Alsace, X, Rixheim 1891.</p>
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